Historique GR






HISTORIQUE DE LA GR
Par Martine GLEIZES - 9/12/2000

Introduction

La GR est une activité relativement jeune, reconnue activité sportive seulement dans la 2° moitié du siècle.
Cependant la GR telle que nous la connaissons s'est développée à partir de la gym rythmique et gym dansée,(issue de la gym naturelle), elles-mêmes influencées par de nombreuses écoles de gym et de danse qui ont, au début du siècle, contribué à l'évolution de l'EP et en particulier de l'EP féminine. (vous trouverez des illustrations de l'EP féminine in " images de 150 ans d'EPS " de Jean Zoro, 1986, pages 124 à 129.)
Je vous rappelle également que l'EP féminine est obligatoire dans l'enseignement primaire dès 1882 et 1925 dans le secondaire.
" Les femmes doivent se contenter de jouer au tennis, nager, patiner, le véritable héros olympique : l'adulte Mâle. " Baron de Coubertin.

Annonce du plan :

A. Les influences
B. De la gym rythmique à la GRS à la GR
C. Tentative de définition actuelle de la GR

A. Les influences

Sans vouloir les énumérer toutes, nous pouvons repérer 4 grandes influences :
- apport du Théâtre
- apport des gymnastiques scientifiques, hygiéniques et esthétiques
- apport de la danse.

le théâtre :

François Delsartre, dans la 2° moitié du 18° siècle, développe en France un système de gym dans le but d'aider les acteurs à trouver des poses naturelles et des gestes expressifs en jouant.
Sans vouloir prétendre être une vraie gym son système devient vers la fin du 18° siècle une forme très populaire de gymnastique féminine. Il a apporté la beauté et le caractère expressif dans les mouvements de gymnastique.

les gymnastiques scientifiques, hygiéniques et esthétiques :

Pestalozzi (1746-1827), grand réformateur suisse en matière d'éducation, lui même influencé par J.J. rousseau, insiste déjà sur le développement naturel de la personne. Et l'on ne peut parler de gymnastiques scientifique et hygiénique sans citer Ling (1776-1839), fondateur de la gymnastique suédoise (à la mode encore dans les années 50).
Ses principes seront repris par la suite par ses adeptes Elin Falk (1872-1942), et Maria Carlsquist (1884-1968) en Suède. Elles recherchent une nouvelle approche des principes de Ling : gymnastique rythmique avec engins, à mains libres et surtout à 2 ou en groupe.
La GR appelée dans un 1° temps Eurythmie (enseignement musculaire et musical) fût inventée par Jacques Dalcroze (1865-1950), compositeur et pédagogue suisse, professeur d'harmonie au conservatoire de musique de Genève, il créa des exercices variés pour développer la sensibilité des étudiants à travers les mouvements naturels du corps.
Il créa 2 écoles, une en Allemagne en 1911, la 2° quelques années plus tard à Genève.
Dalcroze s'est inspiré de F. Delsartre : l'élève doit parvenir à traduire avec son corps toutes les subtilités du rythme, de la musique et ensuite se passer de musique (illustration page 130 de " 150 ans d'EPS " ; vous y trouverez le programme de l'institution J. Dalcroze à Paris en 1955, ou la leçon Dalcroze dans une école normale de jeunes filles en 1920.(de belles illustrations). En Allemagne, 2 disciples de Dalcroze ont encore fait évoluer les choses).
Rudolf Bode (1881-1970), fût un pionnier de la gym rythmique.(il était prof de musique à l'institut Dalcroze. Il fût célèbre pour son travail créatif en Danse et pour sa gymnastique expressive et créa à Munich une école pour professeurs de gymnastique, musique et Danse.
Bode pense qu'en plus du rythme de la musique, le mouvement humain a son propre rythme.
" le principe du mouvement rythmé se trouve dans les rythmes naturels à l'intérieur du corps. " (pouls, respiration...)
Il parle de tension énergétique (contraction), puis de relaxation.
L'autre adepte de Dalcroze est Heinrich Medau (1890- ? ), professeur de musique et d'EP , et élève de Bode. En 1829, il ouvre une école à Berlin qu'il déménagera après la 2° guerre mondiale à Cabourg, où elle fonctionne encore aujourd'hui, je veux parler de la célèbre Medau-Schule.
Il invente à l'intention des jeunes femmes un système de gymnastique qui insiste sur le mouvement naturel utilisant tout le corps.
(réf à un des principes actuels de la GR, " c'est le corps qui fait bouger l'engin ", le corps est moteur). La gymnastique moderne est née.
Il est aussi célèbre pour son travail avec ballons , cerceaux, massues et tambourins.
Il s'est aperçu que si l'élève se concentre sur les engins qu'il utilise, il est moins conscient de son propre corps, donc ses mouvements sont plus relâchés et naturels et surtout effectués avec élan.

