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De vastes recherches
Cet homme est né le 5 septembre 1907 dans l'Obersteiermark
autrichien. Après des études supérieures brillantes aux universités de
Berlin, Vienne, Kiel et Tübingen, il est nommé en 1931 professeur de théologie,
d'histoire ancienne et d'archéologie à Wiener Neustadt.
En avril 1933, il devient pasteur de la petite ville de Bordelum, en
Frise du Nord. C'est à cette époque qu'il se prend de passion pour
l'Atlantide. Il entreprend alors de nombreux voyages dans tous les pays du
pourtour méditerranéen : Grèce, Crète, Asie Mineure, Égypte, Afrique du
Nord, Sicile, Corse et Sardaigne. Mais aussi, et cela est plus étrange, dans
les pays scandinaves tels que le Danemark, la Suède et la Norvège. Au cours de
ses pérégrinations, Spanuth essaie de retrouver les traces des premières
migrations indo-européennes et celles des grands déplacements des peuples du
Nord.
Ses conclusions sont réunies dans un livre capital, Das enträtselte
Atlantis (L'Atlantique déchiffrée).
A Paris, le 11 juin 1971, il prononce une conférence sur le thème L'Atlantique
retrouvée ? qui est le titre de la traduction française de son livre (Plon
1954).
Lorsqu'on lui demande ce qui a provoqué chez lui une telle passion pour
ce sujet, il répond : -Certaines invraisemblances...
Le récit de Platon lui apparaît d'abord une
fiction
Ces invraisemblances, il les mentionne dans sa conférence : -Comme
vous le savez, nous tenons le récit de l'Atlantide du grand philosophe Platon.
Celui-ci rapporte dans deux de ses dialogues, le Critias et le Timée,
que l'histoire en parvint en Grèce par l'intermédiaire du législateur Solon,
qui en avait eu lui-même connaissance par des papyrus et des inscriptions
murales au cours du voyage qu'il effectua en Égypte de 570 à 560 avant J.-C..
Dans ma dernière année de lycée, j'avais eu à traduire les dialogues
de Platon. A l'époque, et bien longtemps après, je considérais cette histoire
de l'Atlantide comme fiction sans aucun fondement historique.
D'ailleurs, selon Platon, les événements en question se seraient déroulés
huit ou neuf mille ans avant Solon et je savais très bien que l'histoire de
l'Atlantide ne pouvait pas avoir eu lieu à une date aussi reculée, puisque
rien de ce quoi elle fait allusion n'existait encore. Par exemple, dans le récit,
il est question d'une ville nommée Athènes, d'une forteresse située sur
l'Acropole d'Athènes, de la première enceinte construite autour de cette
forteresse, de l'installation d'un puits à l'abri des remparts, d'États grecs,
de temples égyptiens, d'inscriptions et de textes sur papyrus, de la présence
de Libyens en Afrique du Nord, etc. Il est également indiqué que les Atlantes
avaient des armes de cuivre et d'étain, c'est-à-dire de bronze et même de
fer, qu'ils disposaient d'une flotte de plus de mille deux cents vaisseaux, de
chars de guerre, d'une cavalerie. Il est bien évident que tout cela ne pouvait
exister au IXe ou au Xe millénaire avant notre ère !
Recherches bibliques
En 1933, poursuit Jürgen Spanuth, j'ai commencé à rassembler des
textes parallèles de l'Antiquité proche-orientale, dans l'espoir de trouver
des compléments ou des confirmations des indications historiques figurant dans
l'Ancien Testament. Je m'aperçus alors que les événements relatés dans le
second Livre de Moïse, la captivité et l'Exode du peuple juif, avaient
jusque-là été placés par erreur au XVe siècle avant J.-C..
