C'est Freud qui a introduit le terme de défense en 1894.Dans le vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche
et Pontalis, les mécanisme de défense sont les "différent types d'opérations dans lesquelles peut se spécifier la défense...On s'accorde
à dire que les mécanisme de défense sont utilisés par le Moi".
Anna Freud dans son ouvrage "Le Moi et les mécanismes de défense" (1936) présente la défense comme une activité du Moi destinée à protéger
le sujet contre une trop grande exigence pulsionnelle, il a, pour assurer cette protection à sa disposition les dix mécanismes de défense suivants :
le refoulement, la régression, la formation réactionnelle, l'isolation, l'annulation rétroactive, la projection, l'introjection, le retournement sur soi,
le renversement dans le contraire, la sublimation.
Mélanie Klein en 1959 introduit d'autres mécanismes comme le clivage de l'objet ( qu'elle considère comme la défense la plus primitive), le contrôle omnipotent
de l'objet, le déni de la réalité psychique et l'identification projective.
J.Bergeret en 1974 décrit vingt trois mécanismes de défense, il ajoute aux neuf mécanismes introduits par Anna Freud (il laisse de côté la régression), au déni
et à l'identification projective de Mélanie Klein, les douzes mécanismes suivants : la condensation, le contre investissement, le dédoublement du Moi,
le dédoublement des imagos, la dénégation, le déplacement, la formation de compromis, la formation substitutive, la formation du symptôme, l'identification,
l'identification à l'agresseur et la forclusion (qui se rapproche du clivage de l'objet de Mélanie Klein) terme introduit par J.Lacan.
Dans "Psychologie pathologique" (Masson 1995) il explique que le refoulement est la défense utilisée dans les névroses (peur de la castration) en particulier dans
l'hystérie. Pour la névrose obsessionnelle, les mécanismes comme la formation réactionnelle et l'isolation seront plutôt utilisés.
Pour les organisations psychotiques (peur du morcellement) le dédoublement du Moi permettrait de se défendre contre l'angoisse de morcellement et de la mort.
C'est alors l'utilisation du déni (contre tous les aspects angoissants) et parfois donc du délire (reconstruction d'une néoréalité plus rassurante).
Pour les états limites (peur de la perte d'objet) et nombre de phobiques la défense est le dédoublement des imagos, avec la forclusion (introduction des bons objets
et rejet à l'extérieur des mauvais objets).
Il précise bien que "la pathologie demeure essentiellement le fait du manque de diversité, de souplesse, de subtilité et d'efficacité des différents mécanismes
habituels de défense d'un individu."
"Un sujet n'est jamais malade parce qu'il a des défenses."
"Le sujet "normal" est celui qui possède de "bonnes défenses"."
Il ne faut pas confondre les mécanismes de défense du Moi avec les "résistances" qui ne concernent que les défenses utilisées dans le transfert (en cure
psychanalytique par exemple).
Définitions des vingt neuf mécanismes de défense d'après Les Mécanismes de Défense Théorie et Clinique édition Nathan, Serban Ionescu, Marie-madeleine Jacquet, Claude Lhote (novembre 1997).
Comment procéder dans le cas d'une personne qui utilise des mécanisme mal adaptés ?
Face à cette question, Vaillant commence par évoquer la fable du vent, du soleil et du pardessus.
Le vent et le soleil débattaient de qui était le plus fort lorsqu'ils aperçurent un homme en pardessus. Ils clamèrent , alors, qu'ils arriveraient à lui faire enlever le pardessus. Le vent essaya le premier, mais plus il soufflait fort, plus l'homme en question serait son pardessus. Lorsque le vent s'est avoué vaincu, le soleil est apparu derrière un nuage et s'est mis à briller en réchauffant le dos de l'homme au pardessus. En un rien de temps, celui-ci enleva son pardessus et le mis de côté.
