L'HISTOIRE DU CONFLIT EN IRLANDE DU NORD
ET SES CONSEQUENCES ACTUELLES
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Voici une rapide explication au conflit en Irlande du Nord, extraite d'un travail personnel pour un exposé:
I - L'HISTOIRE D'UN CONFLIT INTERCOMMUNAUTAIRE
II - LE COMPROMIS HISTORIQUE DU 10 AVRIL 1998
III - L'IRLANDE DU NORD FACE A LA COMMUNAUTE EUROPEENE.
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Petit lexique des organisations paramilitaires:
- IRA: Irish Republican Army (provisional), Catholique
- LVF: Loyalist Volunteer Force, Protestante
- UDA/UFF: Ulster Defence Association/Ulster Freedom Fighters, Protestante
- UVF: Ulster Volunteer Force, Protestante
- INTRODUCTION
La société irlandaise est marquée par une division religieuse historique. L'Ulster a retrouvé depuis le 10 avril 1998 son autonomie et un égalitarisme digne d'un pays défendant les droits de l'homme. Mais pour y parvenir, la marche a été longue. Dans cette région de 1,57 millions d'habitants, dont 54% de protestants et 42% de catholiques, la guerre civile fait rage depuis de nombreuses décennies. Outre le fait que cette guerre a pour objectif l'indépendance, elle est surtout un combat des cahtoliques pour le rétablissemznt de leurs droits civiques. Cette lutte a fait sur les trente dernières années, 3 168 morts et 32 500 blessés.
Afin d'expliquer les raisons de cette opposition entre catholiques et protestants, il convient dans un premier temps de nous intéresser à l'histoire de ce conflit intercommunautaire. Nous verrons dans un second temps l'accord historique du 10 avril 1998 offrant à l'Irlande du Nord une perspective de paix à plus ou moins long terme. Enfin, nous étudierons le rôle dont dispose la Communauté européenne dans un tel conflit.
I - L'HISTOIRE D'UN CONFLIT INTERCOMMUNAUTAIRE
1.1. Une suprématie protestante datant de la bataille de la Boyne
A partir du XVIe siècle, l'Irlande perd peu à peu son indépendance et devient une possession anglaise. Lutte à la tête du royaume entre Jacques II (catholique) et Guillaume d'Orange (protestant), venu de Hollande et ayant les faveurs des anglais anglicans depuis Henri VIII.
Arrivée sur le trône de ce dernier en 1688, obligeant Jacques II à fuir en France. Il revient en Irlande en mars 1689 pour combattre avec son armée près de 10 000 anglais envoyés par Guillaume. Les deux armées convergent vers la vallée de la Boyne le 1er juillet 1690. Evitant de peu la déroute, Jacques II doit à nouveau s'enfuir vers l'exil en laissant les restes de son armée. Cette bataille historique l'écarte définitivement du trône.
Par la suite, le Parlement irlandais vote une série de lois destinées à opprimer les catholiques et à les priver de tout pouvoir: interdiction du port d'armes, d'acquisition ou d'héritage de terres, d'envoi de leurs enfants sur le continent pour leur donner une éducation catholique.
Pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, les classes possédantes et marchandes, dont la prospérité allait croissant, prennent des habitudes de plus en plus dispendieuses, alors que la majorité catholique devient de plus en plus pauvre.
1.2. La rébellion de Wolfe Tone
La chute de la monarchie en France, après 1789, excite l'imagination des protestants et des catholiques irlandais qui croient à des formes de gouvernement plus démocratiques. Le chef de cette opposition croissante est un jeune avocat, Theobald Wolfe Tone, qui veut faire tomber les barrière religieuses et politiques qui se dressent en travers de la voie menant à une Irlande authentiquement unie. Il est l'inspirateur d'un mouvement de masse que l'on appela la Société des Irlandais Unis.
En 1793, une loi importante favorable aux catholiques est votée. Elle leur donne le droit de vote sur les mêmes bases que les protestants et les rends éligibles pour toutes les fonctions autres que les fonctions suprêmes du pays. Cette concession pousse Wolfe Tone à réclamer des réformes plus profondes. Son mouvement se fait de plus en plus révolutionnaire à mesure que les catholiques, désespérant de voir s'imposer des réformes constitutionnelles, rejoignent ses rangs.
