Leçon 10: Le temps

Le temps

 

 

                                                                               Le temps est-il en nous ou hors de nous ?

 

 

"Le temps est le moyen offert à tout ce qui sera d'être afin de n'être plus."   Paul Claudel, Art poétique

 

 

Introduction : A la recherche d'une définition du temps

 

Définition impossible : "Qu'est-ce donc le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne sais plus." Saint-Augustin

   Le temps passe tout le temps, le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, mais le présent existe-t-il ? Et le "maintenant" ? Combien de temps dure l'instant ? un moment ? 10-43 sec (le mur de Planck)? Y a-t-il trois temps, le passé, le présent et le futur, ou un seul ? Le temps est-il subjectif ou objectif ?

Problématique : Le temps est-il intérieur ou extérieur à l'homme, avons-nous la maîtrise du temps. Où suis-je pendant le sommeil ? Sommes-nous les prisonniers du temps ? La temporalité n'est-elle pas le mode d'être de l'homme, sa façon d'être-au-monde, son "exister" ?

1. "Le temps n'a qu'une dimension." Saint Augustin et Kant

            TEXTE : Saint Augustin: Confessions, livre XI, ch XX

            (On dit qu'il y a trois temps, mais il n'y a qu'un : le temps présent des choses passées, le présent des choses présentes et le présent des choses futures.)

   La conscience vit le temps sous trois formes: le passé par la mémoire, le présent par l'attention et le futur par l'attente, mais le temps est toujours un présent pour la conscience. Elle est dans le temps, elle est au présent. St. Augustin appelait ceci la tensio, la tension ("Le temps est une distension de l'âme") qui donne : l'attention (présent) , l'attente (protension cf. Husserl- futur) et mémoire (rétention - passé).  Kant: "Le temps n'a qu'une dimension", Critique de la raison pure.

   En même temps il y a toujours la référence de l'exister humain à une atemporalité métaphysique (cf. Cours de Chirpaz) : l'existence d'un dieu éternel, de dieux immortels ou d'un cosmos cyclique avec l'éternel retour du même.

(Trois types d'éternité : celle des Grecs : Les dieux naissent du Xaos au commencement puis ils sont immortels ; celle des chrétiens d'un Dieu hors temps ; puis celle de la léviternité, pas de début dans le temps, mais une fin.)

   Leibniz définit le temps comme l'ordre des successifs qui ont entre eux de la connexion - succession et continuité d'une même dimension (alors que l'espace est l'ordre des coexistant.)

 

 

 

I. Le temps maîtrisé

 

2. Le temps n'est qu'une mesure de l'espace en fonction d'un mobile

 

            TEXTE : Aristote: Physique, IV

            (Le temps est l'unité du mouvement.)

   L'écoulement du temps, (mesuré par la clepsydre ou le sablier) est découpé par la société à l'aide d'un calendrier en années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes; ce sont les repères sociaux dans le flux du temps, le temps des autres que l'enfant apprend à connaître. (Ex.: horaire d'été, d'hiver). La maîtrise du temps social, agenda - planning - emploi du temps - horaires etc.. (Tout arrive à qui sait attendre.)

   Les horloges indiquent le temps social ( ex.: Quelle l'heure est-il ? - Horloge Parlante: Au quatrième top il sera...) par la mesure d'un mouvement régulier en marquant une position dans l'espace (cadran solaire, Omnes vulnerant, ultima necat, horloges classiques à aiguilles) ou un nombre (Quartz). (Baudelaire : "Trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote : souviens-toi !", Le spleen.)

La mesure du temps par le mouvement ne fait que représenter le temps! La mesure du mouvement s'effectue dans l'espace! Donc notre façon d'indiquer le temps est une représentation spatiale du temps. (Ex. Achille et la tortue, cf. Xénon d'Elée.)

