Remontoir d'égalité.

 

Ci-dessous quelques pages tirées d'un merveilleux livre d'ALFRED UNGERER, qui m'a été offert par Monsieur BOUTRY, directeur de la société UNGERER, dans les années 80.

Cette société était chargée de l'entretien de l'horloge astronomique de STRASBOURG, que j'ai eu le rare privilège de visiter de l'intérieur !

Je crois que la société UNGERER à été rachetée par BODET.

 

CHAPITRE IV .

LES ROUAGES DE MOUVEMENT
A REMONTOIR D'ÉGALITÉ OU A FORCE
CONSTANTE


Généralités.

L'actionnement de très grandes aiguilles extérieures ou,
de longues transmissions rotatives nécessite un surcroît de
force et un poids moteur sensiblement plus lourd que lors-
qu'il s'agit d'une petite installation ; lorsque le poids moteur
doit, en outre des aiguilles extérieures, actionner la roue
d'échappement, il en résulte une usure plus rapide des pa-
lettes de l'ancré ainsi qu'un déréglage de la marche, pro-
venant de l'inégalité des impulsions communiquées au pen-
dule. Or, la roue d'échappement du rouage de mouvement
doit être actionnée par une force aussi constante que pos-
sible, afin que ces. impulsions soient uniformes (p. 71).

Dans divers ouvrages d'horlogerie du XVIIIe siècle il
est fait mention de l'emploi du remontoir d'égalité pour
réaliser ce principe, et déjà vers 1650 Huyghens actionna
la roue d'échappement d'une horloge marine à l'aide d'une
petite chaîne sans fin et d'un poids qui, à chaque demi-
minute, était remonté par le ressort principal1). Par ce prin-
cipe Huyghens voulut surtout éliminer l'action inégale que
le ressort moteur exerce sur l'échappement, ce qui est d'une
importance capitale pour une horloge de précision, surtout
si l'on considère qu'à cette époque les ressorts ont dû être

1) REVERCHON, bibl. n° 75, mars 1923.

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forgés et limés à la main. Berthoud signale une horloge
dans laquelle on doit avoir employé comme force constante
un ressort qui est remonté par le rouage de sonnerie 1).

Afin d'obtenir une marche plus uniforme, on décompose
le rouage de mouvement d'une horloge d'édifice en deux
parties distinctes : un mécanisme régulateur à marche per-
manente, et un rouage moteur fonctionnant par intervalles.
Le premier n'a d'autre fonction que de faire marcher l'échap-
pement et de déclencher le rouage moteur aux moments
voulus. Le rouage moteur actionne les aiguilles extérieures,
et remonte la force motrice du mécanisme régulateur. Cette
force motrice qui fait marcher la roue d'échappement étant
constante, et n'ayant plus de résistances variables à vaincre,
les oscillations du pendule deviennent sensiblement uni-
formes, et la marche plus exacte. Cette force est constituée
soit par un poids, soit par un ressort, dont le remontage
doit avoir lieu sans que l'échappement s'en ressente ; aussi
les organes en question doivent-ils être disposés en consé-
quence. L'intensité de la force constante doit être choisie
selon la force nécessaire au déclenchement du rouage moteur,
et ce déclenchement doit exiger le moins de force possible
afin de ne pas fatiguer inutilement l'échappement.

Le rouage moteur doit êtrei construit d'une façon ro-
buste, et selon l'importance des aiguilles ou des transmis-
sions qui sont à actionner, tandis que le mécanisme régula-
teur peut être d'une construction plus subtile. La vitesse
de fonctionnement du rouage moteur est réglée à l'aide
d'un volant à ailettes, placé sur l'arbre du dernier pignon ;


1) BERTHOUD, bibl. n° 9, t. 2, p. 40. « Une ancienne horloge
d'Allemagne, qui fut faite vers 1600, et dont le balancier était à
foliot, ce qui prouvait son ancienneté, appartenait à M. le président
de LUBERT ; elle sonnait les heures et les quarts et était astrono-
mique, chose remarquable pour ce temps. Les chevilles de la sonne-
rie remontaient à chaque quart le ressort du mouvement qui était
dans un petit barillet. Cette invention n'avait été appliquée à
l'horloge par son auteur que pour lui donner plus de régularité,
en faisant tirer le rouage de mouvement par une force plus égale.
L'invention du remontoir d'égalité est donc fort ancienne, et l'hor-
loge faite en Allemagne, vers 1600, est la première connue où cette
innovation ait été appliquée ».

