Nouvelle écrite pour le cours de français…eh oui, il arrive que je me décide à dire quelque chose dans ce que j'écris pour l'école.
Ils s'amusent. La fête les amuse. Enfin, qu'y a-t-il d'autre à faire lorsque cinq ans de travail aboutissent d'une façon aussi solennelle que superficielle ? Peut-être sont-ils heureux de quitter cette école ; alors, je suis comme eux, rien ne m'empêche de participer et de profiter de la célébration. C'est ainsi que j'utilise une allée, cette étroite bande passante permettant de pénétrer dans la grande salle. Celle-ci semble déjà presque comble, mais d'autres invités continuent à en franchir le seuil. Lorsque j'aperçois des visages mieux connus, j'esquisse un salut. Celui-ci restera, évidemment, sans réponse.
Ils s'amusent. Pourtant, même après avoir changé de poste d'observation à quelques reprises, cette fête me semble totalement dénuée d'intérêt. Dommage qu'il me soit impossible d'entendre la musique. Quoique ce problème n'est qu'une partie de la barrière qu'on me pose. Ne croyez pas qu'ils essaient de m'éviter ; ce serait trop beau. J'ai déjà perdu espoir que ma simple existence soit reconnue... Audrey avait vu cette phrase. Elle pense que j'exagère. Peut-être avec raison : après tout, elle était la seule fille qui me comprenait, et aussi la seule qui me laissait croire que je la comprenais. Peut-être devrais-je la rencontrer un jour ? Peu importe…
Ils s'amusent. En fait, un peu moins. La remise des prix était passablement longue, suivie d'un vidéo rétrospectif. Et pendant que mon âme hésite à songer à la nostalgie ou au succès à venir, plusieurs d'entre eux ne pensent qu'à ce qui va occuper le reste de leur soirée. Ils ne tiennent pas à se coucher tôt, à ce que je vois… Ce vidéo est vraiment étonnant. Ai-je vraiment connu cette même école ? Quelqu'un peut-il avoir réalisé quelque chose de bon à la fin, même s'il a toujours entendu le contraire ? Non, ce serait trop ridicule de me laisser à cette illusion, après avoir pris cinq ans à m'en défaire.
Ils s'amusent. Je ne peux plus les supporter. Mais je ne perds pas courage, je conserve ma volonté et m'en tiens à ma première décision. Soudain, le destin décide de s'en occuper. L'image que je perçois se fige, puis tout devient noir. GAME OVER : c'est fini.
Ils s'amusent. Tant mieux, car ils ne remarqueront pas cet observateur, curieux mais timide, assis devant son ordinateur portatif, dont la pile vient de rendre l'âme. Ou peut-être ces braves agents de sécurité ont-ils découvert cet ingénieux système permettant de détourner les images de leur circuit de caméras…peu importe. Je me lève du trottoir, observe les vitres teintées et la porte close. Je m'approche, saisit la poignée. Puis je retourne vers la route. Je n'en ai pas été capable tout à l'heure, à quoi bon ?