Histoire de l

Histoire de l'aile volante Fauvel HB-568

Ce planeur aux caractéristiques d'aile volante monobloc, a été construit conformément aux plans de l'ingénieur français Charles Fauvel.

Le longeron de l'aile volante Fauvel HB-568, commandé par M.Hansruedi Suter auprès de l'entreprise Flugzeugbau R. Maalberg à Lauterbach a été accepté par l'Office Fédéral de l'Air (suisse) le 13 octobre 1955. Le solde de la construction a été exécuté par MM. H.Suter à Zürich et  Rudolph Sägesser à Herzogenbuchsee. L'auteur de la photo ci-dessous, M.Egon Polla a lui-même oeuvré à ce chantier et m'a remis toutes les photos du chantier au printemps 2001 !

Le planeur a effectué son premier vol le 2 juin 1957 avec son propriétaire H. Suter aux commandes. Le pilote s’est un peu trop crispé sur les pédales au point de croire à un blocage de la commande de direction, de poser en catastrophe et de finir en pylône dans un fossé : casserole cassée, mais rien de grave. De longs échanges épistolaires entre le propriétaire et l’Office de l’Air ont amené ce dernier à imaginer un manque d’expérience du pilote d’essais.

Contrairement aux AV-36 allemandes, cette aile volante n'a été autorisée au vol que comme « planeur de performance », sans autorisation pour  la voltige et le vol de nuages.

Dès 1958, il a été vendu à M. Samuel Chuard, de Saint-Légier, qui l'a fait exploiter par le groupe de vol à voile de la Broye sur l'aérodrome de Bellechasse.

 

Ce planeur a peu volé sur son aérodrome d'attache, car il ne possédait pas de remorque de dépannage, ce qui faisait craindre aux pilotes tout risque d'atterrissage à l'extérieur. Il a, par contre, effectué plusieurs présentations, piloté par M. Gaston Monod, notamment lors des meetings de La Chaux-de-Fonds les 13 et 14 juillet 1957 et de Bex le 2 juillet 1960.

Jusqu'en 1968 où il a été mis de côté, puis rendu à son propriétaire, il a effectué 95h 12min. de vol et 219 atterrissages. Ca a été malheureusement la fin de ses heures de gloire: M. S.Chuard a décidé de le transformer en aile volante motorisée: à cette fin, il a scié le longeron à la hauteur des dérives pour en en faire des ailes repliables. Mais son énergie à la scie dépassait de loin ses capacités de constructeur et finalement en  février 1989 je lui ai racheté cette épave à laquelle il voulait …  mettre le feu.

A commencé alors une saga incroyable. Après le contrôle de l'Office Fédéral de l'Air par M. Berner , j'ai contacté plusieurs amis pour voir comment  et où on pourrait faire les travaux de réparation du longeron. Dans notre région, aucun local disponible ne permettait de faire ces travaux dans des conditions climatiques acceptables. C'est finalement  chez mon ami Charles Roussoulières au Centre Régional de Construction Aéronautique Amateur Quercy-Rouergue, en France, que la solution s'est concrétisée. La Fauvel a été transportée par un camionneur à Montauban où je devais effectuer un stage pour  me permettre de me familiariser avec les travaux de menuiserie aéronautique et d'enturer le longeron. Un accroc de santé de M. Charly Roussoulières, le patron du Centre, m'a obligé à repousser mon stage au printemps suivant.

C'est avec un plaisir extraordinaire que j'ai découvert l'ambiance de ce stage du RSA. Charly m'a prodigué ses conseils avisés et après une semaine, le longeron était enturé en deux endroits et la fermeture du coffrage de bord d'attaque prévue pour mon prochain stage. L'AV-36 a été stockée au plafond du hangar dans cette attente.

Quelques semaines plus tard, Charly m'a appris la mauvaise nouvelle: mon planeur est tombé du plafond. Le fuselage, qui n'avait pas son patin, a été éclaté, l'aile a cassé dans une des entures. Une seule consolation, tous les avions qui se trouvaient sous la Fauvel avaient heureusement été sortis du hangar et personne n'était blessé.

Mais, en 1990, l'aile volante était en bien plus piteux état que lorsque je l'avais achetée et aucune assurance ne couvrait cet accident. Les débris ont été évacués dans un hangar de Moissac. Lorsque je suis arrivé pour constater les dégâts, la scène est pénible, non seulement l'AV-36 est très abîmée, mais des vélivoles avaient  arraché les deux crochets de remorquage.

