Le tantrisme. Aspects et techniques.
Origine de la tradition tantrique.

D'origine incertaine, car très lointaine, le tantrisme repose sur les bases de l'hindouisme qui sont :
1°) Les quatre Védas, dont les premiers écrits seraient de quinze à dix-huit siècles avant JC, représentant une science sacrée, un savoir dit éternel et non humain, avec les SAMHITA, recueils védiques dont les textes sont appris et récités par les castes supérieures (brahmanes, kshatriyas, Vaïshyas, les pandits comme les Shâtris et les âchâryas) :
- Le Rig Veda, traitant des divinités ;
- Le Yayur Véda, traitant de magie et de médecine ;
- le Sâma Veda, traitant des mélodies ;
- L'atharva Veda, traitant des incantations, des prières, de traditions magiques.
Les Védas sont l'expression de la SHRUTI, en termes de révélation, incorporant le savoir et la sagesse des anciens Rishis. A travers les Vedas se profilent les rites du Soma, de l'ivresse sacrée, de la magie et des forces naturelles.
Le Vedanga réunit toutes les sciences utiles pour la compréhension de ces anciens textes védiques.
2°) Les cultes divers de l'hindouisme et d'autres très anciens. Le tantrisme intègre les Dieux de la fertilité, de la fécondité et la prostitution sacrée. Les cultes sont les cultes à mystère de l'âge du bronze, des vallées de l'Indus, des coutumes paysannes et aborigènes, des tribus comme les Kalika Yellama, des mystères plus tardifs de l'âge classique, puis romains. Les traditions magiques sont celles de l'atharva Véda, du bouddhisme avec l'enseignement de Shâkya Muni, le Bouddha vivant, du chamanisme nordique ou tibétain, de la religion Bön, des Kama shastra, du gnosticisme, du culte des divinités comme le Shivaïsme au Cachemire.
3°) Les BRAHMANA : ces textes concernant Brahman décrivent les actes rituels avec des mythes et des légendes. A sa suite, les ARANYAKA sont les traités des forêts établis par des ascètes. Enfin, les UPANISHAD signifiant " recevoir l'enseignement assis près de " traitent différents points de doctrine védique. Ils sont souvent interprétatifs (Triçikhibrâhman Upanishad).
Les Upanishad tantriques (Shâkta-Upanishad) datent du Moyen Age indien, où la Shakti est une déesse souveraine, régnant sur l'Univers et dispensant ses grâces aux hommes qui la sollicitent.
4°) Les PURANA, textes de mythologie " anciens textes de récits " décrivent des actions fabuleuses et légendaires avec les Dieux Vishnu, Shiva et Brahma et basés sur la Bhakti, l'amour. Il s'agit d'une relation des formes religieuses hindoues avec des nombreuses traditions incorporées.
5°) Les AGAMAS ou traités tantriques qui se rapportent au culte de SHIVA et de sa SHAKTI, identifiant le culte mystique, comme écritures ou références sacrées. Il s'agit d'un courant religieux dit Kryia-Khanda qui enseigne à travers des chapitres (Khanda) ce qu'il y a lieu de faire (Kriya).
Exemple : le Caktiangama tantra qui décrit les exercices spirituels consacrés aux cinq Mâkâras ; le Vijnana Bhaivara Tantra.
6°) Les méthodes liées aux cultes anciens, aux sacrifices, aux déités.
7°) Les textes plus particuliers comme le RAMAYANA, le MAHABHARATA, la Bhagavad Gîta, puis les textes traditionnels purement tantriques comme la Hatha Yoga Pradipika. On trouve aussi les Samhita comme la Gheranda Samhita, le Shiva Samhita.
8°) Les écoles indiennes, bouddhiques, tibétaines, jaïns, le çivaïsme du Cachemire ont aussi leur corpus doctrinal. Les centres sont le Bengale, le Cachemire et Orissa. Le tantrisme sera développé par les Pâncarâtra (VIème siècle), par les courants Shivaïtes et Vishnouïtes.
9°) Des textes prônant l'ivresse, le sexe, l'union à travers divers moyens.
10) Selon la légende de Goraknâth, Matsyendranâth importa de Mâmarupa (Assam) le tantrisme vers le Népal, d'où son caractère primitif chamanique reposant sur les pouvoirs (Siddhis). Gora, Brahma, Vishnu ont été ses premiers disciples. Civa enseigna la doctrine du Yoga à Parvati, sa parèdre. Les Goraknâti semblent à l'origine du jaïnisme et dépositaires de traditions occultes magiques. (Goraksaçataka, Goraksa Paddhati).
Les écoles des Nathas et des Siddhas cherchaient à vaincre la mort en inversant les fluides naturels, sexuels par le Yoga et le tantrisme (Ultâ sâdhana, Ujâna sâdhana).
A travers le chamanisme, le tantrisme héritait des initiations à la mort, le voyage extatique et le vol magique, l'invisibilité, la maîtrise des esprits, l'abandon du corps. D'autres techniques comme la maîtrise du feu, de la chaleur interne et externe (Laghiman, au Tibet Gtum-Mö et Toumo), la lumière intérieure (Antar jyotin) provenaient des pratiques magiques.
Les Maîtres du tantrisme. Asanga et Nagarjuna.
ASANGA
Environ 400 après JC, ASANGA est maître yogacharya et fondateur de cette école avec Maître Maitreyanatha et Vasubandhu. Il est issu d'une famille brahmane. Il est le frère de Vasubandhu. Il est converti au bouddhisme par un moine Mahishâsaka, école du Hinayana (créé au IIème siècle avant JC en se séparant des Vibhajyavadin) qui prône la réalité du présent, niant celle du passé et du futur et qui donnera naissance aux Dharmaguptaka. Il est l'auteur d'une doctrine idéaliste où toute chose est esprit, la création se fait par l'imagination, les formes de conscience découlent des Bijas (germes) et des expériences psychiques : tout devient imagination. La contemplation (dasharna-marga) permet la sortie de l'illusion et élimine les souillures (Kleshas). Il est auteur vraisemblable du GUHYASAMAJA tantra d'où un apport au bouddhisme tantrique. Il lui est attribué le Yogacharabhumi-shastra et le Mahayana Sutralankara, ainsi que le texte du Mahayana-samparigraha.