En 1795, plusieurs escarmouches entre des bandes armées de catholiques et des fermiers protestants , dans le sud de l'Ulster, font planer une sérieuse menace sur les projets de Wolfe Tone qui espérait une coopération entre les deux groupes. De ces heurts nait la Société des Orangistes, une organisation paramilitaire résolue à préserver la suprématie protestante.
Après une vague de répressions dont le point culminant coïncide avec l'arrestation de plusieurs membres éminents des Irlandais Unis à Dublin, incitent Wolfe Tone et ses partisans à déclencher une rébellion en 1798. Ce n'est pas une lutte religieuse mais une lutte dans le but d'instaurer un nouvel ordre socila et politique. Les forces gouvernementales, secondées par les Orangistes, écrasent avec férocité la révolte. Une escadre britannique intercepte Wolfe Tone et 3 000 soldats français qui revenait en Irlande. Condamné à mort, Wolfe Tone se suicidera en prison.
1.3. L'Acte d'union
Le 1er janvier 1801, l'Acte d'union entre en vigueur et fait de la Grande-Bretagne et de l'Irlande un Etat unique, le Royaume-Uni, accordant à l'Irlande une représentation de 100 membres au Parlement impérial. L'Acte d'union allait porter les problèmes politiques, économiques, sociaux et religieux de l'Irlande au coeur de la vie politique britannique et les questions irlandaises, tout comme les membres irlandais du Parlement, ont contribué à faire tomber de nombreux ministères tout au long du XIXe siècle.
L'union n'apporte toutefois pas la paix.
Outre ces luttes politiques, les Irlandais vont devoir faire face à la grande famine entre 1845 et 1848. Au total, plus de 750 000 hommes, femmes et enfants irlandais succombent aux effets de la famine et plus d'un million émigrent outre-atlantique.
En 1868, le premier ministre William Ewart Gladstone, fraîchement arrivé au pouvoir, entreprend une "mission pour la pacification de l'Irlande" en faisant voter le désétablissement de l'Eglise d'Irlande (anglicane) en 1869.
1.4. Le Home Rule
Jusqu'au début du XXe siècle, le gouvernement britannique dirige l'Irlande dans un esprit tantôt autoritaire, tantôt conciliateur, dans l'espoir de détourner les autochtones du Home Rule. Par cette expression, popularisée par Isaac Butt, un avocat de Dublin élu en 1871 au Parlement britannique afin d'y prendre la tête de la "Ligue du Home Rule", on entendait un parlement fédéral et un pouvoir exécutif séparés pour l'Irlande, subordonnés au Parlement de Londres. Butt était un nationaliste modéré et constitutionnel, dont le parti remporta plus de 50 sièges à Westminster en 1874.
1.5. Un début de siècle marquant le renouveau du nationalisme
A mesure que la probabilité du Home Rule paraissait s'estomper, beaucoup de jeunes irlandais adhérèrent à des organisations révolutionaires qui vénéraient Wolfe Tone. Les plus importantes étaient:
- Le SINN FEIN, fondé par Arthur Griffith en 1905 afin de promouvoir une "Irlande irlandaise" unie et libérée de l'exploitation économique des Britanniques.
- l'IRISH SOCIALIST REPUBLICAN PARTY (le parti socialiste républicain irlandais), dirigé par James Connolly qui était à la fois socialiste et séparatiste.
- l'IRISH REPUBLICAN BROTHERHOOD (Fraternité Républicaine Irlandaise).
A partir de 1910 et après deux élections générales, le ministère Asquith (libéral) s'aperçoit qu'il lui faut le soutien du parti irlandais uni de John Redmond. Il soumet au Parlement de Westminster, après des discussions prolongées, un projet de loi sur le Home Rule.
Durant cette période, les Volontaires d'Ulster (protestants) commencent à s'armer. En 1913, une série de conflits industriels à Dublin est à l'origine de heurts violents entre la police et les grévistes et incitent Connolly et son adjoint, James Larkyn, à fonder l'Armée des Citoyens Irlandais, afin de protéger les travailleurs contre les charges à la matraque. Pour répondre au mouvement des Volontaires d'Ulster, les nationalistes forment les Volontaires Irlandais.
