cours_allemagne

L'ALLEMAGNE EN EUROPE ET DANS LE MONDE

 

 

Introduction :

La notion d'Allemagne est une notion relativement jeune puisque l'unité allemande n'a eu lieu qu'en 1871 avec Bismarck. Auparavant, c'était un territoire composé d'Etats indépendants (Hesse, Hanovre, Bavière, Š), très jaloux de leur indépendance. Depuis l'unité, ces provinces (Länder) ont défendu leurs particularités. L'Allemagne est un Etat fédéral, structure qui garantit le mieux le maintien des particularismes.

Depuis 1870, ce pays situé au c¦ur de l'Europe a connu de multiples transformations territoriales tantôt s'aggrandissant (1870, 1936-1942) tantôt se rétrécissant (1918, 1945). Mais le plus grand changement contemporain est la réunification de la RFA et de la RDA en 1991 (350000 km2) . Avant cette date, la RFA était un des pays les plus puissants de la planète. Après cette date, l'Allemagne unifiée reste la troisième puissance mondiale mais la partie ouest a du prendre en charge la restructuration totale (eco, fin, mon, social) de la partie est. Aujourd'hui, le plus gros du travail est fait.

Ce qui fait la force de l'Allemagne ne sont pas tant ses richesses naturelles (charbon, fer) que sa situation géographique, son histoire et son peuple. Géographiquement, l'Allemagne est situé en plein c¦ur de l'Europe et travaille indifféremment avec l'est, le nord, le sud et l'ouest. C'est-à-dire qu'elle en relation aussi bien avec des pays dev (France, Angleterre, EU, Japon) qu'avec des pays producteurs de matières premières (UK, NL, Suède, Pologne, Russie) ou avec des pays en pleine transformation (pays de l'est).

Historiquement dès 1850 avec la RI, l'Allemagne s'impose avec des produits de qualité (automobiles, armement, machines-outils, chimie, matériel électrique) vendus par des représentants de commerce hors-pair. C'est sous l'impulsion des industriels que l'Unité s'est faite. Depuis, l'Allemagne est toujours restée une grande puissance sauf de 1944 à 1950 où elle paye le tribut de la guerre. Les Américains l'aident à se redresser. Cette puissance économique de l'Allemagne peut se voir à l'aune de sa monnaie qui ne fait que traduire la capacité d'exportation du pays, laquelle n'est que le reflet de la qualité des produits industriels.

 

I - Les atouts majeurs du pays

A - Un relief sans contraintes majeures

 

L'Allemagne est constituée de trois ensembles physiques nettement séparés. Du nord au sud, on trouve :

* des plaines morainiques (moitié nord)

* des plateaux peu élevés (tiers inférieur)

* de la haute montagne alpine (partie sud)

Les voies de communications, dans un tel relief, sont faciles à mettre en place. L'Allemagne possède le plus vaste réseau autoroutier gratuit d'Europe. Les axes sont globalement nord-sud et est-ouest. On utilise ainsi l'axe rhénan pour faire circuler péniches, trains, voitures et camions. C'est l'axe le plus fréquenté. Aucune ville n'est au centre d'un quelconque réseau comme Paris peut l'être en France. Ainsi la communication Hambourg- Münich se fait sur le principe de la ligne droite de même que Cologne-Berlin.

Cet aspect des communications est essentiel à la puissance de l'Allemagne. Ainsi, dès la réunification des deux Allemagnes, la première mesure de la RFA a été de construire des stations service et les autoroutes reliant la RFA à la Pologne, la RFA à la Tchéquie ou la Slovaquie. Ce réseau autoroutier très dense sert donc à la fois aux transports internes mais aussi aux exportations. Ce même réseau routier est complété par des routes secondaires très nombreuses et de bonne qualité. Les autoroutes servent à combler rapidement les distances tandis que les petites routes permettent d'arriver à bon port, une sorte de système de périphérique.

