REFLEXIONS
SUR LES UNITAIRES
LES
RELATIONS 12/17
Nous
voulons contribuer à l'éducation des jeunes et de toute la personne du jeune par la
pratique du Guidisme., qui veut vivre dans la société, avec la volonté de la
transformer pour qu'elle devienne plus libre, plus juste, plus humaine
Une
société où chacun aurait autant de chances d'être heureux que n'importe quel autre,
où il ferait bon vivre, où il n'y aurait plus de "laissés-pour-compte", où
être "différent" ne serait plus synonyme de "devoir fermer sa
gueule", où ... Dieu que ce serait beau !
Il
parait que c'est dangereux de le crier trop fort: cela fait "boy scout" ou
guidouille, à ce que l'on dit ... Et pourtant, nous voulons y arriver. Toi aussi ? Alors,
c'est bien à toi que nous nous adressons.
Cette
société un peu à l'image de la famille idéale, où l'amour que l'on a l'un pour
l'autre n'est pas du vent, où le dialogue existe, où l'on est accepté, non pas malgré,
mais grâce aux différences, ne va pas de soi. Il nous faut la construire jour après
jour, petit à petit. C'est un idéal vers lequel on progresse.
Mais
si elle ne va pas de soi, elle s'apprend. Il nous faut apprendre que les autres sont
différents et l'accepter; il faut nous considérer égaux au-delà des ces différences.
Ce qui est formidable dans cette aventure, c'est qu'elle nous permet de découvrir la
richesse de l'autre, et par l'autre, notre propre richesse.
Nous
voulons découvrir ces richesses et essayer de vivre cette égalité en agissant,
en cogérant et en Progressant personnellement, dans et par le groupe. Chez
les unitaires, il y a pour cela trois moyens privilégiés: la Relation 12/17, l'Aventure
et la Progression.
LA
RELATION 12/17
Vivre
l'ouverture
C'est
en donnant ce qu'on est et en faisant attention à l'autre (une vraie personne, pas un sac
à patates), en prenant conscience des différences, qu'on peut prendre conscience de ce
qu'on est. et ainsi donner et recevoir encore plus.
Dans
la compagnie, grâce aux rythmes de croissance différents, et grâce à la somme
d'expériences accumulées par chacun, nous avons une grande diversité d'intérêts,
d'attentes, de capacités. C'est là une richesse inestimable. C'est sur cette richesse
que nous nous basons pour vivre nos objectifs.
La
force de la tradition ("on a toujours fait comme ça !"), le nombre d'animateurs
ou de guides, les questions de matériel, de locaux, ... ne peuvent pas être essentiels
pour nous. Lorsque ces questions posent problème, il y a toujours moyen de
"s'arranger": le tout est d'être imaginatif. La seule chose qui doit
déterminer notre choix de la relation 12/17, est cette option d'ouverture et cette
volonté de découverte de nos complémentarités.
Vivre
la complémentarité
Les
différences d'attentes, de compétences, d'expériences, ... nous forcent à nous
dépasser constamment: l'un "pousse" l'autre au-delà de ses limites et est à
son tour "poussé" par cet autre.
Certaines
guides sont plus imaginatives, plus enthousiastes que d'autres: l'esprit toujours en
éveil, elles imaginent sans cesse des projets nouveaux. D'autres ont un sens de
l'organisation, un sens du réel bien précieux pour mener à bien les projets choisis en
commun.
Les
premièr(e)s forcent les second(e)s à "oser" agir, et introduisent une
dimension essentielle dans la vie: le rêve. Les second(e)s poussent les premièr(e)s à
aller au-delà du rêve, et à passer à l'action. Ces différences complémentaires ne
sont bien sûr pas les seules, mais elles sont les plus évidentes !