Ce n'est que le troisième projet de loi sur le Home Rule qui est adopté en 1914. Toutefois, le ministère Asquith en diffère son application jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Armée et pleine de défis, l'Ulster protestante bénéficie d'un répit politique. Mais ses chefs, Sir Edward Carson et James Craig, avaient dores et déjà transformé le Conseil unioniste d'Ulster en gouvernement provisoire prêt à fonctionner dès l'instant où le Home Rule entrerait en vigueur.
Le détournement des énergies britanniques au profit de l'effort de guerre précipite le dénouement de la révolution irlandaise. Les Volontaires Irlandais, non contents de fêter les victoires allemandes, accélèrent leur campagne contre la conscription. Un de leurs chefs, Sir Roger Casement, se rend en Allemagne afin d'y solliciter une aide militaire.
1.6. Le soulèvement de Pâques et le triomphe du Sinn Fein
La crainte de la conscription et la ferveur envers la cause d'une rébellion qui purifierait la nation par le sang poussent Pearse, Connolly et Casement ainsi que d'autres nationalistes à préparer une insurrection pour le printemps 1916. L'IRB s'était si bien infiltrée parmi les Volontaires Irlandais que Eoin MacNeill, un des meneurs des Volontaires Irlandais, n'entend parler du soulèvement qu'à la vieille de la date fixée. Il promulgue en vain des ordres annulant les manoeuvres de Volontaires décrétées par Pearse le dimanche de Pâques, le 23 avril 1916. Après une lutte acharnée, les rebelles proclament la République d'Irlande le lundi de Pâques. Occupant diverses positions stratégiques dans la capitale, ils sont à deux doigts de prendre le château de Dublin. Pendant cinq jours, jusqu'au 29 avril, date à laquelle Pearse donne l'ordre de se rendre, les Volontaires et l'Armée des Citoyens résistent aux forces britanniques supérieures en nombre.
Le soulèvement est avant tout l'oeuvre du prolétariat et de la petite-bourgeoisie, ayant à leur tête une élite intellectuelle. Il marque également la fin d'une époque de problèmes agraires et d'agitation constitutionnelle de la part de la bourgeoisie catholique, soutenue par la hiérarchie irlandaise. Sur place, l'opinion publique est d'abord horrifiée par cette rébellion, mais en précipitant le procès et l'exécution de Pearse et de quatorze autres dirigeants, les autorités britanniques s'aliènent de nombreux nationalistes modérés. Des centaines d'insurgés sont déportés en Angleterre et au Pays de Galles. Casement, jugé pour trahison, est pendu et des milliers de recrues viennent secrètement grossir les rangs du Sinn Fein.
Aux élections de 1918, le Sinn Fein remporte une victoire éclatante. 73 de ses candidats sont élus. Ils refusent d'aller siéger au Parlement de Westminster. Eamon De Valera, président nouvellement élu du gouvernement provisoire, s'évade de prison en avril 1919 et parvient à gagner l'Amérique pour y réclamer le soutien des émigrés irlandais.
1.7. Une guerre anglo-irlandaise débouchant sur la création de la République d'Irlande
L'armistice, qui en novembre 1918, met un terme à la Première Guerre mondiale, n'apporte pas la paix en Irlande.
Lorsque les Britanniques tentent d'abolir le gouvernement provisoire, la lutte armée éclate entre l'Armée républicaine irlandaise (l'IRA, bras militaire du Sinn Fein) et le Royal Irish Constabulary (les forces de police du gouvernement officiel, renforcées par l'armée régulière et quelques unités auxiliaires. De part et d'autre, de brutales représailles jalonnent une guérilla au cours de laquelle la distinction entre les tués dans le feu de l'action et les meurtres de sang-froid ne tarde pas à s'effacer.
De son côté, Michael Collins, membre du Sinn Fein, organise une campagne de terreur contre les ennemis de son parti. Les atrocités perpétrées entre 1919 et 1921 émeuvent l'opinion publique tant en Grande-Bretagne qu'en Amérique et l'on fait pression sur le ministère de Lloyd George pour qu'il mette fin aux hostilités.
