La Marge: Actes du colloque tenu à la l'Université de Toronto du 20 au 21 mai 1995

La Marge, M. Logue, «Langues en marge : l'exemple occitan» 08/97, pp 19-26



Langues en marge: l'exemple occitan

Mark Logue

Department of French University of Toronto
50 St. Joseph Street, Second Floor Toronto, Ontario, Canada M5S 1J4



1. Introduction

Sans la moindre prétention d'être exhaustif, je propose de parler des langues en marge, avec une attention particulière à la France et à l'Occitanie. Car, malgré deux siècles d'un état fortement centralisateur et plus d'un siècle de scolarisation laïque et obligatoire, destinée à répandre la culture française à tous les citoyens du pays, il persiste, chez certains Français, le sentiment d'être différents. Je vais commencer par donner quelques définitions de langues minoritaires. Ensuite, je parlerai de la France, de ses tendances centralisantes et de ses attitudes envers la langue française : l'histoire de l'Occitanie et de la langue occitane formeront la prochaine partie de ma présentation. En guise de conclusion je vous offrirai des opinions sur l'avenir de cette langue. Quel est cette Occitanie, dont le nom évoque un passé glorieux, mais dont les limites géographiques restent floues? Quelle est cette langue occitane que certains croient être la langue de l'Occitanie, mais dont l'existence est niée par d'autres?

2. Définitions préliminaires

Avant de commencer, je vais donner quelques définitions préliminaires. Qu'est-ce qu'on veut dire par langue minoritaire? Sans la moindre intention d'être facétieux, je peux dire qu'une langue minoritaire est une langue dont personne n'a entendu parler. Cette définition trop simpliste contient un élément de vérité: les gens ont l'habitude d'égaliser langue et nation; on parle français en France, anglais en Angleterre etc. Malgré l'existence de pays plurilingues bien connus comme la Suisse et le Canada, on a du mal à croire qu'un grand nombre de pays emploient plusieurs langues qui n'ont pas nécessairement de statut officiel. En général, ces langues restent inconnues au grand public. Cela dit, on peut définir une langue minoritaire ainsi : une langue minoritaire est une langue parlée dans un état donné par une minorité des citoyens de cet état. Il existe d'autres termes pour désigner ces langues. On peut parler de patois. Ce terme peut avoir des connotations assez péjoratives. D'ailleurs, le catalan, qui est minoritaire par rapport à l'état espagnol, ne l'est pas en Catalogne. Le terme national fait penser à des langues trop liées à leur territoire, des langues non-internationales. Ce dernier terme, bien que préféré par Pierre Bec, est un terme relatif. Une langue ethnique peut devenir une langue nationale, ce qui est le cas du français. On peut choisir de les appeler "langues sans états", car ces langues appartiennent aux nazioni proibite (nations interdites) , comme dit le titre du livre de Sergio Salvi : ces langues n'ont pas l'appui d'un état-nation. En fin de compte, le choix d'un terme ou d'un autre dépendra de quel aspect on veut souligner. Un occitaniste dirait que sa langue est le moyen d'expression d'un groupe ethnique pour souligner le fait que cette langue n'est ni un patois, ni une langue morte. L'emploi du terme en parlant d'une langue peut ainsi servir à faire valoir sa position par rapport à une langue majoritaire.

Il est à noter que ce n'est pas facile d'être neutre en parlant de ces langues en marge. L'important est de choisir un terme et de dire pourquoi on l'a choisi. Je choisis le terme de langue sans état pour désigner ces langues parce qu'il sert à souligner le fait que les langues minoritaires entrent dans un rapport de force inégale avec les langues majoritiares.

Maintenant, il conviendra de clarifier trois termes, nation, stato-nation et ethnie. Selon Guy Héraud, les gens ont tendance à confondre état et nation. (Héraud, L'Europe des ethnies 9) Il propose les définitions suivantes: la stato-nation est (11) une collectivité humaine forme une ethnie si elle partage une histoire, une culture, un sol, une religion et une langue en commun. Pourtant, il n'est pas nécessaire que tous ces critères soient présents. Pour sa part, Héraud donne beaucoup d'importance au critère de la langue. La langue, plus que toute autre activité humaine, unit les gens. L'ethnie française est partagée entre plusieurs stato-nations, la Suisse, la Belgique et bien sur la France; tandis que la France contient plusieurs nations sans état.