Ces
différences ne sont pas liées à l'âge . Ce ne sont pas les "aîné(e)s" qui
ont le sens de l'organisation et les "jeunes" qui sont imaginatif(ves)s; un(e)
jeune aura des initiatives précieuses dans la réalisation d'un projet, un(e) aîné(e)
"encroûté(e)" aura l'illumination qui fera que l'activité prévue prendra une
coloration inattendue.
Il
ne s'agit évidemment pas de nier que, en moyenne, les guides du premier type
seront plus jeunes que celles du deuxième; il s'agit de nier que telle guide, Parce
qu'elle est jeune, est incapable d'initiative, et telle autre, Parce qu'elle est plus
âgée, sait prendre en mains les questions d'organisation.
Car
déterminer les capacités des guides au vu de leur âge est dangereux: on en arrive très
facilement à opérer une ségrégation. Or, c'est justement ce dont nous ne
voulons pas. On camouflera souvent cette ségrégation basée sur un Préjugé sous des
critères "objectifs": on pourra décider ce qu'on va faire en compagnie si ...
on a telle compétence technique ... on est totémisé(e) ... on a fait sa promesse ou
n'importe quel autre critère qui, comme par hasard (mais on ne l'a pas voulu !), aboutira
toujours à une ségrégation jeunes/aîné(e)s. Que deviennent les "plus-jeunes-pas-encore-aînés"
là-dedans?Et les "aîné(e)s-encore-jeunes-mais-moins-que-les-plus-jeunes-pas-encore-ainé(e)s"
? Où s'arrêter ?
À
l'issue de n'importe quelle subdivision. c'est la fille, le garçon qu'on retrouve, avec
ses désirs, ses attentes, ses compétences, ses espoirs, ses expériences,... qui font
qu'elle est elle (qu'il est lui) et personne d'autre.
Nous
voulons que les différences, au lieu d'être un prétexte à discrimination, soient
l'occasion d'un enrichissement mutuel. La compagnie est l'affaire de tous. Nous affirmons
en particulier que l'autorité réside dans le groupe, qu'elle lui appartient. Nous
affirmons que toute répartition de cette autorité, prévue et fixée à l'avance, est un
frein à la réalisation de nos objectifs d'ouverture (ce n'est pas parce qu'on doit
fermer sa gueule qu'on a rien à dire !).
Nous
voulons contribuer au passage d'un système basé sur la consultation , la hiérarchie et
le contrôle du subordonné par le supérieur, où de "bons et loyaux services"
donnent droit à une promotion, où les différences sont niées et voilées par des
critères "objectifs", où on se retranche derrière ce qui a été fixé une
fois pour toutes, par peur de l'interaction entre les personnes, système incohérent
avec nos objectifs, a un système où tout se cogère réellement entre tous, et où on se
laisse interpeller par l'autre. Pour que cela soit possible dans la société de demain,
nous voulons le vivre aujourd'hui dans nos compagnies.
Ce
que nous proposons est-il facile à vivre ? Malheureusement non ! Cela peut te paraître
"dans les nuages", irréalisable. Nous le savons. Et pourtant, de nombreuses
compagnies tendent à le vivre, jour après jour, de mieux en mieux. Bien sûr, ce n'est
pas du jour au lendemain qu'elles y ont réussi. Mais crois-tu qu'il serait possible
d'améliorer le monde qui nous entoure sans croire que l'idéal est à portée de nos
mains, et que nous pouvons l'atteindre, que nous en avons les moyens ? Non seulement nous
le croyons, mais nous l'affirmons: par le guidisme, nous sommes en route vers un monde
meilleur
Dans
la pratique, on pourrait croire que les guides n'ont pas d'idées. C'est ce que l'on
entend reprocher un peu partout, à tous les niveaux de la société, et dans tous les
domaines. Les staffs en ont-ils plus que les guides ?
