Interview dans Newcomer n°13

Interview dans Newcomer n°13 – Janvier 1996

 

Deux dandys à Paris

Kevin et Russell sont à l’image de leur dernier album : élégants, intéressants et discrets. C’est toujours un plaisir de les rencontrer à Paris, une ville sur laquelle ils ne tarissent pas d’éloges. Ils nous livrent leurs réflexions pleines de charme et d’humour anglais sur eux et le reste du monde. Monsieur l’ambassadeur, vous nous avez vraiment gâtés.

Newcomer – Vous travaillez déjà depuis longtemps avec Gilles Hall, votre producteur. Vous semblez très satisfaits de cette collaboration ?

Moose – Oui, Gilles est un très bon ami et il s’impose désormais pour nous comme un choix naturel. Nous sommes très contents de son travail aussi bien sur notre album précédent que sur " Live a little love a lot ". Nous adorons travailler avec lui, il comprend parfaitement nos désirs et nous apporte beaucoup.

Newcomer – Ecrivez-vous les morceaux ensemble ?

Moose – C’est un peu particulier, nous apportons des morceaux écrits à la maison avec une guitare acoustique, ensuite, ils se construisent progressivement en studio, chacun apporte ses idées. Aussi bien nous deux que les deux autres musiciens avec lesquels nous travaillons comme Lincoln, le bassiste. Nous n’enregistrons pas de manière classique, basse et batterie d’abord, les autres instruments ensuite. Nous construisons progressivement parfois à partir d’une mélodie de piano ou d’une ligne de chant.

Newcomer – Vous utilisez des samples ?

Moose – Oui, mais nous ne faisons pas de boucles qui se répètent. Nous échantillonnons surtout des sons de claviers ou encore de flûte, c’est un instrument pour lequel nous avons une certaine tendresse. Nous les disposons en petites touches dans nos morceaux.

Newcomer – Quels sont vos thèmes de prédilection ?

Moose – Les thèmes classiques et récurants de la pop : l’amour, nos rêves, nos souvenirs, nos relations avec les autres, nos amis, les endroits que nous avons visités, où nous avons vécu. Nous espérons cependant que nous les traitons de manière originale, à notre façon.

Newcomer – Sur votre dernier album, on note la participation d’Elizabeth Frazer des Cocteau Twins et de Claire Lemmon de Sidi Bou Said

Moose Nous sommes amis avec l’une et l’autre et nous avons tourné l’année dernière avec les Cocteau. Cette participation s’est faite naturellement comme la concrétisation d’une amitié. Le travail en studio a été à cette occasion très agréable et très enrichissant.

Newcomer – Pensez-vous qu’on assiste, depuis un ou deux ans, à une renaissance de la scène pop anglaise ?

Moose – Renaissance. Je ne le pense pas. Pendant les années 92-93, la scène a été monopolisée par les groupes américains, mais ça ne signifie pas qu’il n’y avait plus de bons groupes en Angleterre. Tout ça est affaire de médiatisation. Depuis 1994, la tendance est revenue vers la Grande-Bretagne. C’est aussi simple que ça, il me semble. Les médias ont trouvé des groupes anglais qui leur plaisaient et les ont portés au devant de la scène.

Newcomer – Tu veux parler de la médiatisation de Pulp ou de Blur et Oasis ?

Moose – Par exemple. Ce sont des questions de marketing qui régissent cette débauche d’articles, de photos, d’émissions de TV. Cela ne veut pas dire que ces groupes ne sont pas bons, au contraire. L’album de Pulp est excellent. Ils sont plus victimes que coupables à mon avis.

Newcomer – Seriez-vous surpris d’une telle célébrité pour Moose ?

Moose – Ce n’est heureusement par encore le cas, mais je crois que c’est un prix à payer. C’est le tribut de la notoriété toutes ces histoires toutes ces histoires qu'on trouve dans la presse à scandale. Si tu veux l’éviter, il ne faut carrément pas faire de musique, sinon, on n’est jamais à l’abri.

Newcomer – Quels sont les derniers albums qui vous ont enthousiasmés ?

Moose – Le dernier Love nous réunit et nous avons aussi bien aimé St Germain qui est dans la même maison de disques que nous. Björk aussi, dont le dernier album est magnifique.

 

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