Revenons au problème des définitions de langues. Il faut distinguer entre deux types de langues minoritaires. Certaines langues, bien que minoritaires dans le lieu où on les parle, sont majoritaires dans un autre état, par exemple, le français dans la vallé d'Aoste. D'autres langues n'ont pas l'appui d'un état, comme le catalan, le breton ou le basque. Cependant, toutes ces langues ne sont pas égales. Par exemple, la langue catalane, bien que dite minoritaire en Espagne, est parlée par six millions de personnes. L'irlandais a l'appui d'un état, la République Irlandaise, mais il n'est parlé activement que par environ deux pour-cent de la population. Il y a même une langue minoritaire, le cornique, qui est officiellement morte, c'est-à-dire qu'elle n'est plus une langue communautaire, mais ses partisans ardents essaient de la faire revivre.

3. La France et son attitude vis-à-vis "ses langues"

Les Français ont une manière assez particulière de voir leur langue. Pour eux la langue française est presque quelque chose de tangible, et ils n'aiment pas qu'on en change la moindre détail. Même une proposition d'abolir l'accent circonflexe sur certains mots a suscité une vive polémique en France. Le français est à défendre contre l'infuence nuisible des langues étrangères, en particulier l'anglais. La fierté de son identité, de sa langue et de sa culture n'est pas mauvaise en elle-même, mais un nationalisme excessif peut amener les gens à mépriser d'autres peuples, même des peuples appartenant au pays en question. Comme la plupart des pays européens, la France contient des langues minoritaires. Ces langues sont les suivantes: le breton, le flamand, l'alsacien-lorrain1, le corse2, l'occitan, le catalan et le basque.

Faisons un aperçu rapide de la politique linguistique de la France. La monarchie ne voulait pas imposer la langue française à tous ses sujets. Après l'Édit deVillers-Cotterêts de 1539, tous les actes officiels devaient être redigés en langue maternelle française, mais cet édit visait surtout le latin et non les autres langues maternelles du pays. Après la Révolution, l'attitude des dirigeants a radicalement changé. La nation était une et indivisible. Tous les citoyens français avaient le devoir de comprendre le français, la langue nationale, la langue de la liberté, l'égalité et la fraternité. Or, la majorité des Français ne savait pas parler français. Des dialectes ou des langues locales étaient en usage dans la plupart du pays. L'abbé Grégoire croyait qu'il était nécessaire de les anéantir. Il a entrepris une enquête linguistique pour découvrir l'étendue de la connaissance du français. Il a découvert que six millions de Français n'avaient pas une connaissance suffisante de la langue nationale. Bertrand Barère de Vieuzac, lui-même originaire du Midi, a déclaré la guerre contre les langues régionales. Ses propos sont maintenant bien connus (Sanguin, 14) On voit que ce désir de détruire les langues en France était une manifestation d'une certaine xénophobie. Les révolutionnaires avaient peur que les états voisins allaient envahir la France pour détruire la Révolution. Donc, il fallait détruire l'autre dans son propre pays. La variété des langues représentait la tyrannie pour les révolutionnaires, une façon de diviser le peuple et de prolonger son ignorance. Devenues symboles d'un passé féodal, ces langues seraient condamnées à une lente mort.

Malgré leur ardeur, les révolutionnaires n'ont pas réussi à anéantir les langues minoritaires en France. C'est l'école obligatoire, un siècle plus tard, qui a presque réussi à le faire. Ces langues étaient, selon eux, des parlers grossiers qu'il fallait détruire pour assurer le rayonnement du français, la langue de la haute culture. Les autorités avaient une méthode efficace de le faire. Si un élève laissait échapper un mot en langue locale, on lui donnait un signal, qui pouvait être un sabot, par exemple. Pour s'en débarrasser, il devait surprendre un autre élève en train de parler . À la fin de la journée, l'élève qui possédait le signal était puni. Ainsi ils ont appris à mépriser leur propre langue.

Qu'est-ce que le mot patois veut dire? Cette question est importante pour comprendre la situation des langues minoritaires en France. On dit qu'une langue est un dialecte qui a pris le pouvoir; un dialecte est une variété régionale d'une langue et un patois est un dialecte en train de décomposition, fortement influencé par la langue majoritaire. Ces deux derniers mots, et surtout le mot patois ont des connotations péjoratives. Pour cette raison, je préfère ne pas employer le terme patois. On avait tendance à se servir de ce mot pour stigmatiser les parlers locaux. Parfois, il n'est pas facile de distinguer entre un dialecte et une langue. On parle des dialectes du chinois, mais ils ne sont pas mutuellement compréhensibles, tandis que trois langues scandinaves, le suédois, le danois et le norvégien sont considérées comme des langues distinctes, bien que la compréhension mutuelle soit possible entre leurs locuteurs. On sait que le breton et l'occitan sont des langues; toutefois, leurs locuteurs ont été conditionnés à les mépriser. Ils croient qu'ils ne parlent pas de vraies langues, ils ne parlent que des patois. Cette attitude française envers ses langues ethniques est l'autre côté de l'attitude chauvine que les Français montrent parfois envers leur langue. Il faut défendre le français contre l'influence néfaste étrangère, soit italienne au XVIème siècle, soit anglaise aujourd'hui. Toutefois, on peut négliger les langues régionales, bien qu'elle fassent partie du patrimoine national aussi. L'une de ces langues régionales, l'occitan, était une langue de culture et de prestige, je vais parler brièvement de son histoire.