Si,
étant donné le contexte dans lequel nous existons, les "timides" ne cherchent
pas à participer, croyant sans doute que "les autres" s'en chargeront, si
d'autre part les "grandes gueules" écrasent les autres, il nous appartient de
modifier cette situation. Nous affirmons que si on n'a jamais l'occasion de s'exprimer, on
finit par ne plus avoir d'idées . C'est le rôle de l'animateur de veiller à ce que
chacun puisse apprendre à participer, notamment en diversifiant les moyens d'expression
utilisés dans la compagnie et en étant attentif aux tentatives de prendre des
initiatives.
Exemple:
En
septembre, la compagnie choisit comme projet, comme Aventure de l'année, la création
d'une pièce de théâtre. L'action se déroulerait dans le Moyen-Orient antique. Si le
texte ne pose pas de difficultés importantes, car librement inspiré de poèmes antiques,
les décors sont un réel problème.. Comme cela piétine, les nouvelles guides décident
de leur propre initiative de trouver ce qui pourrait servir d'imitation d'oasis. Après
s'être un peu "creusées" elles pensent aux palmiers qui décorent le hall de
certaines banques.
Elles
contactent donc les gérants de ces banques afin de négocier l'emprunt de leurs palmiers
décoratifs.
Cette
initiative, couronnée de succès, a immédiatement relancé l'intérêt des autres guides
pour la construction des décors. Elles en sont devenues le véritable moteur entraînant
le reste de la compagnie avec elles, menant à bien
cette
opération difficile.
Dira-t-on
encore, après cela, que "les jeunes" ne savent pas prendre d'initiatives"
?
La
difficulté majeure réside dans le fait que bien souvent, on n'aime pas la différence.
Vivre avec d'autres, en les acceptant aussi totalement que possible, n'est pas facile.
Il est beaucoup plus simple de prendre de grandes options que de les vivre. N'aimant pas
que les autres soient différents par rapport à nous, nous nous protégeons en rejetant
ceux qui sont très fort différents
(préjugés, boucs émissaires, "ces jeunes, quels emmerdeurs", ...).
C'est
notre rôle à nous, animateurs, d'aider à surmonter ces réactions négatives pour que
puisse se vivre cette auto éducation par le contact des autres.
Ensuite,
considérer l'adolescence comme un tout, ainsi que nous le faisons, sera d'autant plus
facile que les différents âges seront représentés de façon homogène... et d'autant
plus difficile que la pyramide des âges sera difforme.
La
pyramide des âges est simplement une représentation graphique de la composition de la
compagnie. Chaque guide est représentée par une case , et selon son âge , elle se situe
à l'un ou l'autre "étage" . La pyramide habituelle d'une compagnie unitaire
est ... assez pyramidale. Dans une telle compagnie, la relation 12/17 peut être vécue
intensément

Par
contre, dans une compagnie dont la pyramide d'âge ressemblerait à ceci:

il
est probable que, si on n'y prend garde, les plus jeunes se sentent assez
"écrasées" (!) et que les Aventures réalisées répondent plutôt aux
aspirations des "vieux poils" !
Dans
cette troisième compagnie:

de
graves difficultés sont probablement vécues: il y a deux blocs aux intérêts et
aspirations divergents; ces deux blocs ont plutôt tendance à s'affronter qu'à coopérer
(ne fut-ce qu'à cause de leurs centres d'intérêts divergents et les activités qui
risquent d'être trop pour les petit(e)s ou trop pour les grand(e)s).
Enfin
dans cette dernière compagnie:

la
relation 12/17 ne saurait être vécue, il s'agit d'une compagnie aventure et la méthode
aventure y a toute sa force et toute sa valeur. Observer la pyramide des âges de sa
compagnie indiquera ce à quoi il faudra veiller dans la vie de la compagnie. Observer
l'évolution de cette pyramide au fil des années apprendra beaucoup sur les richesses et
les manques de ce qui est vécu, et indiquera les objectifs qui devraient être fixés
pour améliorer encore cette vie.