Les pourparlers officiels entre le Sinn Fein et les membres du gouvernement de Londres commencent en juillet 1921. Au bout de cinq mois de pénibles négociations, le 6 décembre 1921, Griffith et Collins, les deux principaux délégués du Sinn Fein, acceptent les termes du traité de Downing Street établissant un Etat libre d'Irlande, calqué sur le dominion du Canada et prêtant allégeance à la couronne britannique. Les six comtés d'Irlande du Nord sont provisoirement exclus de ce traité, ratifié par le Parlement irlandais le 6 janvier 1922.
Malgré cela, les membres du Sinn Fein se divisent: les modérés se contentent du statut de 1921 et accèptent de rester dans le Commonwealth britannique; les extrémistes du parti de Eamon De Valera demeurent intransigeants et continuent à lutter pour une république d'Irlande indépendante. Leur agitation terroriste ne prend fin qu'en mai 1923. Mais 9 ans plus tard, De Valera arrive au pouvoir, le parti qu'il a récemment fondé, le Fianna Fàil, venant de conquérir la majorité parlementaire.
Il déclare que l'Irlande, l"Eire", est une république souveraine et indépendante, associée, pour ce qui est de sa politique extérieure, avec les Etats de l'Empire britannique, déclaration unilatérale que la Grande-Bretagne n'acceptent pas, ni ne repoussent formellement. La constituion que De Valera fait voter le 1er juillet 1937 institue 3 pouvoirs:
- le PARLEMENT, composé d'une chambre des députés, le Dail (147 membres élus au suffrage universel) et un Sénat (60 membres, représentant les intérêts professionnels).
- le PRESIDENT de l'Etat est élu au suffrage universel
- le PREMIER MINISTRE, chef du gouvernement est nommé par le Président sur proposition du Dail.
Chef du gouvernement sans interruption à partir de 1932, De Valera reste au pouvoir jusqu'en 1948. Durant le conflit mondial de 1939-1945, il s'abstient d'associer l'Irlande à l'effort de guerre de la Grande-Bretagne et de ses dominions et s'applique à maintenir l'Eire dans une stricte neutralité. Le 2 décembre 1948, le Dail approuve le projet de loi supprimant les relations avec la couronne britannique et la république est officiellement proclamée le 17 avril 1949.
1.8. Un conflit s'enlisant dans la guérilla urbaine
Les années 60 marquent un cap et font évoluer la situation. En effet, durant ces années, le monde entier semble connaître une certaine "révolution" sociale (événements aux Etats-Unis avec Martin Luther King, contestations ouvrières et étudiantes en France). Ces mouvements vont faciliter une prise de conscience devant les discriminations sociales et politiques dont sont victimes les catholiques nord-irlandais.
Début octobre 1968, les catholiques vont passer outre les interdictions du gouvernement et organiser des manifestations pour protester contre les injustices perpétrées par l'Etat à leur égard. Cela aboutit à de nombreux affrontements entre marcheurs et policiers. A mesure que les mois passent, l'IRA, qui avait été officiellement dissoute en 1962, se réorganise et devient au fur et à mesure une force populaire des catholiques. C'est à partir des années 70 que l'IRA est véritablement opérationnelle et commence sa lutte armée en Irlande du Nord et en Angleterre.
Les loyalistes (protestants nord-irlandais) décident d'organiser des contre-manifestations après octobre 68. La confrontation devient alors la règle et les embuscades armées se font de plus en plus fréquentes. Devant l'incapacité des autorités à rétablir l'ordre, Londres prend, en août 1969, la décision d'envoyer l'armée britannique en Irlande du Nord. A l'origine sa mission est de protéger la minorité catholique des attaques protestantes. Mais l'escalade rapide de la violence républicaine va retourner cette armée contre les catholiques. En 1971 est mis en place l'internement. Cette loi permet d'emprisonner des membres présumés de l'IRA sans aucun procès.



Quelques unes des plus célébres affiches de l'IRA
En 1972, à Derry, 13 manifestants sont tués par balles par les soldats britanniques alors qu'ils participaient à une marche interdite pour les droits civiques. Cette journée est appelée le "Bloody Sunday" ou Dimanche Sanglant. L'opinion publique est marquée et de violentes manifestations anti-britanniques déferlent sur tout le pays. C'est à cette période que l'IRA reprend sa campagne d'attentats en Grande-Bretagne.
