Patrick SAUZET (Université de Paris 8)

Vers un Service de la langue occitane en Languedoc-Roussillon.*

Les efforts individuels, collectifs ou institutionnels en faveur de la langue et de la culture occitane semblent rarement articulés à un objectif clair. Par objectif clair, j’entends un statut et une situation de la langue jugés à la fois souhaitables et possibles à établir.

Les visions de l’avenir qu’ont les militants et les acteurs culturels oscillent entre deux pôles:

- la résignation perçue comme réaliste à l’effacement de la langue,

- l’utopie linguistique.

De la première perspective relèvent diverses attitudes: militantisme du (dernier) témoignage , mise au second plan de la langue au profit d’une culture envisageable sans elle, déplacement de la revendication vers le francitan, l’accent, la parole sauvage en général, voire la francophonie (comme moindre mal roman).

De la seconde relèvent l’acharnement à la reconstitution du tissu dialectal hérité de l’occitanité rurale ou les vagues projets mal avoués d’imposition de l’occitan (de préférence sous une forme maximalement différenciée de toute autre langue humaine existante) après prise de contrôle des moyens de cette imposition.

Il est difficile d’agir avec efficacité et constance sans objectifs auxquels on puisse croire. Il me semble donc essentiel de proposer de tels objectifs aux promoteurs de l’occitan. Ou plutôt il m’apparaît que la définition de ces objectifs est une tâche essentielle de l’occitanisme. Une de celles qui conditionnent les autres. Je voudrais tenter d’y contribuer.

Prenons acte de ce que la reconstitution à terme envisageable d’une société majoritairement occitanophone est hors de portée. Mais tentons de ne pas en conclure que l’effacement social de la langue est la seule perspective qui en résulte. Ce qui peut être proposé c’est de viser à faire de l’occitan une langue dont la pratique, bien que minoritaire, soit pertinente pour une majorité de la population, visible et accessible à tous.

La pertinence collective de l’occitan peut résulter d’une politique de promotion de la langue au nombre des symboles identificateurs des régions ou Régions où on le parle.

On peut, dans cette lumière interpréter, la volonté récente de promouvoir des enquêtes statistiques sur la pratique de l’occitan par la Région Languedoc-Roussillon . Il s’agit bien sûr d’abord d’instruments destinés à éclairer une politique de l’occitan. Il s’agit aussi d’avancées longtemps attendues dans la connaissance de la situation de la langue . Mais une enquête contribue aussi à établir la langue (un recensement encore plus). Elle la pose, l’institue, pour les raisons mêmes qui expliquent la longue absence d’enquêtes de ce type. Meillet justifiait, contre Tesnières, l’absence de recensement linguistique en France en disant qu’on “ne peut songer sans ridicule à poser une question où l’on aurait l’air de mettre sur le même plan le français et un parler régional: il y a moins encore d’égalité entre les langues qu’entre les peuples.” Il avait raison. S’il ne met pas nécessairement “sur le même plan,” le questionnement pose au moins une certaine commensurabilité des pratiques linguistiques qu’il cherche à cerner. L’enquête introduit cette commensurabilité, pour ceux qu’elle interroge et pour ceux à qui ses résultats sont communiqués. Cet effet existe (avec une vitalité qu’il s’agit d’observer) quelle que soit la nécessaire rigueur avec laquelle on prend en compte les hésitations des enquêtés sur le statut de la langue qui fait l’objet de l’enquête (leur éventuelle dénégation, ou évitement de ce statut, inclus par exemple dans leur usage recensé du mot “patois”).

L’effet d’institution ne vient pas s’ajouter à la fonction d’éclairage de la situation comme une conséquence inessentielle, désirable ou non. Le fait de vouloir informer sa politique par une enquête suggère que cette politique cesse d’avoir pour objet le cercle des militants de l’occitanisme, ou la vague et intemporelle présence de la langue dans le patrimoine de la Région. Elle a pour objet des usagers réels et dénombrables de cette langue. On ne veut plus gérer des symboles mais des pratiques. Ou du moins des symboles articulés à des pratiques, ce qui semble une assez bonne définition d’une institution. Se demander qui parle donne un sens au fait de parler. A terme, l’enquête établit l’idée d’une question linguistique, et non d’une parole inscrite dans le paysage, que les mêmes peuvent tout aussi bien dire omniprésente et éternelle qu’abolie depuis longtemps. La présence quantifiée suggère un choix possible pour tous, inscrit, réalisé, dans des individus, non la sourde latence générale du patois.