Ce texte rapporte, en effet, que le peuple d'Israël eut à construire
les villes de Ramsès et de Pithom, pour en faire des "greniers"
destinés au pharaon (Moïse, 11,23). Or, les fouilles effectuées à Pithom et
les trois chants sur "la construction de la belle ville de Ramsès",
prouvent que ces deux villes furent construites sous le règne de Ramsès II
(vers 1300-1235 avant J.-C.) Il fallait donc que les Israélites fussent encore
en Égypte à ce moment-là. Et comme il est indiqué par ailleurs que Ramsès
II mourut peu de temps avant l'Exode (Moïse, 11,23), celui-ci, ainsi que les
"dix plaies d'Égypte" qui le précédèrent, ne put avoir lieu qu'après
la mort du pharaon, soit après 1235 av. J.-C..
Les bas-reliefs de Médinet-Habou, nouvelle
source pour les Atlantes
Continuant ses recherches bibliques, Jürgen Spanuth se met en devoir d'étudier
toutes les inscriptions et tous les papyrus du temps de l'Exode. C'est ainsi
qu'il découvre les inscriptions que Ramsès III avait fait graver sur le temple
royal de Médinet-Habou.
Mis au jour dans l'ancienne Thèbes entre 1927 et 1936 par des chercheurs
de l'institut oriental de l'université de Chicago, ce temple semble avoir été
construit durant la période allant de 1200 à 1968 avant J.-C., donc au XIIe siècle
avant notre ère.
Les textes des inscriptions et des bas-reliefs furent publiés de 1934 à
1954.
En les étudiant attentivement, le jeune chercheur allemand s'aperçoit
que ces textes recoupent étroitement, non seulement le second Livre de Moïse,
mais surtout le récit que Solon recueillit en Égypte en 560 avant J.-C. et qui
fut repris par Platon dans le Critias et le Timée.
Les bas-reliefs de Médinet-Habou corroborent en effet, jusque dans ses
moindres détails, l'histoire de l'Atlantide. Ils montrent que cette histoire ne
s'est pas déroulée, comme le prétend la légende, huit ou neuf mille ans
avant Solon, mais durant le dernier tiers du XIIIe siècle avant notre ère. Or,
c'est précisément à cette époque, vers 1220 ou 1210, que fut édifiée la
première enceinte de l'Acropole d'Athènes et qu'un puits fut creusé à l'intérieur
de cette enceinte ; vers cette époque aussi que de graves catastrophes
naturelles obligèrent les "Atlantes" à entreprendre le long voyage
à travers toute l'Europe et le Proche-Orient, qui devait s'achever par
l'affrontement spectaculaire au cours duquel l'Égypte de Ramsès III repoussa
l'invasion des "Peuples de la mer", des Libyens et des Tyrrhéniens.
Compte tenu du récit de Platon, des inscriptions de Médinet-Habou, de
la concordance parfaite des textes et de la chronologie précisée par ces dernières,
il ne faisait plus aucun doute que l'histoire de l'Atlantide et celle des
"Peuples de la mer", dont les Égyptiens eurent à subir les assauts,
étaient intimement liées. C'est, du moins, la conclusion à laquelle aboutit Jürgen
Spanuth.
"Le peuple de la neuvième courbe"
D'après le récits de Platon et les textes des bas-reliefs de Médinet-Habou,
il ressort que l'Atlantide était faite "d'îles et parties de continent
situées dans le Nord le plus lointain, tout au bord du Grand cercle d'eau, aux
confins de la terre".
Sous le nom de "Grand cercle d'eau" (sin wur), explique
Spanuth, les anciens Égyptiens désignaient la mer qui, comme un immense
fleuve circulaire, entourait selon eux le cercle des terres habitées. Dans leur
cosmologie, ce cercle était divisé en dix "courbes", c'est-à-dire
en dix segments, correspondant plus ou moins à nos degrés de latitude.
De la dixième courbe, les Égyptiens disaient que "le soleil s'y
couche à minuit", de la neuvième, que "le jour le plus long y dure
dix-sept heures".
D'après les Égyptiens, les "Peuples de la mer" (ou
"Peuples de la mer du Nord") étaient les "peuples de la neuvième
courbe" et cette "neuvième courbe" correspond, dans la géographie
moderne, aux régions situées entre le 52e et le 58e degré de latitude nord :
Allemagne du Nord, Danemark, Scandinavie méridionale. Si l'on s'en tient aux
textes de l'époque de Ramsès III, les Atlantes étaient donc originaires de
ces régions.
