Tendances, Problemes et Solutions

 

Tendances, problèmes et solutions

 

 

1 Rôle des parents

    Nous constatons qu'il y a en général deux grandes catégories de parents de talibés : les parents qui préfèrent rester attachés à la culture, et les parents n'ayant pas les moyens de s'occuper de leurs enfants. Les parents attachés à la culture sont habituellement des anciens talibés qui ont bien vécu leur apprentissage et qui approuvent l'idée que la souffrance permet de surmonter toutes les difficultés de la vie. Toutefois, il faut se rappeler qu'à l'époque il est vrai que les talibés mendiaient un peu mais ne travaillaient pour leur marabout que pour les taches domestiques ou aux champs par exemple, ils ne subissaient alors pas les conditions de vie d'un talibé contemporain. 

    Les parents d'origine sociale modeste, eux , ne sont pas toujours très instruits et ne se rendent pas encore compte du rôle capital des études à notre époque. De plus ces familles habituellement nombreuses, ne peuvent soutenir toutes leurs charges donc envoient leurs fils apprendre le Coran chez un parent qui est marabout, à qui ils font totalement confiance . De ce fait, ils n'auront pas a donner la contrepartie qui devrait représenter la contribution à l'éducation de leur enfant.

    Certains talibés peuvent rester cinq à dix ans sans voir leurs parents et manquent d'affection parentale.  La principale réaction serait que les parents ne cherchent à voir leurs enfants cependant ce sont les marabouts qui évitent que les parents voient leurs fils dans un si piteux état, ou ils craignent que les enfant racontent la manière dont ils vivent. Les maîtres essaient au maximum de couper les relations entre enfants et parents : les talibés ne reçoivent même pas la nourriture ou les habits qui leurs sont envoyés par leurs mères.

 

 

 

2 Problèmes de la mendicité

 

    La mendicité enclenche beaucoup de conséquences : l’analphabétisme, l’insécurité traduite par de fréquents accidents de la route et aussi des accidents mortels à domicile (comme les incendies, les effondrements…), des rafles de police au cour des opérations  et des applications de l’articles 245 du code pénal interdisant la mendicité a part en lieu de culte.

    Du fait de la conditionnalité contraignante de rapporter de l’argent, certains talibés qui n’arrivent pas à remplir cette « exigence », commettent des larcins ; en cas d’arrestation, ils sont conduits à la prison civile avant d’être internés dans une maison de correction : 25 % des talibés avouent avoir été conduits a la police.

    Cette conditionnalité fait également que certains exercent des petits métiers de la rue (porteurs pour les femmes qui font leurs marché, laveurs de voiture) afin de gagner en contrepartie un peu d’argent qu’ils rapportent au marabout. Ceux qui se révoltent contre cet état et surtout qui appréhendent les châtiments corporels et autres forment de sanctions préfèrent fuguer. Ils opèrent ainsi la rupture avec le marabout et s’installent définitivement dans la rue, leur lieu de « culture », leur repères, leur site de travail : ils  vont intégrer des bandes d’ex-enfants talibés.

    De ce contact quasi permanent avec la rue, du fait de sa professionnalisation en mendiant, et du fait de la culture urbaine de déviance, les talibés en rupture totale s’adonnent à l’usage des drogues : cannabis, absorption par inhalation de diluant cellulosique ou d’un produit à base de déchets dérivés de substance d’hydrocarbure appelé « guinz » en wolof. Violences, drogues vols à la tire, survis par le biais de petits métiers, déterminent au quotidiens la vie de ces enfants.

    Au cours de différents séminaires centrés sur les problèmes des enfants en situation difficile et établis dans la rue, il a été noté sur la base de témoignages de vécu que beaucoup de ces jeunes sont d’ex-talibés. Diverses sources indiquent aussi que de nombreux enfants en prison sont de cette origine

 

Témoignages sur le vecu talibe en urbain

    « Dans ma ville (Dakar), comme la plupart des centres urbains de mon pays(Sénégal) je rencontrais souvent des enfants en guenilles, entrant dans des maisons pour demander la charité en tendant la main devant les feux de signalisation routière, les marchés, les grands magasins… partout où ils peuvent recueillir dans un pot en aluminium du riz , du sucre, des biscuits et quelques pièces de monnaie … » ; «  nous parcourons plusieurs kilomètres avant de trouver  l’endroit stratégique où mendier… Savez-vous que l’univers mendiants est fait de territoires réservés… parfois si planque, on est battu par les grands mendiants. » ; « nous dormons moins de quatre heures par jour. » ; « je suis resté dix ans sans revoir mes parents » ; « ce qui est le plus pénible c’est cette obligation de rapporter 300 francs par jours » ; « Les sanctions varient. Elles vont de l’enchaînement des mains et des pieds aux châtiments corporels et parfois même à l’enfermement. »

    Dans ce milieu, la discipline n’est plus de mise. La manière d’imposer sa condition de mendiant frise l’agression. A la hauteur de certains feux de signalisation, ils se mèlent aux véhicules, indifférents aux règles les plus élémentaires de la prévention routière. Parfois, à la témérité s’ajoute l’insolence de certains mendiants acariâtres. Nous est loin de l’humilité des talibés dont parlent les marabouts.

 

 

3 Réactions et solutions 

a) Ce qu'en pense l'opinion publique

      L’image qu’avaient les sénégalais de donner une éducation parfaite à leurs enfants en les envoyant dans des daaras n’est plus ce qu’elle était. On peut dire que la société sénégalaise a subi de profonds changements. Tout d’abord, les talibés ne sont plus ce qu’ils étaient, c’est à dire des élèves qui apprennent le coran chez un marabout. Aujourd’hui, les dons des parents ne suffisent aux marabouts pour qu’ils fassent vivre leur école coranique. Ainsi ils envoient leurs talibés mendier dans la rue.

