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"Lorsque j'obtins cette interview avec Bruce Lee, se remémore Pierre Burton, il n'y avait pas de télévision en couleur à Hong-Kong.
Mais Bruce pourvoyait à la couleur. Il avait 31 ans, il était une star et joussait d'un immense succés en Chine, c'était un maitre des Arts martiaux, il avait joué Kato dans le frelon vert.
Il essayait alors de décider s'il retournerait ou non en Amérique, non pour inculquer les Arts martiaux aux stars de cinéma, mais pour en devenir une lui-même. Je me souviens
de ce qu'il me dit à propos de Kato, qu'il avait obtenu le rôle parce qu'il était le seul chinois capable de prononcer le nom du héros."
Bruce:Et vous savez, c'est un fichu nom, mon vieux (il se référait à Britt Reid, le nom de l'acteur vedette du frelon vert). A l'époque, à chaque fois
que je prononçais ce nom, je le faisait extrêmement consciencieusement. C'est vrai. C'est un autre point intéressant. Mettons, si vous apprenez à parler chinois...
Burton: oui...
Bruce: Je veux dire...C'est trés...Ce n'est pas difficile d'apprendre à prononcer le mot. La difficulté,
elle se trouve derrière le mot, c'est l'expression, ce sont les sentiments qui s'y cachent. C'est comme quand j'arrivais pour la première fois aux Etats-Unis,
j'ai regardé le Caucasien, et je n'ai vraiment pas compris s'il était réellement en colère ou s'il faisait semblant, parce que
nous avons des façons différentes de réagir. Là est la difficulté, voyez-vous.
Burton: C'est presque comme si vous vous trouviez en face d'un individu d'une autre planète pour lequel un sourire n'a pas la
même signification que pour nous. En fait, un sourire n'est pas toujours perçu de la même façon, n'est ce pas?
Bruce: Bien sûr que non.
Burton:Oui, je viens juste d'y penser. On dit que le secret de votre succés dans ce film, Big Boss, c'est un tel succés ici,
cela vous a rendu célèbre du jour au lendemain en Asie-on dit que le secret de votre succés vient de ce que c'est vous qui vous battez.
En votre qualité d'expert en arts martiaux chinois, que pensez vous des combats que vous avez vu dans les films avant que vous ne deveniez une star?
Bruce: Bien, je pense qu'au début, je n'imaginais pas du tout que ma pratique des arts martiaux, passée et présente, me conduirait à cela(là
Bruce s'interrompit en riant).
Burton: Je sais.
Bruce: Mais pour commencer, je dirai que las arts martiaux ont une trés profonde signification dans ma vie,
car tout ce qui m'a fait ce que je suis: l'acteur, l'artiste en matière de combats, l'homme, c'est aux arts martiaux que je le dois.
Burton: Peut être, pour notre public, qui ne sait pas ce que cela signifie, pourriez vous expliquer ce que vous entendez exactement par arts martiaux?
Bruce: Parfaitement. Les arts martiaux englobent tous les arts de combats tels que le karaté.
Burton:Le judo?
Bruce: Oui, le judo, le kung fu chinois ou la boxe chinoise, comme vous l'entendez, tout cela, voyez vous, comme
l'aïkido, taekwondo, et ainsi de suite. Mais c'est une forme combative de lutte. Je veux dire, ce n'est pas...Certains d'entre eux sont devenus
des disciplines sportives. D'autres non, ou pas encore. Ils constituent, par exemple, à frapper l'aine à planter ses doigts dans les yeux de l'adversaire
et d'autres choses comme cela.
Burton: Parlez moi de la grande casse quand vous avez joué dans Longstreet.
Bruce: Ah nous y voilà...
Burton:Je dois dire à nos lecteurs que Bruce Lee a eu un petit rôle, un rôle secondaire, dans la série de Longstreet, mais qui a eu
un énorme effet sur le public. Qu'est ce que c'était?
Bruce: Bien, vous savez, cet épisode de bien préçis de Longstreet s'intitulait: La voie du poing qui intercepte. A présent,
je pense que ce qui a fait son succés, c'est parce que c'était Bruce Lee qui jouait.
Burton:Vous même.