Celtes et Germains, deux rameaux d'un même
peuple
Les représentations figurant dans les peintures murales et les
sculptures de Médinet-Habou ne sont pas moins révélatrices que les textes.
Doués d'un grand sens de l'observation, d'un goût prononcé pour la
reproduction poussée jusque dans ses moindres détails, les artistes égyptiens
ont représenté les "peuples de la neuvième courbe" la tête ornée
de casques à cornes ou de couronnes à rayons, armés de boucliers et d'épées
à poignée droite, tous objets en usage vers 1200 avant notre ère en Europe du
Nord et là seulement... Ces objets nous sont familiers : des milliers
d'originaux en ont été retrouvés par les archéologues ; en Scandinavie, des
centaines de dessins rupestres attestent leur emploi. Que l'on se réfère aux
descriptions écrites ou aux représentations, les "Peuples de la mer du
Nord" ressemblent en tous points aux populations ayant habité l'Europe du
Nord au XIIIe siècle avant notre ère.
Qu'on les désigne sous le nom de "Celtes" ou de
"Germains" n'a guère d'importance puisque, à cette époque, ces deux
rameaux d'un même peuple n'étaient pas encore séparés. Les préhistoriens suédois
et danois contemporains réservent le terme de "Germains" aux ancêtres
des habitants de l'Europe du Nord qui, à partir de 200 avant J.-C., se désignèrent
(et furent désignés) comme tels. Mais Pythéas, l'historien grec de Massilia
(Marseille) qui a visité ces régions vers 350 avant J.-C., donnait encore le
nom de "Celtes" à ses habitants. Les inscriptions de Ramsès III
nomment d'ailleurs les trois groupes principaux constituant les "Peuples de
la mer du Nord". Il les appelle les Phères, les Saksar et les Denen.
L'opinion a souvent été avancée selon laquelle ces inscriptions
constitueraient la première désignation écrite des Phéresioi, c'est-à-dire
des trois plus anciennes tribus de l'empire celto-germain : les Frisons, les
Saxons et les Danois.
Une île aux parois rouges, blanches et noires
Cette empire celto-germain, Spanuth a essayé de le localiser d'une
façon précise. A l'âge du bronze, il comprenait, d'après lui, la presqu'île
du Jütland, en partie disparue aujourd'hui, les îles danoises, la partie méridionale
de la Suède et l'île voisine de Öland, en Baltique. Il y fleurissait une
civilisation parfaitement homogène et connue sous l'appellation de civilisation
nordique.
Le pays, a priori, est inhospitalier et difficile à aborder. Ses côtes
ressemblent, dit Homère, à des boucliers. Il se présente comme une immense île
rocheuse aux "parois rouges, blanches et noires", qui "surplombe
la mer à pic".
Cette description, que l'on retrouve également dans les fameux dialogues
de Platon, Spanuth la tient pour vraie et cherche dans l'espace nordique un
endroit répondant à ces critères. Il trouve ainsi le rocher d'Helgoland,
partie visible d'un territoire plus vaste qui se serait effondré dans la mer.
La roche rouge subsiste encore, les blanches (gypse, craie et calcaire) forme le
socle du haut fond, la roche noire apparaît à faible profondeur : il s'agit de
grès fortement cuprifère auquel l'oxydation donne une teinte d'un bleu sombre.
Une forte tradition orale rapporte qu'il n'était pas rare de voir amarrés,
au mouillage sud de l'île, deux cents bateaux, venus là faire provision de
calcaire et de gypse.
Du sous-sol de l'Atlantide, ajoute notamment Platon, on extrait "du
cuivre sous une forme dure et malléable". De son côté, le géologue
Wetzel, originaire de Kiel, confirme qu'à Helgoland se trouve un riche gisement
de cuivre : La roche contient plusieurs variétés de minerais cuprifères ;
certains se présentent sous la forme d'oxyde de cuivre, d'autres sous l'aspect
de sulfure à éclat métallique ; d'autres encore sous forme de cristaux.