4. Occitanie et l'occitan: quelques données

L'Occitanie est, selon Sergio Salvi (p. 459), la nation la plus interdite de l'Europe occidentale. Elle est certainement la plus floue. Il est difficile de déterminer où commence le Midi. D'habitude on dessine une ligne de la Garonne au nord à travers Limoges, Clermont-Ferrand, Valence jusqu'à la frontière italienne. Il y a aussi des petites régions de langue occitane hors la France, une en Catalogne (La vallée d'Aran) et d'autres en Italie. Cette grande région d'Occitanie n'a jamais été vraiment unie. Par conséquence, l'occitan est un peu particulier par rapport aux autres langues régionales de France. Il n'y a pas de langue officiel standard. Ses locuteurs ont le sentiment de parler un dialecte plutôt qu'une vraie langue et sont étonnés que d'autres Méridionaux comprennent leur à cinq cent kilomètres de chez eux.

L'occitan est parlé sur un territoire qui comprend un tiers du territoire national français. Il y a quinze millions d'habitants dans la zone occitane, dont dix millions ont une connaissance de l'occitan, mais seulement deux millions le parlent quotidiennement. La majorité des locuteurs sont des personnes âgées ou des ruraux. Il existe des dialectes et des sous-dialectes: l'occitan moyen, qui est composé du languedocien et du provençal; le nord-occitan qui comprend le limousin, l'auvergnat et le provençal alpin; et le gascon, un dialecte si original qu'on pourrait le considérer une langue à part, au même titre que le catalan. Cette diversité est une source de richesse, mais aussi une source de problèmes. Aucun dialecte n'a pu s'imposer, donc il n'y a pas d'occitan standard. D'après Glanville Price (36), trois solutions s'imposent: 1) adopter le provençal rhodanien comme standard, c'était le dialecte de Frédéric Mistral; 2) essayer de créer une norme pour chaque dialecte et pour la langue toute entière; ou 3) ne pas avoir de norme; chaque écrivain écriraient dans son dialecte. Il me semble que la deuxième solution est la plus faisable. Ce n'est pas une bonne idée d'adopter un dialecte comme standard et ignorer les autres; on risquerait le mécontentement des écrivains qui parlent des dialectes autres que le dialect choisi. Il vaudrait mieux avoir une langue standardisée et chaque auteur aura la possibilité d'y apporter ses propres régionalismes.

Le nom de la langue est controversé. Certains disent qu'elle n'a jamais été unifiée, donc, on ne peut pas parler d'une langue occitane mais des langues d'oc, et de toute façon le nom occitan est impropre, car il n'a pas la sanction de l'histoire. En effet, la langue du sud de la France a reçu beaucoup de noms. On l'appelait roman au haut moyen âge, pour la distinguer du latin3. Il semble que Dante a popularisé le terme langue d'oc, car c'est ainsi qu'on dit dans cette langue. Il a parlé aussi de la - l'italien, et la - le français. Le terme occitan date de la fin du XIIIème siècle, et semble venir de la chancellerie royale à Paris. Pour cette raison, Henri Barthes (63) croit qu'il ne faut pas l'employer; le mot n'est pas né sur le terrain, il est venu du nord. Il se sert du terme langue d'oc. Provençal est toujours courant. En Italie, c'est le terme de préférence. Malheureusement, c'est un terme ambigu. Le provençal est plus proprement la langue d'oc de la Provence. Le terme limousin était courant en Catalogne, mais il présente le même problème: le limousin n'est qu'un dialecte d'oc. Joseph Salvat (237) ne voit pas de raison de ne pas employer le terme occitan. Le terme a l'avantage de ne pas être ambigu. Il est certainement préférable au terme dont se sert Robert Hall Jr.dans son livre External History of the Romance Languages, où il l'appelle (Hall, 15 par exemple), un terme qui est ambigu. Est-ce le français parlé dans le Midi, ou le français parlé dans le sud du domaine d'oïl? En fait, ce n'est pas le français du tout, mais une autre langue romane.