Bruce: Oui, moi-même. Et ce rôle, je l'ai joué naturellement. J'était "moi". Et c'est grâce à cela que j'ai recueilli de bonnes critiques, comme celle
du New York Times, qui a dit:"le chinois, qui s'est montré suffisamment convaincant pour se voir attribuer une série télévisée", et ainsi de suite.
Burton:Vous souvenez vous de ce qu'a écrit Stirling Silliphant?Les passages majeurs?
Bruce: C'est un de mes élèves vous savez!
Burton:Lui aussi?
Bruce: Oui.
Burton:Vous avez eu tout le monde comme élèves!(Là Bruce rit de plus belle). Mais vous avez écrit, il y avait là quelques lignes qui
exprimaient votre philosophie. Je ne sais pas si vous vous en souvenez ou non.
Bruce: Oh, je m'en souviens. J'ai dit...
Burton:Allez y.
Bruce: Bon. Daccord.
Burton:Vous parlez à Longstreet, joué par James Franciscus...
Bruce: J'ai dit:" Fais le vide dans ton esprit. Sois sans forme, sans consistance, comme l'eau. A présent,
tu mets de l'eau dans une tasse; elle devient tasse; tu mets de l'eau dans une bouteille elle devient bouteille, tu mets de l'eau dans une théière,
elle devient théière. Mais l'eau peut couler, ou elle peut bouillonner. Sois comme l'eau, mon ami."C'est ce que j'avais dit.(Bruce fait encore entendre un petit rire).
Burton:Je vois. J'ai compris l'idée force qui est derrière. Maintenant, il y a deux choses: la première, c'est qu'il y a de fortes chances que vous obteniez une série télévisée
américaine intitulée "le combattant". Là, vous pratiquez les arts martiaux...
Bruce: Oui...
Burton:Dans un cadre western ?
Bruce: ça été l'idée à l'origine.
Burton:Oui.
Bruce: Maintenant, Paramount, vous savez que j'ai fait Longstreet pour Paramount, Paramount me veut pour une série télévisée.
D'autre part, la Warner Brothers me veut aussi pour une autre. Mais les deux me veulent dans une sorte de production modernisée. Ils pensent
que la notion de western est cuite, alors que je veux...
Burton:Vous voulez jouer dans le western, n'est ce pas ?
Bruce: Oui...parce que, comment pouvez vous autrement justifier tous ces coups ety cette violence, si ce n'est dans l'époque de l'ouest. Je
veux dire, de nos jours, vous ne pouvez pas flaner dans la rue en frappant, en cognant les gens. Parce que, si vous le faites...(Bruce simule le geste de sortir une arme
de sa veste et de tirer).
Burton:Oui.
Bruce: C'est comme ça je n'ai que faire que vous soyez un brave type vous voyez.
Burton:Mais c'est vrai aussi dans le théâtre chinois, qui est surtout un théâtre costumé. Là, il y a toujours plein de sang.
Bruce: Oh vous voulez dire ici ?
Burton:Oui.
Bruce: Bon, malheureusement. J'espère que le film dans lequel je joue expliquera le pourquoi de la violence. Quelle
soit juste ou non. Mais malheureusement, les films ici, la plupart d'entre eux, sont faits principalement pour l'amour de la violence. Vous voyez
ce que je veux dire: 30 minutes de combat, 50 coups...
Burton:Je suis sidéré que vous soyez revenu à Hong Kong, à la veille de votre consécration à Hollywood, rempli de succés et soudainement, par la
grâce d'un film. Vous devenez une super star, tout le monde vous connait, vous devez changer votre numéro de téléphone, vous êtes assiégé dans la rue. Maintenant,
qu'allez vous faire? Pourrez vous mener votre vie dans ces deux mondes? Allez vous devenir une super star ici, ou aux Etats-Unis, ou aux deux endroits?
Bruce: Bon. Laissez-moi vous dire que, premièrement, le mot "super star" ne me plait vraiment pas et je vais vous dire pourquoi. C'est que ce mot de "star",
mon vieux, c'est une illusion. C'est un terme que le public vous donne. Or, c'est en tant qu'acteur que vous devez être jugé. Vous serez trés heureux si quelqu'un
vous dit:"Monsieur vous êtes un acteur formidable". C'est beaucoup mieux, croyez moi, qu'être consacré"star"...
Burton:Mais vous devez admettre que vous êtes une star...Vous n'êtes pas...si vous ne me dites pas ce que vous pensez...
