Les différences de mentalités françaises et espagnoles vis- à-vis de la drogue se révèlent à travers les différentes lois et leurs applications dans chacun de ces deux pays. En France, toutes les drogues illicites (cannabis, héroïne, cocaïne, crack, LSD, ecstasy, etc.) classées comme stupéfiants exposent l'usager à des poursuites judiciaires pour consommation personnelle (usage simple), même occasionnelle, et quel que soit le produit s'il est interdit. L'usage, le trafic, la production, etc., des stupéfiants, dont le cannabis,sont réprimés par la loi N°70-1320 du 31 décembre 1970. Cette loi prévoit des peines de 1 an à 30 ans de prison selon qu'on soit consommateur ou dealer, et des amendes allant de 25 000 francs à 50 millions de francs. En Espagne, avec la 'Ley Corcuera' de 1992, l'escalade répressive s'est aggravée. Cependant, l'accent n'est pas mis sur la répression de la consommation personnelle des drogues considérées comme 'douces' (cannabis par exemple) mais sur les traficants et sur la consommation dans les lieux publics. En effet, la consommation personnelle de ces drogues est dans les faits plus ou moins tolérée. Ainsi, la drogue n'est pas perçue de la même façon dans les deux pays, mais les adolescents en consomment tout autant. Ceci nous conduit à nous interroger sur les raisons qui poussent les jeunes français et espagnols d'aujourd'hui à se droguer. |
FRANCE |
La consommation de drogues est presque toujours liée à un groupe de copains. Durant l'adolescence, l'amitié est un facteur essentiel pour s'affirmer et exister, il est donc difficile de résister à la pression d'un groupe. On a peur d'être rejeté et de se retrouver tout seul. Certains se droguent aussi parce que vers l'âge de sept ou huit ans, alors qu'ils auraient dû commencer à devenir autonomes par rapport à leurs parents, ils n'y ont pas réussi. Ils ont perdu toute relation avec leurs parents, n'ayant que les copains qui exercent sur eux leur influence remplaçant ainsi en quelque sorte leurs parents. Ce genre de copains pousse souvent à se droguer. On se retrouve alors sous une double dépendance, celle des copains et celle de la drogue. De plus, se droguer peut être un rappel inconscient de l'époque où l'enfant avait une relation privilégiée avec sa mère (allaitement maternel, petite enfance, etc.). La violence familiale est également un facteur non négligeable par sa gravité.
Cependant, la consommation de drogue chez les adolescents peut s'expliquer par d'autres facteurs tout aussi nombreux. Ainsi, le sentiment d'infériorité et le mal-être généré par l'échec scolaire ou une mauvaise orientation peuvent amener l'adolescent à se réfugier dans la drogue. D'autre part, les raisons ne sont pas toujours psychologiques et dues à un contexte bien particulier puisque la simple curiosité est une raison fréquente que l'on retrouve chez les jeunes: en effet, le prix peu élevé des premières consommations et l'effet de 'mode' ne peuvent que tenter l'adolescent. En outre, le cercle viscieux de la délinquance (on se drogue et donc on peut entrer dans la délinquance, on est délinquant et donc on se drogue) est aussi un élément explicatif. L'adolescence est une période fragile pendant laquelle le jeune a l'impression d'aimer sans retour: ce manque d'amour crée un déséquilibre intérieur qui peut le conduire à la consommation de stupéfiants. Par ailleurs, qu'on les avale, qu'on les injecte ou qu'on les fume, on cherche, avec ces substances, à combler un vide intérieur. Ainsi, le jeune remplace des paroles et des échanges qu'il n'arrive pas à sortir de lui. Cependant, la drogue le piège en l'isolant encore plus. Enfin, l'adolescent cherche à fuir la réalité qui lui fait peur et qu'il ne supporte plus. Avec la drogue, il tente de recréer un microclimat rassurant et personnel, de retrouver une atmosphère agréable. Ce sont souvent des jeunes qui ont du mal à parler: la drogue les fait se sentir plus forts, plus sûrs d'eux, moins anxieux et moins timides. On peut noter que les facteurs explicatifs ne sont pas toujours liés à un contexte particulier (historique ou autre) mais qu'ils sont souvent d'ordre psychologique dans la majorité des pays industrialisés.
