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                          Djemmame Mohammed El Aziz

                                                  Le Chemin de l’Albatros


::Hommage à Aziz Djemame

Du jazz constantinois…

Qui ne se souvient pas de la révolution Sinouj, ce groupe constantinois emmenné par un batteur époustoufflant, Aziz Djamame et ayant su marier à merveille world music, Jazz et Malouf. D'ailleurs, ceux qui ont pu assister aux concerts proposés par la Délégation Wallonie-Bruxelles pendant le dernier Festival culturel européen à Alger, Oran, Boumerdès et Constantine qui réunissaient le Trio de " l'Âme des poètes " et le groupe " SINOUJ " ont vécu des soirées de vraie et forte émotion grâce aux magnifiques expressions métissées de Aziz, Larbi, Kherredine, Amar, Pierre, Jean-Louis et Fabien. Et personne ne pouvait imaginer que ces concerts seraient les derniers où le public pourrait partager l'enthousiasme du génial animateur du groupe SINOUJ. En effet, le 23 juillet dernier Aziz s'est éteint. " Il a rejoint le paradis des bâtisseurs de paix et d'harmonie, laissant ses amis de Constantine, de l'Algérie entière et de tous les pays où le langage universel de la musique l'avait amené à nouer des contacts, dans un terrible désarroi ". C'est en ces termes que les réprésentants de la Délégation Wallonie-Bruxelles décrivent la disparition de Aziz le Jazzman. Ils invitent dans ce sens " tous ses amis, les amis du jazz, de la musique, de la culture à partager au cours d'un concert organisé en collaboration avec l'office ryadh el Feth et de l'Association Limma demain soir à la salle Ibn Zeidoune cet amour pour la musique, Il est vrai que l'entrée sera gratuite, mais une collecte de dons de sympathie sera organisée dont le produit sera remis à la famille d'Aziz. Un hommage qui réunira dans une formation inédite des musiciens du groupe Sinouj et de L'âme des poètes " : Kherredine Dekhal, Amar Zahi, Fabien Degryse et Jean-Louis Rassinfosse, ses compagnons dans cette aventure musicale inédite. En effet, Sinouj est une expérience musicale naissante, initiée par le batteur Aziz en 1999, en collaboration avec un luthiste constantinois Hichem Achi. Le groupe prend forme en l'an 2000 et depuis, le flux de musiciens algériens et tunisiens et l'arrivée d'un saxophoniste espagnol n'ont cessé d'enrichir le groupe. Ils ont fait de de Constantine une ville du jazz, avec un festival que Aziz voulait annuel et incontournable. Dieu seul sait tous les efforts qu'il a fournis, toutes les portes qu'il a dû défoncer pour réaliser le dernier Dimajazz auquel des jazzmen de renommée internationale ont répondu présents, grâce à Aziz et à ses compagnons. Le festival promettait des jours encore plus fabuleux, avec d'autres grands noms du jazz et des moyens encore plus développés. L'édition de 2006 devait d'ailleurs avoir lieu au Théâtre de verdure, encore en construction, dans la ville de Constantine. Sinouj était composé de trois Algériens (Aziz à la batterie, Kheirreddine à la guitare et Zahi à la basse), un Tunisien (Sofiane à la tabla et au piano) et un Espagnol (Hernadez à la trompette). Ce métissage de culture a donné naissance à un jazz très recherché, emprunté du malouf constantinois et des rythmiques du Grand Sud algérien.Unis comme les cinq doigts de la main, les musiciens ont remarquablement présenté Chakti, Olé de John Coltrane, Imzad et Ket. Il développèrent un répertoire de musique classique arabo andalouse ainsi que d'autres genres musicaux inspirés du terroir et aussi d'autres avec une touche maghrébine. Quoi de plus normal car le groupe par ses membres a rassemblé toutes les influences tells que l'afio, le Funk et bien sûr le jazz. Sinouj a pu séduire le public. Cette formation n'a eu de cesse de faire parler d'elle grâce à ces participations internationales ainsi que ces collaborations avec les plus grands musiciens.

       

Né sous le signe du verseau le 06 février 1971 à Jijel, Aziz Djemmame grandit à Constantine au sein d’une famille de lettrés au nom respecté dans les milieux de médecine. Il suivra lui-même des études de médecine qu’il interrompit en cinquième année une fois sa vocation musicale parvenu à maturité. Une vocation révélée pourtant sur le tard mais qui ne manqua guère d’exploser tout de suite en 1994 avec la création de Carpe Diem, son premier groupe de variété. Carpe Diem tournera jusqu’à 1998 à travers les grandes villes d’Algérie mais aussi en Tunisie offrant à Aziz l’occasion de forger sa personnalité artistique et découvrir le jazz qui va le pousser à franchir une nouvelle étape dans sa carrière. A ce moment, Aziz est considéré déjà comme une référence dans le milieu musical de Constantine grâce à ses performances remarquées sur sa batterie et son style complexe inspiré des techniques développés par Jeff Porcaro, Dave Weckl et Steve Gadd. Son idéalisme inné demeura une manière d’être sans pour autant altérer sa perception de sa condition et celle de l’artiste en général dans une Algérie qui a peu d’estime pour elle-même et pour la musique.

