La définition du conte se confond dans l'esprit du grand public avec celles des contes, des histoires "éternelles" transmises par la tradition orale (ou "qui furent transmises à une époque" puis collectées, la dite transmission s'étant intérrompue au début du siècle dans les pays développés). La plupart ignorent qu'une telle définition ne correspond qu'à une partie du répertoire actuel des conteurs.
Quand on interroge des conteurs ou des organisateurs de spectacles professionnels, le conte devient "le spectacle de contes" c'est à dire à peu près "tout one man show où un artiste raconte une histoire n'ayant pas qu'une vocation comique".
Si on ne se satisfait d'aucune de ces deux définitions, et qu'on s'attache à trouver une définition technique de l'acte de conter, on en arrive aux trois points énoncés sur la page l'art de conter . Points auxquels on ajoutera, pour nous rapprocher de la définition communément admise, que le répertoire du conteur est issu de la tradition orale (transmise ou collectée par écrit)
Dès lors, on distingue qu'à l'intérieur comme à l'extérieur de ce qui est aujourd'hui appelé "conte" il en existe des formes nouvelles, plus ou moins proches du "conte conté" originel. En général ces formes respectent au moins deux des points énoncés, mais soit contredisent les autres, soit y ajoutent des règles propres.
Petite liste, bien entendu non exhaustive :
Le conte contemporain peut être du conte conté ou du conte-spectacle mais comme son nom l'indique se différencie par son répertoire : des histoires contemporaines et non issues de la tradition orale. Ces histoires prennent souvent toute leur saveur grace à des artifices de narration tels qu'une narration non-chronologique (des flash-backs), un jeu corporel particulier, un usage des subtilités du langage (jeux de mots)... Ces artifices en eux-mêmes n'impliquent pas que le conte contemporain soit forcément du conte-spectacle, des "moments de spectacle" et autre "moments récités" pouvant parfaitement s'intégrer dans une histoire contée (l'exemple typique étant les "formules" dans les contes traditionnels). Les exemples les plus connus de conteurs contemporains sont Yannick Jaulin et Gérard Potier (je vous laisse juges sur s'ils relèvent du conté ou du spectacle).
Le conte-spectacle est celle généralement confondu avec le conte tout court. Il s'agit d'une forme de one-man-show dont l'interprète incarne un conteur. Si je dis "incarne" et non "est" c'est qu'en fait il ne raconte pas (il ne travaille pas en semi-improvisation à partir de la structure d'une histoire). Il récite un texte au mot près, tout en suivant une mise-en-scène précisément élaborée à l'avance, sans la liberté propre au conteur de conte conté. Ce type de conte est celui qui se pratique le plus quand l'auditoire est nombreux. Ces spectacles tirent souvent partie de l'utilisation d'éclairages particuliers, de décors, ainsi que de l'amplification et de la modification de la voix sonorisée. La plupart des spectacles de conte représentés devant plus de 200 personnes relèvent de cette catégorie. Elle est si répandue qu'il est plus facile de citer des exceptions pour confirmer la règle : Henri Gougaud et Nacer Khémir font partie des rares conteurs qui pratiquent le conte conté devant de larges auditoires.
Les jeux d'improvisation d'histoires sont une forme ludique de conte conté. La présentation de ces jeux peut varier (cartes, plateau...) mais le principe reste toujours le même : les joueurs vont être conteur à tour de rôle et élaborer ensemble une ou des histoires, en général à partir d'images représentées sur des cartes ou des cases du jeu. Les règles du jeu gèrent la transmission du rôle de conteur, la possibilité d'intérrompre et de prendre la place de celui qui raconte, et comprennent éventuellement un système pour désigner un gagnant (celui qui invente la meilleure histoire ou raconte le mieux). L'exemple type est le jeu "Il était une fois..." d'Halloween concept. Les principales différences entre un tel jeu et le conte sont l'alternance des joueurs en tant que conteurs (il n'y a plus un conteur et un public, tous sont conteurs à leur tour) et le fait que l'histoire est inventée au fur et à mesure et non racontée à partir d'une structure.
Les jeux de rôles (sur table) sont une autre forme ludique de conte conté. Ici il y a un conteur principal, le meneur de jeu (MJ, d'ailleurs appellé "conteur" dans certains jeux) qui raconte l'histoire. Les autres participants jouent les rôles des héros de cette histoire. Ils ne les interprètent pas comme le feraient des acteurs (avec leur corps), mais en racontant les actions de leur alter-égo. On peut ainsi les qualifier également de conteurs, mais à la fonction limitée à la description des actions de leurs personnages. Les règles de jeu sont destinées à aider le MJ à résoudre les actions des personnages (c'est à dire à déterminer s'ils réussissent ou échouent dans ce qu'ils entreprennent). Elles ne sont qu'indicatives, le MJ peut parfaitement les ignorer et résoudre toutes les situations à l'aide de son bon sens. Des exemples types de JdR sont Donjons&Dragons (édité par TSR, vf : Jeux Descartes) ou le jeu d'initiation Basic publié par le magazine Casus Belli. Il est à noter qu'il existe une forme de JdR, le Grandeur Nature qui est aussi proche du théâtre que le JdR sur table l'est du conte (les joueurs de GN se costument et jouent physiquement leurs personnages). Pour plus d'infos sur les JdR, lien vers le site de la Fédération Française de Jeux de Rôles : http://www.ffjdr.org
Le conte théâtralisé est beaucoup plus éloigné de notre définition du conte que le reste. En fait il tire son appellation de "conte" des contes au sens traditionnel (histoires) et non de l'activité de raconter. Dans ce qu'on appelle conte théâtralisé, des acteurs interprètent un conte traditionnel sous forme de pièce de théâtre. Parfois il y a un narrateur qui intervient pour raconter ce qui se passe entre deux scènes, mais on ne peut pas le qualifier de conteur vu qu'il récite un texte (c'est quasi-obligatoire pour pouvoir intégrer les acteurs) et qu'en général il est hors-scène (il est d'ailleurs parfois remplacé par une voix off préenregistrée).
certaines formes de rap où le chanteur/parleur raconte une histoire. C'est du conte avec des contraintes de rythme en plus.