La
patrouille 12/17
Un
petit groupe est le lieu idéal pour vivre l'ouverture à l'autre. Les contacts
interpersonnels y sont moins difficiles, et plus intenses, que dans un plus grand groupe.
La patrouille comprend dès lors 6 à 8 guides. Son rôle fondamental est d'accueillir et
de laisser s'exprimer les rêves de chacun, de les transformer en projets réalisables, et
de vivre ces Aventures . La patrouille se caractérise par un climat agréable où chacun
se sent à l'aise, et par des rapports d'égalité.
La
composition des patrouilles concerne tout le monde. Elle se fait, en conseil de compagnie,
à la demande des guides, c'est leur affaire. Cette composition (ou recomposition au fil
du temps) est une occasion privilégiée de vivre l'ouverture: elle multiplie les contacts
entre guides. Dans ce sens, elle se base sur les affinités, tient compte de l'équilibre
entre les patrouilles et de la complémentarité des expériences, projets, imaginations,
compétences, ... , en veillant à ce que personne ne soit laissé à l'écart.
Fixer
la composition des patrouilles en staff, éventuellement avec les CP, en début d'année,
lorsqu'un CP s'en va ... Ou lorsqu'une patrouille ne "marche" pas, ne donne
aucune responsabilité aux guides. Au contraire, cela encourage une démission, un
désintérêt et une désimplication de chacun par rapport à la vie de la patrouille.
C'est là plaquer une organisation pensée par l'adulte sur le monde de l'adolescent.
Très vite, les "animateurs" (!) élaboreront de savants programmes d'activité
pour tenter de "récupérer" l'intérêt des guides, alors que les guides,
elles, se détacheront de plus en plus de la compagnie.
Par
contre, composer les patrouilles en conseil de compagnie, à la demande des guides, rend
chacun responsable de l'épanouissement de son groupe, favorise la rencontre. Cela
favorise la patrouille aux yeux de ses membres, ils en sont responsables: puisque c'est
eux qui la vivent ! C'est une preuve de la confiance que les animateurs ont en
"leurs" guides: le staff fait comprendre aux guides, par l'action, qu'il les
croit capables de prendre leur patrouille en mains. C'est surtout, enfin, se baser sur
l'organisation naturelle des adolescents pour vivre la prise de responsabilité, le
respect des autres, la fraternité, la coopération, l'engagement, le service. Il n'y a
pas d'éducation à la liberté et à la responsabilité, sans liberté ni responsabilité
!
Dans
la patrouille, chacun assume un rôle capital. Le conseil de patrouille est l'organe
essentiel de la patrouille. Il en réunit tous les membres, pour prendre toutes les
décisions relatives à leur vie commune:
-
la
patrouille vit des activités et des fêtes propres: c'est le Conseil de patrouille qui,
au départ des rêves de chacun, les choisit, les prépare et les évalue constamment, de
même que c'est en conseil de patrouille qu'on fixe les objectifs de la progression
(humaine et technique) de chacun et de l'ensemble de la patrouille à l'occasion de ces
projets de patrouille, qu'on évalue enfin la réalisation des objectifs de progression.
-
la
patrouille participe à la vie de la compagnie:
-
c'est
en Conseil de patrouille qu'on choisit les projets d'Aventure qui seront proposés au
Conseil de compagnie;
-
c'est
en Conseil de patrouille qu'on évalue constamment les activités de la compagnie, qu'on
élabore les objectifs de progression (humaine et technique) qui se rattachent aux
activités de la compagnie;
-
c'est
en Conseil de patrouille qu'on prépare les évaluations de compagnie: évaluation des
Aventures, de la vie et de la progression de la compagnie;
-
c'est
en Conseil de patrouille qu'on prépare les propositions qui seront faites et les
questions qui seront posées au Conseil de compagnie, sur tout ce que la patrouille juge
utile.
-
la
vie de patrouille nécessite une répartition des responsabilités, des rôles entre
toutes les guides. C'est en Conseil de patrouille que cela se fait.