 

 

 

3. Le temps de la science et le flux du réel - temps objectif

a) Le temps objectif, absolu

- Newton: Le temps est universel, homogène, extérieur à l'homme. Principia (Principes mathématiques de la philosophie naturelle) : "Le temps absolu, vrai et mathématique, qui est sans relation à quoi que ce soit d'extérieur, en lui-même et de par sa nature, coule uniformément."

 - Descartes: Le temps est une création continuée de Dieu.

 

b) Le temps objectif, mais relatif

   Pour Einstein dans La théorie de la relativité restreinte et générale, une horloge en mouvement marche  1/(1- v²/c²)-1 secondes plus lentement qu'une horloge au repos. 

Le temps , (ex. du train et des éclairs) est inséparable de l'espace et de l'énergie d'un mobile, avec la constante cosmologique (ou "einsteinienne") c, (vitesse limité de la lumière : 300 000 km/s).

   La simultanéité est abolie, le temps peut ralentir en fonction de la vitesse (Jules et Jim).

   Ainsi la physique moderne, met en doute la représentation classique du temps comme continuum linéaire (la flèche du temps - cf. Trinh Xuan Tuan, La mélodie secrète).

Mais même Einstein prend comme référence une représentation spatiale du temps (horloge).

 

 

4. Le temps subjectif            

a) Le temps de la conscience, la conscience comme durée

            TEXTE: Bergson, L'évolution créatrice

            (La science positive ne représente pas le flux du temps.) Le temps n'est pas mesuré, il est vécu comme durée. (Temps objectif et temps subjectif). Si le vécu de la temporalité se réfère à la durée, c'est qu'il se joue dans l'intersection d'une durée longue et d'une durée (Bergson) courte, celle de l'événement. Les sciences exactes représentes le temps comme droite avec un sens: la flèche du temps. On considère toujours un point sur cette droite, jamais le flux du temps.

 

 

b) L'idéalité transcendantale du temps

            TEXTE: Kant, Critique de la raison pure      (Le temps est la forme du sens interne)

Kant: "Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général."

   "Quels sont les arguments principaux de Kant? D'abord que le temps est la condition de tout phénomène; en particulier le changement et le mouvement supposent la représentation du temps, car on ne peut dire, par exemple, qu'une chose est et n'est pas en un lieu qui si l'on suppose deux moments différents du temps; enfin que c'est dans le temps que tout change, mais que le temps lui-même ne change pas. Il suit de là que le temps n'est ni une chose ni une propriété des choses, mais seulement la condition a priori de toutes nos intuitions.

   Mais alors que l'espace est la forme pure des phénomènes externes, le temps est la forme du sens interne et par là de tous les phénomènes, puisque ceux-ci, en tant qu'ils affectent le sens intime, déroulent en nous une succession d'états intérieurs." Morfaux, Philosophie, Paris, p.62.

"Le changement ne concerne pas le temps lui-même, mais seulement les phénomènes dans le temps." Kant, Critique de la raison pure.

 

 

 

5. Le refus du temps qui passe

Lamartine: "Ô temps suspends ton vol !"

   Une autre façon de maîtriser le temps est de s'évader dans les récits, fantasmes, mythes, contes, histoires, cinéma etc.. Le temps du jeu. Ou encore d'aller plus vite (avions, voitures - gagner du temps) et vivre plus longtemps (médecine, hygiène de vie etc.). Le temps bonifie (vin etc.).

- Les enfants réalisent notre désir d'éternité (cf. Platon).

- Toute création d'œuvre résiste au temps (l'art, la Technique, le chef d'œuvre).

- L'éternité (cf. TEXTE de Platon) qui n'appartient qu'au Vivant-modèle, le Père créateur du monde, ou Éternel Retour, temps linéaire ou temps cyclique, l'homme a toujours cherché à penser sa temporalité en fonction d'un hors temps, d'une atemporalité du sacré!