 

B - Un pays fortement peuplé

 

En 1997, l'All compte 83 M d'Habitants ce qui en fait la 12ème puissance mondiale et la première d'Europe. Ce chiffre s'explique par la réunification (63-16). La densité moyenne est forte (232). La démographie de l'Allemagne est celle d'un pays très développé avec de faibles taux de natalité et de mortalité (Féc 1,3 enf/femmme). On distingue pourtant des différences de comportement démographique entre l'est et l'ouest.

L'ouest, partie développé connait des taux de natalité très bas et un vieillissement de la pop, tandis que l'est a une population plus jeune (politique communiste) mais le taux de natalité est en forte baisse (plus d'incitation, chomage) et la mortalité s'accroit avec l'alcool, la crise, le manque de couverture sociale.

Cependant, le déficit du solde naturel est compensé par le solde migratoire largement positif. En effet, depuis les années 1960, l'Allemagne est une terre d'immigration. L'essor économique a attire et attire encore de nombreux étrangers souvent sous qualifiés. On compte 8 M d'étrangers avec 2 M de Turcs, 2 M des balkans et de l'est. Mais l'All a accueilli depuis 1990 des étrangers particuliers : les Aussiedler, des Allemands de souche qui se sentaient menacés dans leur pays d'origine par les bouleversements politiques (Pologne, Hongrie, Russie, Roumanie). Ils ont été aussitôt naturalisés Allemands ce qui a provoqué la colère des étrangers présents depuis de nombreuses années sur le territoire allemand et qui réclamaient leur naturalisation. En Allemagne, c'est le droit du sang qui prévaut encore aujourd'hui. L'Allemagne n'a plus besoin aujourd'hui des étrangers et surveillent donc étroitement ses frontières Est et Sud d'autant que, selon les accords de Schengen, l'Allemagne se trouve à la périphérie de l'Union et nombre de pays européens lui reprochent d'être trop laxistes. La surveillance a donc été renforcée à l'aide de douaniers européens. Cette présence des étrangers a accru les actions d'extrême-droite (DVU).

 

C) L'existence d'un modèle allemand

 

Ce modèle vu de l'extérieur apparaît sous une triple forme : paix sociale, rigueur de la gestion et capacité d'adaptation.

 

1) Le consensus social allemand

Les Allemands ont le sentiment profond d'appartenir à un peuple uni ce qui lui a parfois porté tort.

La stabilité politique est remarquable puisqu'en 50 ans, l'Allemagne n'a connu que 6 Chanceliers (Adenauer, Brandt, Schmidt, Kohl, Schröder). Ils ont beau être de partis différents (CDU ou SPD), ils privilégient la continuité et le pragmatisme à leurs idéologies. Cette stabilité est toute aussi remarquable dans les Länder. La continuité politique permet le suivi de politiques logiques.

Dans l'industrie, la cogestion est la règle. Travailleurs et actionnaires sont impliqués dans la réussite de leur entreprise. Toute décision est prise par les deux acteurs. Les travailleurs sont représentés par de puissants syndicats (Patrons, IG Metall, routiers), indépendants des partis politiques. Ce système a été immédiatement imposé en ex-RDA.

Enfin, ces syndicats ont une histoire telle qu'ils regroupent plus du tiers des travailleurs (12%) en France. Ce taux monte jusqu'à 80 % dans la métallurgie. Leur histoire explique aussi leur façon d'agir : ce sont des syndicats réformistes qui privilégient la négociation davantage que la grève. Cette dernière doit être votée à 75%.

 

2) Une forte concentration financière

 

En 1945, avec la guerre et les mesures de démantelement des puissances occupantes, l'industrie allemande est quasi anéantie. Mais la Guerre Froide (Plan Marshall) et une main-d'¦uvre bien formée, ont permis une reconstruction rapide des grands groupes (Konzern comme Siemens, Daimler-Benz, Volkswagen, AEG, Hoechst, Bayer, Thyssen). Ce sont de véritables locomotives de l'industrie avec la sous-traitance. Elles sont pour la plupart contrôlées par les grandes banques du pays. Depuis longtemps, les industries allemandes essaient de s'auto-financer grâce à l'énorme épargne des Allemands. La bourse de Francfort est handicapée par cette pratique.

