Technique du pastel

(évoqué par Vivian Kral)

Beaucoup de personnes ignorent même son existence.

Certains amateurs d’art en ont peur à cause de sa « fragilité ».

Le pastel, cette poudre colorée aux nuances et aux dégradés variant à l’infini, dont l’intensité reste intacte au fil du temps, se présente sous l’aspect de craies ou de bâtonnets utilisés de préférence à sec ou dilués dans l’eau. Le pastel se travaille avec les doigts, il permet à la fois la rapidité de l’émotion et de l’écriture graphique, la notation de l’idée, la facilité de l’effacement et du repentir, tout en privilégiant le velouté et la matité de la matière, la luminosité du coloris.

Les artistes inventorient et combinent à l’infini les effets les plus variés du pastel.

Les uns mettent en évidence ses qualités de flou et de vaporeux, d’estompe et de gommage. D’autres superposent les aplats de couleurs, les biffent et les griffent par des pointillés, des zébrures et des hachures de couleurs opposées. On peut l’utiliser comme une peinture en le mélangeant à de l’eau, l’écraser et le fixer abondamment pour obtenir des reliefs.

La juxtaposition des coloris, la variété des textures et la diversité des possibilités formelle s’accordent avec la personnalité de chaque artiste.

On peut aussi l’utiliser avec d’autres matières telles que : pastel gras (à l’huile), fusain, crayon, acrylique, gouache, encre de chine, aquarelle…

Les supports peuvent être du papier de teintes et de textures différentes, de la toile, de la jute, du bois, enduit de ponce bien tamisée, de la toile enduite de craie, tout support poreux et non glacé.

Texture éphémère, volatile, la poudre de pastel pose cependant un problème : celui de sa fixation sur le support.

Beaucoup de fixatifs, même aujourd’hui modifient ses couleurs, éteignent sa luminosité. Personnellement, en cour d’exécution, je fixe déjà le pastel. Une fois le dessin terminé, je le fixe dans son entièreté et je redonne quelques touches ça et là sans les fixer. 

…. "D’un dessin rehaussé qu’il fut au départ, le pastel peut prétendre être une peinture à part entière pour l’artiste hardi qui saura employer judicieusement un bon fixatif, les couleurs demeurant purent à la différence de celles de la peinture à l’huile qui s’altèrent gravement par un processus inhérent à son vieillissement. " (François Barbâtre, 1983)

BREF HISTORIQUE

L'un des premiers pastels connus serait de Léonard de Vinci (portrait d' Isabelle d'Este, 1499).

Cette technique qu'il intitule "le mode  de colorer à sec" lui aurait  été révélée par un artiste français,

Jean Perréal.

Le pastel est alors utilisé pour rehausser de quelques touches colorées les portraits dessinés, il en sera ainsi pendant tout le XVI ème siecle. Ces portraits dits "aux trois crayons font intervenir la pierre noire, la sanguine et le pastel.

Dés le dernier quart du XV ème siècle et pendant tout le XVI ème, le papier bleu fut le plus utilisé par tous les artistes de la région de Venise où il était fabriqué et intitulé "carta azzura" ou "carta turchina". Ensuite il fut employé par les artistes français et hollandais.

Federico Barocci (1526-1612) fait une synthèse entre divers grands maîtres de son temps, en s'inspirant de Raphaël, Michel Ange et du Corrège.

Ses interventions concernent trois aspects : l'expression, puis un nouveau sentiment des formes au modelé estompé que le pastel rend à merveille, enfin le sens du luminisme en utilisant des effets d'éclairage en contrebas.

Dans ses pastels qui sont des ébauches pour les détails de vastes compositions, il atteint une grande science de la couleur et du relief en jouant des effets du support, papier ou carton, qu'il choisit dans des teintes beiges, chamois, grises ou bleues.

Barocci aura une influence déterminante sur les artistes français du XVIII ème siècle.

Charles le Brun (1619-1690) a réalisé au pastel divers portraits de Louis XIV. Ce n'étaient encore que des études en vue de la réalisation de peintures ou de tapisseries, mais déjà on peut admirer le rendu des tissus, des perruques, le modelé de la peau.

Avec Joseph Vivien (1657-1734), le pastel n'est plus une étude intermédiaire mais devient une œuvre définitive, aboutie, aux dimensions aussi imposantes que celle d'une peinture à l'huile.