- L'intemporalité (ou l'atemporalité) de l'inconscient (cf. Freud) se montre dans les rêves

 

 

 

II. Le temps immaîtrisable

Lamartine : "L'homme n'a pas de ports, le temps n'a pas de rives, il coule et nous passons."

5. Le temps est un écoulement incessant et irréversible

- Les trois Parques, Lachésis, Clôtho, Atropos. La destinée, l'homme ne peut rien contre le temps.

- Horace disait: "Carpe diem!". (Profite du temps présent !)

- Comme Ronsard, dans le poème sur la jeune femme et la rose :

                                   "Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :

                                    Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

Sonnet XXIV, Sonnets pour Hélène, liv. second,

- Apollinaire: "            Passent les heures, passent les semaines

                                    Ni le temps passé, ni les amours reviennent.

                                   Sous le pont Mirabeau coule la Seine

                                    Vienne la nuit, arrive l'heure (Vienne la nuit, sonne l'heure)

                                    les heures passent, je demeure (Les jours s'en vont, je demeure.)."

Jankélévitch: "Le temps est irréversible."

Jankélévitch: "Il est impossible d'échapper au flux insaisissable de la temporalité."

   Le caractère irréversible rend impossible toute maîtrise du temps. Pour Jankélévitch, la nostalgie d'un Ulysse montre l'irréversibilité du temps, Pénélope défaisant toutes les nuits son ouvrage n'arrête pas le temps, Ulysse aura changé en rentrant à Ithaque.(devenir ¹ "dédevenir")

voir aussi Marcel Proust , A la recherche du temps perdu

 



III. Le temps comme condition de l'exister humain

 

6. Devenir et temporalité de l'être humain

Héraclite: "Panta rheï - Tout s'écoule" (fragment attribué à Héraclite).

- Lamartine : "            L'homme n'a pas de ports,

                                   le temps n'a pas de rives,

                                   il coule et nous passons."

- Léo Ferré : "Avec le temps, va, tout s'en va !"

- Pour Hegel, le temps comporte une unité, un sens; c'est l'historicité qui n'appartient qu'à la conscience. cf. Morfaux, p. 60. "Il n'y a de temps que dans la mesure où il y a histoire, c'est-à-dire existence humaine... L'Homme est dans le Temps, et le Temps n'existe pas en dehors de l'Homme : l'Homme est donc le Temps et le Temps est l'Homme." Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, p. 367

- Pour Heidegger, par sa présence (hic et nunc (ici et maintenant) et conscience) l'être humain est un être au monde.  L'exister de l'homme est un "Dasein", un être-là dans l'espace-temps et dans le "je pense" d'une présence humaine, ouverture essentielle dans les trois "ek-stases" de la temporalité.

Pour Jankélévitch le temps implique un devoir :

"Devenir consiste à devenir un autre pour l'être un jour, plus tard, demain, dans l'avenir;
 devenir ne consiste pas à être cet autre, car être au même instant soi-même et l'autre lui-même suppose
 ou bien un miracle d'intuition extatique, ou bien une victoire sur la contradiction .../... ;
non, devenir consiste plutôt à devoir être l'autre, futurum esse,
à couver l'être futur; promesse ou espoir, être et non-être à la fois,
le devenir est un être en instance d'avenir."
Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, Seuil, p. 37.


Conclusion

7. Le temps cyclique

"Ne pouvoir détruire le temps, ni l'avidité dévorante du temps, telle est la détresse du vouloir." Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

   La cyclicité du temps correspond au vécu biologique, au rythme des saisons, des astres etc.

Nietzsche: "Tout le devenir consiste dans la répétition d'un nombre infini d'états absolument identique entre eux." Fragments posthumes

- Pour Nietzsche, il faut vivre chaque instant de sa vie comme si l'on devait le revivre éternellement. L'Eternel Retour signifie vouloir pleinement le réel tel qu'il est (cf. TEXTE Jorge-Louis Borges), dans l'innocence du devenir.

"Le temps (Aiwn) est un enfant qui joue à un jeu d'enfant, à l'enfant la royauté !"