Les PME, très nombreuses et très actives, participent à cette essor (Bosch)

 

3) Forte capacité d'innovation et image de marque des produits allemands

 

Les Allemands se sont toujours imposé des normes draconiennes de qualité et de sécurité (DIN). La foire de Hanovre attire des industriels du monde entier. Ces entreprises ont chacune un savoir-faire qui se matérialise par des centres d'apprentissage ultra-performants. Rares sont les chefs d'entreprises à ne pas être passés par un centre d'apprentissage. Le travail industriel est fortement valorisé en Allemagne, ce qui explique le taux de 37% du secteur secondaire. Les industries ont su inculquer un véritable esprit de famille (sponsoring des clubs de foot)

La forte monnaie du pays incitent les patrons à délocaliser mais ils conservent la plus grande partie de leur potentiel en Allemagne où ils savent qu'ils pourront trouver et la MO et le marché de consommation. L'Union Européenne est le principal débouché de l'Allemagne.

 

II -Les éléments de la puissance allemande

 

A - Un géant industriel

 

Entre 1880 et 1914, l'Allemagne a rattrapé son retard industriel. Pour des raisons historiques (morcellement), elle avait raté la première RI. Avec la deuxième RI, elle assure son décollage économique non par imitation mais grâce à ses innovations en matière de chimie (IG Farben, BASF), d'électricité (AEG, Siemens), d'automobiles (Daimler, Mercedes) et d'armement (Krupp, Thyssen).

 

La prééminence de ces secteurs a perduré. L'Allemagne est spécialisée dans les industries de biens d'équipement ou semi-finis (machines-outils, chimie lourde) et de consommation (voitures, cars, connectique, pharmacie). Dans les années de prospérité (19560-1980), les grands groupes allemands comme leurs homologues occidentaux ont diversifié leurs productions. Mais avec la crise (1980-1990), cette tactique s'est avéré catastrophique. Avant les autres et de façon plus poussée, les Konzern ont abandonné les filières non productives et certains groupes en ont profité pour changer radicalement de profil (Siemens : électricité pour connectique), d'autres se sont encore plus spécialisés (Thyssen : métallurgie traditionnelle pour aciers spéciaux). Ces mutations se sont faites afin d'éviter des concurrences internes entre groupes allemands (cf électricité) ou pour répondre aux besoins de l'industrie allemande (Thyssen).

Plus tôt que les autres, les Allemands ont mis au point de nouvelles méthodes de travail : horaires adaptés et mouvants (flexibilité), groupes autonomes, prise en compte de l'écologie.

Plus radicalement qu'ailleurs (Etats-Unis, France), l'Allemagne a su abandonner des secteurs industriels ou les reconvertir (Sidérurgie de la Ruhr). La reconversion a été moins dure qu'ailleurs car il n'y avait pas de région de monoproduction (Ruhr = Sid + chimie + Automo).

La tentation a été grande de délocaliser massivement mais les syndicats ont fait pression pour la limiter et pour cela ont demandé une amélioration qualitative des produits, arguant que le marché des produits industriels à bas prix était saturé.

 

 

 

Pour l'instant, la production industrielle est le fait de la seule partie Ouest avec trois grandes régions industrielles :

- Vallée du Rhin (trois centres du Nord au sud : Ruhr, confluent du Main (Francfort), confluent du Neckar (Stuttgart). Ce sont des régions polyvalentes.

- Basse Saxe (Hanovre) : automobiles et mécanique

- Bavière : nouvelles technologies

L'est est en pleine reconversion c'est-à-dire en pleine destruction.