La polémique autour du mot occitan vient du conflit entre deux camps, les et les . Je vous en donnerai un peu l'histoire. Frédéric Mistral a fondé le Félibrige, une société de poètes de langue occitane, pour sauver sa langue maternelle, le provençal rhodanien, et pour l'illustrer. On sait qu'il a eu beaucoup de succès; son poème Mirèio lui a valu un prix Nobel en 1904. Son groupe a continué la tâche de revitaliser la langue. La graphie dont ils se servaient était, et est encore, une graphie dite , bien que ce fût Roumanille qui l'ait conçue. La graphie était basée sur le provençal rhodanien, et essayait d'être phonétique. Les t des participes passés, les r des infinitifs et les s des pluriels ont été supprimés. Le problème est que ces lettres sont prononcées dans certains dialectes.

Au siècle dernier, l'abbé Joseph Roux a fait un premier pas dans la direction de trouver une graphie adéquate pour tous les parlers d'oc. Dans son système l'r des infinitifs et l'm de la première personne du pluriel sont notés. Plus tard Prosper Estieu et Antonin Perbosc, deux poètes languedociens, ont instauré leur propre réforme. Ils ont créé un système de graphie basée sur celle des troubadours, pour essayer d'unifier tous les dialectes d'oc. L'Institut d'Etudes Occitanes, créé en 1945 et faisant suite à l'ancienne Societat d'Estudis Occitans (S.E.O.), a adopté la graphie de Perbosc et Estieu. Un schisme s'est formé entre les deux groupes. Les félibréens accusent les languedociens de vouloir imposer une langue artificielle comme standard. Louis Bayle va jusqu'à les comparer à des loups qui font semblant d'être gentils pour pouvoir manger les agneaux. Pour leur part, les occitanistes accusent les félibréens d'être passéistes, d'être trop conservateurs. Malheureusement, le conflit entre les occitanistes et les félibréens n'a pas encore été résolu.

5. Occitanie et l'occitan : historique

L'occitan a son histoire, comme les autres langues romanes. Il semble que dès le début il y avait des différences notables entre les langues d'oïl et d'oc. Le sud de la Gaule a été romanisé plus tôt et plus profondément que le nord. Le nord a subi plus profondément que le sud des influences germaniques et celtiques, ce qui explique certaines différences entre les deux langues. Plus une langue est isolée, plus elle a tendance à être conservatrice. La géographie du Midi, avec ses barrières naturelles, comme le Massif Central, a contribué au conservatisme de l'occitan; il a mieux conservé les sons latins que le français. Par exemple, le a accentué latin s'est maintenu: comparez le français pré et l'occitan prat, tous deux issus du latin PRATU.

L'ancienne langue occitane a été le véhicule d'une culture brillante qui s'est répandue partout en Europe. En fait, les poèmes des troubadours représentent une des premières manifestations d'une langue vernaculaire en Europe. La croisade contre les Albigeois a mis fin à cette splendeur. La langue n'a pas cessé d'exister pourtant; elle a sommeillé. La première renaissance était au XVIème siècle, inspirée par le goût d'affirmer sa langue maternelle contre le latin. Jehan de Nostre-Dame, frère du célèbre astrologue, a écrit un livre sur les troubadours, Vie des plus célèbres et anciens poètes provençaux qui ont floury du temps des comtes de Provence (1575) Ses idées concernant les troubadours étaient fantaisistes, mais il a contribué à réveiller l'intérêt dans la littérature d'oc. Au XVIIIe siècle on a redécouvert les troubadours grâce aux travaux de Lacurne de Sainte-Palaye. Pendant la Révolution, la propagande dans le Midi a été en occitan, pour pouvoir atteindre le peuple. Au XIXème siècle la renaissance du Félibrige a attiré l'attention non seulement de la France mais du monde entier.

Après la deuxième guerre mondiale, une troisième renaissance s'est manifestée, mais celle-ci était plus politisée que les autres. On parle de la colonisation intérieure de la France. L'indépendance d'Algérie a donné espoir aux partisans des mouvements indépendantistes en France. Si la France peut briser l'intégrité de son territoire national -- l'Algérie faisait partie du territoire national français -- pourrait-elle refuser leur indépendance? Bien sûr, la plupart des occitanistes ne souhaitent pas l'indépendance totale, les liens avec la France sont trop anciens, mais ils ont des plaintes légitimes: une économie sous-développée , une campagne qui se vide et un taux de chômage élevé par rapport au nord, et une langue qui est en train de mourir.