 Héraclite (Aïôn = le toujours étant)

8. Bibliographie de la leçon: cf. TEXTES

9. Lectures conseillées: Platon, Saint Augustin, Newton, Kant, Nietzsche, Bergson, Einstein, Heidegger, Jankélévitch.

10. Question de cours : La théorie de la relativité - Einstein

11. Approfondissement : La temporalité comme condition du Dasein (Françoise Dastur sur Heidegger et le temps)

 

 

Le Temps ( leçon complémentaire )

 

I. Difficulté d'une définition

Définir, c'est fixer des frontières. Or le temps n'a pas d'unité. Il apparait donc difficilement définissable. Il n'a pas d'essence, de nature. Il est une succession d'instants présents toujours nouveaux. L'idée que nous avons du temps ne vient-elle que des mouvements, des changements? Y a t-il une existence du temps comme cadre pur?

1er danger: dénaturer le temps: Bergson. cf txt 4 et 5 p.72. Nos représentations du temps le transforment en espace, donc le dénaturent. Il y a confusion du temps et du temps mis pour faire un mouvement. St Augustin s'interroge à ce sujet:: si le mouvement du soleil n'était pas le même, notre conception du temps ne changerait-elle pas? Le seul concept absolu est le temps mathématique, pur régulier. Mais en cela même il n'est qu'un artifice de calcul: il diffère du temps vécu, il n'inclut nul sentiment. On ne peut admettre la conception scientifique du temps. En effet on ne comparer rigoureusement deux durées en juxtaposant deux instants. En l'absence de fixité, la mesure est impossible. On ne peut juxtaposer les instants, les comparer: le temps n'est pas discontinu. Bergson parle de la "mélodie ininterrompue de notre vie profonde." Temps et conscience sont indissociables. La durée intérieure est une intuition directe, impossible à conceptualiser. Le concept généralise, fige.

Newton pensait qu'avec les mathématiques il voyait le temps et l'espace comme Dieu les voit. Il y voyait une référence absolue. On découvre aujourd'hui que la perspective même influe sur les résultats (physique quantique): les mathématiques ne collent pas toujours parfaitement à la réalité. Le concept mathématique du temps est vide de sens pour l'homme. Pourtant aucun autre concept concept ne se présente à nous...

2e danger: définir le temps par la succession. En effet on réaliserait alors une tautologie.

 

 

II. Temps objectif et temps subjectif.

Le temps subjectif, la durée vécue sont hétérogènes, non mesurables intuitifs. Le temps mathématique, pour Bergson, est une mesure artificielle, un artifice abstrait, la mesure d'un déplacement. En effet, pour nous, l'instant n'existe pas. Le temps mathématique lui-même existe-t-il? Einstein prouve en effet que deux horloges à des vitesses différentes mesurent un temps différent. C'est aussi l'expérience des "jumeaux de Langevin": l'un, placé dans une fusée, vieillirait plus vite que l'autre.

Kant voit le temps comme une forme a priori de notre sensibilité. Le temps diffère des concepts. Comme intuition pure, il est la condition des concepts. De même que même dans le vide l'espace reste, même sans évènement le temps reste. Il nous est impossible de nous abstraire du temps comme de l'espace. Le temps nous apparaît incompressible, inextensible, irréversible. Pour Kant rien ne prouve que le temps existe hors de la vie. Une question comme "y-a-t-il une vie après la mort?" est donc sans fondement. Les spéculations métaphysiques aboutissent à des antinomies, constituent des délires "à vide", sont hors-cadre. Elles ne reposent en effet sur nulle expérience sensible.

 

 

III. Temporalisation.

Deux points de vue sont possibles: passé / pst / avenir (déterminisme) ou avenir / pst / passé (intentionnalité). Ma conscience est plutôt tournée vers l'avenir. Les instants sont avenir avant d'être présent.