 

On pourrait croire qu'il s'agit d'une politique d'ensemble décidée à Bonn ou à Berlin mais il n'en est rien. L'Etat fédéral ou les Lander ont peu de pouvoir sinon d'harmonisation et les pouvoirs de commandement sont disséminés dans seize villes. Francfort et Stuttgart n'abritent chacune que trois grands sièges sociaux, Münich un seul (BMW).

 

B - La seconde puissance commerciale du monde

 

L'Allemagne assure plus de 9% des échanges mondiaux (voir croquis). La vocation commerciale de l'Allemagne n'est pas récente puisque dès le Moyen-Age, des associations comme celle de la Hanse, approvisionnaient l'Allemagne en produits venus des pays scandinaves, d'Angleterre, de la Méditerrannée. Au 19° siècle, l'absence quasi totale de colonies a entraîné des investissements massifs dans l'industrie alors que l'Angleterre et la France dispersaient une partie de leurs capitaux. L'Allemagne n'a pas eu à financer une quelconque décolonisation et surtout pas de guerre.

L'Allemagne est un pays d'économie de marché et les frontières sont totalement ouvertes (bien plus qu'en France), ce qui explique que l'Allemagne est le deuxième importateur mondial.

 

La structure du commerce extérieur allemand est simple: plus de 80% des exportations sont constitués de produits manufacturés ( automobiles, construction mécanique-machines-outils -, chimie).

 

Le Deutschmark est une monnaie forte aussi est-ce un handicap pour les exportations et pourtant l'Allemagne est un puissant exportateur. On comprend dès lors que les vendeurs allemands mettent en avant la qualité de leurs produits.

A l'importation, l'Allemagne a un profil à peu près similaire avec 72 % de produits industriels (automobiles, ordinateurs, textiles) et 11% de MP et de sources d'énergie.

Les 17% d'importation de produits semi-finis s'explique par la sous-traitance et la délocalisation à l'étranger mais le même pourcentage aux exportations démontre que l'Allemagne n'a pas abandonné comme d'autres pays la fabrication des pièces industrielles intermédiaires. C'est certainement ce qui fait l'originalité du commerce allemand.

 

L'excédent commercial sert à compenser les sorties de devises (salaires des travailleurs étrangers, dépenses des touristes allemands, participation financière à l'Europe, financement de la sous-traitance à l'étranger)

 

Les partenaires de l'Allemagn : L'Allemagne commerce à hauteur de 50% avec l'Union Européenne (France = premier partenaire) dont 40% avec les pays limitrophes (B, Lux, Pays-Bas, Suisse, Autriche). Avec tous ces pays, l'Allemagne a un commerce excédentaire.

Elle commerce ensuite avec les deux grands (USA et Japon), puis avec les pays du Golfe (Commerce excédentaire). Seul le Japon et la Chine ont un commerce positif sur l'Allemagne. Même l'OPEP a un solde négatif.

Cette puissance commerciale est peut-être faible en % directs mais la pénétration allemande est colossale. Sur 100 F importés,

- en France 18 viennent d'Allemagne

- en Autriche, 43 viennent d'Allemagne

- Suisse, 33 viennent d'Allemagne

Dans les pays de l'est en plein essor, l'Allemagne accapare 40% des exportations. Cette pénétration s'explique aussi par la présence du mark. Dans une dizaine de pays (Balkans, Bulgarie, Slovaquie, Estonie, Hongrie), la monnaie locale est référencée sur le mark (Zone mark)

L'existence de foires internationales où sont exposés les produits allemands sont la preuve de ce dynamisme commercial (Hanovre, Francfort, Leipzig avec une nouvelle halle des expositions). Ces rencontres permettent certes de montrer les produits allemands mais aussi de deviner les nouvelles tendances.

 

III - Les freins et les limites de la puissance allemande

 

A -Des disparités régionales

 

Dans la Loi Fondamentale, il existe un article qui évoque le rôle de l'Etat dans l'équilibre des régions mais les réalités économiques en décident autrement. On peut considérer qu'il y a quatre régions distinctes en Allemagne et pas toujours complémentaires.