Pour revenir à la question de départ, l'enseignement à tirer de cette fable est que la meilleure manière d'écarter les défenses est de mettre en confiance la personne qui les utilise pour pouvoir aborder indirectement ses défenses.
Une attaque frontale, comme celle du vent de la fable, n'est pas indiquée!
Activisme : gestion des conflits psychiques ou des situations traumatiques externes, par le recours à l'action, à la place de la réflexion ou du vécu des affects.
Affiliation : l'affiliation est la recherche de l'aide et du soutien d'autrui quand on vit une situation qui engendre de l'angoisse.
Affirmation de soi par l'expression des sentiments (self-assertion DSM-IV) : en proie à un conflit émotionnel où à un événement extérieur stressant, la personne qui utilise ce mécanisme de défense communique sans détour sentiments et pensées, d'une façon qui n'est ni agressive ni manipulatrice.
Altruisme : dévouement à autrui qui permet au sujet d'échapper à un conflit.
Annulation rétroactive : illusion selon laquelle il serait possible d'annihiler un événement, une action, un souhait, porteurs de conflits, grâce à la toute puissance d'une action ou d'un souhait ultérieurs, censés avoir un effet de destruction rétroactive.
Anticipation : anticiper consiste, lors d'une situation conflictuelle, à imaginer l'avenir :
· en expérimentant d'avance ses propres réactions émotionnelles;
· en prévoyant les conséquences de ce qui pourrait arriver;
· en envisageant différentes réponses ou solutions possibles.
Ascétisme de l'adolescent : refus par l'adolescent de toutes les jouissances corporelles, même les plus innocentes. Ce mécanismes de défense est destiné à protéger le moi contre des exigences pulsionnelles nouvelles qui sont source d'angoisse.
Clivage (clivage du moi, clivage de l'objet) : action de séparation, de division du moi (clivage du moi), ou de l'objet (clivage de l'objet) sous l'influence angoissante d'une menace, de façon à faire coexister les deux parties ainsi séparées qui se méconnaissent sans formation de compromis possible.
Contre-investissement : énergie psychique du moi qui s'oppose à la tendance à la décharge de la pulsion. Force inconsciente contraire et au moins égale à celle qui, en provenance du ça, cherche à parvenir à la conscience.
(Dé)négation : Dans l'oeuvre de Freud, le terme dénégation recouvre les deux sens suivants que nous reprenons :
· refus de reconnaître comme siens, immédiatement après les avoir formulés, une pensée, un désir, un sentiment qui sont source de conflit;
· refus par le sujet d'une interprétation exacte le concernant, formulée par un interlocuteur (habituellement le psychanalyste).
Déni : action de refuser la réalité d'une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse pour le moi.
Formation réactionnelle : transformation du caractère permettant une économie du refoulement, puisqu'à des tendances inacceptables sont substituées des tendances opposées, qui deviennent permanentes.
Humour : au sens restreint retenu par Freud, l'humour consiste à présenter une situation vécue comme traumatisante de manière à en dégager les aspects plaisants, ironiques, insolites. C'est dans ce cas seulement (humour appliqué à soi-même) qu'il peut être considéré comme un mécanisme de défense.
Identification : assimilation inconsciente, sous l'effet du plaisir libidinal et/ou de l'angoisse, d'un aspect, d'une propriété, d'un attribut de l'autre, qui conduit le sujet, par similitude réelle ou imaginaire, à une transformation totale ou partielle sur le modèle de celui auquel il s'identifie. L'identification est un mode de relation au monde constitutif de l'identité.
Identification à l'agresseur : ce mécanisme désigne le fait qu'un sujet, confronté à un danger extérieur, s'identifie à son agresseur selon différentes modalités relevées par Laplanche et Pontalis (1967) :
· soit en reprenant à son compte l'agression telle quelle;
· soit en imitant physiquement ou moralement la personne de l'agresseur;
· soit en adoptant certains symboles de puissance qui le caractérisent.
