Temoignages de survivantes de la prostitution
Analyses et témoignages de survivantes de la prostitution
Tous les textes de cette page ont été écrits par des anciennes prostituées. Le terme "anciennes prostituées" a l'inconvénient d'identifier les femmes ayant subi la prostitution pour ce qu'elles ont été et non pas pour ce qu'elles ont vécu. Le terme survivantes de la prostitution est préféré car il rend mieux compte de la violence que constitue la prostitution. Une des survivantes de la prostitution témoignant dans ce site écrit: "j’ai commencé à comprendre que la prostitution n’était pas quelque chose que j’avais fait, mais quelque chose que l’on m’avait fait faire". Le terme "survivante" permet d'échapper à la focalisation douteuse sur une identité ou une nature prostituée, donc de contourner la stigmatisation et d'insister, comme le fait une des survivantes de cette page, sur le fait que "toutes les femmes sont prostituables". Enfin, il permet de sortir du statut de victime pour celui de survivante, celle qui n'accepte plus et se bat.
Témoignages de femmes ayant été prostituées sans proxénète
Témoignages de femmes ayant été prostituées par un proxénète
Sisters (English) 
Schwester (Deutsch)
Témoignages de femmes ayant été prostituées sans proxénète:
Témoignages de Yolande
Extrait: J’ai été pendant 16 ans prostituée. J’ai commencé à me prostituer quand j’étais enceinte de ma fille. Mon fils avait la tuberculose et je devais absolument le faire soigner. (...) Mais on s’est effectivement rendu compte que ce n’est pas un métier comme un autre parce que, dès le premier client, on se sent amoindrie, on se rend très bien compte que ça n’est pas un métier que l’on voudrait pour sa fille : c’est un moyen de survie… (…) La légalisation, c'est décider l'enfermement à perpète pour une catégorie de personnes. Je ne comprends même pas comment on peut imaginer une solution pareille.
Récit de vie de E
Extrait: Je suis arrivée à ** [ville du sud] en 81 pour me séparer et divorcer de mon mari. Jusqu'en 83, j'ai fait divers travails. Mais je me suis retrouvée sans travail et j'ai commencé à me prostituer. Cela a été très dur, bien sûr, mais je n'avais pas le choix (...). On se sent très seule, malgré tous les contacts avec les clients et, aussi, très nerveuse, toujours sur le "qui-vive" car on ne sait pas toujours si les clients ne sont pas des fous ou dangereux. Cela est à force très angoissant. C'est vrai que l'on a souvent beaucoup d'argent mais la plupart des prostituées sont "soutenues" alors l'argent part vite. Et même sans les souteneurs, on dépense beaucoup en vêtements, nourriture, etc. Rares sont les prostituées qui sont réellement aisées en argent. 
Roselyne, dix ans de trottoir, refuse les maisons closes
"Voir cette misère en pleine ville, c'est aussi une sorte de prévention : ça réduirait les rêves de gamines qui pensent gagner des fortunes facilement. Si j'avais vu dans quelles conditions travaillent les prostituées, j'aurais peut-être compris la violence du trottoir..."
Domenica
Le pas vers la prostitution est aussi devenu plus facile qu'avant. Cela m'inquiète. Parce qu'il n'y a rien à glorifier dans ce métier(…) Les jeunes filles doivent savoir ce qui les attend (...) De la misère. Tout plein de misère (…) Une mise en garde, c'est bien le moins qu'on leur doit, nous, les vieilles putes…
Témoignage de Barbara
Les dettes s’accumulaient dangereusement, je commençais à ne plus voir la sortie du tunnel. Il était même si noir, ce tunnel, que je pensais au suicide, pour nous trois. Ce suicide, je l’ai commis finalement mais pas de la manière que l’on croit. (…) Un jour, un client m’a proposé 500F pour passer la nuit avec lui. J’étais à bout, ma fille venait de faire une grave maladie infectieuse, j’avais eu très peur de la perdre, je m’étais endettée jusqu’aux yeux pour payer le traitement. J’avais épuisé toutes les possibilités d’emprunts, j’étais seule, cette fois, et j’avais peur. J’ai accepté, ou plutôt j’ai laissé faire. (…) Quand le moment arriva de coucher avec cet homme, j’ai cru mourir. Il était sur moi, et je pleurais, je ne pouvais plus m’arrêter, j’avais l’impression d’être tombée au fond d’un trou, tout en bas, je pensais que je ne pourrai jamais remonter. Lui, il n’a rien vu, rien compris. Il avait payé, j’étais venue, tout allait bien… 
Le lendemain, c’était fini pour moi. J’étais devenue une putain, je me sentais sale jusqu’à la moëlle des os. Je me suis dit : « cette fois, tu es de l’autre côté, il ne reste plus qu’à continuer ». (…) Je crois d’ailleurs que toutes les femmes prostituées le disent : avant d’y être, on n’y pensait pas, on aurait eu honte. Personne ne choisi le trottoir comme un métier quelconque : un jour on n’y est pas, le lendemain on est dedans. (…) Il faut vraiment être acculée pour en arriver là. C’est un geste suicidaire : le jour où je suis devenue prostituée, j’ai fermé mon corps et mon esprit à la vie, j’ai discocié mon corps de ma tête, et j’ai quitté le monde. (…) Les hommes ont payé, pendant trois ans. Et moi j’ai céssé de vivre, pendant trois ans. (…) 

