La Linha Imaginòt, qu'es aquò?



La Linha Imaginòt, c'est les autoroutes de l'imagination. Reliant les villes, les quartiers, les villages, les personnes qui, dans quelque point du territoire qu'ils se trouvent, dans quelques conditions économiques, sociales, culturelles qu'ils soient placés, se sont sentis le droit et le devoir de participer activement, avec les plus grandes ambitions, au mouvement du monde.
Autoroutes de l'imagination, de la création, de l'échange de la solidarité, qui mènent à la démocratisation absolue.
Née pour faire la jonction entre plusieurs villes françaises en situation multiséculaire de provincialisation, par laquelle leurs habitants se retrouvaient culturellement citoyens de seconde zone, elle s'est progressivement étendue grâce au contenu universalisable de sa stratégie anti-unitariste (tirée de la stratégie anti-centraliste de départ), à d'autres villes, d'autres pays, d'autres pans du monde.

La Linha Imaginòt, n'est ni un parti, ni un syndicat, ni une fédération, ni une institution, ni une association. Seulement un concept que font vivre à leur guise, en toute liberté, ceux qui s'en réclament. Et le titre d'une revue

Expérience en faveur d'une civilité solidaire

La Linha Imaginòt trouve essentiellement l'inspiration de son discours et de ses actions dans la théorie de la décentralisation culturelle développée par le philosophe occitan Félix Marcel Castan : théorisation novatrice en faveur d'une citoyenneté participative, solidaire et à la fois d'une inter-culturalité.

La Linha Imaginòt, "c'est une ligne imaginaire qui tente de relier symboliquement les gens qui, chez eux s'organisent. Je pense qu'on ne peut pas élever des barrières entre les gens pour les arrêter. Ce qu'il faut, c'est esssayer de comprendre les autres, essayer de faire que eux ils te comprennent et la Linha Imaginòt, c'est une ligne sur laquelle on se met d'accord avec tous les gens qui, chez eux, partout dans les villes, les quartiers, les villages bougent et s'organisent un peu comme nous et pensent que si les gens se fédéraient, le gouvernement aurait très peur et nous écouterait autrement.
La Linha Imaginòt est faite pour ça.
Tous ces gens qui font des choses très fortes et innovantes, c'est la Linha Imaginot que l'on nomme aussi LA GRANDE REVOLUTION DES QUARTIERS DU MONDE .

C'est aussi une revue LA LINHA, qui permet aux idées de circuler, de s'échanger sur cette ligne et de faire que des gens se mettent d'accord et je crois que si on se met vraiment d'accord on va vraiment contrarier le gouvernement et les intellectuels."
(Claude Sicre)


Nous faisons partie de ceux qui se sont, depuis longtemps, donné les moyens de ne pas avoir le choix. Socrate n'a pas quitté Athènes. Ceux qui ont encore le choix, où qu'ils soient, entre rester à leur poste ou laisser se débrouiller sur place ceux qui n'ont jamais eu le choix, ceux-là ont déjà perdu.

Nous faisons partie de ceux qui boiront la cigüe...

Nous ne faisons pas partie de ceux qui se vantent toujours d'"aller sur le terrain". S'ils ont besoin d'y venir, c'est qu'ils n'y sont pas. Nous y sommes. Jour et nuit. Toute l'année. Sur tous les fronts. Conscients que tout se joue tout le temps, dans les "moindres" propos, les "moindres" actes. Il n'y a rien de moindre....

... Si une partie de la population française se laisse bercer d'idéologie par des démagogues, à qui la faute sinon à ceux qui, intellectuels, artistes, hommes politiques, citoyens, se sont donné comme objectif d'éduquer, de désiller les yeux, de montrer les voies. Et plus on prétend, sur les antennes ou dans les journaux, avoir la capacité à tenir ce rôle, plus on doit se sentir responsable.

