Contribution à l'étude de Testudo graeca
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Contribution à l'étude de Testudo g. graeca (Linné, 1758)


Tortue grecque ou Tortue mauresque

Antonio LARA - 09/2002
Cet article est basé pour la majeure partie sur des observations et des recherches personnelles mais non scientifiques, et peut donc être amené à être révisé.



Présentation

Testudo graeca est une tortue méditerranéenne de taille moyenne allant de 20 cm de longueur pour les populations européennes (= sud de l'Espagne), à 24 cm voire plus pour celles du Maghreb.

Les pattes antérieures ont 5 griffes et les postérieures en ont 4. Cette espèce est différentiable de Testudo hermanni est des autres Testudo par sa coloration plus terne (beige) avec des taches moins marquées sur sa dossière. Sa supracaudale est simple, bien que de très rares individus peuvent l'avoir divisée en deux comme chez T. hermanni. Elle a deux éperons derrière les cuisses et n'a pas de griffe à l'extrémité de la queue comme chez T. hermanni.
Supracaudale simplerare cas de supracaudale divisée



Description

Sa dossière est en forme de dôme prononcé, surtout chez les femelles.
Elle est constituée de:
  • 4 paires de costales
  • 5 vertébrales
  • 11 paires de marginales
  • 1 nucale
  • 1 supracaudale

  • Le plastron se compose de différentes écailles:
  • 1 paire de gulaires
  • 1 paire de pectorales
  • 1 paire d'abdominales
  • 1 paire de fémorales
  • 1 paire d'anales

  • Testudo graeca a la particularité d'avoir la partie arrière du plastron amovible. Pour ce qui est de sa coloration, les tons jaunes et marron-vert sont prédominants avec une dossière peu dessinée. On observe des différences chromatiques suivant l'altitude et le lieu géographique des populations. La coloration de la peau va du jaune-orangé au marron foncé voir noir. La tête est noire tachée de jaune mais on peut voir des individus avec la tête et les pattes complétement noires. Avec l'âge, certains animaux deviennent de couleur uniforme, montrant quasiment aucun dessin.


    Dimorphisme sexuel

    Testudo graeca est facilement sexable (du moins pour les individus de plus de 10 cm). La femelle adulte est plus grande que le mâle.
    couple

    Le plastron est concave chez le mâle, plat voire convexe chez la femelle.
    La distance entre les extrémités postérieures des plaques anales est plus grande chez les mâles.
    La femelle présente des plaques anales plus longues que chez le mâle.
    Le mâle montre un bombage convexe au niveau des plaques anales, c'est le signe le plus précoce.
    La queue est plus grosse et plus grande chez le mâle.
    La distance entre le cloaque et la base de la queue est plus petite chez la femelle.
    La supracaudale est convexe chez le mâle, plus plate chez la femelle.
    Les marginales postérieures forment une petite jupe chez le mâle, pas chez la femelle.
    mâlefemelle



    Taille et croissance

    La longueur (carapace) des animaux adultes varie de 18 cm à 24 cm pour les femelles des populations d'Afrique du Nord. La croissance est rapide jusqu'à 15-18 cm.
    Les mâles adultes mesurent entre 12 et 18 cm en moyenne.
    Chez les individus du sud de l'Espagne, la taille est inférieure: 20 cm maximum chez les femelles, 15 cm pour les mâles.
    Le poids moyen est 775 g chez les mâles, et 1675 g chez les femelles. Des femelles de plus de 2 kg ne sont pas rares.


    Variations géographiques

    On ne compte qu'une seule sous-espèce: Testudo graeca graeca. Pourtant, des différences importantes sont observées. Nous nous limiterons ici à trois localisations géographiques.




    Nous commencerons par la région du Moyen-Atlas (autour de Marrakech). C'est là que nous trouverons la Testudo graeca montrant une coloration plutôt jaune uniforme donnant à cette population une ressemblance avec Pseudotestudo kleinmanni. Cette tortue vivant en plaine, à basse et moyenne altitude, ne s'acclimate pas en France. C'est pour cette raison qu'il faut éviter d'importer ces animaux achetés le plus souvent dans les souks de Marrakech, et qui ne survivent chez nous qu'en passant 90% de l'année en terrarium. On reconnait cette tortue par sa petite taille ne dépassant pas 18 cm chez les femelles et 13 à 15 cm chez les mâles. Son biotope est aride. Cela explique à la fois sa petite taille, sa couleur claire, et sa fragilité en captivité.
    Forme du Moyen-Atlas (Est du Maroc)

