La chute de la rivière
Matawin, située au pied du mont Roberval, est le site autour duquel Léandre Brassard, le fondateur de
Saint-Michel-des-Saints, voulait ériger son village:
"M Brassard de
St-Paul, poursuit sa course et descend la rivière Mantawa jusqu'au Lac des Pins, espace d'environ 12 lieues. Ayant trouvé partout, sur cette distance, de quoi faire de bons et nombreux établissements, il remonte la rivière et vient camper au bas d'une chute formée par la rivière, aux pieds du Mont Roberval. C'était le 13 septembre 18621."
Au printemps 1863, le curé de Saint-Roch, Moïse Brassard, âgé de 64 ans, frère de Léandre, se rend sur le site pour
continuer les travaux. Il a fait à pied le trajet, de St-Gabriel à
Mantawa, à travers monts, marais et vallées, et parcouru un espace de 14 lieues. [...] Aussitôt arrivé, il se met à l'œuvre. Il fait continuer les
équarissages, défricher le site du moulin et des environs [...] à travers des nuages de brûlots, de maringouins, de cousins, de frappe-d'abord etc etc. Ajoutez à ces misères la mauvaise nourriture, la taciturnité et l'inaction du missionnaire [André
Brien, vicaire de St-Charles de l'Industrie], et vous aurez une juste idée de l'ennui du pauvre vieux curé de St-Roch2.
Pour le curé Brassard, la chute est le passage de la rivière Cyprès à la rivière
Matawin, d'où le nom de «Mantawa» donné à la région par le fondateur. Lorsqu'il disait aller «à
Mantawa», sans doute n'avait-il en tête que la région autour de la chute. Depuis, le terme est devenu Matawinie (on verra aussi Matavinie ou
Mantavaisie) pour la région de Saint-Michel-des-Saints et Saint-Zénon (région devenu depuis
Haute-Matawinie). Lors de la création des Municipalités Régionales de Comté par le gouvernement du Québec dans les années 1980, le nom de Matawinie sera attribué à toute notre M.R.C. grâce à la suggestion des maires de Saint-Michel-des-Saints et de
Saint-Zénon.
Le 11 août 1863, un moulin à scie et à farine de 60 pieds de longueur, 48 pieds de largeur et 49 pieds de hauteur est donc mis en chantier. Il entrera en fonction le 10 octobre.
M Brassard s'était fait céder les terres autour de la chute. Elles deviendront la propriété de Louis-Joseph-Alexandre Ménard, protégé du fondateur depuis son enfance et premier maire de
Saint-Michel-des-Saints, d'où le nom qu'on lui connaît. C'est la famille Ménard, en association avec deux ingénieurs de Montréal, qui fera installer les premiers équipements pour produire de l'électricité sur la chute. L'entreprise prendra le nom de Mattawin Power. Le 23 décembre 1923, déjà huit maisons pouvaient compter sur un éclairage électrique.
Louis-Joseph-Alexandre Ménard, protégé de Léandre Brassard, maire de 1884 à 1901
Entre temps, un pont avait été installé au-dessus de la chute (voir photo page précédente). Après son effondrement, une nuit d'été, un pont couvert sera construit plus en amont .
Le 28 août 1928, la Shawinigan Water & Power Company se portera acquéreur de ces installations pour la somme de 115 000$. Au printemps 1931, ces premières installations sont noyées par le lac Taureau. Jusqu'en 1933, la Shawinigan fournira de l'électricité grâce à un système à vapeur installé dans le moulin de Camille
Beauséjour. Après 1933, et jusqu'en 1948, la Shawinigan produira à nouveau de l'électricité à partir de la «chute à Ménard». De nouvelles installations y avaient été aménagées. À partir du 8 octobre 1948 à 9 :51h, l'électricité parvient à Saint-Michel-des-Saints de Shawinigan Falls via une ligne de 30 000 volts.
Aujourd'hui, la chute ne joue plus aucun rôle économique si ce n'est l'attrait touristique qu'offre la beauté de son site aux différents moments de l'année.
Quant à la rivière, elle était appelé rivière Cyprès encore en 1959. On la nomme Matawin au moment du centenaire en 1963.
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1 et 2 Thomas Léandre Brassard, Chronique sur le premier établissement dans la vallée de la
Mantawa, Archives de la paroisse de Saint-Michel-des-Saints.