La visibilité est aussi bien affaire d’action publique que de militantisme. Mais la visibilité ne s’identifie pas à la présence. Pour prendre un exemple simple et fréquent: les plaques de rues en occitan donnent-elles réellement une plus grande visibilité à la langue? Ce n’est trop souvent pas vraiment le cas. Le déficit est celui d’une explication (à la fois sur la signification, sur le contenu linguistique et sa manipulation: prononciation, sens...) qui aurait accompagné l’apposition desdites plaques. On aurait ainsi évité qu’on les croie écrite en portugais ou en latin, faute de l’explication du système graphique employé. De plus ces plaques sont souvent archéologiques (elles emploient, en le disant ou non, d’anciens noms, différents de ceux des plaques françaises). Le résultat est que seule la plaque française nomme effectivement, pratiquement. On peut demander aux PTT (et à tous ceux qui utilisent des adresses) de comprendre que “carrièira de la Pòsta” c’est “rue de la Poste”, plus difficilement que “carrièira del Potz dels Ases” c’est “Avenue Georges Pompidou” (les exemples sont fictifs, mais les cas réels de ce genre nombreux). A cet égard le parallélisme des deux langues sur une même plaque pratiqué dans certains quartiers de Sète me semble posséder une meilleure efficacité pédagogique, un meilleur effet de mise en circulation de la langue, que les plaques superbement ignorantes du français (par leur couleur, leur forme et leur contenu) qu’on voit parfois ailleurs et qui risquent en fait de rester elles-mêmes tristement ignorées. L’acte de simple témoignage (dont certains systèmes de ces plaques sont un exemple) est la traduction pratique de l’utopie impuissante.

Le point sur lequel je voudrais insister est celui de l’accessibilité. Cette notion articule en effet une conception de la langue et des choix de politique linguistique.

Du point de vue de la langue, le problème n’est pas de définir “ la ” forme linguistique qu’il faut promouvoir, mais de penser l’articulation de diverses formes linguistiques. La norme bien comprise joue un rôle dans cette articulation.

Toutes les formes de l’occitan sont bonnes. C’est un credo commun à beaucoup d’occitanistes. Par là est visée en général la diversité héritée de l’occitan, sa fragmentation dialectale. La hantise est d’apparaître censurer par une norme occitane les formes linguistiques locales. En fait cette hantise est largement fantasmatique: ce qui censure les pratiques traditionnelles, c’est la diglossie et donc le français. Les normes occitanes s’adressent à des locuteurs qui apprennent la langue ou, s’ils la savent déjà, en ont un usage conscient et plus ou moins cultivé. Si les tentatives normatives censurent quoi que ce soit, ce n’est pas la parole héritée, mais les fantasmes de restitution d’un tissu dialectal dont la texture était liée à un système d’organisation sociale et à des modalités de communication aujourd’hui abolis. Les isoglosses se sont faites au pas des hommes, des boeufs et des mules, pas des autoroutes, des ondes et des fibres optiques.

Mais je ne voudrais pas opposer des usages de l’occitan intégrant une norme à des usages attachés à reconstruire, serait-ce en la rêvant, la diversité des parlers locaux. Le problème n’est pas de déterminer la bonne motivation et de rejeter les autres. Il est facile de se donner un brevet d’actualité et de prise sur le monde en tirant sur la nostalgie, le passéisme, les fantasmes arcadiques... S’ils font parler occitan tant mieux et si certains y trouvent leur compte de plaisir linguistique, qu’ils l’y prennent. Je revendique même le droit de pratiquer à l’occasion nostalgie et passéisme. Mais je revendique aussi le droit à proposer d’autres modèles, organisés autour de l’accessibilité.