Bruce: Mais je pense ce que je dis, honnêtement. Oui, j'ai eu un gros succés.
Burton:Oui.
Bruce: D'accord. Mais j'estime que le mot star est...je ne me considère pas comme une star. Vraiment pas. Il faut me croire quand je dis ça, mon vieux.
Burton:Oui.
Bruce: Je ne le dis pas parce que...
Burton: Où voulez vous en venir ? Revenons à nos moutons.
Bruce: D'accord. (Bruce fait entendre un petit rire).
Burton:Allez vous rester à Hong-Kong et devenir célèbre, ou allez vous partir aux Etats-Unis et devenir célèbre, ou allez-vous essayer de tirer parti de ces deux possibilités et
d'en bénéficier, au mieux pour chacune d'elles ?
Bruce: Je veux profiter des deux. Parce que, voyez-vous, j'ai déjà réfléchi qu'aux Etats-Unis, il faut montrer les facettes
de l'Orient, je veux dire l'Orient véritable.
Burton:C'est sûr qu'Hollywood ne le fait pas !
Bruce: Vous pouvez le dire, mon vieux ! On montre toujours des silhouettes adipeuses, des nattes, des yeux bridés et tout à l'avenant. Or, j'estime que ce n'est pas du tout ça.
Burton:Et il vrai que vous avez été le premier, que pour votre premier travail, on vous a fait passer pour le premier fils de Charlie Chan ?
Bruce: Oui, son premier fils, oui. (Les deux hommes rient).
Burton:Ils n'ont pas fait un film ?
Bruce: Non, non. Ils se proposaient d'en faire un, une nouvelle manière de James Bond à la chinoise.
Burton:Oh, je vois.
Bruce: A présent, vous savez, le vieux Chan est mort, Charlie aussi; et son fils continue.
Burton:Oh, je vois. Mais ils n'ont pas fait cela.
Bruce: Non. Batman est arrivé vous savez. Parce que...
Burton:Oh, c'est vrai.
Bruce: Et alors, tout a commençé à devenir, vous savez, cette sorte de...
Burton:"Frelon Vert"
Bruce: Oui.
Burton:Dans lequel vous avez joué. Mais est ce que...
Bruce: Au fait, je dois dire que j'ai fait un travail atroce là-dedans, je dois le dire...
Burton:Vraiment? vous n'avez pas aimé votre personnage?
Bruce: Oh,si.
Burton:Je ne l'ai âs vu. Mais j'aimerais que vous me parliez des problèmes auxquels vous avez dû faire face en tant que héros
chinois dans une série américaine. Est ce que les gens de la profession ne sont pas venus vous dire:"Nous ne savons pas comment le public
va accepter un non américain"?
Bruce: Oui, ce problème a été soulevé. En fait, c'est toujours en pour-parlers. Et c'est pourquoi "le combattant"
ne va probablement pas sortir.
Burton:Je sais.
Bruce: Vous voyez. De telles réactions, ça existe là bas, comme, je ne sais pas, dans certains coins du pays, n'est ce pas,
où l'on considère que du point de vue affaires, c'est risqué. Et je ne les blâme pas. Au fond , c'est c'est comme à Hong-Kong. Si un étranger arrive et devient une star,
si j'étais le producteur, je me soucierais probablement de savoir si...Mais c'est bien. Parce que si vous vous exprimez en toute honnêteté, le reste importe peu, pas vrai? Parce que...
Burton:Etes vous...Quel est l'autre côté de la médaille? N'êtes vous pas passablement dans le vent, passablement américanisé, n'êtes vous pas trop occidentalisé pour un
public oriental? Qu'en pensez vous?
Bruce: Oh, mon vieux(Bruce émet un léger gloussement), j'ai été...on m'a critiqué à ce sujet.
Burton:Ah bon? Cela ne m'étonne pas.
Bruce: Oui, c'est vrai. Mais laissez moi vous dire. Si je joue dans un film chinois, je fais de mon mieux
pour ne pas paraitre trop américanisé. Comme vous le savez, je me suis adapté à cela pendant mes douzes premières années. Mais si je retourne aux Etats-Unis, c'est
le contraire qui se produit, vous voyez ce que je veux dire?
Burton:Vous êtes trop exotique, pas vrai?
Bruce: On essaie de me faire faire trop de chose pour le plaisir d'être"exotique"...
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