Il rappelle aussi que l'île portait le nom de "Plaque de
cuivre". A n'en point douter, dit-il, les Anciens connaissaient l'existence
de ce gisement cuprifère.
Basileia, fleuron de l'empire nordique
Entre cette île rocheuse, que nous savons être Helgoland , et le littoral,
se situe l'île qui est le centre de l'empire nordique.
L'historien Pythéas, déjà cité, nous rapporte qu'elle se nommait
Basileia du nom de sa capitale ; il précise même qu'elle était proche de
l'embouchure d'un fleuve, l'Éridan, et à une journée de voyage de la côte de
la Germanie, dans la mer du Nord.
Pour Spanuth, l'Éridan et l'Eider, fleuves qui traversent la péninsule
du Jütland, ne sont qu'un seul et même fleuve. Il faut donc envisager que,
entre le rocher d'Helgoland et la côte de l'Allemagne du Nord, plus précisément
celle du Schleswig-Holstein, au sud du Jütland, une île a existé et, par la
suite d'évènements extraordinaires, a sombré corps et biens dans la mer.
Cette île, d'après les récits qu'en font Homère et ceux qui l'ont
vue, est le fleuron de l'empire nordique. La splendeur de sa capitale lui vaut
une réputation flatteuse dans tous les pays environnants. Implantée au centre
de l'île, cette capitale est distante en tous points, par rapport à la mer, de
dix kilomètres. Elle est ceinturée d'une plaine extraordinairement fertile où
alternent champs de cultures diversifiées et champs de trèfle.
Des collines de faibles hauteur la dominent et descendent en pente douce
dans la mer.
Des digues, garnies de palissades de bois liées entre elles par un
ciment d'argile, construction essentiellement nordique, et surélevées pour
permettre le passage des bateaux, entourent et protègent la capitale.
Un canal traverse plaines et digues et permet aux navires d'aborder
directement aux quais des deux ports, construits de part et d'autre de la ville
proprement dite.
Tout cela rappelle nettement la description de la capitale de l'Atlantide
donné par Platon.
Aussi, concernant les deux sources, chaude et froide, qui jaillissent du
sol de l'Atlantide, Spanuth est formel : on trouve, encore aujourd'hui, dans les
îles voisines de l'emplacement de l'île disparue, à Sylt, Führ et Amrun, des
nappes d'eau radioactive qui jaillissent du sol et atteignent une température
de 4O à 5O°.
L'orichalque, plus précieuse que l'or
Mais on vient surtout chercher à Basileia une matière plus rare
dont elle est seule détentrice, parce qu'on ne la trouve nulle part ailleurs.
Cette matière c'est l'orichalque, dont nous avons vu que Platon avait fait une
production caractéristique de l'Atlantide, "le plus précieux, après
l'or, des métaux connus".
La capitale nordique en exporte par bateaux entiers dans toute l'Europe
et en Asie. Elle en possède le plus gros gisement mondial. Grâce à cette
exportation, Basileia vit dans une opulence jamais vue. C'est dans la
localisation de cette matière première qu'on peut trouver la plus sûre preuve
de la localisation de l'Atlantide en mer du Nord. Spanuth s'en explique :
L'orichalque, dit-il, était en réalité de l'ambre jaune,
matière extraite de la terre en de nombreux endroits sur la côte ouest de l'Eiderstedt
(au Schleswig-Holstein). A l'âge de bronze, l'ambre avait effectivement
" la valeur la plus haute". Il était exporté, dès 24OO avant J.C.,
depuis les rivages de la mer du Nord jusqu'en Grèce et à
Babylone, pour y être échangé contre de l'or. On peut facilement le faire
fondre et même le dissoudre dans de l'huile pour l'appliquer comme un vernis.
Aujourd'hui encore, dans le nord de l'Allemagne, de vieilles légendes
disent qu'un Glastempel, un Glasburg, est englouti dans la mer au large de
Helgoland (glas, glaesum, est l'ancien nom désignant l'ambre jaune).
