La Fureur de Vaincre

La Fureur de Vaincre est le deuxième film tourné par Bruce Lee pour la Golden Harvest. Il
incarne Chen, un chinois solitaire qui lutte contre une puissance coloniale, le Japon. L'histoire se passe à Shangai en 1908 et débute par l'enterrement du maitre de
Chen Chen. Dans ce film, Bruce Lee utilise pour la première fois un nunchaku.

Le tournage de la Fureur de Vaincre démarre fin octobre, tout de suite aprés le succés sans précédent de
Big Boss, pour se finir le 15 décembre 1971. Au début, le film est intitulé "l'école de la chevalerie" (the school of chevalery), mais Bruce et Raymond Chow ne trouvent pas le titre assez percutant
et choisissent au final "Fist of fury" (la Fureur de Vaincre), le poing vengeur ou le poing de la colère selon la traduction que vous préférez.
Ne pouvant revenir sur le contrat, Bruce est contraint de faire ce nouveau film avec le même réalisateur de "Big Boss", Lo Wei. Le contrat n'est que de deux films, mais Raymond Chow propose déjà à Bruce un troisième film
dont le tournage doit démarrer début janvier 1972 et s'intitule "The Yellow Faced Tiger". Le film doit être tourné entièrement au Japon, mais il y a un hic: c'est encore Lo Wei le réalisateur et Bruce
veut prendre le contrôle de ses films et apporter ses propres scénarios. Bruce refuse et propose par la suite de s'associer avec Chow, afin de créer "Concord". Même s'il ne peut pas revenir sur le contrat, Bruce
contraint Chow à lui céder la chorégraphie des combats au nez et à la barbe de Han Ying-Chieh qui sera quand même crédité au générique pour ne pas le froisser et rester dans les termes du contrat. Mais à l'écran, c'est
le jour et la nuit: les chorégraphies de Bruce Lee sont pour le moins détonnantes et accrochent le spectateur par ses qualités techniques et les prouesses du petit dragon. D'ailleurs ce film sera sa consécration et dépasse les chiffres
records d'entrée de "Big Boss".
Par la même occasion, et grâce à son nouveau rang de star, il impose quelques modifications dans le film, telles que Robert Baker interprétant le russe Pétrov. A
l'origine le duel devait être contre un japonais de plus, mais Bruce trouvait plus originale l'idée de proposer à l'écran un occidental dans un film asiatique et
pensait qu'il y avait un intérêt plus réel dans le face à face. Et toujours à la quête d'un certain réalisme dans les combats qu'il avait pris en main, il décida de
porter les coups en réglant bien évidemment les gestes au millimètre prés et avec l'accord de Baker. Ce qui n'empécha pas celui-ci d'être gravement blessé à la poitrine
par un coup de pied retourné et foudroyant du maître et ce malgré un plastron de protection. De plus, Robert Baker était un ami et élève de Bruce ce qui facilita
les recherches pour le rôle de Petrov.
Bruce imposa aussi le nunchaku dans deux séquences du film, alors que cela n'était pas prévu dans le scénario original. Il ne devait pas y avoir d'arme dans le premier
afrontement, et contre Suzuki, il n'était prévu que l'utilisation d'un (bô) batôn long. Evidemment cela changea beaucoup les bases du film, tant au niveau technique
qu'esthétique et tout le monde salua les performances du "maître de nunchaku".

Dans ce film, Bruce incarne un chinois solitaire qui lutte contre une puissance coloniale, le Japon. Il n'est plus une simple vedette de cinéma, il devient un super-héros, véritable
messie ethnique pour une "race" à la recherche de son identité. Colonisés depuis plus de deux cents ans, les chinois de Hong-Kong ont développé une sorte de complèxe d'infèriorité. Mais
c'est surtout le Japon, puissance impèrialiste, responsable du démembrement de la Chine au début du siècle, qui a occupé et humilié tout l'Extrême-Orient durant la Seconde Guerre mondiale. D'où
une hostilité marquée envers les Japonais avec beaucoup de Chinois qui n'ont ni oublié, ni pardonné. Le public réagit avec enthousiasme quand Bruce, dans le film, détruit un panneau portant l'inscription
"Interdit aux chiens et aux Chinois", pancarte qui exista réellement à l'entrée du parc de Shangai au début du siècle. En premier, le petit Dragon met hors de combat une sorte de géant, un
Russeblanc, un Kwailo: le symbole est clair. Ecoutons Michel Kaye: "En gros, ce que Lee disait au public chinois, c'était: regardez, vous
valez autant que les autres, si ce n'est plus". Et André Morgan, directeur executif de la Golden Harvest renchérit: "Bruce sentait son public. Ce
n'est pas un hasard si dans "La Fureur de Vaincre", il s'en prend à une académie de Karaté plutôt qu'à une école de Kung Fu". En battant des Japonais, il
frappe l'ennemi national au nom de l'ethnie chinoise. Le film connait un triomphe sans
précédent à Hong Kong à Taiwan et même aux Etats-Unis. Aux Philippines, le succés est tel durant six mois que le gouvernement juge utile
d'imposer une loi limitant les importations de films étrangers, pour protéger la production nationale. A Singapour, le soir de la première, une
foule de cinéphiles enthousiastes provoque un gigantesque embouteillage, le premier de ce genre qu'ait connu le pays. Par mesure de sécurité, la date
de projection est reculée d'une semaine pour permettre aux esprits de se calmer: au marché noir, une place à un dollar est revendue quinze fois son prix!
A Taiwan, Bruce reçoit le "Golden Horse Award". Lee a utilisé le nunchaku, et sa prestation a beaucoup impréssionné le public. A Hong-Kong Lee devient
un personnage légendaire. Quand ses amis américains comme James Coburn lui rendent visite, toute la population chinoise se sent honorée:"C'est comme quand Nixon
rend visite à Mao" explique un journaliste chinois.