NAGARJUNA.
Du deuxième ou troisième siècle, il est adepte et fondateur du MADHYAMIKA. Il est originaire d'ANDHRA, du sud de l'Inde dravidienne. Son nom dérive de NAGA, serpent, dragon et ARJUNA, variété d'arbre. Selon la légende, il aurait été instruit d'une doctrine secrète par les Nagas (serpents marins). Il créera une école de philosophie pour prouver l'irréalité du monde extérieur, un monde de vacuité qui n'a pas de réalité phénoménale. Cette réalité éternelle, indépendante, immuable possède une vérité comme phénomènes d'apparence multiple. Le nirvana et le monde sont alors similaires. Il convient d'atteindre la conscience ultime des phénomènes pour échapper à la multiplicité.
Des courants alchimiques indiens se réfèrent à divers enseignements dont celui de Nagarjuna par une alchimie tantrique interne et externe.
Du brassage des idées, de la localisation des écoles, (Nord et Sud de l'Inde), de ce fait, de nombreux termes extérieurs à l'Inde vont apparaître (divinités, rites et croyances étrangères au culte indien).
Le tantra est un outil de connaissance ou système (Nyaya-tantresu). Mais il devient un mouvement philosophique et religieux au IVème siècle assimilé par l'Inde et l'ensemble d'écoles théologiques et philosophiques (comme les yogis, le bouddhisme, le jaïnisme, le çivaïsme). Le Nord Ouest, près de l'Afghanistan, la partie orientale du Bengale (Assam), le Sud de l'Inde vont très rapidement assimiler les éléments tantriques.
L'aspect philosophique.
La racine " tan " signifie tissu, étendre, continuer, développer, multiplier, par suite ce qui étend la connaissance, (Tanyate, Vistâryate jnanam Anema iti tantram), ce qui succède, un processus continu et ce qui descend de la continuation des enseignements.
La racine " Shak " signifie la force d'agir, de création, de faire, une dynamique en action. Dévala Shakti est la déesse représentant ces forces, d'essence féminine.
1°) Le tantrisme renouvelle la tradition védique par un apport de deux divinités dans le bouddhisme dès le deuxième siècle : Prajnâparâmita, la sagesse suprême et Târâ, la grande déesse. Elles se placent face à la Grande déesse CAKTI, la force cosmique, la mère divine qui supporte les êtres, les dieux et la manifestation. Les courants religieux étaient issus de la religion de la mère. L'apport populaire fera de ces divinités la représentation de la femme, de la Cakti à travers les rites de fécondation, de génération.
Les Védas donnaient à la femme un rôle très passif, l'homme la fécondant et labourant son corps (rites agraires). Le tantrisme provoque la femme dans son éternelle beauté, santé et jeunesse immortelles pour résoudre le problème de la mort et du temps cyclique.
Selon le SAMSKYA, le PURUSHA même est immobile. La PRAKRITI est l'élément dynamique qui fait mouvoir. Seule la CAKHTI peut alors engendrer comme source de force. La mère cosmique féconde entraîne la création, jusqu'à la fin des temps (Dharma Chakra) où tout se résorbe.
Le tantrisme reprend les doctrines védiques et brahmaniques pour un nouvel accès à la vérité : le monde est certes irréel, mais présent comme phénomène issu de cette création divine. Il est ce qui étend la connaissance (tan) avec des processus de succession où se dévoile l'harmonie (Rita).
L'expérience, la vie courante, le corps de l'homme, les rythmes, le souffle, l'univers servent de base au tantrisme.
2°) Les méthodes du tantrisme sont adaptées au KALI Yuga, l'âge noir, car les pratiques et les réalisations sont pour tous, sous la conduite d'un gourou, homme ou femme. Les anciens rituels tels ceux des brahmanes, l'opacité des Védas avec les ascèses, ne correspondent plus à l'expérience moderne du corps, du coeur et de la sexualité.
3°) les doctrines doivent rester secrètes et ésotériques. Elles sont cachées dans les symboles, dévoilées par la pratique avec un maître.
4°) Si le monde réel est au-delà de la souffrance et de l'illusion il y a une permanence, une réalité sous-jacente au monde tel que l'homme le conçoit.
Dans l'état de vide (Shûnyâ) l'homme peut atteindre l'Unité qui contient tous les contraires, ni être, ni non-être. La création devient plus riche, plus réelle. La dualité s'efface et le monde réapparaît dans toute sa nature divine, créatrice.
L'état à obtenir sera l'état VAJRA, l'être de diamant (Vajrakâyâ) qui reflète au maximum la lumière sans être altéré, vers la déesse Aditi, la liberté qui engendre l'espace, le ciel et la terre (Rig Véda, 72ème hymne du 10ème mandala).
5) Le tantrisme n'est pas un Darshana, point de vue, mais plutôt un aspect religieux de l'hindouisme. Il prône l'accès à l'extase par dévotion envers une divinité féminine, ou de prédilection (Ishta-dévata), à défaut vers ses représentations théologiques. Les Dieux libres et souverains offrent la voie vers l'essence de la théologie par une doctrine ou discours (Tantrika-Vâdâ) sur la voie tantrique (Tantrika Mârga) où l'homme dépasse les Dieux.
6°) Les tantras ou livres offrent un savoir pour le culte, la vie courante, la discipline et les méthodes extatiques et les rites. Ils sont d'époque récente.
Métaphysique du tantrisme.
Le tantrisme mêle plusieurs concepts et théories.
1°) Dans l'état d'incomplétude, d'isolement, de souffrance, de misère (Duhkha), il y a forcément des voies qui échappent à ces sentiments pour obtenir l'étincelle divine, le Soi, le Cela.