Toutes les formes de l’occitan sont bonnes. Je le répète. Mais j’élargis le sens de cette proposition: il ne s’agit pas seulement des formes locales authentiques dans leur spécificité héritée. Il s’agit aussi des mauvaises. Entendez des francisées, des imparfaitement acquises, des lexicalement pauvres ou phonologiquement déficientes. Toutes sont bonnes parce que c’est dans les appropriations imparfaites que se fait l’entrée dans la langue. Ce qu’il importe de faire, c’est de polariser cette nouvelle multiplicité. C’est le rôle de la ou des normes. La vieille diversité de l’occitan est ou était une diversité statique: chacun parle selon son lieu. Parfaitement selon son lieu, sans raison de changer. La nouvelle diversité est ou sera une diversité dynamique. Les locuteurs sont largement des apprenants (alors que le statut d’apprenant est spécifiquement un statut manquant dans l’ancienne diversité: le patois ne s’apprend pas il se sait ). De plus ce parler, objet d’apprentissage constant, est traversé de tensions variables: tensions vers le light (disons vers l’édulcoré) en situation informelle et au contact du français, tension normative/idiomatique en situation plus formelle et plus orientée vers le groupe occitanophone.

L’analyse sociolinguistique qui sous-tend les remarques qui précèdent est que l’occitan diglossique est une parole sans langue (instituée). La vitalité de cette parole qui a été longtemps remarquable, n’avait aucun rapport avec l’instauration de la langue. Cette dernière était systématiquement récusée au profit du seul français. L’occitan ne s’est donc conservé que par défaut. Les pratiques héritées de l’occitan (il devrait être inutile de répéter à quel point elles sont infiniment respectables évidemment et, en tant que linguiste, j’ajoute infiniment passionnantes) sont des destins linguistiques statiques. Leur seul horizon est la conservation (et l’évolution insensible) ou la disparition. Au moment où ces pratiques se trouvent plus menacées dans leur transmission que jamais, au moment surtout où elles ne constituent plus le destin linguistique unique de classes de la population (il n’y a plus de monolingues), l’occitan se trouve comme vidé de fonction sociale. Les marqueurs actifs sont du côté du français dans le champ duquel le francitan est une strate. L’occitan est une langue de trop. Cette perte de pertinence sociale peut être l’occasion d’un réinvestissement qui réussisse enfin l’institution en langue que l’inscription de la parole occitane dans un jeu de distinction dominé par le français a longtemps interdit. Il se peut que l’occitan devienne une langue possible aujourd’hui. Encore faut-il être capable de saisir cette possibilité (en sachant d’abord que c’est la fragilité même de la pratique de la langue qui l’ouvre).

L’occitan hérité, les dialectes, les patois déterminaient un système de places fixées (places sociales doublées de localisation géographique). La mobilité était toute du côté du français. Il en résultait que la diversité de l’occitan était statique. Le français possédait, et possède toujours, la diversité de l’échelle de distinction. Cette dernière diversité est par essence destinée à être parcourue et renouvelée: la distinction se recherche, et ceux qui la détiennent la déplacent pour la conserver.

On peut donc esquisser un champ de l’occitan qui est celui d’une normalité linguistique (si on considère le figement diglossique comme anormal: il est en fait résiduel d’une société prémoderne). Il ne manque aux usages de l’occitan ainsi définis que la vitalité. C’est-à-dire presque tout. Mais c’est en s’inscrivant résolument dans ce nouveau champ qu’on peut espérer la trouver. Ce champ de la nouvelle diversité de l’occitan (l’ancienne diversité n’est pas un champ mais une carte, où tout se vaut) peut se représenter comme suit:

normé

* | occitan scolaire | occitan heavy | | occitan light | - idiomatique *********************** + idiomatique | | | occitan hérité* | arguitan* |francitan* | * non-normé

* Ces usages sont des “badumes” au sens de Le Dû et Le Berre, des langues de parité.

En fait des zones seraient plus adéquates que des points pour situer les usages: il y a des francitans, des occitans hérités &c.

