DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (1/10)

Notre dame de Paris

Victor Hugo

DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (1/10)


Notre dame de Paris

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (1/10)
    Plusieurs semaines s'étaient écoulées.

    On était aux premiers jours de mars. Le soleil, que Dubartas, ce classique ancêtre de la périphrase, n'avait pas encore nommé le grand-duc des chandelles, n'en était pas moins joyeux et rayonnant pour cela. C'était une de ces journées de printemps qui ont tant (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (2/10)
    Les damoiselles étaient assises, partie dans la chambre, partie sur le balcon, les unes sur des carreaux de velours d'Utrecht à cornières d'or, les autres sur des escabeaux de bois de chêne sculptés à fleurs et à figures. Chacune d'elles tenait sur ses genoux un pan d'une grande tapisserie à l'aiguille, (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (3/10)
    -- Belle cousine, dit-il en s'approchant de Fleur-de-Lys, quel est le sujet de cet ouvrage de tapisserie que vous façonnez ?

    -- Beau cousin, répondit Fleur-de-Lys avec un accent de dépit, je vous l'ai déjà dit trois fois. C'est la grotte de Neptunus.

    Il était évident que Fleur-de-Lys voyait (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (4/10)
    En ce moment, Bérangère de Champchevrier, svelte petite fille de sept ans, qui regardait dans la place par les trèfles du balcon, s'écria : -- Oh ! voyez, belle marraine Fleur-de-Lys, la jolie danseuse qui danse là sur le pavé, et qui tambourine au milieu des bourgeois manants !

    En effet, on entendait (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (5/10)
    Phoebus regarda, et dit :

    -- Oui, je la reconnais à sa chèvre.

    -- Oh ! la jolie petite chèvre en effet ! dit Amelotte en joignant les mains d'admiration.

    -- Est-ce que ses cornes sont en or de vrai ? demanda Bérangère.

    Sans bouger de son fauteuil, dame Aloïse prit la parole : -- N'est-ce (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (6/10)
    Bérangère battit des mains.

    Cependant la danseuse restait immobile sur le seuil de la porte. Son apparition avait produit sur ce groupe de jeunes filles un effet singulier. Il est certain qu'un vague et indistinct désir de plaire au bel officier les animait toutes à la fois, que le splendide uniforme (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (7/10)
    Elle l'interrompit en levant sur lui un sourire et un regard pleins d'une douceur infinie :

    -- Oh ! oui, dit-elle.

    -- Elle a bonne mémoire, observa Fleur-de-Lys.

    -- Or çà, reprit Phoebus, vous vous êtes bien prestement échappée l'autre soir. Est-ce que je vous fais peur ?

    -- Oh ! non, (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (8/10)
    C'était vraiment un spectacle digne d'un spectateur plus intelligent que Phoebus, de voir comme ces belles filles, avec leurs langues envenimées et irritées, serpentaient, glissaient et se tordaient autour de la danseuse des rues. Elles étaient cruelles et gracieuses. Elles fouillaient, elles furetaient (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (9/10)
    Ce fut une diversion. La bohémienne, sans dire une parole, la dégagea.

    -- Oh ! voilà la petite chevrette qui a des pattes d'or ! s'écria Bérangère en sautant de joie.

    La bohémienne s'accroupit à genoux, et appuya contre sa joue la tête caressante de la chèvre. On eût dit qu'elle lui demandait (...)

  • DU DANGER DE CONFIER SON SECRET À UNE CHÈVRE (10/10)
    -- Marraine Fleur-de-Lys, voyez donc ce que la chèvre vient de faire !

    Fleur-de-Lys accourut et tressaillit. Les lettres disposées sur le plancher formaient ce mot :

    PHOEBUS.

    -- C'est la chèvre qui a écrit cela ? demanda-t-elle d'une voix altérée.

    -- Oui, marraine, répondit Bérangère. (...)



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    Plusieurs semaines s'étaient écoulées.