Cette dernière, ainsi que la République d'Irlande et les partis modérés d'Ulster vont chercher des solutions au conflit. Cela débouche sur l'accord de Sunningdale (1973) puis sur l'accord d'Hillsborough (1985). Malheureusement les tentatives de paix échouent, condamnées par les factions extrémistes unioniste et nationaliste. En effet, les unionistes excluent le partage du pouvoir et le droit de regard irlandais tandis que les nationalistes refusent le maintien de la partition. En 1986, le Sinn Fein met un terme à sa politique abstentionniste de paix et cherche à se réintégrer dans le circuit politique normal.
Gerry Adams, leader du Sinn Fein
De 1993 à 1996, des cessez-le-feu, autant du côté de l'IRA que du côté des protestants, sont mis en place et des discussions s'engagent. Après avoir repris une lutte armée en 1996, l'IRA rétabli une trêve tandis que les paramilitaires protestants affirment avoir renoncé à la violence.
Un accord est alors signé le 10 avril 1998, mettant fin à presque 30 ans de lutte.
II - LE COMPROMIS HISTORIQUE DU 10 AVRIL 1998
2.1. L'accord du "Vendredi Saint"
Cet accord marque un tournant dans l'évolution de la situation en Irlande du Nord et ce, dans plusieurs domaines:
- les principales parties au conflit acceptent dorénavant de mener leur lutte de façon pacifique et dans le cadre d'institutions démocratiques.
- les nord-irlandais retrouvent les moyens de s'administrer eux-mêmes par l'intermédiaire d'institutions réformées pour assurer un traitement équitable aux deux communautés.
- les autorités irlandaises et nord-irlandaises auront un forum pour se consulter et développer des politiques communes.
Les gouvernements de Dublin et de Londres accepent donc de coordonner leurs politiques envers l'Irlande du Nord. Dans l'ensemble, l'accord représente un compromis: l'abandon de la lutte armée par les nationalistes en échange d'une plus grande intégration des deux parties de l'île par les loyalistes.
L'accord de paix a trouvé un soutien important du peuple: il a recueilli l'appui lors de référendums dans leux deux parties de l'île de 71% des votants en Irlande du Nord (94% en Rép. d'Irlande).
2.2. Les principales institutions nées de cet accord
- L'ASSEMBLEE: l'assemblée nord-irlandaise compte 108 sièges dont les membres sont élus à la proportionnelle. L'assemblée et son exécutif ont compétence dans six domaines: agriculture, éducation, environnement, développement économique, finance, santé et sécurité sociale. D'autres domaines, par exemple justice et police, pourront être délégués ultérieurement par Londres. L'assemblée et son exécutif sont régis par de multiples règles visant à garantir la participation de partis représentant les deux grandes options (catholique/nationaliste et protestante/loyaliste) et à empêcher que des décisions importantes puissent être prises sans l'approbation des représentants des deux tendances.
- LE CONSEIL MINISTERIEL NORD-SUD: il réunit les autorités nord-irlandaises et celle de la République d'Irlande dans le but de promouvoir la consultation, la coopération et des actions communes sur les questions d'intérêt mutuel dans leurs domaines de compétence.
- LA CONFERENCE INTERGOUVERNEMENTALE IRLANDO-BRITANNIQUE: ce mécanisme de consultation réunit des représentants des gouvernements du Royaume-Uni et de la République d'Irlande afin de promouvoir la coopération bilatérale entre les deux gouvernements, y compris les questions de sécurité touchant à l'Irlande du Nord. Les autorités nord-irlandaises peuvent être consultées ou appelées à participer aux réunions de la Conférence.
2.3. Les marches loyalistes et l'attentat d'Omagh
L'accord de paix d'avril 98 a à peine porté ses premiers fruits avec les élections à l'assemblée nord-irlandaise, qu'il est mis à l'épreuve par une série d'incidents violents. Il y a tout d'abord, au début de juillet, les incendies d'une dizaine d'églises catholiques (imputés à la milice LVF) et de quelques lieux de cultes protestants, puis la confrontation autour de la marche loyaliste de Drumcree et enfin, les attentats d'un groupe dissident de l'IRA. Toutefois, les actions des radicaux loyalistes et nationalistes n'ont pas réussi à faire dérailler le processus de paix.