Le
Conseil de patrouille est animé par une guide compétente (le CP ou une autre). Le CP
(choisi par les guides de la patrouille ou par le staff avec l'assentiment des guides de
la patrouille comme le prévoient les possibilités présentées par la méthode aventure)
a une responsabilité particulière. C'est une guide qui accepte d'aider chacun(e) à
prendre sa part dans la vie de la patrouille, de pousser chacun(e) à respecter la
progression, ... Pour ce faire, elle organise concrètement la patrouille et la coordonne.
Mais si elle accepte ces responsabilités, elle n'en détient pas le monopole: c'est
l'affaire de tout le monde.
Souvent,
la nécessité de créer une hiérarchie au sein de la patrouille est l'indice que quelque
chose "cloche" dans l'implication de chacun(e) dans la vie de patrouille.
Il
est bon que la patrouille renouvelle sa confiance au CP au moins une fois par an.
Nommé
de façon automatique et autoritaire, le CP est souvent condamné à réussir (et à
"finir comme CP") ... ou à quitter la compagnie. Si, suite à des problèmes
personnels (avec ses parents, à l'école, ...) ou à cause d'un manque de temps (études,
engagement dans une autre activité, un autre mouvement,...) le CP (et par conséquent,
"sa" patrouille) devient "inefficace", le staff attend qu'il (elle)
s'en aille, le (la) met "devant ses responsabilités de CP" voire le (la) pousse
à quitter la compagnie. Or, elle (il) peut encore contribuer à l'épanouissement de la
patrouille et elle-même peut encore y faire de nombreuses découvertes !
Si
la spécialiste de la patrouille en secourisme, qui était chaque fois "collée"
à la trousse de secours, veut cette fois assurer le reportage photo de l'Aventure, n'y
verra-t-on pas une occasion de progression? Si la guide qui se chargeait l'an dernier de
distribuer les convocations pour les réunions de patrouille n'a plus le temps de le
faire, devra-t-elle (il) quitter la compagnie ?
Le
choix du CP en patrouille, pour un délai fixé, valorise cette responsabilité. Il
accentue ses dimensions de service et d'engagement (Ce n'est ni un grade, ni une
gratification !). Il est l'expression de la véritable prise en charge de la patrouille
par ses membres. Le staff saura-t-il leur témoigner cette confiance? Il ne s'agit en
effet pas d'une démission du staff: il ne s'agit pas de se laver les mains, en disant aux
guides :"moi, je n'ai rien à voir là-dedans, débrouillez-vous !". Il s'agit
de les accompagner, d'être avec eux en les poussant continuellement à révéler leurs
richesses, à les développer au maximum. Le Guidisme avec sa foi en les "5 % de bon
chez chacun" à faire fructifier, n'est pas un optimisme béat !
C'est
l'affaire de l'animateur de "découvrir" et de faire sortir de chaque garçon ou
fille ce qu'il a en lui, puis de s'emparer de ce qui est bon et de le développer à
l'exclusion de ce qui est mauvais. Il y a 5 % de bon, même dans le plus mauvais
caractère. Le jeu consiste à le découvrir et à le développer jusqu'à une proportion
de 80 à 90 %.
(BADEN-POWELL, Le Guide du Chef Éclaireur)
Élargir
l'ouverture
La
compagnie est le lieu d'une deuxième démarche d'ouverture. Comme dans la patrouille, on
y vit l'écoute, la rencontre et le partage, mais ici les différences sont plus
nombreuses, le groupe est plus grand. Les difficultés qui en résultent démontrent
l'importance de la patrouille, équipe de vie.