La langue est très importante dans la revendication occitane. Un slogan se répandait il y a une vingtaine d'années qui disait: «Homme d'oc tu as droit à la parole, parle!» En effet, la langue est un puissant symbole d'identité et de résistance. Selon Mistral: «Que face contre terre, un peuple tombe esclave, s'il tient sa langue, il tient la clé de ses chaînes le délivre.» (Héraud, Peuples et nations d'Europe, épigraphe) Mais est-il trop tard pour la sauver? La loi Deixonne de 1951 a garanti le droit à l'enseignement des langues locales, mais comme l'exemple irlandais montre, on ne peut pas se fier à l'enseignement pour restaurer une langue. Plus de soixante-dix ans d'instruction n'ont pas réussi à restaurer l'irlandais. D'ailleurs, cette loi n'a pas été appliquée d'une manière efficace: l'enseignement était facultatif et au bac la langue régionale comptait pour une mention seulement. (Borelli p. 80).

Il est important d'éviter la folklorisation. Une culture qu'on étale pour les touristes mais qu'on ne vit pas est en danger de pétrification. Il faut ramener l'occitan du foyer et du musée et le mettre à la place publique. Il faut qu'il prenne sa place dans les médias. Malheureusement, la presse écrite en occitan est négligeable et assez éphémère, surtout les journaux des groupes militants. Il faut avoir une presse accessible à tous et qui a la possibilité d'intéresser tout le monde. En 1981, l'occitan est entré à la télévision, ce qui peut marquer le commencement d'un véritable renouveau. Les mass media confèrent une légitimité à ce qu'ils touchent. Peut-être l'occitan ne sera-t-il plus aperçu comme une langue parlée uniquement par des personnes âgées et des ruraux avec peu de rapport avec le monde des jeunes.

La chanson occitane montre une certaine vitalité. Il y a même une maison de production de disques, Ventadour, dont les titres se vendent bien. Des chanteurs comme Marie Roanet et Patric, inspirés par des chanteurs catalans, ont joui d'un certain succès. Des troupes de théâtre présentent des pièces en occitan partout dans le Midi.

L'occitan n'est pas encore une langue morte, elle est pourtant cachée. Si les Occitans ne réclament pas leur propre nation indépendante, comme certains Catalans réclament pour leur pays, ils ont le désir de ne pas perdre leur identité méridionale.

6. Conclusion

Quel est l'avenir de l'occitan? Est-il possible que cette langue puisse un jour se trouver en bonne santé? C'est-à-dire la normalisation de la langue est-elle possible? Est-ce possible qu'un jour l'occitan sera employé par toutes les couches sociales de la population et pour traiter tous les aspects de la vie quotidienne? Une autre renaissance est-elle possible, souhaitable? Pour le moment ces questions restent sans réponse. Selon Yves Barelli et al., si la tentative à un renouveau qui a lieu maintenant ne réussit pas, il n'y aura pas d'autres chances, l'occitan mourra de sa belle mort.

Selons certains, poussés par une sorte de darwinisme linguistique, il vaudrait mieux laisser mourir une langue, car c'est une mort naturelle. La langue en question ne mérite pas de survivre si elle n'est pas capable de se maintenir. D'autres disent que la mort d'une langue n'est pas naturelle, c'est un assassinat. Les locuteurs d'une langue dans un pays donné ont décidé de promouvir cette langue aux dépens des autre langues parlées dans ce pays. Parfois le résultat est la mort de ces langues. Cependant, le sort d'une langue minoritaire semble peu important comparé aux problèmes plus sérieux comme le chômage. En fait, il n'est pas question, dans le cas de l'occitan, de choisir de remédier le statut de la langue et négliger les autres problèmes du Midi. S'il est trop tard de restaurer l'occitan comme seule langue de l'Occitanie, il n'est pas trop tard de le promouvoir. Cette langue fait partie du patrimoine méridional, et par extention du patrimoine de toute la France; sa dispartion serait regrettable. Les langues régionales ont quelque chose à contribuer non seulement à la culture nationale, mais à la culture internationale, dans les domaines de la musique et de la litterature en particulier. La langue d'oc n'est pas un fossile, quelque chose qu'on étale dans un musée, mais une langue vivante. Aura-t-elle sa musique particulière à contribuer à une Europe unie ou disparaitra-t-elle? Cette question aussi est sans réponse pour le moment.

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