91.
lorsqu'il s'agit d'actionner des aiguilles de très grande dimen-
sion, la marche du rouage moteur doit être un peu ralentie
afin que les aiguilles ne reçoivent pas d'élan. Si on veut
ralentir sensiblement ce mouvement, on peut employer soit
des ailettes plus grandes, soit un pignon accélérateur en
plus, soit un engrenage à vis sans fin ; cette dernière solution
nécessite un très fort surcroît de force et un graissage
abondant.

Les horloges à remontoir d'égalité nécessitent un poids
moteur plus lourd que les rouages ordinaires, parce que
l'avance par saccades des aiguilles extérieures demande plus
de force que l'avance lente à chaque oscillation du pendule,
tel que c'est le cas aux rouages ordinaires. Le poids doit être
suffisamment lourd, afin que l'avance du rouage moteur
se fasse avec sûreté, mais non d'une manière trop brusque.

Aux horloges à remontoir d'égalité la. transmission des
aiguilles ainsi que le dispositif de mise à l'heure restent
immobiles pendant un certain temps. Pour les horloges à
sonnerie il faut donc veiller à ce que l'étoile qui déclenche
le rouage de sonnerie soit exactement mise au point, de
manière à ce que le levier de déclenchement retombe lorsque
le rouage moteur a décrit la moitié de son parcours
normal en question. Si ce levier retombait au début ou
au dernier moment du mouvement de l'avance, le dé-
clenchement ne s'opérerait pas avec la sûreté nécessaire, et
pourrait avoir lieu soit déjà à l'avance précédente, soit
seulement à l'avance suivante du rouage moteur. On re-
connaît le mieux le moment précis du déclenchement en
retenant le volant à ailettes du rouage moteur lorsqu'il
doit se mettre en marche et en le laissant avancer tout len-
tement sous l'action du poids moteur. Si on néglige ce point,
le rouage de sonnerie peut être déclenché une deuxième
fois, lorsque le levier de déclenchement vient se replacer
sur la crête de l'étoile de déclenchement, au lieu de tomber
dans le creux de l'étoile.

Actionnement des aiguilles par un rouage de sonnerie.

Le remontage de la force constante du mécanisme-
régulateur peut également être réalisé à l'aide du rouage

92
de sonnerie ; Schwilgué adopta ce principe dans quelques
horloges d'édifce, construites vers 1830, qui fonctionnent
actuellement encore et dont le rouage de sonnerie des quarts
actionne la transmission des aiguilles. Pour ces installations
Schwilgué employa généralement des aiguilles à heures,
dont l'avance a lieu de 5 en 5 minutes. A cet effet le rouage
des quarts est déclenché toutes les cinq minutes par le rouage-
régulateur, et fait décrire à chaque reprise l /12 de tour à
la transmission verticale, dont le mouvement est ralenti
dans le rapport i : 12 pour l'actionnement des aiguilles

extérieures. La transmission est actionnée à l'aide de roues
d'angle et d'un pignon a de 24 dents (fig. 60) qui engrène
avec les quatre séries de 6 dents du cercle b ; ce dernier est
fixé contre la roue motrice du rouage des quarts, avec la-
quelle il décrit un tour en une heure, et qui porte les dix
rouleaux de levée c. Ces quatre séries de 6 dents sont placées
à des intervalles inégaux entre eux et correspondant res-
pectivement à 1/10, 2/10, 3/10 et 4/10 du chemin total
que le cercle b et la roue motrice décrivent lorsque le rouage
sonne 1/4, 2/4, 3/4 et 4/4. Lorsque, dans l'espace d'une
heure, le cercle b a décrit un tour, les 4x6 dents auront

93

FIG. 60. — Schéma du cercle de retenue d'un rouage des
quarts servant à actionner des aiguilles extérieures.
(Construction Schwilgué.)

Vers une page sur l'équation de temps.

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