Marabouts

  

 

Les Marabouts

 

1 Le marabout

 

    La plupart des marabouts sénégalais viennent du Nord du Sénégal particulièrement de Saint Louis, l'ancienne capitale du Sénégal, durant l'époque post-coloniale et post coloniale très réputée alors pour son instruction coranique. Déjà les talibés venaient des dix coins du Sénégal. La transhumance se déplaça avec le changement de capitale vers Dakar. Nous remarquons dès lors l'apparition de la société de consommation impliquant des changements au niveau des comportements, des habitudes et des relations sociales. Ceci va engendrer un déterminisme existentiel basé sur les capacités des uns à accumuler et les autres à vivre dans l'exclusion et la marginalisation. C’est ce contexte qui a amené les Marabouts  à utiliser leur métier pour en tirer un profit. Les sécheresses des années 70/80 vont accélérer la prolifération des marabouts qui vont créer ce qu’on appelle plus couramment  le marché de l'aumône.

    Les marabouts  sont respectés car ils connaissent le Coran parfaitement, ce qui en fait des hommes dont la parole n'est jamais remise en cause dans notre société où 90% de la population est musulmane. Ce phénomène est surtout présent dans notre pays, car celui ci est divisé en plusieurs confréries religieuses ,notamment les Tidjanes, les Mourides et bien d'autres. 

    Les arguments des marabouts sont  que l'éducation donnée aux talibés permet de franchir  les diverses difficultés de la vie car la souffrance est une préparation à la capacité de faire face à toutes les situations. Par ailleurs enseigner le Coran aux enfants dans leur village présente selon eux un handicap dans leur apprentissage à cause de la distraction due aux activités de la famille. Ces maîtres de Coran, pour la plupart anciens talibés, remercient leurs marabouts qui ont tourné le dos à tous les bonheurs de la vie et se sont consacrés à leur éducation. Ceux-ci mettent l'accent sur l'importance des talibés, qui se chargent de propager, le Coran de guider les prières, de légaliser les mariages ou dans les baptêmes, qui se chargent des morts... Selon eux, combattre l'existence des talibés serait se priver des nécessités de la pratique islamique.

    Cependant, les divers maîtres d’écoles interrogés disent qu’il est indispensable d’envoyer leurs talibés mendier, seul 25% reconnaissent que les quêtes créent une entrave aux études des talibés, mais le plus frappant est le fait que 66% des marabouts dirigent leurs propres enfants vers les écoles publiques durant la journée et leur dispensent l'enseignement coranique ( le midi et le soir ). De ce fait nous pouvons croire que les enfants ne sont pas soumis à l'obligation de mendier.

 

 

2 L’instruction coranique  

 

    D’une façon générale, le Coran est la seule discipline enseignée aux enfants et en principe tout élève au terme de son parcours doit l’assimiler dans sa totalité (114 sourates soit envirin 604 pages). L’essentiel de la pédagogie réside dans la mémorisation des différents versets. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture n’apparaît pas comme primordial et se trouve le plus souvent réserve a l’élite destinée à prendre la relève des marabouts et des chefs religieux.

    Pour la grande masse des talibés, la mendicité constitue un handicap majeur dans l’acquisition des connaissances religieuses, comme l’indique l’emploi du temps car avec un tel emploi du temps, les talibés ne consacrent à leurs études qu’environ 30 % de leur temps utile.

    Mis à part l’emploi du temps, les talibés sont souvent handicapés par les conditions matérielles de leurs études : en milieu urbain, l’enseignement coranique se passe le plus souvent dans des cours de maisons et vérandas, dans des garages sur des trottoirs, sous des arbres… selon certaines enquêtes, 63 % des écoles coraniques de la région de Dakar n’ont pas de locaux, et quand elles en ont, ils se caractérisent par leur exiguïté (puisqu’ils servent en même temps de dortoir et de salle de classe), leur manque de confort et d’hygiène et le manque de fournitures didactiques pour les enfants.

    Les élèves apprennent assis par terre et en rangs serrés. Ils ne disposent comme matériel scolaire que d’une mince tablette de bois sur laquelle le marabout écrit les versets du Coran. Ceux qui n’ont comme salle de classe que les trottoirs sont contraints de réciter leurs versets dans un environnement de pollution sonore quasi-permanent de la rue.

