On voit bien, on le savait déjà, mais il faut le faire à nouveau remarquer, que pour Grande, comme pour beaucoup d’autres, tout se confond : mots, termes, notions et concepts mis sur le même plan, sens et valeurs équivalents. Tout est interchangeable: culture = identité (culturelle) = identité (politique) = Nation = Ethnie. Etc. Répondre à ça est très complexe, il faut être très patient, très bon pédagogue, et très exhaustif : on peut toujours conseiller à Grande et aux autres de prendre des livres, et, calmement, de lire : Castan, Saussure, Meschonnic, la Linha, Nelli, etc. Mais ça fait longtemps qu’on leur conseille. Par contre nous lisons, nous, tranquillement, Fontan, Ben, etc. Et nous les avons réfutés point par point. Jamais de réponses argumentées de la part des nationalistes.
D’autre part, si nous avons, nous, dans nos publications, (notamment la Linha, mais auparavant d’autres revues ou journaux), passé in-extenso les textes qui nous critiquent ou les réponses (comme celle dont il est question ici) venues du P.N.O (et de Ben, etc, de tous en fait), jusqu’à maintenant Lo Lugarn, les revues de Ben ou autres nationalistes nous ont très rarement publié (souvent citations tronquées). On voit donc bien qui a peur du débat.
Je confirme à Grande que pour nous ( en tout cas pour moi),
les thèses nationalistes sont, dans le mouvement occitan, ce que
nous devons combattre (pacifiquement, par le débat, la pédagogie)
en priorité. Les nationalistes occitans sont donc, on peut le dire,
nos adversaires privilégiés dans le cadre du mouvement occitan.
Pas nos ennemis. Mais par ailleurs nous avons, dans le cadre beaucoup plus
important de la politique et de la culture française - qui nous
structure tous les jours sur tout - des adversaires bien plus importants
: les nationalistes français, responsables de tous les gâchis
intellectuels artistiques, civiques et éthiques que nous essayons
de recenser petit à petit. C’est pourquoi il nous est arrivé
de nous trouver parfois côte à côte avec des nationalistes
occitans dans certaines manifestations contre le nationalisme français.
Je n’accuserai pas le nationalisme occitan de faire le lit du F.N. : d’abord
il est vraiment trop faible pour avoir une influence, si petite soit-elle,
en dehors du mouvement occitan (et d’ailleurs, à l’intérieur
de ce mouvement, majoritairement crypto-nationaliste, le PNO a une très
faible audience). Deuxio, malgré ses confusions, il possède
quand même une certaine force de contestation du nationalisme français
: celle que lui donne le seul fait de rappeler l’existence d’une langue-culture
occitane.
Tertio, même si les nationalistes occitans reprennent certains
schémas du nationalisme français, les thèses du P.N.O,
sur de nombreux points, s’opposent à ce nationalisme (il y en a
plusieurs sortes différentes, d’ailleurs, mais passons on y reviendra
une autre fois) et notamment sur la question des langues* : il est exact
que Fontan et ses collègues ont toujours défendu leur pluralité
et leur égalité dans le monde entier. Ils ont appris, sur
ce plan-là, beaucoup de choses à beaucoup de gens. A moi,
en particulier, bien que je sois en désaccord complet avec leur
problématique, leurs méthodes et leur stratégie dans
cette matière. Mais ça ferait l’objet d ‘un autre article/débat.
*- Anti-colonialiste, anti-impérialiste, anti-capitaliste, défenseur
des droits des femmes, de l’homosexualité, etc, etc, le nationalisme
du P.N.O ne ressemble pas du tout à celui du F.N. Il est remarquablement
généreux. Mais tout aussi remarquablement confusioniste,
utopiste, théoriciste, simplificationniste et inefficace.
| Rappel
A l'occasion de ce chapitre "Débats" bien nourri, il n'est pas inutile de rappeler ce qui était publié dans le numéro 5 de Linha Imaginòt en Février 1991 et qui reste parfaitement valable : "Les textes publiés dans Linha Imaginòt le sont sous la responsabilité de leurs auteurs. Ils ne sont pas la position de l'IEO sur les questions évoquées. Linha Imaginòt est avant tout une tribune de discussion." La rédaction |