    Ensuite, nous passerons à la région Maroc/Algérie où nous trouverons une Testudo graeca plus colorée et de taille plus grande, allant jusqu'à 30 cm chez les femelles et 17 cm chez les mâles. Compte tenu de leur répartition géographique, ces tortues sont plus résistantes que celles précédemment citées. Elles vivent à une altitude plus élevée et donc à des températures plus rudes en hiver, et des étés plus verts. La nourriture daans ces régions est plus abondante et le taux d'hygrométrie (un peu) plus élevé.
    Certains concidèrent la population de grandes tortues algériennes comme une espèce à part entière que l'on nommerait Furculachelys whitei. Ces animaux sont les plus grandes tortues terrestres du Maghreb, pouvant dépasser les 30 cm et montrant une coloration (peau et carapace) vert-olive.

    Biotope - Plaine d'Oujda - Frontière Maroc Algérie


    Forme algérienneAlgérie Algerie
    Forme marocaine de OujdaOujda Oujda
    Forme marocaine de TangerTanger Tanger

    Et pour finir, il existe une population tunisienne ressemblant un peu à la forme du Moyen-Atlas mais plus colorée et moins sensible à l'humidité.
    Mais depuis 1990, cette population tunisienne est concidérée par certains comme une espèce à part entière, identifiée sous le nom de Furculachelys nabeulensis. Les raisons de ce changement taxonomique tiennent dans le fait que cette tortue montre (comme Furculachelys whitei) une structure osseuse différente du reste du groupe T. graeca.
    C'est une tortue à ne pas faire hiberner car elle provient de biotopes aux hivers relativement doux. L'animal ne résisterait pas à une hibernation classique. Il faut la placer en enclos extérieur tant que les journées sont chaudes et ensoleillées. C'est à dire tant que la température nocturne ne passe pas sous 15°C et 20 à 25°C le jour.


    Maintenance en captivité

    voir aussi la fiche d'élevage
    Testudo graeca graeca est généralement sujette à la rhinite contagieuse et aux bronchites chroniques. Elle est souvent porteuse saine de l'herpesvirus. C'est pour cela qu'il est impératif de faire une quarantaine sévère avant toute introduction d'une de ces tortues dans un cheptel sain ou avant tout contact avec une autre tortue. De plus, il est impératif de bien respecter la règle qui impose la séparation des espèces.
    1 espèce = 1 enclos

    Pour tout individu récemment importé (à éviter car illégal et contribue au trafic), il est conseillé:
  • De ne pas faire hiberner l'animal la première année pour une acclimatation optimale. Dès le printemps (les beaux jours), sortir la tortue, la laisser se nourrir le plus naturellement possible dans son parc. Lui faire une cachette et ne plus la rentrer sauf si elle montre des symptômes de maladies. En résumé: il faut un minimum de surveillance mais ne pas trop la choyer. Attention: ceci ne s'applique pas aux individus provenant du Moyen-Atlas (région de Marrakech) qui eux, devront passer quasiment tout leur temps en terrarium.
  • De pratiquer d'entrée une vermifugation complète. En effet, cette espèce ne s'acclimate pas facilement. La tortue importée stresse et ses défences immunitaires sont affaiblies. Sans vermifugation, des maladies (respiratoires et/ou digestives) peuvent apparaître (les vers se développent dans l'organisme, provoquant diarrhées, bronchites, déshydration, apathie, etc...), qui peuvent même aboutir au décès rapide de la tortue.
  • Pour les tortues trop faibles, ou dont l'état serait trop suspect (anorexie, prostration, rhinite), il est préférable de faire un traitement antibiotique de 10 jours et veiller à bien chauffer et réhydrater l'animal.



  • Reproduction

    La reproduction s'effectue comme chez tous les autres Testudo, en général dans nos régions à partir d'avril. Le mâle poursuit la femelle à coup de carapace jusqu'à l'immobiliser. Cela peut durer plusieurs heures et les mâles peuvent être assez violents, jusqu'à endommager la dossière de la femelle (celle-ci ne peut pas fuir comme dans la nature, et ceci d'autant plus que l'enclos est réduit). Il faut donc veiller à ne pas laisser le mâle en contact trop longtemps avec la ou les femelles. En général, mieux vaut 2 femelles pour un mâle. Les premières pontes ont lieu le plus souvent en mai et juin, une deuxième série de pontes peut survenir en juillet-août. De 2 à 8 œufs seront pondus dans un endroit bien ensoleillé avec un substrat meuble et un peu de maquis autour. Il peut parfois y avoir une troisième ponte mais cela est assez rare dans nos régions.
    L'incubation varie de 97 à 200 jours in natura à une température variant de 25 à 31°C la journée. En incubatieur artificiel (température constante), on peut voir des éclosions à partir de 57 jours d'incubation.