L'égo veut la possession des choses et crée un moi qui n'est pas réel (Atmatmyagrahikadrsti). Face à l'apparence, à l'éphémère, à l'impermanence (Anitya, Anicca), il y a une permanence, une autre réalité éternelle (Nitya). L'Atman s'oppose au Brahman, l'individu au cosmique, le soi personnel à l'être absolu.
La manifestation cyclique (Kalpa) se produit dans un espace (Akasha) sous forme de vibration. Par les techniques de présence, par une discipline, face au Vedanta déclarant le monde totalement illusoire, se trouve une voie de l'action pour trouver une réalité. Le monde est le lieu de l'ignorance (Avidya), mais réel.
2°) Concept de l'existence de l'âme et de sa transmigration.
3°) Théorie du KARMA, voie de l'action efficace, où le Dharma représente les lois du monde, l'ordre, le devoir, le rôle individuel (Svadharma) ou collectif. Le karma est aussi la loi de causes à effets.
4°) Possibilité d'atteindre la libération (Moksa, Mukti) dans cette vie en utilisant comme outil le Yoga dont le traité de Patanjali d'environ au IVème siècle avant J.C. avait établi les bases du Yoga Darshana.
5°) Travailler avec les énergies pour une transmutation dans une manifestation sacralisée où coexistent alors Vidya, Jnana et Prajna. La Sakti devient capacité d'action. Les Dieux possèdent une faculté de transcendance autonome propre où la déesse est une aide, une énergie active qui incite, dynamise, réalise et matérialise chez l'homme ou la femme la Puissance de l'intention. Ainsi Sarasvâti incarne l'intelligence, l'inspiration créatrice comme épouse et mère (Mâ) des arts, de la poésie, de la musique. L'invoquer, c'est augmenter son potentiel créatif.
6°) Maîtrise des énergies dans l'expérience du monde quotidienne. La nourriture (Manga), la conscience des substances externes et internes (Madhya), l'art, le corps servent de base. L'ascèse (Tapas) se fait par la pratique (Abhyasu).
7°) La béatitude (Sukha) au-delà des trois Gunas est la finalité dans l'expérience directe de l'existence (Samsara) pour Samadhi et la délivrance finale. Cunyatâ est le vide où Vajra est ferme, substantiel, indivisible, impénétrable, impérissable (Advya-Vajra Samgraha). Y accéder, c'est posséder la totalité de l'existence au-delà de toutes limites.
Classification.
La classification indienne et le bouddhisme tantrique retiennent : le Kriya Yoga, le Carya Yoga, le Yoga tantra et l'Anuttara tantra.
a) KRIYA Yoga. Le terme Kriya signifie accomplissement. Cette démarche vise à faire, à l'action efficace pour obtenir l'accomplissement.
b) CARYA Tantra ou Chariya tantra. Terme voisin de Khuddaka-Nikaya, du sanscrit, recueil. Ces textes envisagent, à travers la cinquième partie du Sutra-Pitaka, partie du canon bouddhique ou en sanscrit les quatre recueils ou AGAMA, les sermons, légendes et vie de Shakyamuni, le Bouddha dans son aspect très ancien et primitif pour obtenir la perfection (Paramita).
c) YOGA tantra, par la voie tantrique de Kundalini où le Yoga sert d'exercice et de pratique en développant les différentes formes de conscience.
d) ANUTTARA Tantra, Voie d'éveil pour l'illumination.
Les deux premiers sont ritueliques et s'adressent aux brahmanes, le second aux hommes d'affaires. Les deux derniers sont des processus yogiques pour atteindre la vérité.
La pratique ou SADHANA tantrique.
1°) Le culte des deux divinités dans le bouddhisme dès le deuxième siècle (PRAJNAPARAMITA, la sagesse suprême et TARA, la grande déesse, face à la déesse CAKTI, la force cosmique, la mère divine qui supporte les êtres), restaure d'anciens concepts des cultes de la mère cosmique et de la féminité. Ainsi les déesses sont multiples telles que Aditi, - la libre -, Anumati - la parole et la grâce - Apâni - l'eau qui purifie - Indrâni, Cambhavi, la déesse Durga, Hâkini, Kâkini, Kâkindi, Kali - la noire et la ténébreuse, la langue de feu d'Agni, de l'énergie primitive qui dissout et détruit -, Lâkini, Lakshmî - parèdre de Vishnu -, Locanâ, Mahadevi, Mâmaki, Pândara, Pârvati, Râkini, Râtri - la nuit qui donne le plaisir - Sarasvatî, Sâvitri, Smara - celle qui envoûte de plaisir - Târa - l'étoile polaire - , Usha - l'aurore, la rouge et la lumineuse -, Tripura-Sundari - la belle de la triple cité -, Urmi - le vâgue de la nuit -, Vaîshnavi - parèdre de Vishnu - ; dans le bouddhisme, elles sont Candâli, Dombi, Nairâmani, Yogini, Candamaharosana, etc... Elles peuvent être divisées en divinités favorables, lumineuses, du jour, (Parviti, Uma, Lakshmi), face aux déesses terribles, sombres, de la nuit (Kâli, Durga, Bhaiviri).
Au dessus, la Trimurti, avec Brahma et Sarasvati, la création immobile, éternelle où l'homme pourra jouir du spectacle. Le second couple Vishnu avec Lakshmi est la permanence du monde manifesté. Enfin Shiva et Kali la noire, ou Gauri la blonde, symbolise la résorption et l'expression vitale.
Le tantrisme renouvelle les concepts védiques et des brahmanes pour un nouvel accès à la Vérité, par l'érotisme et la procréation dans un corps divinisé. L'homme par son corps dépassera les Dieux ordinaires par sa volonté. Pour le yogi délivré de la corruption (Vigata Kalmasah), l'Atman rejoint le Brahman dans l'état de béatitude (Atyantam Sukham). Les anciens cultes comme celui de Krsna par la Bhakti entraînaient déjà l'adepte à la fusion divine pour obtenir la paix par la chasteté (Brahmacari).