 
 il y a une différence fondamentale entre vendre sa capacité de travail intellectuel, manuel ou ménager, et s’allonger quinze fois par jour sur un lit miteux pour se laisser violer en échange d’un billet de 50 F. 
(…) La prostitution légale, pour moi, cela signifiait le triomphe des hommes sur les femmes. La victoire de l’opinipon publique : « la prostitution est un mal nécéssaire».
Témoignage de X
Je crois que si tu te prostitues longtemps cela provoque de gros dommages, car cela détruit ton amour-propre. Pour deux raisons:

- Tu vas plusieurs fois par jour au lit avec des hommes seulement pour de l’argent, et à chaque fois, quand tu le fais, tu nies tes propres besoins et ta personnalité. Je crois, si tu le fais trop longtemps, tu perds la connaissance de ce qui t’appartient ou non, et tu ne peux plus mettre de barrières entre les deux.
- Tu reçois très peu de soutien de la société comme prostituée. Alors tu le caches. Ou bien tu le dis publiquement, alors tu es aussi une prostituée, et c'est devenu une partie de ta personnalité. (…)

Témoignage de Cathy 
[Une prostituée] m’a dit : « qu’est-ce que tu vas te casser la tête à gagner 3000 et quelques, quand tu peux prendre 1000 francs par soir ? ». Evidemment j’étais jeune, j’avais quand même un peu d’ambition, j’aimais bien les fringues, les belles choses, alors voilà c’est comme ça… Un peu influencée par la fille, mais non, c’est quand même mon choix aussi. (…)  je suis partie à l’étranger comme clandestine, sur Paris. De moi-même, sans l’influence d’un homme, de qui que ce soit. Je suis arrivée à Paris, je me suis prostituée à Barbès et là je travaillais dans les maisons genre « maison close » (…) C’est moi qui ai fait le choix comme ça, ce n’est pas quelqu’un qui m’a poussé à me prostituer pour ces patrons, c’est moi qui ai fait le choix d’entrer dans ces maisons là. (…) dans ma famille, ils n’ont pas été très gentils parce que moi, si ma fille avait eu ce flash de partir dans la prostitution, je pense que (…) j’aurais été une maman à courir vers ma fille, à prendre un dialogue avec elle et tout ça, ce qui n’a jamais été fait ni de la part de mon père ni de la part de ma mère. 
Je n’ai jamais eu quelqu’un qui a essayé de me dissuader, de repartir dans le bon chemin, au contraire toute ma famille l’a su, on m’a plutôt écrasée qu’aidée à m’en sortir. (…) J’ai arrêté du jour au lendemain. (…) J’ai [coupé tout mes contacts] parce que j’avais beaucoup de problèmes psychologiques. Ca a été très difficile, je suis encore loin de m’en sortir, parce que d’avoir coupé net comme ça…  (…). Mais je ne retournerai plus jamais dans la prostitution, ça c’est exclu ! (…) Mon métier m’a abimé le dos, m’a touché mon moral aussi. (…) En tout cas si demain je pouvais sortir une fille, lui donner un conseil pour ne pas plonger dans cette prostitution, je serai la première à l’aider dans un autre chemin, parce que la prostitution n’est pas une solution. 
Je crois que pour un homme, aller voir les prostituées est différent que d’aller au lit avec une femme. Les hommes ne vont vraiment pas chez les putes pour coucher. Ils y vont pour enfoncer les prostituées par un moyen « légitime », pour qu’eux soient supérieurs. Le fait qu’il puisse acheter son corps, son intégrité, montre déjà qu’elle occupe une position inférieure. (...)  L’humiliation est très subtile, mais il y a dans chaque contact un élément d’humiliation. Ça n’est presque jamais exprimé avec des mots, mais le message t’est adressé à chaque fois à travers le comportement et les mouvements. Ils [Les clients] te donnent clairement à savoir que tu n’es que de la merde. Tu n’as pas le droit de parler parce qu’ils t’ont payé et peuvent donc faire tout ce qu’ils veulent (…) Ils veulent vraiment que leur Ego soit confirmé, que leur valeur soit prouvée, et ils prennent cela de mes réactions, de l’humiliation qu’ils me font, et du pouvoir qu’ils ont sur moi. 
 