    On était aux premiers jours de mars. Le soleil, que Dubartas, ce classique ancêtre de la périphrase, n'avait pas encore nommé le grand-duc des chandelles, n'en était pas moins joyeux et rayonnant pour cela. C'était une de ces journées de printemps qui ont tant de douceur et de beauté que tout Paris, répandu dans les places et les promenades, les fête comme des dimanches. Dans ces jours de clarté, de chaleur et de sérénité, il y a une certaine heure surtout où il faut admirer le portail de Notre-Dame. C'est le moment où le soleil, déjà incliné vers le couchant, regarde presque en face la cathédrale. Ses rayons, de plus en plus horizontaux, se retirent lentement du pavé de la place, et remontent le long de la façade à pic dont ils font saillir les mille rondes-bosses sur leur ombre, tandis que la grande rose centrale flamboie comme un oeil de cyclope enflammé des réverbérations de la forge.

    On était à cette heure-là.

    Vis-à-vis la haute cathédrale rougie par le couchant, sur le balcon de pierre pratiqué au-dessus du porche d'une riche maison gothique qui faisait l'angle de la place et de la rue du Parvis, quelques belles jeunes filles riaient et devisaient avec toute sorte de grâce et de folie. À la longueur du voile qui tombait, du sommet de leur coiffe pointue enroulée de perles, jusqu'à leurs talons, à la finesse de la chemisette brodée qui couvrait leurs épaules en laissant voir, selon la mode engageante d'alors, la naissance de leurs belles gorges de vierges, à l'opulence de leurs jupes de dessous, plus précieuses encore que leur surtout (recherche merveilleuse !), à la gaze, à la soie, au velours dont tout cela était étoffé, et surtout à la blancheur de leurs mains qui les attestait oisives et paresseuses, il était aisé de deviner de nobles et riches héritières. C'était en effet damoiselle Fleur-de-Lys de Gondelaurier et ses compagnes, Diane de Christeuil, Amelotte de Montmichel, Colombe de Gaillefontaine, et la petite de Champchevrier ; toutes filles de bonne maison, réunies en ce moment chez la dame veuve de Gondelaurier, à cause de monseigneur de Beaujeu et de madame sa femme, qui devaient venir au mois d'avril à Paris, et y choisir des accompagneresses d'honneur pour madame la Dauphine Marguerite, lorsqu'on l'irait recevoir en Picardie des mains des flamands. Or, tous les hobereaux de trente lieues à la ronde briguaient cette faveur pour leurs filles, et bon nombre d'entre eux les avaient déjà amenées ou envoyées à Paris. Celles-ci avaient été confiées par leurs parents à la garde discrète et vénérable de madame Aloïse de Gondelaurier, veuve d'un ancien maître des arbalétriers du roi, retirée avec sa fille unique, en sa maison de la place du parvis Notre-Dame, à Paris.

    Le balcon où étaient ces jeunes filles s'ouvrait sur une chambre richement tapissée d'un cuir de Flandre de couleur fauve imprimé à rinceaux d'or. Les solives qui rayaient parallèlement le plafond amusaient l'oeil par mille bizarres sculptures peintes et dorées. Sur des bahuts ciselés, de splendides émaux chatoyaient çà et là ; une hure de sanglier en faïence couronnait un dressoir magnifique dont les deux degrés annonçaient que la maîtresse du logis était femme ou veuve d'un chevalier banneret.. Au fond, à côté d'une haute cheminée armoriée et blasonnée du haut en bas, était assise, dans un riche fauteuil de velours rouge, la dame de Gondelaurier, dont les cinquante-cinq ans n'étaient pas moins écrits sur son vêtement que sur son visage. À côté d'elle se tenait debout un jeune homme d'assez fière mine, quoique un peu vaine et bravache, un de ces beaux garçons dont toutes les femmes tombent d'accord, bien que les hommes graves et physionomistes en haussent les épaules. Ce jeune cavalier portait le brillant habit de capitaine des archers de l'ordonnance du roi, lequel ressemble beaucoup trop au costume de Jupiter, qu'on a déjà pu admirer au premier livre de cette histoire, pour que nous en fatiguions le lecteur d'une seconde description.

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