Les événements actuels

 

II. LES ÉVÉNEMENTS ACTUELS AU NIGER ET AU MALI.

 

C'est dans ce contexte que surviennent les événements actuels du Niger et du Mali.

Après la mort du général  Kountché à la fin de 1987, le nouveau président, Le général Ali Saïbou, a montré une volonté d'ouverture envers les touaregs nigériens, notamment par une amnistie générale à tous les exilés. Les Touaregs et leurs responsables désireux de rentrer dans "leur pays" ont accepté d'y revenir, étant assurés d'y pouvoir vivre comme tous les Nigériens.

Ainsi, à la fin du mois d'août 1989, huit cents personnes sont arrivées à Niamey par trois vols spéciaux venant directement de Tripoli. De la fin de décembre 1989 au début de janvier 1990, ce sont quelques dix-huit mille personnes réfugiées à In Guezzam depuis 1984-1985 qui arrivent à Tchin Tabaraden selon les accords signés à Tamanrasset entre le Niger, l’Algérie et le F.I.D.A.( Fonds international pour le développement agricole ).

Après le retour de ces réfugiés, on a constaté un changement d'attitude des autorités nigériennes. La plupart de ces réfugiés ont été cantonnés dans des camps autour de Tchin Tabaraden.

Les 4 et 5 mai, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées à Tchin Tabaraden pour avoir osé demander des explications aux autorités locales au sujet de l'interruption de l'aide internationale et à propos de la surveillance dans les camps de regroupement dont les nouveaux arrivant faisaient l'objet (interdiction de voyager, d'envoyer les enfants à l'école, d'avoir des activités commerciales, manque de soins élémentaires, etc.).

Le 7 mai 1990, quelques jeunes Touaregs, excédés par cette situation, décidèrent d'aller à la prison de Tchin-Tabaraden libérer leurs camarades arrêtés quelques jours auparavant. Dans l'altercation avec les gardiens de la prison, un de ces derniers trouva la mort. Après cet incident, le groupe de jeunes, redoutant la réaction des autorités, disparaîtra dans la nature. La nouvelle parvient quelques heures plus tard à Tahoua et Niamey qui dépêcheront immédiatement des centaines de militaires avec l'ordre de quadriller toute la région. Dès leur arrivée à Tchin-Tabaraden, ceux-ci se mirent à bombarder la ville sans même y entrer pour savoir ce qui se passait. Des dizaines de personnes furent ainsi tuées par l'armée qui procéda ensuite à des arrestations massives de Touaregs dans toute la région. Plusieurs exécutions publiques ont été opérées par l'armée à TILLIA, TCHIN-TABARADEN et TAHOUA . Pendant deux mois l'armée s'était livré à un véritable " nettoyage ethnique " , et ceci dans l'indifférence générale de la communauté internationale. Différentes sources estiment à plus de 1500 morts, le bilan de ces massacres. Pendant plusieurs semaines, le gouvernement essaya par une multitude de communiqués contradictoires , de nier la nature et l'ampleur de ces événements. Le ministre de l'intérieur de l'époque, TANJA MAMADOU est considéré par les Touaregs comme étant le véritable instigateur de ces massacres. Celui-ci n'a d'ailleurs jamais caché sa volonté " d'en finir " avec les Touaregs en menaçant de raser des villages entiers. Quelques mois après ces événements, alors que des centaines de Touaregs croupissent encore en prison, ALI SAIBOU annonça La tenue d'une " Conférence Nationale". 

Dans la même semaine, Ibra Galadima, membre du Conseil supérieur d’orientation national, instance suprême du régime, fut applaudi par le président de la République, Ali Saïbou, et par les membres du gouvernement pour avoir déclaré en Conseil des ministres : “Il faut dénombrer tous les Touaregs et les exterminer.”

Une chasse aveugle aux Touaregs a ainsi été déclenchée dans tout le pays par le gouvernement nigérien, ce même gouvernement qui a confié la tâche au tristement célèbre ministre de l’Intérieur Tanja Mamadou qui fut, rappelons-le, préfet de Tahoua de 1984 à 1988 et, à ce titre, premier responsable de la répression dont furent victimes les Touaregs en 1985.

Les militaires ont occupé pendant des mois les puits d'eau, en saison sèche, les Touaregs doivent presque chaque jour aller au puits pour chercher de l’eau et abreuver les troupeaux. Les soldats les y attendaient et en profitaient pour tirer sans raison aucune sur tous ceux qui s’approchaient des puits. Certains campements ont été totalement anéantis. D’autres ont perdu tous leurs éléments mâles. Des gens ont été tués à la cravache, coupés en morceaux, pendus, brûlés vifs, enterrés vivants. Il y eut des exécutions publiques, des femmes furent violées. Plus d’un millier de Touaregs fut tué à travers tout le pays et d’autres furent envoyés dans les bagnes de Tillabery, de Dirkou et de Bilma, où ils sont restés des mois.