Très déçu et ne disposant pas de solution immédiate, je me suis tourné, pendant près de deux ans, tous azimuts pour acheter une autre Fauvel, sans succès.  Mais comme disent les montagnards: "Dans la vie, même les mauvais moments ne peuvent pas durer éternellement." Au printemps 1992, on m'a proposé un planeur Schleicher Ka-7. Ce merveilleux biplace m'a permis de reprendre des activités vélivoles régulières et même de participer à la 1ère Balade des planeurs anciens. J'y ai fait la connaissance des fous de Dédale et lors d'une vache après plus de 100 km, mon copilote Thierry Mahé m'explique que son père pourrait tout à fait remettre ma Fauvel en état de vol. 

Nous nous sommes mis d'accord par téléphone et voici les Mahé père et fils partis de Rennes pour aller chercher le planeur dans le sud. L'aile était au moins abritée dans un hangar adéquat même si l'atelier du Club de vol à voile de Rennes où Michel Mahé  devait travailler était occupé tout l'hiver pas les machines du club. Par contre, dès qu'il avait des disponibilités, Michel s'attaquait à la menuiserie et à Noël 1993, nous sommes allés à Rennes avec Pierre-Louis pour admirer les superbes travaux de menuiserie. L'aile était enfin, de nouveau, en une seule pièce .

M. Christian Ravel du GPPA a eu la gentillesse de nous mettre son chef d'atelier agréé à disposition pour contrôler les travaux.

Des difficultés de disponibilité de l'atelier du club et des revers de santé se sont ligués contre Michel Mahé. Lors des terribles inondations de 1996, les pompiers de l'aéroport de Rennes St- Jacques  ont même dû évacuer notre aile, qui a bénéficié de l'hospitalité de l'Armée. Les travaux ne progressaient guère.

Finalement, en juillet 1999, nous sommes partis rechercher le planeur dans son état à Rennes. Le transport en Suisse s'est bien passé avec une nuit de repos chez l'Yves, le maître à restaurer les planeurs anciens de Paray-le-Monial. Les douaniers  ont tergiversé longtemps mais finis par accepter le retour au Pays de l'enfant prodigue.

Aidés par Jérôme et Françoise Chevalley nous avons attaqué les finissions. Il nous a fallu 9 mois pour tout remonter et procéder à tous les réglages avant entoilage. En vrai maître-serrurier, l'ami Raymond Gilgen nous a apporté toute son expérience et su nous fabriquer toutes les pièces métalliques indispensables à cette restauration.

Une autre période de gestation nous a permis de finir l'entoilage, tous les derniers petits travaux et le finish de peinture a été l'œuvre de Jean-Daniel Sauterel dont la qualité du travail n'aura rien à envier aux autres passionnés de ce projet.

 

Le 16 février 2001, M.André Deillon, a procédé à la pesée officielle: le planeur avait  perdu du poids lors de sa restauration et affichait 125 kg, laissant même la possibilité à un pilote de 100 kg de le piloter. Le même jour, Patrick Hofer, responsable des planeurs à l'Office de l'Aviation Civile a procédé au contrôle final des travaux: une dizaine de points de détails ont nécessité des correction et dès le 20 mars 2001, le HB-568 était officiellement à nouveau apte au vol, muni de toutes les certificats nécessaires.

 

Le second "premier vol" a eu lieu  à Paray le Monial, avec l'Yves,  le spécialiste renommé des AV-36, aux commandes. Son verdict a été clair: planeur tout à fait sain, même si le variomètre ne fonctionnait pas. La fête et un plaisir indicible pour tous ceux qui ont œuvré à sa restauration.

 Les premières sorties officielles ont eu lieu au Rassemblement de Dédale à Moulins le 28 avril  et à celui du Oldtimer Segelflug Club de Suisse à Courtelary, les 19 et 20 mai 2001.

 En bref: une expérience de plus de 11 ans,  pour un plaisir qui j'espère perdurera, grâce à la nouvelle génération des vermines de cockpit,  de très  nombreuses  années encore.

 

Pierre-Alain Ruffieux

Les Ailes du Passé, simples

 

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