En France, Irène Popard (1894-1950), influencée par le mouvement arrondi et continu de Georges Demeny (je vous renvoie à vos cours d'Histoire) crée un système d'eurythmie réservée aux femmes. Ses adaptations musicales se situent à l'interface de la gymnastique et de la Danse : chorégraphies géométriques et simples qui déplacent de nombreux élèves (exemple : la Rosace de Popard ou les attitudes Popard, page 131 de " 150 ans d'EPS "

La danse

En même temps que se développe la gymnastique rythmique, un mouvement pour la danse naturelle se met en place avec Rudolf Laban, Mary Wigman, Isadora Duncan (pour plus de précisions : voir le professeur de Danse).

Aux USA :
I. Duncan (1878-1927), influencée par Rousseau, Delsartre et Dalcroze , donne naissance à la Danse libre.

En Allemagne :
Rudolf Laban (1879-1958), professeur de danse, crée la danse absolue sans musique et met en place un système d'écriture appelé notation Laban qui aide à comprendre les aspects rythmiques du mouvement.
Mary Wigman (1886-1973), élève de Dalcroze et Laban, a influencé la danse contemporaine. Elle croyait en la simplicité du mouvement naturel et en une éducation artistique du mouvement : la source de tout mouvement est la respiration.

Tous ces pionniers ont en commun malgré leurs origines diverses et leur personnalité, la valeur des gestes naturels en utilisant tout le corps, ainsi que les mouvements fluides et rythmés.

De nos jours, depuis les années 70, la GR est sous l'influence de 2 grandes écoles :
- l'école russe
- l'école bulgare

Quelle évolution encore ?

Conclusion partielle :
Il est clair que la GR sous l'influence de nombreux courants comme nous venons de le voir, s'est profondément développée depuis le début du siècle.
Par ailleurs, l'évolution de la condition féminine et de la représentation sociale de la femme ne sont pas étrangères à cette transformation .
(cf " la femme d'aujourd'hui et le sport " F. Labridy 1984, ou encore la thèse de Simone de Beauvoir en 1946 : " le 2° sexe ")

De surcroît, la sportivisation des pratiques féminines et la reconnaissance de la diversité possible des formes d'excellence, témoignent de la sportivisation de la GR, novatrice dans l'histoire du sport qui est marquée par la valorisation de la force et de la rivalité. Il peut aussi y avoir du sport en valorisant la souplesse, le rythme et l'expression.
C. Pociello in " sport et société "1982, parle d'une esthétisation de la pratique et d'une euphémisation des affrontements qui ne sont pas corporellement violents mais médiés par un règlement, un engin, un espace (cependant, nous ne développerons pas davantage ces derniers arguments et je vous renvoie encore une fois à vos cours de sociologie).

Nous allons maintenant tenter de montrer la naissance de la GR comme une activité sportive, techniquement repérable, avec une codification et une institution sportive de gestion, la recherche de la performance la meilleure et l'attribution de titres et de médailles, à l'aide d'indicateurs tels que :
- sa dénomination
- la tenue des gymnastes
- sa place dans le système sportif fédéral (FFG, FIG) ainsi que dans les compétitions nationales et internationales.

B. De la gym rythmique à la GR en passant par la GRS

1. sa dénomination

1911 : gymnastique rythmique ou harmonique
gym avec engins, gym moderne

1960 : gymnastique rythmique moderne (FIG)

1975 : Gymnastique Rythmique et Sportive : GRS (FIG)

1998 : Gymnastique Rythmique : GR

2. la tenue des gymnastes</p>

- 1920 : jupette

- 1930 : short court (influence de la mode Coco Chanel ; statut de la femme)

- Années 50 : apparition du justaucorps

- A partir de 1993 : combinaison académique autorisée

Réf code : pas de décoration ajoutée aux maillots telles que paillettes, rubans, fleurs, écusson ; pas de fines bretelles (5 cm mini) ; collant de jambes autorisé si couleur(s) claire(s), collant de ville non admis ; chaussons de gymnastique ou pieds nus.