Il venait de créer le prototype des portraits grandeur nature, solennels, majestueux. Toutes les commandes du XVIII ème siècle allaient en être marquées.

Cet artiste sera reçu à l'Académie avec le titre de "peintre en pastel".

Vivien influencera notamment Maurice Quentin de la Tour .

Maurice Quentin de la Tour (1704-1788) préfère revenir à une approche plus réaliste et plus sobre. Il utilise exclusivement la technique du pastel (on ne connaît pas de peinture à l'huile de sa main). Portraitiste de la famille royale, il exécute également les portraits de hauts personnages de la cour. Sa recherche fondamentale était de dire, par l'expression des visages, les tempéraments et la psychologie des personnages, de traduire un sentiment, une émotion fugitive et instantanée.

Le pastel avait acquis ses lettres de noblesse, il était enfin utilisé pour réaliser des œuvres importantes.

Chaque artiste l'employa selon son style propre.

 

-  Portrait intimiste et vie quotidienne :

Pierre Briard(1559-1609), Antoine Coypel(1661-1722), Rosalba Carriera(1675-1757), François Boucher(1703-1770), Jean –Baptiste Perronneau(1715-1783), Jean –Etienne Liotard(1702-1789)

Portraits sociologiques de magistrats, d'artistes, de bourgeois :

Gustave Lundberg(1695-1786), Joseph Boze(1745-1826), Jean Siméon Chardin(1699-1779), Maurice Quentin de la Tour(1704-1788).

-  Les impressionnistes(fin XIX ème -début XX ème siècle)

Eugène Boudin, Edouard Manet, Alfred Sysley, Camille Pissaro, Auguste Renoir, Toulouse Lautrec et Edgar Degas.

-  Les artistes symbolistes(XIX ème-début XX ème siècle), (ceux-ci utilisent le pastel sur le mode du flou et du vaporeux de façon à mieux suggérer le rêve, l'inconscient, l'étrangeté et l'imaginaire) : William Degouve de Nuncques, Odilon Redon, Fernand Khnopff.

-  Le XX ème siècle avec Frank Kupka, Arthur Dove, Paul Klee, Joan Miro, Willem de Kooning, Matta, Jackson Pollock…

Certains artistes figuratifs contemporains se consacrent presque exclusivement au pastel. Il n'est pas possible de les citer tous, mais voici quelques noms :

Artistes français :

Pierre Skira, François Barbâtre, Le Gac, Olivier O. Olivier, Daniel Pommereule, Sam Szafran.

Artistes belges :

Denis De Rudder, Maurice Pasternak, Jef Van Griek, Vivian Kral.

Artiste anglais : Michael Bastow.

LA    FABRICATION  DU  PASTEL

Le pastel est constitué : - de pigments(utilisés aussi pour les couleurs à l'huile, l'aquarelle, la gouache, les couleurs acrylique…)

-de charges (talc, kaolin, argile)

- d'une solution de gomme arabique ou adragante.

Le principe de la fabrication du pastel repose sur un juste équilibre entre la dureté et la tendresse.

Le pastel ne doit pas s'effriter entre les doigts mais laisser assez de matière sur le papier.

-  La première phase de la fabrication est le dosage des matières précitées. Il diffère selon la nature du pigment. A chaque fabrication, ce dosage peut varier selon les qualités des matières premières livrées.

-  La seconde phase de la fabrication est le broyage des pigments et charges dans le liant additionné d'eau. Le broyage s'opère sur une broyeuse qui comprend une trémie et deux disques de porcelaine. La pâte fine broyée est plus ou moins visqueuse ; à la sortie de la broyeuse, elle est recueillie dans une toile.

-  La troisième phase de la fabrication est l'essorage. La pâte est recueillie dans une toile très solide ; celle-ci est repliée de manière à former une enveloppe que l'on présente sous une presse afin d'extraire l'eau. Suite à cette opération, on obtiendra un "gâteau humide" qui, après concassage, sera introduit dans une filière.

-  La quatrième phase de la fabrication consiste donc à introduire la pâte dure dans la filière et à obtenir, sous l'effet de la pression exercée, un cylindre d'environ un mètre de long.

Ce cylindre sera reçu sur une sorte de claie de bois et l'on profitera de sa consistance molle pour procéder à sa découpe, au marquage de la référence. Le délai de séchage est d'environ une quinzaine de jours avant de procéder au conditionnement du pastel.

Bibliographie : LE PASTEL ( SKIRA )