- A Tahoua, plus de trois cents Touaregs ont été arrêtés, torturés en raison de la couleur de leur peau. Certains ont été sommairement exécutés. Dans cette même ville, des blessés ont été achevés sur ordre des médecins qui estimaient que leurs soins coûteraient trop cher.

- A Dosso, un député touareg, Roni Issoufou, a failli être lynché parce qu’il est touareg.

- A Maradi, une dizaine de Touaregs ont été arrêtés et un a trouvé la mort à la suite de tortures.

- A Abalak, quinze fonctionnaires ont été arrêtés : deux sont morts à la suite de tortures, treize ont été emprisonnés à Tillabery.

- A Tassara, un groupe de vingt-cinq personnes a été arrêté : vingt-quatre  d'entre-elles ont été exécutées et une emprisonnée à Tillabery.

- A Dakoro, le sous-préfet, qui est touareg, et ses proches ont été arrêtés ; un de ses neveux est mort.

- A Tillia, des adolescents ont été exécutés publiquement, en présence du chef de poste administratif.

- A l’ouest de Kao, des campements comprenant plusieurs familles ont été anéantis : hommes, femmes, enfants et animaux.

- Dans les vallées de Tchin Zigaren, de Tchin Fessaouaten, au puits d’Amazazedar, au puits de Tchin Talabaouen, plusieurs massacres ont eu lieu.

            Au Mali, dès le mois d’avril 1990, la tension est brutalement montée d’un cran. C’est en effet à cette époque que 300 familles ont été rapatriées d’Algérie, avec leur consentement, et dans l’espoir nourri par de belles promesses, de retrouver une vie décente. Des maisons, des animaux pour reconstituer le cheptel, des écoles, des antennes sanitaires étaient promis aux Touaregs, par l’intermédiaire du projet F.I.D.A. (Fonds International pour le Développement Agricole). Comme leurs frères nigériens, rassurés par les promesse d’amnistie, les Touaregs maliens sont rentrés confiants.

Malheureusement, ils ont du vite déchanter. Parqués dans les oueds de Tin Zaouaten, Boughessa, Tedjeret et Kidal dans des camps contrôlés et encerclés par l’armée, ils n’avaient plus aucune possibilité de circuler. Le ravitaillement n’étant pas assuré, ils ont subsisté sur les maigres provisions rapportées d’exil, et ont attendu en vain une hypothétique aide internationale. La misère était totale.

De plus, les hommes et les jeunes des camps étaient soumis à de mauvais traitements : arrêtés et, la plupart du temps, torturés pour qu’ils avouent la raison profonde et les circonstances de leur séjour en Algérie ou en Libye. 

Certains sont morts sous la torture

Dans cette situation, les exactions commises par l’armée nigérienne dans la région de Tchin Tabaraden, et les massacres qui y furent perpétrés, finirent d’exaspérer la population touarègue malienne.

Aussi, l’internement par la gendarmerie malienne de paisibles caravaniers touaregs ayant fui les massacres au Niger, et la menace d’extradition à leur égard, furent l’étincelle qui déclencha la révolte.

Des représailles, parfois massives, et couvertes par l’état d’urgence et la déclaration du couvre-feu pour toute la région Nord (régions de Tombouctou, Gao,  Kidal,  Ménaka), sont exercées à l’encontre des populations civiles. Les arrestations se multiplient. Dans la plupart des villes, villages ou campements, les hommes se cachent ou s’enfuient. Certains rejoignent les rangs de la résistance.

Les fonctionnaires maliens d’origine touarègue restés à leur poste sont arrêtés ou vivent dans l’inquiétude. Les arrestations se font sur des motifs divers : héberger d’autres Touaregs, porter le chèche, et même porter un slip, considéré comme l’indice que l’on vient de l’étranger... Les conditions de détention sont elles-mêmes déplorables : les détenus ne sont ni nourris ni abreuvés. Nombre d’entre eux ont succombé pour cette raison.

Une multitude d'exactions a été commise sur les populations civiles.

A la fin du mois d'août 1990, le bilan était déjà de 277 Touaregs tués, dont plus de 80 femmes, une cinquantaine d'enfants et plus de 20 vieillards de plus de soixante ans. 

 


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