    Diagnose différentielle T. graeca - T. ibera

    Il est facile de différencier graeca d'ibera par les traits morphologique suivants:
  • T. graeca est environ 1/3 plus petite que T. ibera
  • la première vertébrale de graeca montre des bords plus arrondis, à l'exception de quelques individus qui peuvent avoir une première vertébrale à bords droits comme chez ibera.


  • graeca de Tanger avec bords droits
  • la coloration beige sable à vert des graeca, beaucoup plus foncé, cuivré chez ibera
  • la suture des plaques fémorales et abdominales est quasi rectiligne chez ibera alors qu'elle montre une incurvation antérieure chez graeca.
  • la tête de graeca est plus petite avec souvent des taches beiges ou jaunes qui sont absentes chez ibera qui présente plutôt une tête et peau noire.


    Synonymie

    Dans le cas de Testudo graeca, il n'est pas possible d'accepter une seul nomination pour l'espèce. D'ailleurs, une révision de la taxonomie des populations nord africaines est en cours. Depuis que Linné l'a décrite, on a pu enregistrer différentes appélations (pour tout ou partie de sa population):
  • Testudo pussila, Linné 1758
  • Testudo mauritanica, Duméril et Bibron 1835
  • Testudo whitei, Bennett 1836
  • Peltastes graecus, Gray 1869
  • Peltastes marginatus variété whitei, Gray 1870
  • Chersinella graeca, Gray 1873
  • Peltastes mauritanicus, Gray 1873
  • Testudo ibera, Maluquer 1919
  • Testudo flavo-minimaralis, Highfield et Martin 1989
  • Furculachelys nabeulensis, Highfield 1990
  • Furculachelys Whitei, Highfield 1990

  • D'ailleurs, l'appelation vernaculaire de Tortue grecque ne provient pas de sa localisation mais de son dessin qui évoque une frise grecque!


    Etat des populations et conservation de l'espèce

    Du fait de sa taille modeste, c'est une espèce de tout temps recherchée comme animal de compagnie. De fait, ce fut une des tortues terrestres les plus commercialisées comme Tortue de jardin et animal familié, avec d'importants prélévements dans la nature, principalement au Maroc. Lambert signale pour la seule année 1969 plus de 300 000 tortues extraites du Maroc, pour le commerce d'animaux de compagnie, surtout destinées à l'Angleterre. A cette époque, la population marocaine de Testudo graeca était estimée à environ 5 millions d'individus. Les animaux capturés mesuraient le plus souvent de 10 à 15 cm. L'Angleterre importa entre 1967 et 1971 plus d'1 million de ces tortues. Il faut savoir que 80% de ces tortues mouraient aucours de la première année suivant leur capture. L'espèce fut alors protégée en annexe 2 de la Convention de Washington, en annexe A du Règlement européen, et protégée particulièrement en France par un arrété de protection de la faune française, au même titre que la Tortue d'Hermann.
    Aujourd'hui, Testudo graeca n'est pas menacé en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) mais un trafic intense pourrait nuire aux populations restantes. Les différentes causes de raréfaction sont les suivantes:
  • Capture comme animal de compagnie et aussi transformation en souvenirs
  • Destruction des habitats (urbanisation, autoroutes, désertification)
  • Incendies

  • En Espagne, Andreu (1987) estime une population de 5 à 6000 individus dans le sud-ouest du pays (parc naturel de Doñana). On la trouve aussi dans le sud-est de l'Espagne et une petite population résiste aux Baléares.
    Malheureusement, malgré les différentes réglementations, cette espèce fait toujours l'objet d'importations illégales, en grande partie par le biai des touristes qui les achètent librement dans les souks, et aussi par certaines personnes vivant chez nous et originaires de ces pays, qui les importent en France et favorisent ainsi un marché illicite.
    Testudo graeca proposées à la vente sur un marché au Maroc



    L'auteur

    Antonio LARA

    Adhérent CARAPAssion, stages au Village des Tortues et au centre A Cupulatta, nombreux voyages en Espagne et au Maroc

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