3. sa reconnaissance

La GR de groupe avec engins a été pratiquée en compétition aux JO et championnats du monde de 1912 à 1956 en étant associée à la gymnastique féminine : les membres d'une même équipe devaient participer aussi à la gymnastique aux agrès.
En 1956, la FIG exclut les compétitions rythmiques de groupe de la compétition internationale. Après les JO de 1956, certaines dirigeantes de la gymnastique féminine dont la française Berthe Villancher mettent tout en œuvre pour que ce domaine de la gymnastique soit reconnu comme sport de compétition mondial. Il faudra attendre le 41° Congrès de Prague en 1962 pour que la GRS devienne un sport indépendant au sein de la FIG.

>4. sa place

Place de le GR dans les différentes fédérations

La GR fait partie de la FIG et de la FFG.

La FIG est née en 1922 : elle définit le programme et le règlement technique, organise les grandes compétitions : championnat du monde, d'Europe, la coupe du monde.

La FFG est née en 1946 de l'union de la fédération masculine créé en 1873 USGF (union des sociétés de gymnastique de France) et de la FFFG et EP féminine créé en 1922.

Actuellement elle gère :
- la gym artistique féminine GAF
- la gym artistique masculine GAM
- la GR
- la gym de la forme et des loisirs fitness : GFL
- l'aéro-step : AS
- le trampoline : TSA

Elle a pour mission le développement, l'organisation, le contrôle des différentes instances.

Nombre de licences :
a. FFG : 160 000 licenciés
b. GR : - 13455 licenciés
- 336 associations ; 31 en Alsace dont 1066 licences (région Est :1732 licences)

Palmarès des régions :
1° : Ile de France 3111
2° : Sud Est 2957 (Côte d'Azur, Lyon, Savoie)
3° : Sud Ouest 1894
4° : Est

1732
5° : Nord
6° Centre
7° Ouest

Place de la GR dans les compétitions internationales :

1912 : la gym avec engins fait sa 1ière apparition aux JO de Stockholm (10 gymnastes)

1963 : 1ier championnat du monde à Budapest (10 pays ; 2 épreuves par équipe
dont un main-libre , pas de code : jugement par rapport aux agrès !

1965 : C. du monde à Prague (12 pays)

1967 : C. du monde à Copenhague (14 pays) ; en plus du concours par équipe de 6 gymnastes, naissance du concours individuel (4 épreuves). = 1° participation de la France.

1968 : le congrès FIG définit les normes des engins (corde, ballon, cerceau)

1969 : C. du monde en Bulgarie (17 pays)

1970 : 1° code de pointage

1971 : C. du monde à la Havane
Apparition du ruban, disparition du main-libre ; création d'une finale par engin à partir du concours général ; programme par équipe : 2 engins différents.

1973 : 6° C. du monde à Rotterdam
1° participation des USA
Apparition des massues.

1975 : C. du monde en Espagne
Disparition des imposés
La GRM devient la GRS ; programme concours collectif et concours individuel

1978 : 1° C. d'Europe

1980 : 11° C. du monde à Strasbourg

1983 : 1° coupe du monde à Belgrade

1984 : la GRS devient une discipline olympique pour concours individuel (Los Angeles)
La 1° demande date de 1972 !

1987 : C. du monde à Varna
Les équipes passent toujours 2 fois mais :
- 1° passage : engins identiques à toutes les gymnastes
- 2° passage : avec des engins différents

1989 : la FIG autorise l'accompagnement musical avec plusieurs instruments

1992 : JO de Barcelone
Concours par équipe inscrit au programme (8 ans après Championnat individuel)
Remarque : ce qui est surprenant, c'est que dans un premier temps la gym rythmique ne se concevait qu'en équipe et c'est d'abord le Championnat individuel qui entre aux JO.

1994 : 18° C. du monde à Paris
36 meilleures gymnastes engagées : 2 par nation + 30 équipes de 6 gymnastes.

1996 : JO d'Atlanta
Les équipes ne sont plus que de 5 gymnastes.