Témoignage de Christine
  Le féminisme ne peut pas être la célébration de la gloire de la Maternité ou la célébration du mythe de la Putain. Il existe des femmes soi-disant féministes qui déclarent s’identifier aux putains. (…) Elles aiment le sexe et croient que dans la prostitution, il s’agit de femmes qui aiment le sexe, comme pour elles. (…). Dans leur ignorance ou leur naïveté, ces femmes défendent la prostitution comme libération sexuelle. Elles croient ou prétendent croire qu’elles s’identifient avec les femmes prostituées et les supportent en défendant les institutions de la suprématie masculine que sont la prostitution et la pornographie. (…). c’est fait sur le dos des femmes et des filles prostituées. Parfois, ces soi-disant féministes appelent même la putain leur sœur travailleuse du sexe. Cela n’est rien de plus ou rien de moins que l’utilisation de femmes prostituées par d’autres femmes. C’est indéfendable. Quand cela se passe, ces soi-disant féministes défendent le viol acheté et vendu de femmes et de filles prostituées, et dans ce processus, la vie des femmes dans la prostitution est trivialisée. 
 

Témoignage de Maldy
Non, la prostitution n'est pas un métier. Elle est une atteinte à la dignité humaine! Sans aide, nous ne pouvons ni les uns ni les autres nous en sortir. Nous aider à s’en sortir, c’est bien, mais nous aider à ne pas y entrer, c’est ça l’objectif. Vous, enseignants, travailleurs médico-sociaux et militants, essayer de comprendre ce que les exclus, les opprimés, les réprimés et les humiliés ne peuvent pas vous dire. (…) PAS DE CLIENTS: PAS DE PROSTITUTION ! PAS DE PROSTITUTION: PAS DE CLIENTS ! (…) Sans le soutien financier de la clientelle prostituante, le milieu perdrait sa raison d'être (l'argent) et s'effondrerait de lui-même.
(…) J'espère humblement qu'il se trouvera des personnes de progrès pour empêcher notre esclavage. Car je crois que, tout comme la guerre, la prostitution s’organise avec la peau des autres. 
Tout comme les organes et le sang, les sexes ne devraient pas être commercialisables. 

Chris :
On peut être sans abrit dans notre corps, dans notre identité, dans notre esprit (où nous ne croyons pas en notre propre valeur) parce que pour survivre à la violence sexuelle il faut se transformer en sans abrit. On doit délocaliser notre corps et notre esprit, ne plus ressentir émotionnellement, discocier, fragmenter, ne plus ressentir des parties de notre corps pendant l'abus.

Témoignages de femmes ayant été prostituées par un proxénète:
Evelina:
Les proxénètes utilisent la minimisation et le déni pour masquer les impacts que la prostitution a ou va avoir sur la vie d'une prostituée. Il peut dire à une femme qu'elle est plus futée que les autres qui le font pour rien, ou dire que toutes les femmes sont prostituées; argumentant que certaines le font pour des dîners et d'autres pour de l'argent en espèce. Il insiste aussi sur le fait que la prostitution est un travail comme un autre, et qu'elle ne se vend pas elle-même mais qu'elle vend seulement un service


 
Témoignage de Jayme: La prostitution réglementée au Nevada:
Extrait: En tant que « vieille femme » âgée de 28 ans qui a survécu à 12 ans de prostitution – la plupart passés dans les bordels légaux du Nevada -, je souhaite vous raconter ce que fut ma vie - et celles des autres femmes - utilisées dans le cadre de la prostitution réglementée. (...) En tant que survivante de la prostitution, je peux maintenant affirmer que la prostitution est une violence contre les femmes et certainement pas une libération sexuelle, ni une libé­ration d’aucune sorte.
Récit de vie de D
Extrait: Je me suis retrouvée à Lyon et, là, j'ai connu J. et sa bande avec leurs filles (presque toutes mineures). Et, là, ils m'ont enseigné le plus vieux métier du monde. J'ai bien essayé de me sauver deux fois mais, dans ce milieu là, tu ne te fais pas d'amies. Je me souviens encore de mon premier "client". Quand je suis ressortie de sa voiture, je me suis mise à vomir.
Ulla, survivante de la prostitution (2002), meneuse de la grève de prostituées de 1975:
"Le veritable drame c'est eventuellement les maisons closes: revenir en arriere pour legaliser la prostitution, c'est legaliser le proxénétisme!"