Le défi posé par les marches loyalistes organisées principalement par l'ordre d'Orange était prévisible. Le nombre de ces marches atteint souvent plus de 3000 par an, la grande majorité étant des marches loyalistes. Un petit nombre d'entre elles sont particulièrement contreversées car elles coïncident avec la commémoration de victoires militaires des protestants sur les catholiques remontant au 17e siècle et passent dans les quartiers catholiques au grand dam des résidents qui y voient une forme de violence ou d'oppression symbolique. Afin de prévenir les tensions et émeutes entourant ces marches, le gouvernement britannique a créé en mars 1997 une commission des défilés (Parades commission) qui a commencé à fonctionner en 1998. Elle a pu ainsi diminuer les risques de confrontation pour plusieurs marches loyalistes.
Toutefois, en dépit des injonctions de la commission et des efforts de médiation de David Trimble (représentant de la branche protestante), lui-même membre de l'ordre d'Orange, les orangistes ont tenté au début de juillet 1998 de forcer leur marche en provenance de l'église de Drumcree à travers une rue à majorité catholique de Portadown, lieu de fondation de l'ordre protestant. En défiant les autorités, l'ordre pensait rééditer ses exploits de 1996 et 1997, lorsque ses membres défilèrent dans ce quartier sous la protection des policiers et des militaires qui réprimèrent les contre-manifestations des nationalistes. Mais cette année-là, les orangistes ont trouvé les forces de sécurité prêtes à leur bloquer leur chemin. La situtation de siège qui en a résulté a rapidement dégénéré en violence à travers toute la province et a culminé avec la mort des trois frères Quinn, trois jeunes enfants catholiques tués dans l'incendie criminel de leur maison située dans un quartier à majorité protestante. L'ordre d'Orange eut beau se dissocier des violences et de la mort des trois jeunes catholiques, sa campagne de défi des accords de paix s'en trouva entachée.

L'Irlande du Nord
Du côté nationaliste, l'automne 1997 a vu la création de "l'IRA véritable" composé de dissidents opposés à la stratégie de paix du Sinn Fein et au cessez-le-feu de l'IRA (provisoire). Le groupe compterait entre 70 et 175 membres dont un noyau de 30 vétérans de l'IRA ayant une expérience d'artificiers. Son dirigeant, Michael McKevitt, serait l'ancien intendant de l'arsenal de l'IRA. L'IRA véritable serait soupçonné d'avoir commis 9 attentats terroristes (avant celui d'Omagh le 15 août 1998) au mortier ou à la voiture piégiée. Des membres du groupe auraient visité Tripoli au printemps 98 pour évaluer la possibilité de refuge ou d'appui de la part des autorités libyennes, qui ont contribué par le passé à armer l'IRA. Même si l'IRA véritable mène la politique du pire, il semble que l'ampleur de l'attentat d'Omagh (28 morts et 220 blessés) n'avait pas été prévue ou voulue. Pour la première fois, le Sinn Fein a condamné sans ambiguïté l'attentat commis par les nationalistes. A la suite du massacre, tant l'IRA véritable qu'un autre groupuscule radical, l'Irish National Liberation Army, ont déclaré un cessez-le-feu.
2.4. Le désarmement et la libération de prisonnier: deux dossiers épineux
Les négociations pour la paix ont fait des progrès spectaculaires avec cet accord. Malgré cela, le processus de désarmement des groupes paramilitaires n'est pas encore véritablement engagé.
L'IRA, le plus important de ces groupes, refuse de désarmer car selon elle l'accord de paix ne suffit pas à poser les bases d'un réglement durable du conflit. Cette opinion est également exprimée par le Sinn Fein qui estime que le désarmement de l'IRA dépendra d'une démilitarisation de l'Irlande du Nord (retrait des troupes britanniques) et de la réforme de la police nord-irlandaise.
Les milices loyalistes se servent pour leur part du refus de l'IRA pour remettre à plus tard la mise au ban de leurs armes.
L'accord de paix d'avril 98 a également créé une commission pour examiner la libération anticipée des prisonniers paramilitaires détenus en Irlande et en Grande-Bretagne. Seuls les prisonniers liés à des groupes qui maintiennent un cessez-le-feu complet et non-équivoque sont éligibles à une libération dans un délai de 2 ans. Malgré les réticences des partis protestants qui tentent de lier la question du désarmement à celle de la libération anticipée des prisonniers (Cf. existence de l'arsenal de l'IRA), les autorités irlandaises et britanniques ont décidé d'aller de l'avant. C'est grâce à cela que plus de 200 prisonniers appartenant à l'IRA(provisoire), à l'UDA/UFF et à l'UVF ont été libérés peu de temps après la mise en oeuvre de l'accord.