 

Une fois la page de Carpe Diem tournée, il n’hésita pas à rejoindre Gadfly, un groupe de Métal prometteur qui en l’espace de quelques mois allait s’illustrer notamment au cours du premier festival de rock d’Annaba organisé en août 1999. La dynamique enclenchée autour de cette formation et grâce aussi aux amis des groupes : Entropy, Kyrat et quelques uns de l’ex  Carpe Diem, allait pousser à la création d’une association au nom de Limma. Limma deviendra plus tard un espace riche d’expériences pour Aziz et un outil inégalé pour se prendre en charge et servir son idéal musical.

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Toujours au cours de cette fin d’année 1999, Aziz achève la composition de six morceaux de jazz fusion et entre en studio pour l’enregistrement d’une maquette. A ce moment, le projet Sinouj est déjà élaboré dans sa tête et va être axé sur des éléments de Carpé Diem. La prétention artistique s’affirme à travers la tentative de projection du Malouf dans l’universalité grâce aux voix multiples du jazz, ajoutée à cela une appropriation des rythmes targuis qui va donner des compositions originales. Entre temps, il prend part avec Limma, à l’organisation du premier événement consacré aux groupes locaux de rock et de Rap intitulé Festival Krikri qui a lieu en mai 2000.

L’expérience inédite de Sinouj va former, par ailleurs, un tournant dans la carrière de aziz. Les participations se multiplient et vont s’étendre jusqu’à Tabarka ou le groupe fait des apparitions remarquées au Festival Off en 2000 et en 2001. C’est aussi au cours de ce festival tunisien que Aziz va faire une rencontre qui sera décisive, avec Fabrizio Cassol, saxophoniste et compositeur génie du groupe belge, Aka Moon. Comme ce dernier l’expliquera lui-même dans des interviews réalisées en Algérie, d’autres rencontres suivront et vont permettre la naissance d’une grande amitié entre le maître et l’élève pour aboutir à des projets ensemble autour de la passion : le jazz.

Une année après la réussite du festival Krikri, Limma récidive cette fois en organisant un festival d’envergure internationale et crée l’événement musical de l’année en produisant Gnawa Diffusion. Aziz est derrière cette prouesse et trime comme ses collègues organisateurs pour passer les obstacles et réussir le Limma Festival 2001.

établi par la suite à Tunis, il entreprend de réaliser des ateliers de formation en collaboration avec la délégation culturelle Wallonie Bruxelles, et fait venir Fabrizio en mars 2002 avant de passer à une vitesse supérieure en organisant l’événement « Couleurs Jazz », avec la participation de jazzmen belges. Cet événement combinant concerts et ateliers de formation est devenu par la suite un rendez vous annuel.

Sur le plan professionnel, Aziz affirme son attitude perfectionniste et dirige une nouvelle version de Sinouj travaillant avec des musiciens d’Algérie, de Tunisie et D’Espagne avec les quels il anime une émission TV, « Ahla Sinin ». C’est aussi au cours de cette année 2002 qu’il va effectuer son premier voyage en inde ou il va découvrir le système musical Karnatique en étudiant chez le maître Shiva Raman qu’il a rencontré avec Fabrizio Cassol.

En 2003, Aziz rentre en Algérie et entreprend de réaliser de nouveaux challenges. Il est sélectionné d’abord dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, ce qui va lui permettre de participer au festival Onze. Il prendra aussi part à des master classez jazz en Belgique et met sur les rails la première édition du Majazz, premier festival international de jazz à Constantine organisé par Limma. Alger aura sa part de cette générosité en accueillant en novembre deux concerts du Zawinul Syndicate organisés par Aziz avec d’autres collaborateurs. L’événement est monumental.

Avant de souffler, Aziz part en France ou il va effectuer un long séjour et entreprend des contacts en vue de l’organisation de la deuxième édition du Majazz qui va devenir Dimajazz. La barre est placée un peu plus haut avec un plateau plus riche cette année grâce à la participation de pointures telles Print, Nelson Veras et surtout Aka Moon. Durant 2004, il va effectuer son deuxième voyage en Inde pour parfaire ses connaissances rythmiques et étudier le sens spirituel de la musique.

Parallèlement, il joue avec Sinouj sur plusieurs scènes en Algérie, en Tunisie, en France et en Belgique. En attendant la sortie de l’album, Sinouj se forge une personnalité et Aziz devient incontournable dans les médias, radios et télévisions, quand il s’agit de parler du jazz.

Jouissant désormais d’une confiance dans ce milieu, il décroche l’exclusivité pour la commercialisation du nouvel album de Karim Ziad en Algérie et organise par le biais de sa nouvelle boite « Yam production » la tournée « Chabiba » en novembre 2004. Juste après, il replonge dans la préparation de la version 2005 du Dimajazz soutenant un rythme infernal de travail. Le rendez vous bénit des constantinois est une nouvelle fois une grande réussite, comme souligné par les médias qui ont fait une large couverture de l’événement.

A peine une semaine après la clôture, Aziz emmène Sinouj sur les pas du trio belge, « l’âme des poètes », pour une tournée organisée dans le cadre du festival européen. Il effectuera un dernier voyage à Tunis et de retour il est rattrapé par une grosse fatigue. Il était en train de concevoir l’affiche artistique de l’édition 2006 quand une maladie foudroyante l’emporta tragiquement

le 23 juillet 2005   

                                                 

                         Nouri Nesrouche                        (Journaliste)