Je reprends les termes catalans (!) de light et heavy pour désigner des usages de la langue plus ou moins habités par le souci de la différenciation linguistique. J’invente “arguitan” (d’argot + occitan) pour désigner ces usages où les emprunts à l’occitan ne sont pas distingués des registres familiers, bas, vulgaires, argotiques du français, ceux pour qui “péguer” et “buter” ont même statut. Cet exemple est tiré de la pratique d’étudiants d’occitan qui ayant acquis “pegar”, ‘coller’ essaient ?“butar”, ‘tuer’. “Arguitan” et “francitan” sont un continuum de dégradation de la présence de l’occitan dont le schème ci-dessus envisage le retournement (le “retroussement” en termes lafontiens ).

Il faut noter la présence dans ce champ, comme objets ou comme pôles, de formes qui s’apprennent activement chacune à leur manière et à leur mesure: la norme et le francitan. Le francitan livre du lexique émotivement chargé, de la phonologie, de la syntaxe expressive. La norme définit basiquement de l’orthographe, de la morphologie, du lexique savant et aseptisé. En tant que les deux s’apprennent, ils ont vocation à interagir: ils peuvent être les assises d’une réactivation linguistique. Pourvu que soit, pour les relier, apprise la langue dans sa partie centrale: sa phonologie spécifique (en tant qu’elle diffère de celle du francitan), sa syntaxe, son lexique de base (ni savant, ni émotivement surchargé), pourvu que soit aussi transmis un système de références culturelles dont la littérature forme le socle. Notons qu’il n’y a pas (ou très peu) de concurrence norme / francitan alors qu’il y a une concurrence norme / usage local (qui peut très bien, qui doit, insistons-y, se résoudre par la dualité complémentaire des registres). Cette vision du champ où les actions de promotion de l’occitan opèrent permet de penser que des locuteurs apprennent une langue qu’ils puissent considérer comme leur langue. Le francitan, spontanément du côté de la non-distinction dans le champ du français peut être réinterprété du côté de l’authenticité dans le champ de l’occitan. C’est un point de greffe.

La norme est avant tout une forme de la langue destinée à être apprise. C’est une langue explicite: une norme par définition est décrite de manière exotérique et peut être reproduite. Sa retombée normale est le manuel de langue. Au contraire les formes héritées ne sont décrites fondamentalement que dans un but d’analyse linguistique et selon des modalités savantes. Elles sont opaques à leurs utilisateurs, tandis que l’usager d’une norme peut en général expliciter son savoir. La norme est aussi une langue légitime. Cela est souvent entendu négativement comme forme de langue “seule légitime”, invalidant les autres formes. Mais la lecture positive mérite qu’on s’y arrête du point de vue de ceux qui ont à acquérir une langue: l’occitan normé est un occitan possible pour tous. Si vous ne parlez pas l’occitan, voilà comment vous pouvez parler sans que personne ait à y redire.

Reste que le mot norme, techniquement utile et précis, est chargé de connotations négatives redoutables dans l’usage public. Il suggère contrainte, attention maniaque au détail, pièges et dictée de Bernard Pivot. Normalisation (qui ne désigne que l’établissement d’une situation normale pour l’occitan et ne réfère à la norme qu’indirectement comme un de ses instruments) est plus horriblement connoté encore. On y entend des bruits de chenilles de char. Normativisation est atrocement barbare. Il importe de donner à une ou plusieurs formes d’occitan destinées à accueillir les nouveaux locuteurs et à intégrer la pratique des autres un nom acceptable et si possible attractif. “Standard” ou “commun” ne me semblent pas satisfaisants, toujours pour des raisons connotatives. Je risque ici la proposition d’“occitan large” (‘occitan larg’) qui joue sur ‘larg’, “large” et “généreux” (en occitan classique). Large fait allusion à une échelle de communication, généreux à la fonction d’accueil, d’intégration de locuteurs. Je ne demande pas mieux que de retirer cette proposition au profit d’une meilleure. Mais la question de trouver une désignation adéquate à une forme de langue indispensable ne peut être évitée.