2.5. De la paix sur le papier à la paix véritable
L'accord de paix, le référendum sur cet accord et les élections de l'assemblée d'Irlande du Nord démontrent la détermination d'une majorité de la population nord-irlandaise d'établir une paix réelle. Toutefois, le chemin est encore long avant d'établir une paix stable et durable.
A court terme, il n'est pas sûr que les nouvelles institutions fonctionnent correctement étant donné le fossé existant encore entre les nationalistes purs du Sinn Fein et les unionistes de toutes tendances.
A moyen et long terme, il reste bien des choses à faire pour changer les institutions et les mentalités créées par des décennies de conflit intercommunautaire. Aux termes de l'accord de paix, la police (Royal Ulster Constabulary) et le système de justice nord-irlandais ont été réformés afin de mieux refléter la composition de la population nord-irlandiase et de répondre à un idéal de traitement juste et impartial des populations. Le problème réside dans la difficulté de désarmer l'IRA.
III - L'IRLANDE DU NORD FACE A LA COMMUNAUTE EUROPENNE
Le nouveau contexte international du début des années 90 que constitue à la fois la désintégrtion de l'URSS et celle de la Yougoslavie (ce qui a ouvert des perspectives de changements de frontières) et les progrès enregistrés dans la création d'Union européenne, font miroiter l'espoir qu'une solution au statut de l'Irlande du Nord pourrait être trouvé.
3.1. L'attitude des partis nationalistes face à l'Europe de Maastricht
Les catholiques représentent un peu moins de 40% de l'électorat de l'Irlande du Nord. Ils se répartissent principalement dans trois partis politiques:
- la majorité soutient le "parti social démocrate et du travail"(SDLP), parti généralement considéré comme la voix d'un nationalisme constitutionnel car il défend l'idée d'une Irlande unie dans le cadre d'un consensus démocratique.
- entre un quart et un tiers de l'électorat catholique appuie le Sinn Fein, aile politique de l'armée provisoire irlandaise (IRA).
- 10% se rallie à l'Alliance Party, modéré et non sectaire, qui, contrairement aux deux autres partis, soutient l'union avec la Grande-Bretagne.
Le SDLP soutient, tout comme l'Alliance Party, l'intégration européenne. En revanche, le Sinn Fein y est hostile. Le parti le plus fermement européen est le SDLP qui entrevoit une solution au problème nord-irlandais grâce à la Commuanuté européenne.
A première vue, il apparaît donc difficile à un parti nationaliste irlandais d'accepter l'intégration européenne compte tenu de l'accent que mettent traditonnellement les nationalistes irlandais sur l'idéal d'une Irlande pleinement souveraine et indépendante. Aussi, considéré d'un point de vue historique, l'attitude actuelle du SDLP et d'autres partis nationalistes d'inspiration constitutionaliste à l'égard de cette intégration représente un changement de postion significative. Néanmoins, tous les catholiques ne sont pas pro-européenns. Pour le Sinn Fein, l'intégration européenne est un obstacle à la réalisation d'une Irlande souveraine et indépendante, apliquant sa politique traditionnelle de neutralité.
3.2. L'Europe: un vieil espoir pour les catholiques d'Irlande du Nord
De manière générale, la classe politique de l'Irlande du Sud a beaucoup plus considéré l'Europe comme facteur de réduction de la dépendance de l'Irlande par rapport à la Grande-Bratagne que comme une solution à la divison du pays. Les unionistes libéraux d'Irlande du Nord espéraient au début des années 70 que l'adhésion à la Communauté européenne (1973) provoquerait une modernisation accélérée de l'économie nord-irlandaise.
Malgré les différences politiques profondes qui séparent un nationaliste constitutionnel d'un unioniste libéral, il existe entre ces courants un accord sur l'influence que la Communauté européenne a sur la question irlandaise, et plus précisément une conviction selon laquelle l'adhésion à la Communauté rapprocherait les deux parties de l'Irlande.