Il n'y a que deux endroits au monde où l'on a extrait de l'ambre jaune,
le littoral du Schleswig-Holstein et la Prusse-Orientale. Et, les gisements de
Prusse n'ayant été découverts qu'au début de notre ère, force est bien de
conclure que Basileia n'a pu se trouver au "pays de l'ambre des
anciens" (Bernsteinland der Antike).
Le sang du taureau versé sur la colonne du
ciel
Puis Spanuth aborde le problème des sacrifices rituels, tout en
s'appuyant sur le texte de Platon, qu'il n'a pu encore étayer par des preuves
archéologiques sûres.
Les dix rois, selon Platon, vêtus de très belles robes d'azur sombre et
de longs manteaux, s'assemblent dans l'enclos sacré du temple de Poséidon. Ils
s'absorbent dans une prière commune tandis qu'on fait entrer des taureaux.
Puis, armés d'épieux de bois et de filets, ils entreprennent d'en capturer un.
La lutte est rendue difficile par la combativité des bêtes. Enfin, l'une
d'elles succombe sous les assauts répétés des hommes et devient la victime désignée
des dieux. On la mène à la colonne et on l'égorge à son sommet. On consacre
alors toutes les parties du taureau et on remplit de sang une vasque-cratère.
Chacun reçoit une giclée de ce liquide rouge en purification et le reste est déversé
sur la colonne sacrée. La chair de l'animal est jetée dans les flammes afin
qu'il n'en reste plus rien. Puis on éteint tous les feux ; l'obscurité
descend et enveloppe les rois qui se sont assis par terre en un grand cercle.
Lorsque la nuit est totale et que personne ne distingue personne, alors sonne
l'heure de la vérité. Des accusations sont émises, des jugements rendus et
personne n'est épargné. Puis des jumeaux apparaissent et rallument les feux
sacrés.
C'est la fin de la cérémonie. Les dieux apaisés permettront au soleil
de réapparaître avec le jour.
Or, ce culte du Soleil et du Feu est commun à tous les peuples de race
aryenne. L'usage s'en est prolongé longtemps après la christianisation des
pays celtes et germains.
Le perpétuel combat livré par les Nordiques
contre la mer
En dehors du Soleil et du Feu, les Nordiques adorent la Mer. On peut même
dire que celle-ci est leur grande affaire. Vivant sur des îles, avec pour
horizon l'océan tumultueux, ils ont dû très tôt apprendre à maîtriser cet
élément.
Leur flotte est importante et va de la simple barque de pêche au bateau
de guerre qu'on abrite dans des grottes naturelles.
Leurs navires possèdent un double gaillard (poupe et proue sont surélevées)
et un mât amovible. Pour carguer les voiles ils n'abattent pas la vergue mais manœuvrent
les cordages depuis le pont. Les Vikings, au MOYEN-AGE, ne procéderont pas
autrement. En guise d'ancres, ils se servent de pierres trouées, qu'en vieux
nordique on désigne par le mot stior. Les pêcheurs de l'île de Büsum en ont
remonté à plusieurs reprises de leur lieu de pêche, proche du rocher
d'Helgoland. On fixe les avirons aux tolets à l'aide de courroies de cuir. De
nos jours, les pêcheurs du littoral de la mer du Nord et de la Baltique en font
autant.
Ce sont des marins joyeux et intrépides pour qui la mer est une passion.
Pourtant, l'océan n'apporte pas que des joies aux Nordiques. Il représente un
danger toujours présent pour un pays qui dispute la moindre parcelle de terre
à l'eau envahissante qui gagne et ronge le sol. Il y a aussi le sable qui, porté
par des vents violents, recouvre tout et étouffe les cultures. Combat combien
inégal et qu'il faut livrer jour après jour, sans relâche.
Les femmes nordiques expertes en textiles
Autant les Nordiques, nous dit Homère, sur le reste des
hommes l'emportent à pousser dans les flots un croiseur, sur les femmes autant
l'emportent leurs tisseuses, Athéna leur ayant accordé, entre toutes, la
droiture du cœur et l'adresse des mains.