La sadhana passe de la théorie à une pratique de la vie courante. Le corps travaillé par les asanas, le souffle modifié par pranayama (avec les deux souffles Prana et Apana), les cycles internes et externes, les rythmes, les purifications agissant sur les cinq karmendriya, remodèlent un nouvel univers psychique, base du tantrisme. Le Tantrika veut détruire l'illusion sensorielle (rasa jouissance sensorielle), ou encore confondre le soleil (Ha) et la lune (Tha), pour obtenir Mahasukha.
2°) L'éveil des chakras (traité du Satcakra Nirûpana), le travail avec Kundalini constituent une pratique énergétique au caractère de feu ou brûlant. L'énergie sexuelle est transmutée par production de chaleur intense. Les chakras sont associés aux déesses avec des gestes ou Mudra. Ils sont alors considérés comme des mandalas. Le travail énergétique s'accompagne de modifications d'états.
Dans le corps, les noeuds (granthis) et les trois blocages énergétiques (lingas de Svayambhu, Bâna et Itara) doivent être résolus pour accéder à la totalité tantrique de l'unité.
3°) Le sexe masculin cache le LINGAM, bâton de lumière (Svayambu-lingam né de lui-même). " Li " signifie dissoudre et " gam " sortir. Le sexe féminin ou Yoni est le lieu sacré. L'ensemble des deux produit l'orgasme de Shiva et de Saraha, le couple divin créateur. L'homme tantrique cherche à reproduire les mêmes modèles. La sadhana est conduite par un gourou.
4°) Les doctrines secrètes et ésotériques sont basées sur les sens, incluent le sexe, l'amour, la vie et la mort en libérant l'énergie. Il faut un langage d'accès. Ce langage (Samdhyâ bhâshâ) qualifié d'intentionnel, d'obscur comme au crépuscule (Samdhya), de secret, est à double sens. Il a pour but (Sandhâna) d'évoquer les doctrines et les pratiques par le grand langage (Mahabhâsam), pour révéler les secrets de l'univers. Les symboles, les situations sont des exercices codés, où les mots signifient par eux-mêmes, mais aussi renvoient à une réalité évoquée, par analogies yogiques et tantriques. Ainsi les fonctions érotiques sont chiffrées, mélangent le concret et l'abstrait, la forme et le fond, la théorie et la pratique cachées. La femme " Lalanâ " peut ainsi désigner la partenaire comme la connaissance Prajna ; " Samarasa ", la jouissance, le coït ou l'arrêt du souffle ; " Vajra ", la foudre, l'instrument foudre ou le sexe ; " Mûdra " un geste ou une partenaire ; " Vâruni ", la déesse ou une boisson alcoolisée, etc... Chaque terme est maintes fois volontairement ambiguë.
Caractéristiques techniques
Il y a très souvent absence d'ascétisme rigide, mais surtout discipline, d'où le développement des arts, de la musique, de la danse, des chants et d'un mode de vie particulier, parfois marginal.
Il y a absence de spéculation oiseuse, laissant d'abord place à la pratique directe et aux prises de conscience successives.
Le corps servant de base doit être, à travers un Hatha Yoga, dans un état parfait. Le corps est le lieu du cosmos et des Dieux.
Pour certains, il y aura rejet des pratiques spéculatives méditatives, car les mantras et les concentrations empêcheraient la réalisation du soi (LUI-PA auteur du SAHAJIYA=) : le vide est la vraie nature. Pour d'autres, le mantra est essentiel car le verbe est l'énergie de la déesse.
Le vide n'est pas le non-être, mais c'est celui du Brahman, le vide du VAJRA, du diamant.
- Les " Mâdhyamika " utilisent la dialectique des contraires, à travers Nivritti (l'arrêt des processus de la pensée dualiste), alors que les tantrikas purs réalisent les dualités en non dualité par la sadhana et l'expérience.
- Pour les " Vamachary ", l'identification à SHIVA et CAKTI se fait en utilisant le vin, la viande, l'amour. Cependant les interprétations amenèrent des orgies, des thèses contradictoires.
- Les " Kapalika " utilisent les rites sexuels, de même que les lokâyatika rejetant l'hindouisme. Selon le Kaumudi mahotsava Nâtaka, il y avait des fêtes saisonnières présentant des caractéristiques orgiastiques (au printemps Vasantotsava, en automne Kaumadîmahotsava) tout comme chez les Cabara honorant Durga.
- Pour le KULARNAVA-tantra (VIIIème, 107), l'union avec Dieu se réalise par l'union sexuelle, à travers la vénération Shiva Shakti. Les KAULAS utilisent les rites en vénérant Kaûlini, ou Kundalini.
- Pour le GUYASAMAJA-tantra (Bhattacharyya Baroda 1931 p 27), " la perfection peut s'acquérir facilement moyennant la satisfaction de tous les désirs pour obtenir la condition de Bouddha ".
Les rituels transposent l'acte sexuel en amour divin dans l'immobilité du souffle, de la posture et des fluides. L'union sexuelle dans le rituel de Pancatattva (Kalivilâsa tantra, Pancha-makara) comporte les 5 interdits ou cinq M, soit l'utilisation de Matsya le poisson, Mamsah la viande, Madya, le vin ou boisson enivrante, Mâdra, les gestes ou les céréales séchées et Maïthuna, l'acte sexuel.
Il existe des substituts aux cinq M :
- Ainsi Madya, le vin peut signifier la connaissance, être remplacé par du miel, du beurre fondu, du lait de vache ou de coco.
- La viande (Mamasa) peut signifier l'éloquence et être remplacée par de l'ail ou du gingembre.
- Matsya qui signifie le poisson, mais aussi les courants du corps, peut être remplacé par le lait.
- Mudra qui signifie geste peut aussi signifier le blé ou la concentration.
