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Qui n'a jamais connu le bonheur, par un long après-midi d'hiver, quand s'exposer au froid et aux intempéries paraît pour le moins déraisonnable, de s'abandonner dans une chaise longue à la lecture d'un bon livre... L'idée du froid et de l'humidité, à l'extérieur, quand on est bien à l'abris, et bien au chaud chez soi, y-a-t-til rien de plus revigorant ?

Et bien, pour réchauffer vos petits doigts gourds, je vous conseille cet auteur, qui je n'en doute pas, saura insinuer en vous toute la chaleur des étés d'Afrique, et vous laisser pour longtemps encore le souvenir de couleurs magnifiques et de paysages splendides. Cet auteur, c'est Karen Blixen, baronnesse de son état, lettrée et aventurière, qui s'en fût, à l'âge de vingt-huit ans, vivre sa vie loin des siens et dans une contrée éloignée autant que sauvage encore : " Descendante d'une famille patricienne du Danemark, la baronne Karen von Blixen-Finecke est née en 1885 près de Copenhague. Elle part en 1914 pour le Kenya afin d'y diriger avec son mari la plantation de café qui lui inspirera son oeuvre célèbre, la ferme africaine. En 1931, elle se retire dans la demeure familiale de Rungstedlund, où elle se consacre à son oeuvre jusqu'à sa mort en 1962."

" Personne n'a payé plus cher que moi son entrée en littérature ", confiera-t-elle à son jeune frère, Thomas Dinesen. Ce qui a marqué cette entrée, c'est sa rupture avec ce qu'elle avait connu, et ce pour quoi elle avait vécu pendant tant d'années : la terre africaine, les siens, ses "natives" comme elles les appelaient (kikuyus, somalis, masaï), sa ferme africaine, tout ce qu'elle dut abandonner pour des raisons financières, ses proches lui retirant la confiance qu'ils lui avaient un jour donnée. A l'âge de quarante-cinq ans, elle quitta l'Afrique, meurtrie et déprimée, perdant à la fois le combat de sa vie et l'être qu'elle avait le plus aimé, Dennis Finch Hatton, victime peu de temps avant d'un accident d'avion. Le souvenir de sa vie au Kenya, matériau brut mais sublime, nourira son oeuvre jusqu'à la fin de sa vie.

J'aimerai terminer cette petite présentation par une citation de Karen Blixen, extraite d'une de ses lettres à sa mère, quand, en 1931, elle comprend que son séjour sur cette terre tant chérie, l'Afrique, touche à sa fin :

" Il ne faut pas que tu croies que, bien que cela se soit terminé par un tel échec, je pense que j'ai gâché ma vie ici (...) J'ai fait une quantité infinie d'expériences magnifiques. Même si elle a été un peu plus tendre avec certains autres, je suis malgré tout persuadée que j'ai été l'un des favourite children de l'Afrique. Un vaste univers de poésie s'est ouvert à moi et m'a laissée pénétrer en lui, ici, et je lui ai donné mon coeur. J'ai plongé mon regard dans celui des lions et j'ai dormi sous la Croix du Sud, j'ai vu les grandes plaines être la proie des flammes et alors qu'y poussait une herbe verte et tendre après la pluie, j'ai été l'amie de Somali, de Kikuyus et de Masaï et j'ai survolé les Ngong Hills, je crois que ma maison ici a été une sorte de refuge pour les passants et pour les malades et qu'elle a été pour les noirs le centre d'un friendly spirit."

in Lettre à Ingeborg Dinesen, Ngong, 1931.

 

Valchy, le 30-Nov-2005.

Valchy : Quand l'underground est trop mainstream...