Identification projective : mécanisme consistant en un fantasme dans lequel le sujet imagine s'introduire partiellement ou en totalité à l'intérieur de l'autre, tentant ainsi de se débarrasser de ses sentiments, de pulsions ressenties comme indésirables, et cherchant de cette façon à nuire, à posséder et à contrôler cette autre personne.
Intellectualisation : recours à l'abstraction et à la généralisation face à une situation conflictuelle qui angoisserait trop le sujet s'il reconnaissait y être personnellement impliqué.
Introjection : inclusion fantasmatique - de l'objet, d'une partie de celui-ci, ou du lien à ce dernier - qui sert de repère au moi pour l'appréhension de l'objet extérieur dont le détachement est alors possible.
Isolation : le terme isolation recouvre deux sens. Il peut désigner :
· une élimination de l'affect lié à une représentation (souvenir, idée, pensée) conflictuelle, alors que la représentation en question reste consciente;
· une séparation artificielle entre deux pensées ou deux comportements qui en réalité sont liés, leur relation ne pouvant être reconnue sans angoisse par la personne.
Mise à l'écart (suppression DSM-IV) : tentative de rejet volontaire, hors du champ, de la conscience, de problèmes, désirs, sentiments, ou expériences qui tourmentent ou inquiètent un sujet.
Projection : opération par laquelle le sujet expulse dans le monde extérieur des pensées, affects, désirs qu'ils méconnaît ou refuse en lui et qu'il attribue à d'autres, personnes ou choses de son environnement.
Rationalisation : justification logique, mais artificielle, qui camoufle, à l'insu de celui qui l'utilise, les vrais motifs (irrationnels et inconscients) de certains de ces jugements, de ces conduites, de ces sentiments, car ces motifs véritables ne pourraient être reconnus sans anxiété.
Refoulement : rejet dans l'inconscient de représentations conflictuelles qui demeurent actives, tout en étant inaccessibles à la prise de conscience. Le retour du refoulé, dont les conséquences peuvent être anodines ou pathologiques, intervient en cas d'échec ou d'insuffisance du refoulement.
Refuge dans la rêverie (autistic fantasy DSM-IV) : mécanisme qui consiste en un recours - dans une situation de conflit psychologique ou lorsque le sujet est confronté à des facteurs stressants - à une rêverie diurne excessive se substituant à la poursuite de relations interpersonnelles, à une action en principe plus efficace ou à la résolution des problèmes.
Régression : la régression constitue un retour - plus ou moins organisé et transitoire - à des modes d'expression antérieurs de la pensée, des conduites ou des relations objectales, face à un danger interne ou externe susceptible de provoquer un excès d'angoisse ou de frustration.
Renversement dans le contraire : mécanisme où une pulsion conflictuelle est, non seulement refoulée, mais aussi remplacée par la pulsion opposée.
Retournement contre soi-même : refus inconscient par un sujet de sa propre agressivité, qu'il détourne d'autrui pour la reporter sur lui-même. Ce mécanisme de défense peut être à la source de sentiments de culpabilité, d'un besoin de punition, d'une névrose d'échec, de tentatives d'autodestruction.
Retrait apathique (apathetic withdrawal DSM-IV) : détachement protecteur, fait d'indifférence affective, de restriction des relations sociales et des activités extérieures, et de soumission passive aux événements, qui permet à une personne de supporter une situation très difficile.
Sublimation : le terme sublimation a deux sens dans l'oeuvre de Freud :
· désexualisation d'une pulsion s'adressant à une personne qui pourrait (ou qui a pu) être désirée sexuellement. La pulsion, transformée en tendresse ou en amitié, change de but, mais son objet reste le même;
· dérivation de l'énergie d'une pulsion sexuelle ou agressive vers des activités valorisées socialement (artistiques, intellectuelles, morales). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée. C'est le sens le plus habituel.