LES INROCKUPTIBLES N°50 Novembre 1993
Interview Emmanuel Tellier Photo Renaud Monfourny
" Au début de lannée, notre label Hut, nous a renvoyés. Cétait une période très confuse, nous ne comprenions pas très bien ce quon nous reprochait. Le premier concert qui suivit fut fantastique, nous nous sentions libérés dun poids, intouchables. Nous allions enfin pouvoir agir selon notre volonté, nous moquant complètement des considérations commerciales. "
Doù lalbum Honey bee, noble descendance du XYZ révélateur. Même artisanat subtil, même art discret dabattre les cloisons la guitare en bois de Maxime Le Forestier soudain projetée dans la même pièce que les flûtes et violons de Prokofiev. Cest établi : Moose, qui na plus rien à perdre, assumera ses ambitions de colosse pop jusquà la mort.
" Mitch Easter, le producteur de REM, nous a montré une voie avec notre album XYZ : nen faire quà notre tête, se moquer des conventions. Honey Bee est un disque plus tendu, car les conditions denregistrement étaient précaires. Mais, musicalement, il suit les mêmes principes. Nous ne connaissons plus aucune limite. "
Histoire : chassé par Hut, Moose monte son propre label (Liquid) et sort I wanted to see you to see if I wanted you), grand single arraché du sol par une guitare sèche comme un cactus.
Rumeur : le patron de Hut se mord les doigts. Mais quelques mois plus tard, cest le label belge Play It Again Sam qui sort le deuxième album du groupe, cousin germé du premier. Cest un disque opulent, où mille idées foisonnent, de Joe Courtesy, chef-duvre de noirceur, au sifflet à la Morricone qui orne lintro de Dress you the same. Heurtées ces multiples changements de tempo -, bancales ces guitares en ressac -, les chansons de Moose retombent pourtant toujours sur leurs pieds. Cest que Lincoln Fong, qui cumule les fonctions de bassiste et de producteur du groupe, travaille avec Robin Guthrie, le cerveau des Cocteau Twins, depuis des années. La belle école ! Le petit événement rock hexagonal de la rentrée sera donc la tournée française de Moose. Car le groupe a révisé ses gammes : de pataud, il est devenu solide, enfin capable de reproduire sur scène les splendeurs de sa discographie. Oublié le temps où Russell & Co. se prenaient les savates dans le tapis, pauvres balourds condamnés à jouer dur. En 93, Moose enchante aussi en concert.