PETITES MORTSVoilà un tout petit livre
indéniablement charmant. PETITES MORTS d’Isabelle Rossignol – l’un
des trois nouveaux et premiers titres de la collection « brune » des éditions du Rouergue, dont les très belles couvertures rappellent tout le travail jeunesse des ateliers graphique de cette maison –, est une suite de saynètes qui embaume encore les vacances. Ces premières lignes publiées par l'auteur ne le sont pas sous le terme roman, pourtant, malgré son côté bref, ce petit texte a bien plus de forces que de gros pavés roboratifs.
Ce petit récit nous emporte au fond d’un jardin, à détailler, à la manière d’un entomologiste, des petits insectes et un buisson de petits animaux. Et comme si elle décortiquait sous nos yeux une mouche, en lui enlevant les ailes, les pattes avant de lui couper l’abdomen, une femme se confie à nous, et évoque, par touches, la découverte de la sexualité. Elle se souvient de son enfance, des premières
fois où elle s’est rendue compte des différences entre hommes
et femmes, du secret, du tabou qu’il y avait là, et que quelques
membres de sa famille, brutaux, brutalement, évoquaient devant elle.
« Mon oncle a les yeux rouges et les joues écarlates. Il est gros. Ses mains sont des tranches de viande ; sa barbe, une raison de ne pas l’embrasser.
Dans le style des impressions volées à l’enfance, une jeune fille anonyme évoque ainsi, délicatement, et avec une rage sourde, la sexualité alentour. Pourtant, en grandissant, il lui faudra évoquer la sienne, qui, comme étouffée par sa mémoire des mots, des sons, des gestes, aura beaucoup plus de mal à s’exprimer. Les souvenirs parfois engendrent des monstres. Et elle, elle souffre et en souffre : « Jusqu’au jour où je suis sortie en laissant un homme que j’aimais. J’avais voulu ouvrir mes cuisses, mais elles étaient resté scellées.»
La narratrice invisible – comme si ce refus de se montrer à nous
complétait ce refus du corps – souffre d’être une femme qui
ne peut faire l’amour. On pourrait penser que ce ne pourrait être
le fait que de gens insensibles, mais c'est bien souvent le cas pour des
gens trop sensibles, trop bouleversés par l'existence.
Auto-analyse, le court récit d’Isabelle Rossignol ressemble à une mue. Un corps, une mémoire dont il faut se débarrasser pour pouvoir redécouvrir l’existence,
oublier les tourments de l’enfance et devenir pleinement femme. Mais, si
le livre ne contait que cela, peut-être serait-il inachevé.
Or, ces saynètes de découvertes de soi et du monde sont entrecoupées, tout le long, de descriptions de comportements sexuels d’animaux et d’insectes. Imités des livres d’histoire naturelle – on pense à Jean-Henri Fabre, évidemment –, ces passages extrêmement brutaux souvent, créent un superbe contraste, simple et frappant, qui souligne encore toute la brutalité que la sexualité peut parfois prendre.
« Le mâle approche la femelle. Il grimpe sur son dos et lui donne de violents coups de tête. Après quelques instants (moins d’une minute généralement), il frotte ses pores fémoraux sur le dos de sa partenaire puis, arquant son buste, il lui saisit le cou entre ses mâchoires. Dans cette position, il pénètre la femelle. Pendant toute la durée de la
copulation, il l’immobilisera de la sorte. »
Ce récit très resserré, gagne par ses contrastes toute sa force. Et cette évocation très saisissante de la sexualité et de sa brutalité est vraiment poignante.
Ce premier abandon, pareil à un frémissement est un retour à la vie. Assurément une promesse d'existence qui passera désormais par la littérature.
première page
Odynerus labiatus
Pour préparer l’accouplement, le mâle Odynerus labiatus capture des pucerons, des mouches ou tout animal du genre. Puis il les classe par taille, choisit la plus grande de ses proies, en mange une partie et s’envole en tenant l’insecte à demi dévoré dans ses tarses postérieurs. Il vole ainsi jusqu’à une feuille ou une brindille, se pose et attend.
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