 

1) Le Nord et le centre : régions soit excentrées avec peu de ressources et un littoral peu accueillant (Nord) soit des régions agricoles (Centre). Elles semblent un peu en marge du développement mais ce sont des réserves écologiques dans un pays fortement urbanisé. C'est aussi un espace de transit entre est et ouest.

2) L'axe rhénan : La partie sud (Rhin-Main et Rhin-Neckar) a été tiré par la dynamique des Etats du sud tandis que la partie nord (Rhin-Ruhr et Sarre) ont connu des périodes difficiles. La Sarre est en voie de restructuration mais lente tandis que la Ruhr, symbole de la puissance allemande passée, est en totale réorganisation non seulement industrielle (fermetures, reconversions) mais aussi urbaine (quartiers abattus, constructions modernes) avec prise en compte de critères écologiques draconiens (eau, air). Ces régions ont certes subi la crise de plein fouet mais à la différence de la Lorraine ou des Midlands, ce n'étaient pas des régions monoindustrielles si bien que la reconversion fut plus facile mais non pas plus rapide.

3) Les suds : Le sud à forte minorité catholique a une tradition d'innovation. Aujourd'hui, ces régions jouent sur tous leurs atouts : climat sain, paysage accueillant , tourisme traditionnel, main-d'¦uvre abondante, position de carrefour, voies de communication dense, disponibilités financières (Francfort), technopoles (Münich) et foire industrielle (Münich, Stuttgart, Francfort). De quoi séduire investisseurs nationaux et internationaux. Il ne faut oublier pour autant que c'est en Bavière que se trouve Nüremberg et Dachau!

 

4) L'est : Dès 1990, l'ex-RDA a cette chance inouie d'être prise en charge intégralement par la RFA. Les premières mesures n'ont pas tardé : constructions des routes, égalité des deux monnaies, volonté de transférer rapidement la capitale à Berlin, mise en place du système de protection sociale de la RFA (moins avantageux que celui de l'ex-RDA). Le principal problème a été et est toujours la transformation des secteurs économiques. Après une brève analyse, rien ne peut être récupérer de l'outil de production hérité du communisme (situation géographique des industries, méthodes de gestion, parc industriel dépasse, techniques agricoles d'un autre temps). Même l'exploitation du lignite est sujet à caution car c'est une source d'énergie très polluante. On a donc opté pour l'abandon total des activités ce qui a entraîné des centaines de milliers de chômeurs et forcément un mécontentement qui se marque soit par des manifestations soit par une montée des mouvements extrêmistes. Si les Ossis sont mécontents, le plus original est que les Allemands de l'Ouest se plaignent de payer de trop lourds impôts.

En fait, au moment de la réunification, toutes les propriétés (industrielles, agricoles-terres et bâtiments-, résidentielles) appartenait à l'Etat. Bonn est donc devenu l'héritier de ces propriétés mais ne tient pas à le gérer. Donc, l'Etat a décidé de vendre tous ces biens (PRIVATISATION) et pour cela a mis en place un organisme semi-public, la Treuhandhaltung. Autant les propriétés résidentielles se sont bien vendues autant il est difficile de vendre les biens industriels ( et encore plus de vendre les fermes collectives qui sont aujourd'hui à l'abandon. Ce démantelement s'est accompagné d'un recul social car les entreprises industrielles et les fermes assuraient par exemple la garde des enfants, la formation professionnelle, les emplois à mi-temps pour les femmes afin de soutenir la natalité. Les universités ont été fermées, les bibliothèques également pour être épurées, les fonctionnaires pléthoriques sont soit licenciés soit formés au système ouest-allemand.

Certes, des industriels ouest-allemands s'installent en ex-RDA (Opel ) mais beaucoup préfèrent s'installer dans les pays voisins (Pologne, Tchéquie) à cause des coûts salariaux plus bas même si les salaires à l'est sont de 20% inférieurs à ceux de l'ouest.