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ESPAGNE |
De récentes études espagnoles ont montrées que l'âge critique pour l'initiation à la consommation se situe entre quinze et dix-neuf ans. En outre, parmi les étudiants entre quatorze et dix-huit ans, 2% reconnaissent avoir consommé au mojns une fois de la drogue le mois précédent, et 3% l'année précédente. Parmi les plus de seize ans, seulement 0.2% en consomment fréquemment. Ils viennent de milieux éducatifs et économiques différents et consomment de la drogue principalement en fin de semaine et au cours de rave. D'autre part, on peut constater que des facteurs divers influent sur la consommation et la dépendance. On peut les regrouper en trois catégories: les facteurs individuels, familiaux et culturels. 1)Les facteurs individuels. On peut tracer le portrait robot d'une hypothétique 'personnalité toxicomane': - autovalorisation négative et mauvaise acceptation de soi-même. - sentiment d'infériorité et d'insécurité. - tendance à fuir les conflits. - frustration. - recherche de solutions immédiates aux problèmes et impulsivité. - difficulté à établir des relations interpersonnelles. - désillusion puis vision négative du futur. - manque d'intérêt pour des thèmes éthiques et moraux. - influence de divers groupes dans lequel s'intègre la personne. - âge. - prédisposition génétique, facteur important pour comprendre le désarroi des toxicomanes.
2) Les facteurs familiaux. On ne peut pas dire que les familles 'à problèmes' favorisent en elles-mêmes la consommation de drogues. Cependant, certaines caractérisques, conduites et attitudes familiales influencent négativement. Par exemple: - la destructuration, c'est-à-dire la violence, les mauvais traitements. - une attitude excessivement libérale ou stricte, rigide des parents. - la contradiction évidente du système d'éducation entre les parents (immaturité des membres dans les manifestation affectives et relations interpersonnelles). - la consommation d'alcool et la tolérance face à l'utilisation des drogues dites 'douces'. 3) Les facteurs culturels. Des observations ont montrées que la vision sociale de la drogue se caractérise par la partialité et la rigidité. La consommation de drogues dépend également du milieu socioculturel. La pauvreté, la discrimination, l'analphabétisme et les mauvaises conditions de vie, très présentes en Espagne, constituent un cadre propice pour inciter les gens à consommer des drogues. De plus, l'Espagne possède une culture positive de la drogue qui tolère sans hypocrisie ou fanatisme la réalité de la consommation et les difficultés du consommateurs. La législation est prudente aujourd'hui et contrôle les produits les moins forts. D'autre part, l'utilisation de ces substances est présente dans la majorité des cultures humaines. Il existe des restes néolithiques datant de 6000 ans mettant en évidence pour beaucoup de villages du Nord-Est d'Asie l'usage de cannabis. De même, la consommation de drogues a une large part historique en Espagne. Ainsi, dans les années 80 surgit la consommation comme expression de rébellion, symbole de toute une génération, caractérisée par son attitude de protestation contre le système. Ce phénomène s'appelle 'la Movida' et est post-franquiste. En effet, après le franquisme, les drogues 'douces' ont été légalisées mais cette libération rapide a entraîné un désordre social. L'usage de différentes substances a donc été relativement bien accepté, surtout à cette époque. De plus, certaines valeurs et habitudes hédonistes (profiter du moment, vivre pour soi-même et faciliter les contacts entre individus) constituent un bouillon de culture propice. Enfin, il convient de préciser que depuis 1992 la loi s'est renforcée avec la 'Ley Corcuera'. |
En somme, la France et l'Espagne présentent des facteurs psychologiques globalement similaires. Toutefois, l'Espagne se démarque par son contexte historique lourd de sens: 'la Movida' a eu en effet un impact retentissant sur la population espagnole post-franquiste. En France, la politique de lutte contre la toxicomanie reste discrète. Quelques rencontres avec des membres d'associations anti-drogues sont organisées au sein des étabissements scolaires. Cependant, de nombreuses associations (Comité Français d'Education pour la Santé, Béarn Toxicomanie, Drogue Info Service, Fil Santé Jeunes, etc.) éditent quelques manuels et mettent en place des numéros verts à l'écoute des jeunes et de leurs parents. En Espagne, la prévention est beaucoup plus variée et présente. L'emploi du temps scolaire des jeunes comprend quelques heures consacrées à la prévention et où le dialogue prime. D'autre part, la télévision est également mobilisée: des clips et bandes annonces passent régulièrement aux heures de grande écoute. Enfin, 'la Cruz Roja Juventud' (l'équivalent de la Croix Rouge) ainsi que d'autres associations effectuent un travail de longue haleine avec nombre de prospectus sous les formes les plus variées et au design attractif.
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