- Maïthuna, l'acte sexuel, peut devenir une méditation sur l'origine, remplacé par des fruits, des germes grillés.
Les techniques reposent sur les mudras, les asanas tantriques, les mantras, les mandalas ou Yantra (comme le Criyantra), les purifications (DHAUTI, BASTI, NETI, NAULI, TRATAKA, kapala bhâti), le travail sur les nadis et chakras (Traité du Satchakra sadhana), le chant rituel (Stotra), les louanges (Sûkta), le rituel (Strota). Différents moyens sont cités par la Hatha Yoga Pradipika (la petite lampe du Yoga), la GHERANDA Samhita et le Shiva Samhita (qui mêle le Yoga, le bouddhisme et le Vedanta) tels Cakticâlana mudra, khecarimudra, yoni mudra, vajroli mudra...
Mandalas et Yantras.
Les mandalas ou YANTRAS sont des figures géométriques ou autres. Les cercles ou chakras théoriques et physiques sont des mandalas à structures complexes enfermant des idées et des figures conceptuelles. Ils sont aussi basés sur la couleur, les formes, les idées. Le mandala comme représentation complexe contient des notions, images de l'univers intérieur ou extérieur, supports de méditation. Il s'agit de recréer un espace sacré, où les cercles symboliques sont autant d'enceintes permettant l'accès à des mondes différents et à des états psychiques. Les rites transposent l'espace profane vers un domaine idéal, les jours fastes, après des purifications et des préparations.

Les mudras.
Les mudras tantriques sont des gestes rituels dont les significations sont érotiques. Ce sont aussi des sceaux qui dirigent l'énergie ou la contiennent. Les mudras permettent d'atteindre des postures de danse, des positions du corps, des gestes rituels, des attitudes (voir Mahânirvana tantra, Caradatilaka tantra, Kâmaratna tantra).
Les principaux mudras faits avec les doigts sont : Mriga, Padma, Matsya, samhâra, Dhyâna, Yoni mudras. D'autres mudras sont faits avec une partie ou la totalité du corps.
Mudra est aussi le nom de la Sadhaka dans le tantrisme de la main gauche. Les Bandhas et les mudras ou sceaux sont utilisés pour favoriser la maîtrise de Pranayama et de l'énergie sexuelle (exemple Mulabandha et Mahâbandha).
Madya. Soma. Amrita.
Certaines boissons enivrantes favorisent l'extase. Il peut aussi y avoir utilisation de drogues, comme le chanvre (boisson dite aussi Bhang de Shiva), le hachisch, l'opium, les herbes, les simples (Aushadi), les drogues extatiques complexes, ou les champignons. Ainsi Amrita est le nectar ou la non-mort qui est l'ambroisie des Dieux éternels ; le soma est une boisson utilisée dans les sacrifices védiques, à l'image du suc ou essence (Rasa) qui donne la force (ûrja) dispensé par les déesses souveraines (Ishana) pour guérir, régénérer et donner la vie éternelle. Cependant, ces drogues ont des conséquences propres à chaque préparation, comme substances chimiques, développant l'énergie pranique parfois trop brutalement.
Les mantras.
Les mantras sont des mots, des phrases, des sons de pouvoir. La parole active ou passive est le support de l'énergie. Vâc est la déesse du son, de la parole sacrée. Vâk est la voix, le Verbe. Elle est représentée par une coupe vide, le son en mouvement réceptif. Les voyelles sont Shakti, énergies invisibles, immortelles. Les lettres présentent cinq aspects, Anka, le nombre, Varna, la couleur, Shâbda, le son, Rupa, la forme, Artha, le sens, soumis à la vibration (Anka). Les caractères sanscrits ou Brâhmi-devanagari sont impérissables (Akshâra), car ils représentent l'énergie pure, liés à la forme dont la synthèse est le Pranava, ou son suprême OM (Hum tibétain).
Les mantras sont internes ou externes et modifient les structures énergétiques.
Le corps subtil. Cakras et Nadis. Kundalini.
Le corps causal (Kârana Sarîra) est le résultat des actes. Le corps grossier (Sthûla Sarîra) est basé sur les sens, le mot ou forme (Shabda) et le son physique (Dvâni). Le corps subtil (Sûkshma ou Linga Sarîra) est un symbole différent selon les écoles, basé sur le nombre (Anka), la vibration (Pranû) et le psychisme. Au-delà, se trouve le suprême (Para) qui donne la signification (Artha) et la lumière (Prâkasha).
Différentes couches coordonnent l'ensemble comme enveloppes (Koshas). Une théorie des corps subtils, des cackras, des nadis, du corps dit éthérique est exposée dans le Satcakra Nirûpana. " Nad " signifie mouvement, vibration. Les chackras sont décrits comme tourbillons d'énergie, centres, roues et dessinés sous forme de lotus avec des pétales. Ils sont étagés, en rapport avec les plexus, les centres nerveux dans la colonne vertébrale. Les nadis sont les vecteurs de l'énergie personnelle reliée à l'énergie externe de l'univers. Les trois principaux nadis sont Ida dit lunaire, Pingala dit solaire et Susumna central (soit le feu, le soleil et la lune). Susumna est aussi Avadhûti, chemin du Nirvana dans le bouddhisme. Susumna renferme trois canaux (Vajâ, Chitrini, Brahmani) où Kundalini peut passer par le plus central ; elle est Mahapatha, la grande voie, tout comme Madhyamarga est la voie médiane et Saktimarga, la voie de la déesse, porte de Brahman.
Les cakras sont variables selon les écoles, marqués de différents symboles, de Muladhara, symbole de Yoni et du Lingam, porteur de Kundalini, à Sahasrar, appelé aussi Brahmasthanâ ou Nirvanachakra, où se fond l'union tantrique (Unmâni) dans le lotus aux mille pétales. Les chakras possèdent chacun une ou plusieurs divinités ou énergie particulière.
Kundalini.