Il faut entreprendre de diffuser cet occitan large (ou de diffuser de l’occitan autour d’un axe d’occitan large). Il faut reprendre une production d’outils linguistiques: grammaires, dictionnaires. La politique d’aide au GIDILOC de la Région Languedoc Roussillon (rejointe par la Région Midi-Pyrénées) va dans ce sens. Cet organisme travaille sur le lexique de langue. Il s’est doté des outils de base: banque lexicale (50 000 entrées), banque de textes. Avec ces outils il a produit un livre de conjugaison exhaustif, l’équivalent du Bescherelle français, type même du livre usuel et pratique qui règle et permet l’usage de la langue. Cet ouvrage cherche un éditeur efficace (le GIDILOC n’est pas une maison d’édition). La banque de mots a été mise sur serveur minitel (avec ouverture à l’interactivité) pour explorer de nouveaux instruments d’accessibilité de la langue. Actuellement le GIDILOC prépare un dictionnaire basique français-occitan, pensé d’emblée comme un instrument d’entrée dans la langue (et non comme un outil spécialisé pour traducteurs). Concrètement cela signifie de mettre l’accent sur la définition et l’explication de la langue cible, l’occitan (usage, citations, prononciation, remarques grammaticales) plus qu’il n’est coutume dans ce type d’ouvrage.

Le soutien au GIDILOC est un soutien à la création d’outils de l’accessibilité de l’occitan. Le soutien à l’enseignement de l’occitan (enseignement public de la maternelle à l’université, Calandretas) est une autre dimension évidente du développement de l’accessibilité de la langue. Je ne le développe pas ici puisqu’il fait l’objet d’un chapitre spécifique de cet ouvrage.

Ce que je veux présenter, c’est une tentative pour instaurer un nouveau mode d’accessibilité de la langue. Une entreprise qui vise à faire émerger, à mesurer et à traiter le besoin de langue occitane dans la société. Il s’agit du Servici de la lenga occitana (SLO), mis en place conjointement par la Région Languedoc-Roussillon et l’Université Paul Valéry. Ce service s'est ouvert en janvier 1996.

Une politique linguistique cohérente peut être bâtie autour de la dimension d’accessibilité de la langue (les autres étant sa fonction symbolique et sa visibilité). Il faut définir une langue accessible et ses outils, multiplier les lieux et les formes de l’apprentissage. Il faut aussi permettre de transformer le désir, voire la simple velléité d’usage en usage. C'est la vocation du SLO. Il s’agit de traiter rapidement des demandes qui doivent pour l’essentiel, selon nos prévisions, être ponctuelles: mettre en occitan / mettre de l’occitan dans une raison sociale, une enseigne, un étiquetage, un document. Le service analyse aussi des demandes plus complexes pour les rendre efficaces. Il est important qu’une opération un peu plus lourde (l’utilisation de noms de rues occitans déjà évoquée, l’utilisation de l’occitan dans une structure culturelle musée, parc, établissement de loisir...) ne soit pas effectuée sans communication d’accompagnement raisonnée: explication sémantique / phonique, orthographique, mise en contexte... Le service s’appuie sur les compétences réunies à l’Université Paul Valéry (section d’occitan et URA 1052 du CNRS) et sur le GIDILOC. Il est doté de moyens propres, légers et autonomes (locaux universitaires et financement par la Région).

Les objectifs de ce service sont donc de faciliter l’usage ponctuel et de rendre réfléchis les usages plus construits. Son fonctionnement s’inscrit dans la dynamique des usages évoquée.

Envisageons dans ce champ la question de l’occitan écrit. Il faut penser à ce que la graphie est opaque, savante. La graphie occitane tend vers la norme (par son indifférence au localisme, son phonologisme). L’obstacle est double: il rend la reconnaissance par les usagers naturels difficile, il rend la restitution des formes lues par les non-locuteurs aléatoire. Cette tension vers la norme est positive parce qu’elle polarise le champ (au lieu de le replier sur l’oralité, de clore le patois ou le francitan sur lui-même). Mais elle demande une pédagogie pour être lisible / visible (qu’on ne la prenne pas pour du portugais, du latin ou de l’espéranto). Cela signifie qu’il faudra toujours penser à donner le mode d’emploi de l’occitan écrit. Il faudra parfois aussi renoncer à la norme graphique pour passer. Il faut penser aussi à favoriser l’emploi oral qui lève cet obstacle (les messages enregistrés par exemple).

