Interview dans Teatime

Interview dans Teatime n°6

 

Noël 1992

Le plus grand des cervidés actuels est l’Elan (Alces alces). Il en existe trois sous-espèces habitant l’Europe du Nord-Est, le nord de l’Asie et de l’Amérique. Dans ce dernier pays, on le connaît sous le nom de " MOOSE ". L’Elan mesure 3m de long , 2,35m de haut et les plus grands pèsent environ 650kg. Les bois atteignent 1,60m d’envergure ; en forme de palmes et ont 15 pointes au maximum de chaque côté. L’Elan vivait autrefois dans une grande partie de l’Europe, mais il a été exterminé à bien des endroits. De nos jours, sa population augmente lentement dans les régions où il est protégé. IL recherche les marais et tourbières, se nourrissant principalement de l’écorce des arbres, de branches, de roseaux et de plantes aquatiques.

Quels ont été les premiers balbutiements de MOOSE ?

Russel Yates : Au départ, Kevin et moi travaillions dans un magasin de disques et un de nos points communs était nos goûts musicaux. Nous commencions à jouer de la guitare chacun de notre côté et comme on traînait de plus en plus souvent ensemble, on a décidé de commencer le groupe. C’était il y a à peu près trois ans. Mais je n’ai jamais vraiment pensé faire partie d’un groupe avant notre rencontre. Comme on jouait la même musique et qu’on jouait tous les deux de la guitare, ça nous a paru normal. Il m’a demandé de jouer une fois avec lui ; j’ai accepté, mais il n’y avait rien de planifié, on voulait juste voir ce que ça pouvait donner, c’est tout...

Quelles ont été les premières personnes à s’intéresser à votre musique ?

Les premiers à avoir écouté et à avoir été intéressés par ce que nous faisions furent les gens du label WIIJA, le premier label de SILVERFISH. Mais ce fut réellement le groupe LUSH, et surtout la guitariste Emma qui, la première nous aida. Elle parlait de nous autour d’elle, elle nous présentait à des labels, elle nous trouvait des concerts, c’était notre manager, en quelque sorte. Par la suite, beaucoup de personnes nous ont aidés, comme WHITEHORSE, mais c’est encore grâce à Emma si nous avons signé sur HUT, c’est elle qui envoyait des cassettes un peu partout. Les gens de HUT RECORDINGS étaient intéressés et le contrat qu’ils proposaient était alléchant. On a commencé à enregistrer en décembre 1990 et on a signé quelques mois plus tard. L’avantage était qu’on avait le droit d’enregistrer les morceaux de notre choix, on avait le contrôle total... C’est pour cette raison qu’on leur a fait confiance. Ils proposaient aussi un plus gros budget que les petits labels indépendants comme WIIJA et d’autres labels indépendants qui, eux aussi, étaient intéressés. Depuis que l’on existe, beaucoup de choses qui se sont passées et qui se passent encore restant incompréhensibles. Par exemple, VERVE, un nouveau groupe du label HUT... Ils ont eu plusieurs articles dans les journaux musicaux anglais sans avoir sorti un seul disque, alors que nous, au même tournant de notre carrière, nous avions déjà sorti deux EP sans avoir eu droit à la moindre publicité. C’est pourquoi la notoriété que l’on peut acquérir plus ou moins vite n’est pas réellement contrôlable. Certaines personnes trouvent que nous nous sommes fait connaître relativement rapidement, mais à nos yeux, un an et demi, voire deux ans, ça a paru long. Il est vrai qu’en ce qui nous concerne, on ne peut pas parler de grande notoriété ; nous n’avons pas signé sur le même label que RIDE et par conséquent, nous n’avons joué à Londres que devant un public de 1000 personnes, 1100 peut-être, alors que RIDE fait des concerts de plus de 4000 personnes. De toute manière, nous avons plus le profil de groupes comme STEREOLAB ou GALLON DRUNK, de qui nous sentons très proches. D’ailleurs Tim GANE de STEREOLAB est un de mes meilleurs amis et joue de la guitare sur certains morceaux de MOOSE. On se connaît bien et, en plus, on aime le même style de musique, ça simplifie tout. Lorsqu’il a commencé son nouveau groupe, donc STEREOLAB, il avait besoin de quelqu’un pour jouer de la guitare, j’ai donc tout naturellement accepté.

La fille de vos rêves s’appelle-t-elle " Suzanne " ?

Non. C’est Kevin qui a écrit les paroles de cette chanson. C’est à propos d’une jeune fille qui habitait juste au dessus de son appartement qui tomba enceinte. Les paroles sont entre autres an sujet de sa nouvelle condition de fille-mère. Mais rassure-toi, " Jack " n’est pas le nom de son petit ami ! Pour nous, même si les textes sont importants, les paroles qu’on écrit dépendent avant tout de la musique. Les mélodies nous permettent d’avoir l’inspiration de départ, ensuite, on installe des mots qui conviennent le mieux à l’idée que l’on a du morceau et à ce que l’on veut en faire, avec parfois un petite histoire qui nous est arrivée à la clé.

Quelques mots sur le son de votre premier album " XYZ " ?

Plus acoustique et plus country. Il est vraiment différent des trois premiers EP. Le son est un peu plus " country western " avec de l’orgue à la place d’effets abusifs (distorsion et delay) sur les guitares. On y trouve de la flûte, de la trompette, des cris, de tout, quoi ! Oui, il est plus country, un peu sur le modèle de " This river will never run dry " du EP " Reprise ". Il est vrai qu’auparavant, on avait tendance à utiliser des guitares pour faire du bruit à cause du budget qui était insuffisant pour travailler réellement le son. On avait quatre jours pour enregistrer, mais cette fois, on a eu six semaines et plus d’argent. Ce qui fait que nous avons pu choisir nos instruments et remplacer la violence par des bruits étranges. Mais le son en lui-même de cet album n’est pas facile à définir. Notre nouveau son, tu as peut-être pu t’en rendre compte, n’a rien à voir avec la compilation " Sonny & Sam " que les gens voyaient comme notre premier album. C’était juste une compilation de nos trois EP, un disque de bonne qualité, mais uniquement décidé par le label dans un but commercial, et pour faire rentrer de l’argent. Mais si nous ne nous sentions pas réellement concernés, il est évident que si nous faisons des disques, c’est pour qu’un maximum de gens les écoute.

Le nom de " MOOSE " serait-il un synonyme de " Pop music " ?

Notre nom de MOOSE est avant tout le surnom de Kevin, que l’on a adopté précipitamment pour le groupe parce que nous n’avions pas encore de nom alors que l’on devait jouer à une soirée. Ce fut mon idée parce que j’aimais ce surnom pour Kevin et le nom en lui-même. Il fallait de toute façon trouver un nom " vite-fait " et de fut donc MOOSE. En ce qui concerne le terme " Pop Music ", je ne sais pas vraiment ce que c’est. Nous ne sommes pas vraiment intéressés par ce qui est contemporain et nous sommes tous les deux très sélectifs dans ce que nous achetons. La "Pop Music" en Angleterre est un concept très vaste, on ne peut pas généraliser, contrairement à la France où elle paraît bonne. C’est quelque chose de très accessible que tout le monde, en principe, aime. Ca doit être cette musique qui est sensée donner du plaisir aux gens. Un concept assez bizarre, ma foi ; un mélange Kylie MINOGUE et NIRVANA, peut-être... La Pop Music "sales a lot", nous pas.

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