A la base du système, se trouve Kundalini (appelée encore Arundhati, Bhujangi, Kundali, Kundâlidevi, Kutilangi, Içvari, Nâgirâgini, Sarpârâjni, ...) qui signifie enroulée. Elle est Kundalini Sarparâjnidevi, la Reine déesse du Feu Serpent, ou puissance spiralée vitale. Sans elle, le corps est cadavre (Shava). Elle est représentée par un triple feu, invisible, origine du Devanagari (Nagara = ville, Deva = dieux) pour représenter la force vitale lovée dans Bindushakti ou dans le Kalatchandra. La semence masculine est l'essence de Civa, la lune ; le sang (rajas féminin) est l'essence de la Shakti, le soleil. La conjonction des deux, d'Apana et de prana, du soleil et de la lune, de Civa et Shakti se fait dans le lieu de félicité (Yonisthâna) ou Kamarupa, source du désir. L'union globale se fait dans le lotus aux mille pétales (Sahashara).
L'éveil de la Kundalini est la voie qui libère l'énergie psychique, nerveuse, électrique, provoquant des expériences dynamiques vers la conscience pure, comme Cit-Sakti. Elle est représentée par un serpent endormi, replié trois fois et demie, à la base de la colonne vertébrale. Activée, elle s'unira, traversant tous les cakras jusqu'au sommet du crâne (Voie du Kriya Yoga, du Kundalini Yoga et du Yoga Royal). Elle s'éveille par la pratique rigoureuse et l'initiation après le retrait des sens (Pratyahara) et l'utilisation de Prâna. Les postures, les rythmes, les mantras attisent le feu intérieur, embrasent le corps tout entier.
Kundalini Shakti est l'énergie du Serpent, développée dans les exercices tantriques. Les mantras utilisés (mantrayama) ou appel au son ultime (Udgitha) ou la vibration (Nâda) permettent l'éveil (Sphota) et travaillent les différents canaux et chakras par les Bija-mantras (son semence). Ils sont récités ou répétés mentalement, réveillant la puissance (Mantra-sakti) par le son (avec ses quatre formes, Vaikharî, Madhyana, Pashyanti et Para). Le mantra sert de support à la méditation, de protection magique, d'utilisation du son mystique (Dharani) basé sur un langage codifié et transmis selon des règles. Chaque déité possède un ou plusieurs mantras semences, capables de symboliser des correspondances entre le corps et l'énergie.
Prana
Prana est l'énergie, le souffle vital et par extension un concept physique, énergétique et métaphysique. Il circule dans Pranamaya-kosha du corps subtil. Prana est en liaison avec Manas, la pensée qui dirige l'énergie vitale. Pour Ma Ananda Moyi, c'est un fluide vital dans le corps, un souffle vital, un fluide du corps, l'énergie nerveuse. Pour Aurobindo, c'est une énergie nerveuse, une force de vie, une substance de vie. Pour Vivekananda, il s'agit d'une force infinie et omniprésente qui se manifeste dans l'univers. Pour Sivananda Sarasvati, c'est la force cosmique qui agit sur l'Akasha pour créer l'univers.
Les vayus sont des divisions du Prana avec Prana, Apana, Sadhana, Udana et Vyana. Ces énergies circulent dans le corps de Pranayama ou Pranamaya kosha à travers les nadis et les chakras. Le souffle vital s'identifie à l'esprit qui resplendit dans tous les êtres. Kundalini sera alors activée à travers une polarisation nommée Ha et Tha, en phase avec les trois gunas, Tamas, Rajas, Sattwa.
La manifestation des éléments (Tattva) à travers les différents corps, la vision du ressenti au-delà de la matière, le nettoyage des impressions (Vasanas) permet la sortie du cours des événements (Samsara).
L'éveil de la Kundalini dissout les modes d'action qui se déploient selon des modalités de plans de conscience, manifestation subtile de l'énergie. Le Pranamaya kosha est en effet ancré dans Annamaya Kosha et distribue son énergie aux organes physiques. Un premier état de contentement apparaît (Samtosha), une joie d'être (Bhoga) vers la paix et la félicité (Ananda). Le corps causal atteint alors la conscience universelle, manifestation du corps cosmique de Shiva-Shakti. (Purusha/Shiva, ou la Shakti).
La conscience tantrique. Unmesa et Nimesa.
La prise de conscience universelle (Paramrs'-) passe par les deux états dits Unmesa et Nimesa qui peuvent aussi se combiner formant alors quatre états. La pure conscience (Caitanya) indifférenciée à son début (Prathamatuti) portée vers l'essence permet l'accession au domaine de Siva. Celui-ci s'étend au niveau de Isvara, Sadasiva et Sivatattva sous forme d'émanation et de résorption.
La grande énergie (Spandasakti) ou Verbe (Paravâk) possède des propriétés de puissance (Bala), tremblement (Calattva), de coeur (Hrdaya), d'enchaînement de la guirlande des phonèmes (Malini), de miel (Sara), de vibrations lumineuses (Sphuratka), d'ardeur (Udyoga), d'indétermination (Urmi), de jeu frémissant (Vilolata). Dans ces énergies, Nimesa occulte en fait l'essence du Soi et fait apparaître l'univers. Unmesa concourt à sa disparition. L'analogie donnée est celle du clignement de l'oeil qui fait apparaître et disparaître l'image. Ainsi l'énergie est en constante transformation vibratoire, mais accessible pour le Tantrika dans divers domaines.
Dans la doctrine de pure liberté (Svatantryavada), Siva et Shakti se trouvent transfigurés au sein de la Soi conscience en action lumineuse en soi (Svaprakasa) Il s'agit alors de la force animante de l'univers. Le déploiement de l'énergie provient de source unique (Dhani), comme mantra sacré (Aksara) vibrant et provenant du coeur suprême de la Sakti. D'où l'accord de certaines techniques (Kayayoga, Kayasadhana, corps de feu, etc...) entre la vibration (Spanda), le mantra récité, le coeur (Hyrdaya, Hrd) et la lumière (Jyotis).