 

Témoignages de Nicole:
c’est quand même incroyable de devoir sacrifier des personnes simplement pour le plaisir des hommes , et je conclurai en disant simplement que j’ai été sacrifiée pendant cinq ans et je peux vous dire que j’avais vingt ans. Je ne veux pas faire du misérabilisme, je ne suis pas là pour ça, mais je suis simplement là pour témoigner et je veux vous dire que, pendant cinq ans de ma vie, j’avais entre 21 et 26 ans très exactement, je me suis retrouvée à la rue Saint Denis et sur le moment, je pense, que je vivais dans un joyeux déni et que je ne voulais pas accepter cette situation, je préférais ne pas la regarder en face (...). il y a le déni et il y a aussi effectivement le passé qui est souvent identique c’est-à-dire les violences, les abus sexuels etc… Quelque part, j’en ai été convaincue pendant cinq ans, en plus de la violence physique et morale que je subissais, les abus sexuels que j’ai pu subir au préalable m’avaient installée dans une non-valorisation de ma personne.
Témoignage d'Agnes:
Extrait: Je suis une ancienne prostituée. Du bar à la maison d’abattage en passant par le trottoir, j’ai exercé cette activité de 1970 à 1974. Je m’en suis sortie de la seule façon possible: en dénonçant mon proxénète. Depuis que j’ai retrouvé la liberté, je n’ai cessé de m’interroger sur tout ce que j’avais pu voir, apprendre, connaître, accepter. J’ai surtout tenté d’analyser pourquoi et comment on pouvait un jour devenir une esclave consentante, une prostituée et fière de l’être. (...) Une prostitutée n’a pas à expier, ni à se racheter. Elle n’est coupable que d’avoir été victime. Personne n’est à l’abri d’un faux pas, d’une faiblesse. Les coupables, ce sont tous les exploiteurs, les proxénètes, les clients et peut-être un peu nous aussi... Il faudrait peut-être y penser plus souvent.
Jill:
Je suis devenue streap-teaseuse à l’âge de 14 ans (…) quand un ex hyppie aparemment sensible qui s’appelait Bruce m’a proposé de me payer un repas et du pepsi cola en échange d’écouter son offre de travail. Bruce m’a promis de la nourriture, un toit et un travail sûr ; six heures plus tard, j’étais attachée, baillonnée (…) Après m’avoir violée, Bruce commença à me torturer sexuellement pour me « former » et me faire devenir une esclave pour les clients qui aiment le SM. (…) Trois ans après mon entrée initiale dans ce « métier » comme dominée, ma captivité se termina : Bruce fut arrété, et je fus brutalement libérée de ma captivité physique. Cependant, la captivité émotionnelle est restée : même après avoir échapé à la rue et être capable d’avoir un métier certes simple mais normal, mon esprit était sévèrement affaibli par ma captivité de trois ans comme esclave sexuelle. 
Une dizaine d’année plus tard, je me retrouva avec un vétérinaire apparemment respectable, Danny. Danny avait un « deuxième boulot » comme propriétaire d’une agence d’escorte. (….) Alors que j’étais d’abord hostile à l’idée de faire du strip-tease pour l’agence de Danny, son contrôle sur l’accessibilité de drogues auxquelles j’étais devenue dépendante et son abus physique et sexuel m’ont poussé à revenir vers les dances exotiques. (…) En extra, on arrangait facilement du sexe oral entre moi et les autres danceuses ou avec les hommes des soirées. (…) La fin de ma dépendance aux drogues prescrites m’a aidé à arréter ma relation et mon « travail » avec Danny. 
(…) Je continue à me battre au niveau personnel et à remplir les trous laissés dans ma psychée émotionnelle par les années passées dans l’  « industrie » de l’exploitation sexuelle du strip tease, de la pornographie et de la prostitution. 

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