Dans ce contexte, l'Etat joue un grand rôle en donnant des primes à l'installation et en modernisant certaines villes-clé de cette partie au détriment de villes abandonnées qui répondaient à une logique socialiste (Gotha). Ainsi Liepzig-Halle est destinée à devenir une grande ville industrielle car il y a une tradition, Dresde est un peu excentrée mais elle pourra se développer avec la proximité de la Pologne et enfin Berlin est l'objet de tous les soins : ravalement de façades, percée de grandes artères, métro, parc d'exposition, restauration du Bundestag et des bâtiments officiels et des musées, création d'un centre des affaires sur la Potsdamer Platz.

Cette réhabilitation des villes se fait aussi dans une perspective humaniste avec une attention toute particulière aux problèmes de pollution, avec une mise en valeur du patrimoine urbain (Weimar, Leipzig, Dresde) et des musées superbes par leur collection.

 

C - Un rôle international inégal

 

Si l'Allemagne joue un grand rôle dans les domaines économiques, commerciaux et financiers, il n'en va pas de même sur le plan diplomatique, militaire et culturel. Or on comprend mal qu'une grande puissance économique n'ait pas un grand rayonnement dans le Monde.

Cette anomalie s'explique par la seconde guerre mondiale. En 1945, l'Allemagne nazie a dû se rendre sans conditions et son sort a été assuré de façon très différente selon que l'occupant était anglo-saxon ou soviétique. Dans les deux cas, on a voulu éviter une résurgence du militarisme prussien. C'est pour cela que l'Allemagne a été démilitarisée, dénazifiée, partagée et s'est vue imposer des régimes plus ou moins démocratiques. L'Allemagne a été exclue des grandes organisations internationales dès le départ en tant que pays vaincus.

Il est incontestable que sur le plan diplomatique l'Allemagne n'a pas la place qu'elle mérite. Ainsi, elle devrait être membre du Conseil de Sécurité des Nations-Unies (idem Japon) ne serait-ce que parce que financièrement elle apporte sa quote-part au financement des organisations de l'ONU (3° financier). La discussion est en cours depuis de nombreuses années mais cette proposition rencontre des oppositions. Depuis 1973, les deux Allemagnes avaient un siège à l'ONU. Il n'en reste pas moins que l'Allemagne a des relations diplomatiques privilégiées avec les pays de l'Europe médiane (Autriche, Tchéquie, Slovaquie) et de l'est, relations qui s'appuient sur d'intenses relations économiques. L'absence d'une grande capitale a privé l'Allemagne d'une ville à rayonnement international : le nouveau Berlin devrait modifier profondément la situation.

 

Sur le plan militaire, jusqu'en 1994, l'Allemagne a été bridée par la Loi Fondamentale qui date de la Guerre Froide, qui l'autorisait à avoir une armée mais uniquement à utiliser sur le territoire national ou dans un but défensif. Depuis 1994, elle peut aussi jouer un rôle humanitaire à l'extérieur (Bosnie) ou d'interposition chez les Casques Bleus. En avril 1999, pour la première fois depuis 1945, des militaires allemands mènent une guerre offensive hors de leur territoire.

Sur le plan culturel, l'Allemagne est en position de faiblesse. Il n'y a que 18 millions d'étrangers qui parlent régulièrement allemand (dont 12 en Autriche et en Suisse). L'Allemagne qui a donné des grands artistes au monde semble en perte de vitesse. Le cinéma est résiduel et toujours plus ou moins marqué par l'expressionnisme. Cependant l'Allemagne dispose du réseau des Instituts Goethe qui diffusent cette culture allemande. L'allemand est aussi une langue pour les études techniques. ARTE est une chaîne franco-allemande.

 

Sur ces trois aspects, il semble que l'Allemagne compte sur son poids en Europe pour s'affirmer comme la troisième puissance mondiale.