.... nous ne faisons pas partie de ceux qui, à l'occasion d'événements spectaculaires se proposent alors "d'entrer en résistance". Nous résistons tout le temps. En passant. En essayant tous les jours, à la base de la société, d'entraîner le plus grand nombre vers les plus grandes ambitions. Lorsque les élites ne peuvent plus faire que la résistance contre, elles ont déjà perdu. C'est pourquoi les élites, aujourd'hui, ne sont plus à rechercher au sommet de la société, mais dans les quartiers, les associations, les clubs sportifs, les chanteurs folkloriques...., la pluralité des acteurs et des lieux qui réinventent les grands principes dans une pratique de tous les jours. Plutôt que de les assenner du haut de leurs chaires.

(Claude Sicre)





Soit les intellectuels se situent avec le peuple, dans le peuple et dans son combat pour toujours plus de démocratie, soit ils sombrent dans la sottise, c'est clair et net. Lire Marx et Tocqueville" (C. Sicre- Linha Imaginot n°15-août 93).

Pas de décentralisation sans écoute méthodique de ceux qu'on refusait d'entendre et sans autocritique de l'Etat, selon quelles modalités faire reculer l'Etat et ses plans, quand il faut prévaloir, sans égard aux initiatives de ceux qu'il a pour mission de soutenir ?




QU'EST -CE QUE LA LINHA ?
COMMENT Y ENTRE-T-ON ?
QU'Y FAIT-ON ?



- Donc, c'est quoi la "LINHA" ?

- C'est un bulletin, le bulletin du Sector Musica de l'Institut d'Estudis Occitans, et du mouvement Linha Imaginòt. C'est aussi, donc, le nom de ce mouvement....

- Bon, le mouvement ?....

- Linha Imaginòt, le titre n'est pas hasardeux, et même si en général nous n'aimons pas les calembours, celui-ci correspond bien à ce que nous voulons dire. La Ligne Maginot, c'était ce mur fotifié sensé faire obstacle aux envahisseurs redoutés au Nordeste de la France. La Linha Imaginòt est une ligne qui d'abord par l'imagination - notre première arme - relie entre eux plusieurs lieux, plusieurs villes, plusieurs groupes de gens attachés à ces villes (ou à ces villages). Gens dont la première ambition est de faire sauter les barrières qui font obstacle à la circulation de la critique - en France d'abord, puis partout - des idées et des oeuvres. C'est un mouvement qui a pour fin et moyen la plus grande démocratie en matière de culture.

- C'est à dire ? C'est un peu flou...

- Lorsque Lubat parle des fils du patron de l'Estaminet (le café-musique d'Uzeste) qui ont du boulot sur place, - parce que le festival, la Compagnie, etc - il précise à ceux qui remarquent ça que ces jeunes ont non seulement trouvé du boulot mais aussi qu'ils ont eu l'occasion, en se frottant sans cesse à des artistes venus de partout, des intellectuels, des journalistes, des politiques..., de se déprovincialiser sans aller à Paris... C'est pas eux, maintenant que n'importe quel animateur télé pourra couillonner avec les mirages de la jet-set culturelle.... Ils voient les coulisses....

- Vous avez dit "se déprovincialiser", ce n'est pas un hasard ?...

- Non, parce qu'en France, "se cultiver", "sortir", "voir du pays", "perdre ses complexes de plouc ou de pauvre", tout cela est synonyme de "aller à Paris". Etait synonyme, l'est encore dans quelques têtes... Maintenant ce n'est plus vraiment "aller à Paris", mais rester sur place à recevoir les Parisiens qui cherchent l'exotisme en Province et leur donner ce qu'ils cherchent. Fausse déprovincialisation, qui, au contraire, renforce la Province dans son statut d'handicapée mentale. Ce que je veux dire, c'est qu'en France le premier obstacle à toute culture démocratisante est la contradiction Paris/Province- avec les élites à Paris et des citoyens culturels de seconde zone en Province. Et que les élites habitent dans le Lubéron ou les Landes ne change rien au problême, tant que leur problématique culturelle est toujours issue du milieu parisien.