    Plus de la moitié de la société dakaroise pense que le talibé est gênant. Parmi eux, nombreux sont ceux qui disent que les daaras ne sont plus utiles à la société moderne qu’est devenue la société sénégalaise. Mais la plupart des personnes pensent qu’il est préférable de trouver d’autres solutions que de supprimer les daaras. Toutes les solutions proposées par les personnes interrogées se rejoignent : la création d’écoles coraniques modernes, la création de centres d’apprentissage et d’emploi pour les talibés et leur réinsertion dans la vie sociale, l’introduction de l’enseignement coranique dans l’enseignement primaire, des subventions aux marabouts honnêtes, des sanctions à l’encontre des autres, l’ interdiction pour les talibé de mendier, des sanctions contre les talibés eux-mêmes … .

   Mais les propos divergent quand il s’agit de la responsabilité d’agir : moins de la moitié de la population estime que c’est l’Etat qui doit s’occuper de ce problème, alors que  pour le  quart des personnes interrogées,ce sont aux autorités religieuses qu’incombe cette responsabilité  

b) Ce qu'en pense l'Etat

    En général, l’Etat est en accord avec l’opinion publique c’est à dire qu’il veut lui aussi supprimer la mendicité (art. 245 du code pénal) mais de manière douce pour ne pas aller à l’encontre de la religion et des coutumes. 

    En 1977 le conseil national du parti a proposé de doter l’école coranique d’un statut juridique proche de celui de l’enseignement privé afin de favoriser le contrôle des talibé et d’améliorer les conditions d’enseignement. Mais le conseil interministériel a opté pour un séminaire regroupant les principaux intéressés dont les pouvoirs publics, diverses associations islamiques, des directeurs de daaras de grande renommée, certaines associations laïques…

Ce séminaire s’est tenu les 17 et 18 mai 1978 à l’institut islamique de Dakar et avait fait quelques recommandations :

-Des sanctions à l’encontre des maîtres exploitants

-Une plus grande responsabilité attribuée aux parents et aux marabouts.

-Association de l’enseignement coranique avec une formation professionnelle afin d’assurer l’avenir des talibés.

-Lutter contre la mendicité avec la police et la justice.

-Ouvrir des centres d’accueil pour les mendiants (talibés).

-Faire contrôler les daaras par des assistants sociaux afin de déceler les insuffisances

Exiger de bonnes conditions matérielles et sanitaire des écoles.

- Faire des dons alimentaires et assurer la couverture sanitaire des enfants. 

    Malheureusement aucun de ces dispositifs n’a vu le jour faute de moyens. Et la pénalisation de la mendicité à travers l’article 245 du code pénal n’a rien réglé car il existe des clauses dérogatoire qui ne considèrent pas comme acte de mendicité le fait de solliciter l’aumône aux jours, heures et lieux consacrés aux cultes. En plus, seuls des talibés ont été victimes de cet article ( rafles et placements judiciaires). 

    Mais il y a eu diverses actions d’aide comme la création de fonds d’aide, de subventions…Mais l’utilisation de ces aides pour les besoins personnels des marabouts a amené les pouvoirs publics à hésiter sur l’efficacité de cette solution.

     

Associations et ONG

    

    Communicateurs sociaux, artistes et comédiens, associations  humanitaires et ONG vont s’impliquer dans la recherche de solutions sauvegardant les intérêts de l’enfant. les uns, comme « Les Enfants Martyrs (L.E.M) », développent des campagnes de sensibilisation tant en direction des autorités que des populations. Les autres agissent sur le terrain.

    Parmi ces initiatives, il faut souligner l’engagement des mères de famille décidées d’œuvrer  activement en faveur de la réhabilitation des petits talibés-mendiants. Ainsi en 1976, elles créèrent une association dénommée « DAARA »

    En  1980, elles ouvrirent grâce à un grand élan de solidarité la première maison d’accueil pour la réhabilitation de ces talibés-mendiants. C’est le DAARA de Malika situé à une vingtaine de kilomètres de Dakar. Aujourd’hui, sur la base de son expérience à dimension humanitaire, d’innovation pédagogique s’appuyant sur la liaison de disciplines relatives à l’instruction et divers apprentissages de base, le DAARA DE Malika est perçu comme un modèle alternatifs s’attaquant véritablement à partir d’une démarche stratégique à  l’éradication de la mendicité par le libre accueil en pensionnat et  la prise en charge des besoins fondamentaux de l’enfant.

    A côté de cette expérience pilote se développe d’autres approches et actions initiés par des O.N.G. telles que :  

-    l’équipe d’ENDA . Jeunesse Action auprès des talibés en rupture : animation socioculturelle et sportive, formation et réinsertion

- le « mouvement A.T.D Quart monde » dont l’antenne à Dakar est une sorte de petite permanence  où les talibés en activité de mendicité passent afin de recevoir quelques soins de santé , se laver et découvrir la lecture par le biais de l’animation. Certains de leurs animateurs rendent visite à ces quelques talibés dans leur DAARA et prennent ainsi contact avec les marabouts.

    Au niveau de la vallée du fleuve, des marabouts  Toucouleurs s’organisent et élaborent des projets dont les objectifs fondamentaux vont concourir à briser la courbe ascendante de l’émigration de marabouts et talibés vers les centres urbains principalement Dakar. Quand on sait que de tout temps ces derniers ont constitué la majorité des migrants, cette démarche porteuse de mutation doit être appuyée.

 

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