Maïthuna.
Maïthuna est l'exaltation rituelle de l'acte sexuel basé sur le désir (Kama).
" Les femmes sont des Dieux et la Vie " (Cinacâra tantra, Mahacina-Kramacara). Le culte de la femme divine avec l'amour (Prema) se fait à travers l'amour conjugal (Svakiya) ou l'adultère (Parakiya rati). L'exemple type est les amours de Radha, parèdre de Krsna qui permet la vérité du corps (Bhanda) pour la vérité de l'univers (Brahmanda). La femme ordinaire (Samanya Rati) doit être remplacée ou formée pour devenir la femme extraordinaire (Vishesa Rati) ou la femme dévote (Nayika). Sublimée, elle devient une déesse à travers le rite et l'union extatique. Tout l'entourage, le décor, le lieu, les vêtements sont sacralisés.
La déesse est responsable du désir qui devient folie d'amour aux ardeurs brûlantes venant des Apsaras. L'amour devient jeu divin (lila) par similitude avec l'union de Civa Cakti, Budha-Cakti, Krshna-Radha.
Les rites de Maïthuna.
Les anciens cultes font état de l'union sexuelle archaïque, cérémonial, valorisé par les rituels. Ils se faisaient aussi bien dans l'union conjugale sous forme de hiérogamie, ou dans les unions sexuelles orgiastiques individuels ou collectifs. Ils héritent des rituels de fécondation (pluie, pâturage, troupeaux, femmes). Ils utilisent les rites de défenses magiques, des charmes, de travail sur les fluides, des récitations. Les rituels de purification, d'utilisation des symboles et des prières sont nombreux. Ils sont héritiers des sacrifices et des transfigurations, comme le sacrifice du cheval, du boeuf (Asvamedha) où la femme du sacrificateur (Mahisi) reproduisait l'acte sexuel. Le sacrifice se faisait à partir de victimes, puis transcendés par l'offrande d'animaux, de végétaux dédicacés. Les Dieux sont servis en premier et les participants utilisent les restants du repas (idolothytes). Les jeunes femmes dansaient autour d'un feu. On utilisait parfois une balançoire, conduisant au ciel. Le Brahmaçarin ou jeune homme chaste (ou Mâgadha) s'unissait rituellement après le sacrifice. Le terme Vratya désigna par la suite les unions mystiques et tantriques.
Le rituel est la répétition sous différentes formes des gestes anciens ou sacrés ou des gestes naturels. Ainsi les unions ont lieu aux moments propices, solsticiaux (Mahavrata) où l'accouplement est symbole de fertilité, au moment des rites sacrés, en représentation de drames cosmiques. Ainsi Vata muni est le cheval du vent qui fréquente les déesses, les Apsaras ; il permet le vol dans les airs et la pratique extatique. Ekavrâtya est un archétype magicien et ascète, divinité originaire des Vratya, confrérie mystique porteurs d'un bâton et d'un arc, accompagné souvent une prostituée (Pumccali). Visnu est le moment de préparation. La Puja est une cérémonie.
Le développement du rituel.
Implicitement, Maïthuna devient le rappel des cycles cosmiques et cosmogoniques. Il transpose parfois des rites sexuels dans la symbolique, comme dans la Chandogya Upanishad par le chant (Saman), la mélodie (Vamadevya). Ainsi Vanadevya se réalise par le Maïthuna. Le chant liturgique et les mantras deviennent une transposition sacramentaire.
Dans la pratique réelle, la femme (Yogini) est la nature (Prakriti), dans sa seule nudité. Dans le rite, elle devient la femme incarnant la déesse. L'immobilité de la pensée, de la respiration, de la posture, des émissions permettent de rejoindre le pur et l'immobile.
Le rituel de Nyâsa consiste à des purifications (bhutasuddhi) et nettoyages par le toucher de certains endroits du corps. Le corps nettoyé et réveillé par pressions sera prêt à accueillir la divinité. Les états de conscience sont stimulés. Les shakti-chalanas ou activateurs (mudras et bandhas) permettent la montée de l'énergie.
Pranayam et dharana sont atteints par des exercices de concentration mystiques et des formules liturgiques (Sadhana tantrique).
L'étape suivante est Smarana ou pénétration de la conscience, voir l'être humain dans la transcendance au-delà du physique et du mental.
Arôpa consiste aux cérémonials d'offrandes (parfums, bijoux, encens)
Le rituel s'intériorise par Mana, rappel de la conscience envers l'être de la femme et de la divinité. Dans dhyana, méditation, la femme reste à la gauche et peut être caressée et embrassée.
Enfin, différentes pratiques comme la rétention du souffle, des fluides par des mudras externes ou internes (Khecarimudra) permettront ensuite la pratique des mudras ou asanas tantriques, sexuels pour les grandes rétentions et postures.
Les postures sont elles-mêmes codifiées (Adharachumbana asana, Latâ-sadhana, Janajugma-âsana, Saptamundi-asana, Viparit-rati,...). Ces exercices subliment la relation sexuelle en potentialité de l'énergie vitale. Il y a transformation des postures (catâ-sadhana) qui deviennent tantra-asanas. C'est une gestuelle codifiée avec une Bhaïvari (gourou femme) où le travail énergétique permet le blocage des processus de déperdition d'énergie vitale. Il y a retour du semen, amplification d'Ojas, l'énergie la plus forte des sécrétions hormonales (Para Ojas pour le coeur et Aparâ ojas pour le corps et le cerveau). Les asanas permettent Mahâvidyas, c'est-à-dire les transformations des vues de la Shakti comme images de pouvoirs. Dans le corps, Bindhu est retenu, qui lui même dépend de Prana. On utilise Vajroli Mudra et des techniques internes.
Enfin avec l'esprit (Citta) immobile et pur pourra se produire enfin l'union extatique.