Place de la GR dans le championnat de France et en UNSS

1968 : 1° Championnat de France

1969 : 1° Championnat UNSS (ASSU)

En UNSS : nombre de licenciés = 832556 + 18850 jeunes officiels

: nombre de licenciés en GR = 8433 + 668 jeunes officiels

La GR se place au 15° rang des 54 sports inscrits au programme UNSS (1ier VB et HB) (demandez à vos tuteurs pédagogiques de vous montrer le rapport d'activité de l'UNSS de l'année dernière)

C. Comment définir la GRS actuellement ?

la GR de haut niveau étonne par :

a. l'adresse : dissociation et coordination
ex : la hauteur des lancers, la rapidité des actions, l'utilisation du pied pour manipuler, la précision des appuis.

b. la souplesse, allant parfois jusqu'à susciter des réactions négatives.
La GR touche par l'esthétisme : les gymnastes sont comparées à des danseuses.
Elle interpelle par l'expression, le jeu avec la musique, la prouesse.
Ce n'est donc pas un hasard si l'une des questions la plus souvent posée en GR est de savoir si elle appartient au monde de l'art ou celui du sport.

Nous définirons la GR comme une pratique sportive et artistique.
La GR pourrait se définir comme une production de forme et comme le dit P. Goirand dans la revue spirale numéro 1 à propos de la gymnastique.
" les formes produites peuvent être soit gymniques soit expressives ".

la GR est soumise aux lois du sport, il en ressort :
La dimension sportive de l'activité se définit par la notion de prouesse et d'exploits repérables au niveau :
d'équilibres tenus longtemps avec la fixation de la jambe libre,
d'une grande capacité à tourner, à pivoter,
d'une grande détente et amplitude,
d'une importante souplesse dorsale,
d'une virtuosité de la manipulation :
- manipuler l'engin dans des situations corporelles périlleuses : perte de repères visuels
- grande vitesse de l'engin
- utiliser des segments inhabituels (pieds)

Il va de soi que ces qualités physiques et techniques ne peuvent s'envisager sans la notion d'esthétisme.
La dimension esthétique : la GR est une activité où l'individu cherche à séduire, à plaire, à amuser, émouvoir, attendrir, faire partager son émotion. Comment ? Par :
- le choix des formes et des volumes corporels.
- la pureté des lignes, le dépouillement de l'ensemble.
- l'espace de l'engin par rapport au corps, ses trajectoires sur le corps, dans l'espace.
- l'espace de déplacement, évolution de la ou les gymnastes, l'occupation des différents niveaux.
- le jeu des énergies différentes, jeu avec les contrastes.
- et le tout en relation étroite avec la musique.

CONCLUSION

Créée au départ pour répondre aux besoins d'une EP de la jeune fille et de la femme, la GR est restée jusqu'à présent une activité féminine dans sa pratique compétitive, tant en ce qui concerne les gymnastes qu'en ce qui concerne les juges.
Cependant, la FNSU envisage dans une partie de son programme une possibilité de pratique mixte formule duo depuis 1986/87.
La FFG a envisagé pour sa part une possibilité de pratique mixte en programme critérium (un programme de masse depuis 88/89.), ainsi que la possibilité aux hommes de passer les examens de juges au niveau départemental et régional. La FIG quant à elle, ne semble pas y être prête car il faudrait redéfinir la GR et ses caractéristiques.

Rappel des points traités, intérêt de ce cours, limites.

Je ne suis pas historienne, ce cours est donc de l'histoire avec un petit h. Cependant j'ai eu le souci de vous apporter des données précises relatives à la GR et d'essayer de faire des mises en relations. Outre une meilleure connaissance de la GR d'un point de vue historique qui permet de mieux comprendre ce qu'elle est actuellement, ce cours peut aussi vous être utile en écrit pour illustrer l'idée d'Ulmann selon laquelle l'EP ne peut se limiter à l'efficacité des pratiques corporelles, celles-ci n'ayant de sens qu'en rapport avec des idées, des valeurs. Montrer en quoi, la GR telle qu'elle était, avait pour but de former un type de jeunes filles ou de femmes.
L'histoire de la GR peut-être également une illustration de la diversité de l'histoire de l'EP. Entre l'EP des femmes et des hommes, il y a de grandes différences.
Et enfin dans une version un peu plus sociologique, elle peut être une illustration de la manière dont les rôles sociaux se définissent au travers des disciplines d'enseignement.