HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (1/14)

Notre dame de Paris

Victor Hugo

HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (1/14)


Notre dame de Paris

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (1/14)
    À l'époque où se passe cette histoire, la cellule de la Tour-Roland était occupée. Si le lecteur désire savoir par qui, il n'a qu'à écouter la conversation de trois braves commères qui, au moment où nous avons arrêté son attention sur le Trou aux Rats, se dirigeaient précisément du même côté en remontant (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (2/14)
    -- Que des paysans ! dit Mahiette, au Marché-aux-Draps à Reims ! Nous y avons vu de fort beaux criminels, et qui avaient tué père et mère ! Des paysans ! pour qui nous prenez-vous, Gervaise ?

    Il est certain que la provinciale était sur le point de se fâcher, pour l'honneur de son pilori. Heureusement (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (3/14)
    -- Il est si vrai qu'ils ont soupé à l'Hôtel de Ville, répliqua Oudarde peu émue de cet étalage, qu'on n'a jamais vu un tel triomphe de viandes et de dragées.

    -- Je vous dis, moi, qu'ils ont été servis par Le Sec, sergent de la ville, à l'hôtel du Petit-Bourbon, et que c'est là ce qui vous trompe. (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (4/14)
    Mahiette soupira, et essuya une larme qui roulait dans ses yeux. -- Voilà une histoire qui n'est pas très extraordinaire, dit Gervaise, et je ne vois pas en tout cela d'égyptiens ni d'enfants.

    -- Patience ! reprit Mahiette ; d'enfant, vous allez en voir un. - En 66, il y aura seize ans ce mois-ci (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (5/14)
    -- Je ne demande pas mieux, dit Oudarde, en soupirant, mais j'attends que ce soit le bon plaisir de Monsieur Andry Musnier.

    -- Au reste, reprit Mahiette, l'enfant de Paquette n'avait pas que les pieds de joli. Je l'ai vue quand elle n'avait que quatre mois. C'était un amour ! Elle avait les yeux (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (6/14)
    -- Voilà, en effet, une effroyable histoire, dit Oudarde, et qui ferait pleurer un bourguignon !

    -- Je ne m'étonne plus, ajouta Gervaise, que la peur des égyptiens vous talonne si fort !

    -- Et vous avez d'autant mieux fait, reprit Oudarde, de vous sauver tout à l'heure avec votre Eustache, que (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (7/14)
    -- Et le petit soulier ? demanda Gervaise.

    -- Disparu avec la mère, répondit Mahiette.

    -- Pauvre petit soulier ! dit Oudarde.

    Oudarde, grosse et sensible femme, se serait fort bien satisfaite à soupirer de compagnie avec Mahiette. Mais Gervaise, plus curieuse, n'était pas au bout de ses questions. (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (8/14)
    Ce n'était pas là le compte d'Eustache.

    -- Tiens, ma galette ! dit-il en heurtant alternativement ses deux épaules de ses deux oreilles, ce qui est en pareil cas le signe suprême du mécontentement.

    Les trois femmes revinrent sur leurs pas, et, arrivées près de la maison de la Tour-Roland, Oudarde (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (9/14)
    Cependant par intervalles ses lèvres bleues s'entrouvraient à un souffle, et tremblaient, mais aussi mortes et aussi machinales que des feuilles qui s'écartent au vent.

    Cependant de ses yeux mornes s'échappait un regard, un regard ineffable, un regard profond, lugubre, imperturbable, incessamment (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (10/14)
    Même silence, même immobilité.

    -- Une singulière femme ! s'écria Gervaise, et qui ne serait pas émue d'une bombarde !

    -- Elle est peut-être sourde, dit Oudarde en soupirant.

    -- Peut-être aveugle, ajouta Gervaise.

    -- Peut-être morte, reprit Mahiette.

    Il est certain que si l'âme n'avait (...)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (11/14)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (12/14)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (13/14)

  • HISTOIRE D'UNE GALETTE AU LEVAIN DE MAÏS (14/14)
    Et comme fatiguée d'en avoir tant dit, elle laissa retomber sa tête sur ses genoux. La simple et charitable Oudarde qui crut comprendre à ses dernières paroles qu'elle se plaignait encore du froid, lui répondit naïvement : -- Alors, voulez-vous un peu de feu ?

    -- Du feu ! dit la sachette avec un (...)



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    À l'époque où se passe cette histoire, la cellule de la Tour-Roland était occupée. Si le lecteur désire savoir par qui, il n'a qu'à écouter la conversation de trois braves commères qui, au moment où nous avons arrêté son attention sur le Trou aux Rats, se dirigeaient précisément du même côté en remontant du Châtelet vers la Grève, le long de l'eau.

    Deux de ces femmes étaient vêtues en bonnes bourgeoises de Paris. Leur fine gorgerette blanche, leur jupe de tiretaine rayée rouge et bleue, leurs chausses de tricot blanc, à coins brodés en couleur, bien tirées sur la jambe, leurs souliers carrés de cuir fauve à semelles noires et surtout leur coiffure, cette espèce de corne de clinquant surchargée de rubans et de dentelles que les champenoises portent encore, concurremment avec les grenadiers de la garde impériale russe, annonçaient qu'elles appartenaient à cette classe de riches marchandes qui tient le milieu entre ce que les laquais appellent une femme et ce qu'ils appellent une dame. Elles ne portaient ni bagues, ni croix d'or, et il était aisé de voir que ce n'était pas chez elles pauvreté, mais tout ingénument peur de l'amende. Leur compagne était attifée à peu près de la même manière, mais il y avait dans sa mise et dans sa tournure ce je ne sais quoi qui sent la femme de notaire de province. On voyait à la manière dont sa ceinture lui remontait au-dessus des hanches qu'elle n'était pas depuis longtemps à Paris. Ajoutez à cela une gorgerette plissée, des noeuds de rubans sur les souliers, que les raies de la jupe étaient dans la largeur et, non dans la longueur, et mille autres énormités dont s'indignait le bon goût.

    Les deux premières marchaient de ce pas particulier aux parisiennes qui font voir Paris à des provinciales. La provinciale tenait à sa main un gros garçon qui tenait à la sienne une grosse galette.

    Nous sommes fâché d'avoir à ajouter que, vu la rigueur de la saison, il faisait de sa langue son mouchoir. L'enfant se faisait traîner, non passibos aequis, comme dit Virgile, et trébuchait à chaque moment, au grand récri de sa mère. Il est vrai qu'il regardait plus la galette que le pavé. Sans doute quelque grave motif l'empêchait d'y mordre (à la galette), car il se contentait de la considérer tendrement. Mais la mère eût dû se charger de la galette. Il y avait cruauté à faire un Tantale du gros joufflu.

    Cependant les trois damoiselles (car le nom de dames était réservé alors aux femmes nobles) parlaient à la fois.

    -- Dépêchons-nous, damoiselle Mahiette, disait la plus jeune des trois, qui était aussi la plus grosse, à la provinciale. J'ai grand'peur que nous n'arrivions trop tard. On nous disait au Châtelet qu'on allait le mener tout de suite au pilori.

    -- Ah bah ! que dites-vous donc là, damoiselle Oudarde Musnier ? reprenait l'autre parisienne. Il restera deux heures au pilori. Nous avons le temps. Avez-vous jamais vu pilorier, ma chère Mahiette ?

    -- Oui, dit la provinciale, à Reims.

    -- Ah ! bah ! qu'est-ce que c'est que ça, votre pilori de Reims ? Une méchante cage où l'on ne tourne que des paysans. Voilà grand'chose !

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