Les rites de Maïthuna permettent, à travers l'ascèse, de maîtriser les sens et de produire des transformations corporelles, psychologiques et psychiques. Les pouvoirs (siddhis) s'actualisent dans le corps de l'homme ou de la femme qui devient un héros (Vîra), un seigneur (Isha), un Dieu, une déesse, un délivré (Jivan Mukti).
La Nayika Sadhana Tika décrit certaines étapes du cérémonial (Sadhana, Smarana, Aropa, Manava, Dhyana, Puja, Mantra, Maïthuna). La rétention du souffle s'accompagne de la rétention de toutes les émissions masculines ou féminines (Boddhicitam notsrjet) pour obtenir l'immobilisation du Samarasa, l'expérience de l'unité (voir Doha-Kosa de Kânha), l'état de l'inné (Sahaja) où il y aura spontanéité pure et non-dualité.
Le Yoga Naddha est l'état d'unité qui élimine les contraires. Les résultats (Anubhava) de l'union peuvent être très divers, comme des vertiges (Ghûrna), des chants (Gîta), des cris (Kroçana), des gestes de danse (Nrtya), des contorsions (Tanu matana). Le rituel induit des états, les états provoquent des tensions qui à leur tour amènent d'autres états. De nombreuses techniques sont codifiées dans les processus individuels ou collectifs.
L'initiation tantrique
A l'origine, la famille ou communauté (KULA) est secrète et forme un cercle (KULA chakra) fermé. Ces cercles regroupent des individus (souvent huit couples) sous la conduite d'un gourou. Le culte a lieu dans un temple mixte et intercaste. Les réunions sont secrètes, à l'écart, dans des sanctuaires isolés (campagne, cimetière, lieu cachés) souvent provisoires et détruits après la pratique. Une hygiène de vie, une ascèse alimentaire, une pratique soutenue sont la règle.
Les pithas sont les lieux sacrés ou de pèlerinage en l'honneur de la déesse qui peut se manifester par le culte de la Sakti. A l'origine quatre lieux, aux quatre coins cardinaux ; puis ils se multiplièrent comme lieux tantriques et des caktas pour le culte et la Puja. D'autres lieux sont consacrés aux divinités comme les Grâmadevatas, sous divinités près des villages et des arbres. Les lieux de pèlerinage (gamana) reçoivent offrandes, sacrifices, voeux, pénitences.
Les couples se forment par tirage au sort ou signe de la divinité. Les sacrifices peuvent être réels (sacrifices d'animaux, des chèvres à Calcutta) ou sublimés (offrande de fleurs, de poudres rouges).
Le rite a un pouvoir d'efficacité, porteur de fruits comme la déesse (Daksa, fils de la liberté Aditi) qui créa alors tous les Dieux, signe de son omnipuissance.
La cérémonie d'initiation (Diksha) comporte des rituels d'ouverture, de vénération et de fermeture. Elle est une consécration (dikshâ signifiant couper, détruire) pour supprimer les énergies négatives, donner un mantra ou une divinité secrète propice à l'adepte.
Les rites se pratiquent souvent la nuit après de longues préparations avec un rituel parfaitement réglé dans les gestes, les ambiances, les lumières, car il s'agit d'un véritable culte cérémonial.
Voie de droite et voie de gauche.
Traditionnellement deux voies (Marga) sont dite voie de la Main gauche (Vâma Marga) et voie de la main droite (Dakshina Marga). Dans la première, il y a union réelle pour la fusion des deux principes par le rite décrit ci-dessus de Pâncha-makâra. L'énergie est réveillée par transformation graduelle vers l'unité.
Compte tenu des déviations, ce courant est secret et mal vu. Vâma Marga est la voie polaire, lunaire, ténébreuse, noire. Les courants Shivaîtes, les courants de la vie et de la mort (Kali Durga Bhaiviri) l'utilisent.
Dans la seconde voie, le pratiquant réalise en lui-même les deux principes par des métaphores et des correspondances. Il s'agit surtout des cultes de la déesse Parvitri, Uma et Laksmi, ainsi que des courants vishnouïtes.
Dans les deux voies, les étapes passent par la sensation, l'intellection et l'intuition. L'expérience sensorielle et la connaissance qui en découle permettent la perception sensorielle plus intense pour la conscience sensible. L'énergie créatrice, celle de la sexualité est réorientée vers le cerveau. Le stade suivant est la connaissance suprasensible, la perception directe de " ce qui est " au-delà du rationnel et des concepts. Enfin, le stade suivant est la présence et la vérité conçus comme ouverture du coeur et présence à la sakhti, à l'énergie, à la déesse. Pour le bouddhisme, dans le tantrisme, il s'agit de révéler la nature de Bouddha, à travers sa propre nature.
Conclusion.
Le tantrisme occidental est loin des données traditionnelles de l'Inde. Conduit par un psycho thérapeute, un médecin, il n'est souvent qu'une bonne thérapie des conduites comportementales. Autrement, faits par des amateurs, les techniques conduisent rarement bien loin. L'évocation des forces mentales, la répétition de certains mantras, la modification de la respiration, l'auto-hypnose demandent déjà un mental sain, une volonté affirmée, un bon équilibre psychosomatique. Les techniques supérieures s'apparentent à la magie opératoire avec un appel aux puissances qui demandent des protections face aux énergies en mouvement. A un certain niveau, ces forces inconscientes provoquent les rêves, le délire, la peur l'épouvante, ou simplement des phénomènes psychiques réels ou simulés.
En Inde, il s'agit essentiellement d'un travail traditionnel, initiatique, protégé par le secret et guidé comme méthodes d'évolution. Dans toutes les voies, le mental, les sentiments, le corps et le coeur enfin unifiés feront perdre l'identité individuelle pour une identification cosmique, transpersonnelle et sublimée vers la Réalisation. Elle resplendit alors comme mille soleils, symbolisé par le diamant (Vajra), le lotus d'or. La déesse est en l'être et l'être dans la déesse.
OM SHAKTI OM
Je suis la première et la dernière.