Passé et avenir sont deux absents. Ils sont non-être. Le passé est observable mais dépassé:: il ne peut être rejoué. Peut-on se libérer du passé? =>le passé tend à nous emprisonner dans des habitudes, il est en outre irrévocable et nécessaire..

Face au passage du temps deux attitudes sont possibles: le passé peut devenir obsessif. Les habitudes peuvent faire de la vie une pure répétition du passé. La vie ne crée alors plus. Le passé n'est pas dépassé. Il est en outre sécurisant car ne présente pas de risques. (Ainsi Proust "retrouve" le temps perdu). A l'opposé il ne faut pas non plus avoir un désir d'oubli, d'amnésie. Il s'agirait de mauvaise foi.

Ces deux attitudes se retrouvent dans la publicité qui peut tout aussi bien vanter l'ancienneté d'un produit (cf mythe de l'âge d'or) que sa nouveauté (mythe du progrès).

La bonne attitude consisterait à essayer de tirer les leçons du passé. Il ne faut pas avoir de remords mais du repentir. Le moi d'aujourd'hui est chargé de racheter celui d'hier; il est responsable.

L'avenir, contrairement au passé, n'est pas observable mais il est modifiable. Seules les prospectives sont possibles en fonction de la logique d'aujourd'hui. Cela revient en fait à considérer l'avenir comme une répétition du passé, ce à quoi Bergson s'oppose, qui refuse toutes les théories mécanistes. C'est pourquoi Bergson, à un journaliste qui lui demande: "Quel sera le théâtre de demain?" répond que cette question est ridicule: S'il le savait, ce serait le théâtre d'aujoud'hui...

L'évolution des choses: l'anthropie (mécanique): dans tout système clos l'ordre, le fonctionnement ne laissent que des restes (scories). Le temps promet donc la dégradation et la mort. C'est pourquoi la Comtesse de Noailles écrit: "Je suis morte déjà puisque je dois mourir un jour." Au contraire la vue biologique voit dans l'évolution un progrès. Le programme génétique de l'homme est plus développé que celui des bactéries... Le monde crée de la nouveauté. La vie met en échec le déterminisme mécanique. Certains voient dans cet enrichissement des structures une action d'origine divine. Bergson, lui, parle d' "évolution créatrice."

Remarque: il faut distinguer prédiction et prévision. Les prédictions ne reposent pas sur des données rationnelles. On prétend que les choses sont écrites Il y a croyance en un destin. L'homme ne serait pas libre. Il s'agirait de nécessités métaphysiques. La prévision, elle, s'appuie sur les lois du déterminisme. Dans les mêmes conditions les mêmes causes entrainent les mêmes effets. Pour fuir les effets, il suffit alors de fuir les causes. Il n'y a pas de destin mais liberté et responsabilité.

 

 

Conclusion

Seule la conscience subjective, qui dure, permet de mesurer objectivement les effets du temps. Le changement apparaît difficile à concevoir car le devenir se situe entre l'être et le non-être, entre continuité et discontinuité.

Pour Parménide l'être est permanent. Mort et temps sont des illusions. L'être est, toujours identique à lui-même. Pour Héraclite, au contraire, tout n'est qu'apparence, évanouissement. La pensée apparaît alors impossible.

Ains l'homme voit dans le temps à la fois permanence et changement du fait de la durée de la conscience. Le temps n'est pas seulement un passage vers le non-être. Rien n'est définitivement acquis ni perdu car la liberté humaine construit. Les êtres humains ont un patrimoine collectif et une responsabilité vis-à-vis de l'avenir. Hans Jonas, un philosophe contemporain allemand écrit ainsi dans "Le principe de responsabilité": "Il faut remplacer le principe d'espérance par le principe de responsabilité". Face aux Lumières qui avaient foi en un progrès inéluctable, il faut prendre conscience que ce progrès est fonction de notre action, fonction de notre respect de la responsabilité morale vis-à-vis des générations futures.