    Dans de telles conditions matérielles et pédagogiques, l’acquisition de tout savoir devient simplement aléatoire et il n’est dès lors pas étonnant que l’apprentissage du Coran dure de nombreuses années et que la majorité des enfants quittent l’école sans avoir appris grand chose. Selon l’expérience actuellement menée au Daara de Malika, les talibés n’acquièrent qu’entre 1 et 10 % des connaissances qu’ils auraient du assimiler s’ils bénéficiaient d’un apprentissage normal.

   

      

 

 

3 Responsabilité religieuse

 

    Chez les chrétiens, avec le deunier culte, comme chez les musulmans avec la Zakatt, la religion exige qu'on vienne en aide aux pauvres. Bien sur , le dernier culte est moins  flagrant car, c'est souvent que dans les églises qu'on fait la charité. La Zakatt, au contraire, est codifiée par le Coran avec ses huit catégories de bénéficiaires allant du miséreux au plus pauvre (Fakir ou miskin) en passant par le voyageur désespéré et  les collecteurs de ce qu'il faut bien appeler "l'impôt divin".

    Dans le contexte urbain actuel, les marabouts tendent à envoyer mendier pour leurs propres besoins en oubliant qu’auparavant, les talibés mendiaient pour l’apprentissage de l’ascèse et de l’humilité : en plus de la nourriture rapportée, les talibés sont requis de rapporter au moins 300 FCFA par jour au marabout.

    De plus, dans ce pays où la population en grande partie est musulmane, et où presque tout le monde va consulter son « serigne » pour ses divers problèmes dans la vie  (exorciser les mauvais sorts ; s’ouvrir les portes du bonheur, de la gloire et de la puissance ; se guérir de certaines maladies et handicaps ; ou   résoudre certaines contradictions sociales ), l’aumône est très importante, ce qui arrange les marabouts qui tendent à envoyer les enfants dans la rue au moins 10 heures par jour à la recherche d’argent.  

 

4 Business Talibé

 

    De nos jours, la charité devient une industrie très juteuse pour les marabouts. Selon le ministre Aminata M'Bengue N'Diaye, c'est en 1975 que ce phénomène s'est accentué  avec la grande sécheresse de 1975 et la grande montée de la pauvreté qui va avec. En 1991, un recensement partiel avait révelé qu'au moins 100 000 des talibés étaient des talibes mendiants.Bien sur on a essaye de contrer ce phénomène en 1977 en proposant de doter l'école coranique d'un statut similaire à celui d'enseignement privé. Puis, l'année suivante, il y a eu un séminaire qui avait proposé de sanctionner les marabouts et d'essayer de réinsérer socio-professionnellement des talibés par une formation à des métiers productifs mais cela n'a rien donné.

   Comme nous l'avons vu dans les responsabilités religieuses (cf. II, 2), les sénégalais comme dans tout pays musulman, sont très croyants et respectent beaucoup les règles de l'Islam (voir La grève des Battus ). De plus, rêve dans les familles riches, on désire soumettre les garçons à une vie humble, dure et ascétique. L'origine de la mendicité vient du fait que ces daaras soient gratuites. Ainsi, le marabout est dépendant de la générosité des parents d'élèves ou de n'importe quel don. Pourtant, seul le Sénégal connaît  ce phénomène. En Orient, au Maghreb et même à Tombouctou, berceau de la culture islamique dans toute l'Afrique noire, il n'y a rien de cette pratique.

    Mais avant tout, nous remarquons que la mendicité est un phénomène urbain dont l'origine provient des marabouts qui ont fuit la pauvreté des campagnes : c'est ainsi qu'ils ont commencé à exploiter leur "seule richesse", c'est à dire leurs élèves.

    Les Njangan comme on les appelle doivent verser à leur maître un minimum d'argent par jour sous peine de châtiments corporels ou de privation. Ces sommes d'argent varient selon le lieu où se trouvent les daaras : par exemple dans les quartiers périphériques de Dakar, un enfant de moins de dix ans doit verser 250 a 400 francs CFA par jour. Alors qu'au centre ville, le versement peut atteindre 3000 francs CFA par jour. De ce fait si l'on vient à calculer le revenu brut d'un marabout pour un enfant, sachant que ce dernier a un jour de repos par semaine, il est de 80.000 francs CFA. On pourrait dire alors qu'il y a toujours les charges sociales du marabout envers le talibé ; toutes ces charges sont réduites a leur strict minimum. 

    Bref si l'on vient à estimer que la durée d'un talibé est d'une dizaine d'années, il ne lui reste que la rue, et cette fois seule sert la générosité des gens.


 

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