Yamoussoukro
Le remplacement d'Abidjan comme capitale de la Côte d'Ivoire par Yamoussoukro, naguère village inconnu du pays Baoulé n'a surpris personne. Transformé depuis l'Indépendance en une véritable ville, son impressionnant réseau de voies, larges comme des
autoroutes et éclairées en permanence, laissait présager un destin éclatant. Capitale officielle depuis le 21 mars 1983, Yamoussoukro,
village natal de l'ex-Président Houphouët-Boigny, le devenait depuis quelques années officieusement, mais de plus en plus clairement.
Car il n'y avait pas que ses artères colossales... et colossalement vides pendant longtemps pour soulever l'étonnement, puis le soupçon qu'il allait ici se passer quelque chose de particulier. Depuis son brusque développement, il ne se construisait pratiquement pas de bâtiment public ou commercial sans que ses dimensions ou son architecture souvent imposante ne lui conférassent une solennité, longtemps insolite dans une agglomération où les "vides" dépassaient de loin les "pleins".
Nul ne peut oublier l'impression de stupeur que le visiteur ressentait, il y a encore
quinze ans, lorsqu'au centre d'un quartier pratiquement désert et sans végétation, à gauche de la route bitumée qui pénétrait dans la ville en venant d'Abidjan, il découvrait l'hôtel Président
et son golf 18 trous (le plus grand de Côte d'Ivoire), puis, un peu plus loin, l'énorme Maison du Parti-Palais des Congrès.
Les matériaux précieux et en particulier le marbre dont ils étaient composés, ainsi que leur masse impressionnante apparaissaient alors depuis l'avenue centrale sans que rien, ni maisons plus modestes, ni végétation digne de ce nom, ne vint en atténuer la pompe. Quelques années plus tard, le même visiteur avait peine à en croire ses yeux : le quartier entier, avec ses deux bâtiments précurseurs, plus les installations voisines d'un club de golf, disparaissait au milieu d'une vraie forêt qui métamorphosait tout, aussi bien les artères qu'elle englobait que les dimensions de la Maison du Parti et de l'hôtel Président.
Peu à peu, certains vides se sont comblés dans les différents quartiers délimités par des artères aussi larges que l'imposante avenue centrale, coupant la ville en deux et passant entre les gares
routières, groupées autour d'hôtels plus modestes que le Président, du marché
et des quatre lacs artificiels.
Au bout de cette avenue, avant de tourner à gauche, l'immense propriété du Président,
entourée de lacs artificielles infestés de crocodiles, qui y a fait construire des villas destinées à sa famille et à ses invités.
A gauche, le quartier de l'habitat, commandé par la mosquée, A droite, une avenue conduit aux grandes écoles, dont la première fut la somptueuse École nationale supérieure des travaux publics, pouvant abriter 1 500 étudiants. Elle fonctionnait à Abidjan depuis 1963 et fut transférée à Yamoussoukro le 10 octobre 1979.
Quelque temps après, l'École nationale supérieure des Travaux publics fut suivie par l'Institut national supérieur des Études techniques, puis par l'École
d'Agronomie tandis que deux lycées accueillent garçons et filles séparément. Mais tout ce quartier sud-est est de à devenir le siège d'une véritable
Université qui doublera celle d'Abidjan ou qui la complétera en groupant certaines
grandes écoles comme celles qui y fonctionnent déjà. On prévoit dans un premier temps une École des Mines.
D'ailleurs, à proximité de la zone où seront réunis ces établissements, de
belles villas ont été construites pour les familles des professeurs, ainsi qu'une école
primaire pour leurs enfants.
Tandis que s'affirmait la vocation universitaire de Yamoussoukro, avant même qu'elle ne soit officiellement capitale,
la ville accueillait de plus en plus souvent le Président et avec lui des
personnalités ivoiriennes ou étrangères. D'où le développement de l'hôtel Président, avec
une nouvelle tour, et la création d'une pléiades de petits hôtels de standing différent
pour tous ceux qui venaient dans la ville pour des raisons moins officielles. Car
le développement d'une ville signifie évidemment la création de nombreux
"services", et d'immeubles d'habitation.
A l'extrême ouest, sur une colline,
se trouve la Fondation Houphouët-Boigny, immense bâtiment faisant
honneur au marbre et au bois précieux, prolongé d'une vaste esplanade de marbre illuminée
par de nombreux réverbères et entourée d'un "jardin à la
française". Elle fit longtemps l'objet de vives polémiques, puisque personne ne
savait à quoi elle était destinée. On a parlé d'Assemblée nationale ou d'une structure gouvernementale de la
plus haute importance... Mais ces instances sont encore à Abidjan. En revanche, on dit aujourd'hui que
cette Fondation serait destinée à une grande organisation internationale
culturelle ou autre... Quoi qu'il en soit, cet immense et somptueux complexe qui
s'enfonce sur 3 niveaux, climatisé en permanence, ne sert que deux ou trois
fois dans l'année pour des séminaires et colloques internationaux.
Personne ne peut ignorer que le Président Houphouët-Boigny voulait que cette ville
soit non pas seulement une capitale, mais une métropole ouverte sur l'extérieur. Les grandes Écoles,
les plus prestigieuses de Côte d'Ivoire, accueillent déjà des élèves d'autres pays, la
Basilique Notre-Dame-de-la-Paix, réplique de Saint-Pierre-de-Rome, est le lieu saint catholique
le plus imposant d'Afrique. A ce désir d'ouverture a répondu un souci de développement des voies de
communication : la seule autoroute de Côte d'Ivoire jusqu'à Abidjan (non
terminée à ce jour), routes pour l'ouest, le sud-ouest, le nord et un
aéroport international (dont une piste pour le Concorde).
Notons que le dernier président, Henri Konan Bédié, avait recommencé cette
démesure avec son village natal, Daoukro.
La basilique Notre-Dame-de-la-Paix
Notre-Dame-de-la-Paix est née du talent d'architecte de Pierre Fakhoury, libanais
d'origine mais ivoirien de coeur. En effet, à l'issue d'un concours organisé de fin 1984 à début 1986, et qui mettait aux prises plusieurs grands noms de l'architecture d'aujourd'hui, c'est finalement son projet qui fut choisi par le Président
Houphouët-Boigny, le 4 février 1986. Se mettant aussitôt au travail sur le terrain, Pierre Fakhoury fit en sorte que les délais de construction soient respectés, c'est-à-dire un achèvement prévu, dès le départ, pour l'automne 1989. Par le style donné à l'édifice, avec son dôme haut de 160 mètres rappelant par sa forme celui de Saint-Pierre de Rome, mais en beaucoup plus grand, l'architecte répondait au goût du Président ivoirien pour le néo-classicisme, avec le jeu de ses très nombreuses colonnes particulièrement appréciées par M. Houphouët-Boigny.
Le Dome pourrait contenir Notre-Dame-de-Paris. Certains diront que la
construction, dont la démesure impressionne (marbre, bois précieux, vitraux
mettant en scène le président, ascenseurs tubulaires dans les colonnes,
climatisation, etc.) a été financé en grande partie par les caisses de
l'état. Après de nombreuses années de polémiques sur sa pertinence (le
catholicisme n'est pas la religion majoritaire), elle est aujourd'hui
propriété du Vatican. Du fait de son grand coût d'exploitation, elle n'est
plus illuminée qu'une fois par an (à Noël).
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