art de conter

L'Art de Conter

L'art de conter est aussi vieux que la parole elle-même. Il existait bien avant tous les autres, a donné naissance au théâtre, à la littérature...

Et pourtant beaucoup en ont à peine entendu parler... et encore plus croient que le conte se résume à des histoires traditionnelles destinées aux enfants.

S'il est vrai qu'apprendre à écouter est essentiel au futur adulte, s'il est vrai que le répertoire des conteurs se compose surtout d'histoires et de mythes qui remontent à des temps immémoriaux, le conte ce n'est pas seulement ça.

Le conte, c'est une forme artistique intermédiaire entre le spectacle vivant et la littérature... Où on assiste à la performance du conteur, artiste de one man show, mais où ce n'est pas le conteur qu'on cherche à voir... On cherche, comme quand on lit un livre, a avoir les images mentales de ce qu'il évoque.

On peut donc voir le conte comme une résistance de l'imaginaire, de l'intime, des rêves et des pensées que chacun librement se crèe ; en ces temps dominés par la télévision, le spectacle de masse, la dictature de l'image préfabriquée.

 

Mais qu'est-ce précisément, techniquement, que l'art de conter ? Qu'est ce qui différencie le conteur d'un acteur faisant un one man show, par exemple ?

 

Le personnage... ou son absence

Le conteur ne joue pas un rôle, il se doit d'être lui-même, de parler en son nom et non à travers un personnage. Il peut parfois devenir acteur, incarner un moment un des héros de l'histoire, parler pour lui, mais quand il revient au conte, à l'énumération des évènnements de l'histoire (conter vient du latin conputare) il doit redevenir lui-même, simple humain s'adressant à d'autres humains.

 

La parole vivante

Il ne récite pas un texte, il s'adresse au public, la parole du conteur se doit d'être vivante, de pouvoir être modulée en fonction des attentes de ceux qui l'écoutent. Si un spectateur prend la parole, intérroge le conteur, il doit pouvoir répondre, il ne faut pas qu'il soit prisonnier d'un texte appris par coeur, figé comme dans certaines formes de théâtre.

 

L'histoire, l'énumération orale d'images

Enfin, chose bêtement essentielle, le conteur raconte une histoire. Il ne fait pas un discours, n'énumère pas des idées ; il ne récite pas un poème dont l'objectif serait la seule beauté des mots ; il ne fait pas un sketch dont le seul but serait l'amusement du public ; il cherche à partager avec lui une histoire qui se découpe en une succession de scènes, d'images qu'il offre à chacun de voir à sa manière.

 

...mais qu'en est-il concrètement ?

Ce qu'on appelle aujourd'hui spectacle de contes regroupe en fait deux pratiques fort différentes (et tout ce qu'il y a entre).

D'une part, il y a le conte pour petits auditoires, héritier des contes au coin du feu, de l'art de conter tel qu'il a existé de toute éternité. Ce que j'appelle le "conte conté", sans texte récité au mot près, sans mise-en-scène particulière.

D'autre part il y a le conte formaté pour la scène, forme de one man show théâtral destinée à adapter le conte à des publics plus large. De plus en plus il fait appel à des artifices de mise-en-scène, des décors, des éclairages, des textes fouillés et littéraires qui l'éloignent de la parole vivante. J'appelle celà le "conte-spectacle".

Loin de moi ceci dit l'idée de condamner absolument cette deuxième forme. En effet, si le conte connait aujourd'hui un renouveau salutaire, il faut bien le dire c'est grace à elle, qui le fait connaitre du grand public et permet à des artistes professionnels d'en vivre.

Mais si le conte-conté devait disparaitre, c'est toute la spécificité de l'art de conter qui disparaitrait avec lui, et les conteurs seraient vite condamnés à la surenchère dans un monde du one man show dominé par les comiques.

C'est pour rappeler tout celà que j'ai créé le journal Silences.

 

Silence.

 

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