En février 1983, le Parlement européen décide qu'une enquête doit être entreprise par sa Commissioon des affaires politiques sur les problèmes politiques et économiques de l'Irlande du Nord. Cette décision indispose à l'époque le gouvernement britannique, qui dénonce l'enquête comme une ingérence dans les affaires internes du Royaume-Uni.
3.3. Lorsque l'Europe intervient
Le rapport Haagerup, du nom de son rapporteur, est un document équilibré, tant dans son analyse du conflit que dans les prudentes propositions qu'il fait. Néanmoins, certains aspects du rapport sont durement ressentis par les unionistes. Non seulement l'Irlande du Nord est qualifiée de "bizzarerie constitutionnelle", mais le rapport recommande d'établir politiquement, juridiquement ou autrement, des co-responsabilités anglo-irlandaises dans des domaines spécifiques. Le rapport est discuté au Parlement européen en mars 1984. Une résolution adoptant les constatations et recommandations est votée par 124 voix contre 3 et 63 abstentions.
Par la suite, l'Irlande du Nord va obtenir des fonds européens. Cette situation renforce politiquement la position du nationalsieme constitutionnel. En fait, au cours des années 80, il devient évident que le Parlement européen constitue un forum idéal pour faire avancer les intérêts du nationalisme constitutionnel. Il y a concordance entre l'idéal d'une Irlande unifiée par des moyens pacifiques et celui, plus large, de l'élimination des frontières et des divisions en Europe.
3.4. L'Europe comme solution?
Les années 90 marquent, comme nous l'avons vu précédemment, le début de discussions sérieuses. Le SDLP propose que l'Irlande du Nord soit gouvernée par une commission exécutive, calquée, sans pour autant en être la copie conforme, sur la Commission européenne. Il propose également la création d'une assemblée parlementaire calquée sur le Parlement européen.
Les autres partis politiques d'Irlande du Nord adoptent une attitude négative à l'égard du plan du SDLP. Selon certaines sources, le gouvernement britannique était également défavorable à ces propositions. Le problème aux yeux de tous est que l'institution cruciale de la Communauté européenne est le Conseil des ministres et qu'il n'y a aucun équivalent véritable de cet organisme dans le plan.
D'autre part, à la base des discussions en Irlande du Nord sur l'influence potentielle de la dimension européenne, il y avait l'hypothèse que les développements en Europe rogneraient la puissance de l'Etat-nation en tant que module de souveraineté territoriale. Le Sinn Fein sur ce plan a une place à part. Son document de politique générale, paru en 1992, ne contient qu'une brève référence à la dimension européenne de l'Irlande du Nord. Il préfère mettre l'accent sur la réunificaiton de l'Allemagne, faisant remarquer que la séparation de l'Irlande était "aussi irrégulière en jurisprudence internationale".
Au total, l'impact de la dimension européenne comporte tant de variables interdépendantes qu'il serait absurde de vouloir prédire son influence sur le déroulement futur du conflit en Irlande du Nord. Deux choses sont certaines: d'une part, la majorité des catholiques d'Irlande du Nord perçoit à présent que l'Europe a un rôle significatif à jouer dans la solution du conflit; d'autre part, les progrès de l'intégration européenne ont avantagé le SDLP, pro-européen, et ont consolidé son influence dans la communauté catholique.
- CONCLUSION
En définitive, par les derniers accords signés, on pourrait croire à une fin des conflits en Irlande du Nord. La question est délicate et nécessite une réponse mesurée du fait des récents événements.
Tout d'abord, il est difficile d'effacer plusieurs décennies de conflit, de lutte ou de haine acharnée. Par sa durée, le conflit s'est transmis de génération en génération. L'avenir est donc dans les mains, non pas des Irlandais d'aujourd'hui, mais de leurs enfants et peut-être petits-enfants.
D'autre part, chaque camp accuse l'autre de toute nouvelle crise politique et maintien ses positions. La méfiance et les divisions sont également visibles au sein de chaque clan, les extrémistes critiquant les concessions faites par les modérés.
La situation politique dans cette province britannique demeure donc toujours délicate. On peut toutefois être optimistes pour l'avenir au vu de l'évolution des rapports entre les parties depuis les année 70 qui n'ont cessé de s'améliorer.La paix en Irlande du Nord est envisageable à court terme même si elle reste encore à construire.