Pour
être un lieu de découverte et d'échange, la compagnie se doit de garder une taille
raisonnable. B.P. disait:
"J'ai
dit, dans "Éclaireurs" que mon expérience personnelle m'avait appris que je ne
pouvais pas éduquer individuellement plus de 16 garçons; en admettant que j'eusse la
moitié moins de capacités qu'un éducateur expérimenté, qu'un chef, j'admettais qu'il
en eût 32. Il y a des gens qui me disent qu'ils ont de belles troupes de 60 ou même de
100 Éclaireurs. Les compagnies de cadets vont bien jusqu'à 120. Et les chefs m'assurent
que leurs garçons sont aussi bien éduqués que dans des troupes plus petites. Je leur
exprime mon admiration (étymologiquement, "admiration" signifie
"étonnement") Mais je ne puis les croire. "Pourquoi nous préoccuper
d'éducation individuelle ?" disent-ils Parce que c'est la seule éducation possible.
L'on peut instruire un nombre quelconque de garçons, un millier à la fois si l'on a une
bonne voix, des méthodes attrayantes ou des moyens disciplinaires. Mais ce n'est pas de
l'éducation. "
("Le guide du chef éclaireur")
La
compagnie unit les patrouilles; elle ne les sépare pas, ne les dresse pas l'une contre
l'autre. Elle permet de vivre des projets plus importants qu'en patrouille. La fête en
compagnie est significative de cet état d'esprit.
Concrètement,
cette solidarité et cette cohésion des patrouilles autour d'activités communes a pour
âme et moteur le conseil de compagnie qui réunit toutes les guides de la
compagnie. C'est en conseil de compagnie que se prennent toutes les décisions
concernant la vie de la compagnie:
-
la
compagnie est composée des patrouilles: c'est en conseil de compagnie qu'on les forme (ou
qu'on les reforme);
-
la
compagnie a une vie propre:
-
c'est
en conseil de compagnie qu'on choisit les Aventures, sur base des propositions des
patrouilles, qu'on décide les objectifs de progression (humaine et technique) de la
compagnie, qu'on évalue régulièrement les Aventures et la progression en fonction des
objectifs fixés (au moins en cours de préparation, en cours de réalisation et en fin
d'Aventure); c'est le conseil de compagnie qui détermine le mode de fonctionnement de la
compagnie;
-
la
compagnie est en mouvement, elle bouge, elle se transforme: on y COGÈRE la vie commune.
Le conseil de compagnie est donc à l'écoute de toute demande, proposition,
interpellation des guides et des animateurs, à propos de la vie des patrouilles, de la
vie de la compagnie, de l'animation du staff, des relations avec les parents, la paroisse,
la commune, la région, ...
Le
Conseil de compagnie est animé par un membre du staff (ce n'est pas nécessairement la
cheftaine / Le chef) qui s'y est préparé. On y recherche toujours le plus grand accord
possible, dans un esprit d'écoute et de respect réciproque.
Le
Conseil des CP n'est pas un conseil de choix. Il est un trait d'union entre les
patrouilles. Il met en oeuvre, en les respectant scrupuleusement, les décisions du
conseil de compagnie. A ce conseil, les animateurs, les CP et/ou toute autre guide
disponible et intéressée:
-
coordonnent
l'animation générale de la compagnie et la vie des différentes patrouilles (les
"affaires courantes");
-
préparent
des activités de la compagnie qui ne sont pas une Aventure (réunion d'une après-midi,
d'une journée,...);
-
font
l'évaluation du travail du conseil des CP;
-
ont
l'occasion de progresser, de mieux jouer leur rôle, de se perfectionner.
Lors
de tous ces Conseils, on n'oubliera pas que la base de la méthode est l'action, et
qu'un conseil peut être un jeu
Les animateurs forment eux aussi, en quelque sorte, une patrouille, avec son conseil, son animateur, son organisation, ses activités propres. Eux aussi ont un projet, même s'il est sensiblement différent de celui des guides. Leur rôle est important, surtout dans le domaine de l'évaluation, occasion d'élargir encore l'ouverture. Ils sont irremplaçables !