Je joins le document par lequel le service fait connaître son existence. J’ai donné les raisons qui me conduisent à penser sa création utile et les perspectives qu’il peut se donner. Ce service est un pari et une expérience. J’espère pouvoir bientôt en tirer des leçons: ce service permettra au moins de nous faire une idée plus claire de la demande de langue occitane dans le public.

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Références:

Gardy, Philippe & Etienne Hammel, 1994, L’occitan en Languedoc-Roussillon 1991, Perpignan, El Trabucaire, 204 p.

Héran, François, 1993, “L’unification linguistique de la France”, Population et sociétés, 285, 4p.

Lafont, Robert, 1984, “Pour retrousser la diglossie”, Lengas, 15, p.5-36.

Le Dû, Jean & Yves Le Berre, éds. et préfaciers, (à paraître) Badumes, standards, normes. Actes du colloque de Brest (juin 1994), Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UA 374 CNRS), Université de Bretagne Occidentale.

Meillet, Antoine, 1928, Les langues dans l’Europe nouvelle (avec un appendice de Lucien Tesnières: Statistique des langues de l’Europe), Paris, Payot, 495 p., carte hors texte.

Sauzet, Patric, 1987, “Delai de la diglossia. Per un modèl mimetic del contacte de lengas”, Lengas, 21, p. 103-120. Sauzet, Patrick, 1988a, “L’occitan: langue immolée”, in Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, sous la direction de Geneviève Vermès, L’Harmattan, Paris, p. 208-260. Sauzet, Patrick, 1988b, “La diglossie, conflit ou tabou?”, La Bretagne linguistique, Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UA 374 CNRS), Université de Bretagne Occidentale, vol.5, 1988-1989, p. 1-40. Sauzet, Patrick 1988/90 “Occitanisme et mutations sociologiques” intervention au colloque de la revue Amiras/Repères occitans: Sud, différences, mutations, Montpellier, février 1988 (“Occitanisme e mutacions sociologicas”, Estudis occitans, n°7, 1990).

Sauzet, Patrick 1994 “Paradis et parité, ou De la coquetterie linguistique” intervention au colloque Badumes, standard, norme: le double jeu de la langue, 2-5 juin 1994 Université de Brest (à paraître dans les actes du colloque, édités par Jean Le Dû et Yves Le Berre).

DOCUMENT: Texte de présentation du Servici de la Lenga Occitana. (version provisoire)

Selon un sondage de 1991, 48% de la population régionale comprend plus ou moins l’occitan, 20% le parle bien et 55% est favorable au développement de l’emploi de l’occitan.

Si vous voulez COMMUNIQUER EN OCCITAN, la Région Languedoc -Roussillon et L’Université Paul Valéry-Montpellier III vous proposent, pour vous aider: le SERVICE DE LA LANGUE OCCITANE

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Un mot ou mille mots, une action ponctuelle ou une opération complexe, dans le respect de vos choix d’utilisation, vous voulez COMMUNIQUER EN OCCITAN:

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COMMUNIQUER EN OCCITAN, c’est par exemple: - employer les noms traditionnels des lieux (villes, villages, hameaux, rues) ou en inventer de nouveaux (opérations d’urbanisme, nouvelles zones résidentielles), - faire connaître le patrimoine (noms de plantes dans un sentier botanique, noms des objets et des techniques dans un musée local), présenter le patrimoine dans la langue du pays (plaquettes d’information, cassettes, vidéogrammes, bornes d’information). - utiliser la langue occitane dans la vie quotidienne: indications, signalisation, enseignes, documents commerciaux (menus, noms de produits, publicité)(pour commencer nous vous offrons ci-joint un panonceau DOBÈRT/BARRAT, lisez “doubèrt”, “barrat” et comprenez “ouvert/fermé”) - faciliter l’usage de la langue (comment ça se prononce, pourquoi ça s’écrit comme ça?). Segon una enquèsta de 1991, 48% de la populacion regionala entendon mai o mens l’occitan, 20% lo parlan ben e 55% de la populacion son favorables al desenvolopament de l’emplec public de l’occitan.

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