- Il y a pourtant à Paris un peuple qui ne participe pas à la culture de ces élites...

- Si, il y participe, car la culture est un tout, avec une entrée savante et une entrée anonyme, folklorique. Autrefois, les grandes oeuvres de la culture française parvenaient à prendre beaucoup de recul par rapport à un folklore ethnique ou corporatif... Depuis cent ans que le centralisme exporte en Province le folklore du Tout-Paris et le folklore parisien avec les oeuvres savantes, tout le reste du pays est paralysé. Dans les oeuvres des grands auteurs français d'aujourd'hui, qui se démocratisent sous l'effet bénéfique du surgissement d'une culture de masse, le folklore parisien devient le folklore français. Or le folklore c'est la création à la base, quotidienne, en prise sans arrêt avec les réalités locales. C'est pourquoi ce folklore d'importation, autoritaire, ne nous sert à rien, nous décervelle. Parce qu'il n'est plus folklore vrai, mais matériau d'une élite qui n'a plus rien à dire, qui n'a comme seul rôle que d'ajouter un peu de plus-value bourgeoise à un folklore moribond pour le vendre lui aussi, mais pas du même crime. c'est compliqué....

- Je veux comprendre...

- Vous avez raison... Bon. Alors, je précise quoi?

- Je n'ai pas bien compris cette histoire de relation entre le folklore et la culture...

- Bon, repartons à zéro... La culture est un tout, les oeuvres savantes (c'est à dire "longtemps méditées", "signées") sont nourries de folklore dont elles digèrent lentement l'essentiel, tout en prenant le plus de distance possible avec ses formes passagères. Elles sont nourries de folklore et en retour elle le nourrissent. Le créateur anonyme part souvent des oeuvres savantes qu'il utilise, transforme pour son propre but. Le folklore est matériau pour le créateur savant, la création savante est matériau pour le folklore. Il y a circulation à double sens. D'accord ?

-Comment entre-t-on dans la Linha Imaginòt ?

- Il n'y a pas de clé de la Linha, ou de "Comité des Sages" qui décident qui est ou non digne d'entrer dans la Linha. Y sont tous ceux qui veulent y être, qui s'en réclament. On n'est pas tombés dans le piège, on y tombera jamais, comme les situationistes, par exemple, qui s'étaient retrouvés avec des situationistes officiels qui vivaient du prestige de leur brevet sans plus rien faire, ayant gagné le droit de mépriser ceux qui, au dehors, agissaient...

- Et la GRQM, là-dedans ?

- La Grande Révolution des Quartiers du Monde, "quartier" au sens de "quartier d'une ville", mais aussi au sens de "parties" signifiantes. Ce sont aussi des villes, des villages. La GRQM n'a qu'une ambition : que partout, chez eux, les gens fabriquent leur Paradis, comme nous le faisons à Arnaud-Bernard, échangent leur expérience directement, sans intervention d'intermédiaires parasites, dans la logique de la plus grande démocratie et de la plus riche ambition culturelle. La Linha relie les quartiers de la GRQM. Dans ce mouvement, les gens ne sont pas jugés sur leurs projets lointains, sur leurs théories, mais sur toutes leurs pratiques dans le moindres événements de la vie quotidienne. Ceux qui ne sont pas révolutionnaires dans leur quartier sur les problémes de poubelles ne le seront sur rien. C'est clair et net. Y'a pas de petit combat, y'a que de petites gens qui se mettent à l'écart des problèmes quotidiens et donc ne comprennent rien aux problèmes du monde.

- Parlons du bulletin... La modestie n'étouffe pas l'éditoriasliste...

