La Fureur du Dragon

ruce Lee crée la société "concord" avec pour
associé Raymond Chow au début de cette année 1972, afin de mettre sur pied son premier film personnel dont il sera le réalisateur. L'dée du scénario et du personnage
(Tang Lung) qu'incarne Bruce Lee à l'écran dans le film, était de continuer à faire vivre cet anti héros contemporain dans d'autres aventures
qui l'auraient ammené à voyager dans un pays différent à chaque film, affrontant avec bravoure les défis de la vie et surtout celles des mauvaises rencontres.


Le tournage de la "Fureur du Dragon" débute en avril 1972 avec la plupart des plans en studio, ceux de la Golden Harvest, dont les
scènes de restaurant et de l'arrière cour. Du 1er au 4 mai, Bruce et une équipe réduite s'envole pour Rôme pour tourner durant ces quatre jours tous les plans extèrieurs
qui sont censés se passer dans cette belle ville et qu'il est impossible de reproduire en studio. Mais une première difficulté surgit: la plupart des techniciens chinois ne sont pas en règle
avec les formalités d'immigration. Quand les autorisations nécessaires au tournage sont obtenues, ce délai est déjà bien entamé. Vu
le laps de temps qui reste, chacun doit mettre les bouchées doubles. Bruce travaille quatorze heures par jour, sept jours par semaine. Le style du film se modifie. Lee renoue avec le cinéma vérité:
il improvise, place la caméra dans la rue, au milieu de la foule ou dans le hall de l'aéroport. Il lui arrive de tourner plus de cinquante plans dans même journée, ce qui est absolument
considérable. Mais Bruce garde la tête froide. Son enthousiasme est intact, il sait ce qu'il veut obtenir et fait tout pour y arriver. Mais
malheureusement Bruce ne pourra tourner toutes les scènes
espérées, n'arrivant pas à obtenir d'autorisation, ce qui l'oblige même à voler les plans ou à tourner trés tôt le matin pour ne pas être dérangé par les touristes. Ils
sont même obligés de prendre des photos des ruines du Colisée qui serviront à reproduire le décor à Hong-Kong grâce à des photos géantes collées sur des panneaux en bois, car
bien évidemment, Bruce Lee aurait préféré tourner sur les lieux mêmes, mais il était impossible de concevoir une telle réalisation chorégraphique en volant les plans sur une si longue pèriode.
Le tournage de la scène de combat dans les ruines du Colisée contre Chuck Norris est pour le coup réalisé dans les studios de la Golden Harvest. Il prend quatre jours pour être mis en boîte. Bruce
désire que les coups soient réellement portés, mais maîtrisés pour rendre cette séquence encore plus authentique surtout lors des ralentis. Quelques
petits incidents ont lieu malgré tout, c'est même Chuck Norris qui écope de quelques bleus et une vertèbre déplaçée. Bruce Lee s'investit sans compter pour ce film, qui est
celui de tous ses rêves. En plus d'être l'acteur principal, il est aussi le scénariste, le co-producteur avec Raymond Chow, il est le meilleur chorégraphe qui soit pour mettre en valeur
ses combats devenus légendaires; il participe vraiment à tout et il est partout. Il participe même à l'élaboration de la musique du film composée par Joseph Koo qui d'ailleurs aurait dû faire
celle du "Jeu de la Mort", et plus précisément celle du générique de début qui a été suggéré par Bruce, car il voulait que le tempo soit marqué
par des choeurs auxquels il participa, ainsi que toute l'équipe du film.

De retour à Hong-Kong, Bruce tourne les scènes d'intèrieur. Il a du mal à trouver des acteurs blancs, et c'est un homme d'affaires, Jon Benn, qui joue le rôle du chef
des gangsters. Tous les soirs, Lee s'occupe de visionner les rushes et travaille au montage. Si un détail ne le satisfait pas, il fait tout recommencer le lendemain.
"La Fureur du Dragon" est sans doute son film le plus abouti sur le plan des arts martiaux. On y voit notamment Bruce effectuer son fameux side-kick (coup de pied latéral) qui projète un homme à
plusieurs mètres. Pour la première fois Lee se sert d'un bâton. Mais c'est surtout son travail avec deux nunchakus qui marquera le public. Aprés la sortie du film en occident, les fléaux
japonais vont se répandre comme une trainée de poudre, essentiellement parmi les jeunes.
Une fois le film terminé, il porte d'un bout à l'autre la marque du petit Dragon. Bruce a tout supervisé: les
décors, les costumes, la postsynchronisation des dialogues, et même la musique. Il est à la fois coproducteur, scénariste, metteur en scène et acteur principal de La Fureur du Dragon. Avec ce film, il veut faire découvrir un autre aspect
de sa personnalité: il emploie un ton humoristique qui tranche avec le sèrieux de ses deux premiers succés. Bruce pense que sa première réalisation en tant que metteur en scène va rapporter cinq millions de dollars
Hong-Kong (environ cinq millions de francs), rien que dans la colonie britannique. Les critiques le traite de fou. Mais, au bout de trois semaines, pulvérisant ses précédents records, sa prédiction se réalise. Pour Lee, c'est vraiment
la consécration: le public reconnait son talent de réalisateur.
Plus tard, aprés la mort du Petit Dragon, ce film va contribuer plus que tout autre à développer le mythe de Bruce Lee à travers le monde. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma, on
y voit le héros, un homme de couleur, vaincre le "méchant" qui est blanc. Dans tous les James Bond et même dans Marlowe le film américain tourné par Bruce en 1969, les noirs, les asiatiques incarnent toujours des adversaires diaboliques
que le héros, généralement blanc et américain, extermine afin que la morale triomphe. Avec "La Fureur du Dragon", le message que Lee avait adressé aux chinois dans "La Fureur de Vaincre" s'étend à tout le tiers-monde. L'impérialisme culturel
véhiculé par les films d'action américains vole en éclats. Et des ghettos de New York à Taiwan, de l'Afrique à l'Amérique du Sud, le public ne s'y trompe pas, et voue à Bruce un véritable culte.