- A ce propos, et encore une fois, c'est Castan qui nous éclaire, dans un numéro de la Linha, quand La décentralisation à fond!il nous parle du créateur qui, d'une absolue humilité devant le travail à accomplir, n'a pas à être humble après. Pourquoi par exemple Lubat serait-il modeste, lui qui depuis des années s'est fourré volontairement dans tout les guêpiers, est reparti partout de zéro pour se coltiner les mille problèmes de base sans cesser de les articuler avec une ambition culturelle et politique sans concessions ? Où étaient pendant ce temps ceux qui donnent des leçons de modestie ? Dans leur sinécures salariées, à faire semblant de prendre des responsabilités, dans leur confort de penseurs contestataires qui ont chaussé les pantoufles de héros disparus, dans les salons à rabacher des banalités branchées ?... Quels risques ont-ils jamais pris ? Et Massilia ! Des années de galère où ils se nourrissaient uniquement de méchants spaghettis tièdes, et de la certitude - aujourd'hui partagée - qu'ils avaient quelque chose d'essentiel à porter à la musique pop française. Quand pendant des années, vous vous êtes attaqué aux monumentales oeuvres intellectuelles de l'humanité, avec la rage de comprendre et une patience infinie à lire et relire, réfléchir, comparer, revenir en arrière, etc, vous savez ce que c'est la vraie modestie. Quand vous êtes allé vous faire sauter dans tous les chemins piégés, quand vous n'avez pas hésité à vous aliéner la sympathie - qu'est ce que la sympathie sans épreuves ? - des uns ou des autres en n'hésitant pas à dire ce que vous pensez, quand vous ne cessez de choisir l'incorfort et l'authenticité contre le cocon des platitudes et des demi-vérités. Sont d'autant plus modestes dans leurs déclarations d'intentions ceux qui savent bien qu'il ne le sont pas dans l'action. C'est marrant, ces derniers temps, je n'entends que des protestations de modestie chez les responsables dans les ministères, les universités et ailleurs. Je trouve qu'ils ont bien raison d'être modestes, vu ce qu'ils font. Mais ils voudraient que nous le soyons nous aussi, comme si nous aussi passions notre temps dans des bureaux à gérer plein de responsabilités sans rien en faire. Eh bien non ! Leur manoeuvre est éventée. Face à eux nous ne pouvons être que d'un orgueil légitime.

Propos recueillis sans se baisser...




" L'histoire de la musique populaire contemporaine est une des meilleures voies pour comprendre l'histoire du monde moderne, c'est à dire, essentiellement celle de l'avancée de la démocratie" (C. Sicre- Linha Imaginot n°21 )


Le vrai combat

L'adversaire, ce n'est pas la Nation Française. Ce n'est pas non plus Paris. L'adversaire du Sud n'est pas le Nord et l'adversaire du Nord, le Sud (mythique conflit Occitanie/Francie) : le centralisme, oui ! Ennemi de tout le monde, sans exception.

Il ne faut pas se tromper.

Le colonialisme ressemble à une guerre : ouverte, évidente, qu'on ne peut ignorer, si on ne ferme pas sciemment les yeux. Le centralisme agit de manière plus diversifiée, et beaucoup plus insidieuse, plus efficace aussi, le danger plus grand...

... A mesure que le dialogue s'engage avec des militants politiques, culturels, syndicaux plus nombreux, le réalisme reprend ses droits. Le concept incohérent de colonialisme intérieur désarme, égare et énerve l'action... Le concept de centralisme étatique, clef des analyses rigoureuses, donne le moyen de la radicaliser et de multiplier les alliances dans un front puissant constructif.

Il ne s'agit pas de gémir, mais de regarder le mal partout où il se cache, de projeter la lumière sur un démon protéiforme et de le vaincre, d'exorciser la France de sa folie.

.... si de grandes nouvelles capitales de la pensée ne s'érigent pas avec leur complet équipement, partout où de grandes villes peuvent prétendre à ce rôle, la disproportion restera celle entre la puissance assimilatrice du système parisien et les manifestations éparses d'indépendance, qu'aucun autre système ne se constituera, et la Nation Française réduite au monolithisme, entrera sans doute dans une phase de décadence culturelle. La non-contradiction entraîne le dépérissement.

(Extraits du "Manifeste Multiculturel et antirégionaliste" de F.M.Castan.)




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