Il semble en effet, et de nombreuses parures retrouvées dans des sépultures
l'attestent, que les femmes atlantes possèdent une habilité hors du commun.
Tissage, filage et confection des tissus n'ont pas de secret pour elles.
Les étoffes atteignent une perfection étonnante : sorte de patchwork
dans le camaïeu d'une couleur. Le travail du lin, plante caractéristique des
pays nordiques, révèle une longue tradition textile. Les dessins sont élaborés
et géométriques : les fils se croisent à angle droit et forment des motifs
harmonieux.
Une brillante industrie métallurgique
Pour leur part, les hommes sont des artisans géniaux. Ils savent
tirer parti des richesses de leur sous-sol. L'ambre est aussi bien utilisé
comme laque, pour allumer le feu ou en pâte colorée.
Pour le cuivre, après l'avoir longtemps utilisé pur, ils apprennent à
le traiter par l'adjonction d'autres métaux. Le travail du métal pur se fait,
dans un premier temps, au marteau mais, très vite, on crée des fourneaux qui,
grâce aux hautes températures obtenues, permettent la fonte du minerai. Dans
les tombes de l'espace nordique, il n'est pas rare de découvrir des plaques,
des colliers, des haches, des francisques et des ustensiles en cuivre.
D'après le PR Schwantes, de Kiel, il ne fait aucun doute que ce sont "les
populations mégalithiques établies sur le littoral qui généralisèrent
l'emploi des objets de cuivre".
L'étain, qu'on trouve en abondance, sert à la fabrication des objets,
des armes et des ustensiles en bronze, alliage de cuivre et d'étain où la
proportion d'étain est presque toujours de quatorze pour cent.
L'argent ne semble pas jouir du même engouement. Dans quelques objets de
bronze il remplace l'étain.
Quant à l'ivoire, qu'on retrouve dans beaucoup d'objets de décoration
ou de culte, il provient, sans qu'on puisse trop s'en étonner, des défenses
des derniers mammouths préhistoriques qui hantaient encore l'Europe du Nord. Le
travail du fer est le plus beau fleuron de cet artisanat car les Nordiques sont
alors les seuls dans le monde à savoir fondre et travailler ce métal,
d'ailleurs considéré par eux comme un métal précieux dont on se sert même
pour des incrustations. A Amland, on a exhumé un rasoir de fer datant de l'âge
de bronze et, dans l'île danoise de Sjaelland, on a découvert des ustensiles
et des objets de fer remontant au XIVe siècle avant J.C..
Chaque habitant possède son trésor personnel
Ainsi, des ressources naturelles très importantes, alliées à une
exploitation intelligente et le sens du commerce font du "Peuple du
Nord" une nation riche et heureuse. L'or, qui est la monnaie d'échange,
coule à flots et il n'est pas rare de voir des chevaux ferrés d'or ou des socs
de charrue en argent. Tout habitant possède son trésor personnel. La femme la
plus humble porte à son doigt une bague en forme de torque ; les princes
croulent sous les bijoux et mangent dans la vaisselles d'or. Ce peuple n'est
pourtant pas enfermé dans une opulence égoïste et son hospitalité est légendaire.
Tout doit être mis en oeuvre pour combler un invité de passage...
Des fêtes, du sport, de la musique...
Les Nordiques ont le goût de la compétition sportive où chacun
donne le meilleur de lui-même : courses de chars et de chevaux, combats de
boxe, lancement du disque, saut, courses à pied et surtout un jeu de balle qui
se joue en équipe et qui étonne toujours l'étranger de passage. Dans le nord
de la Frise,, il se pratique encore de nos jours un jeu de balle appelé Bosseln
et qui rappelle, à bien des égards, l'antique jeu nordique.
Et puis, le soir tombant, après un repas copieux, alors que le feu du
foyer brûle gaiement, les joueurs de luth et de harpe font leur entrée. Les
jeunes gens s'apprêtent et bientôt commencent les danses rituelles où chaque
danseur rivalise de légèreté et de grâce.
Des chants accompagnent les instruments et créent l'ambiance. La
description des danses nordiques faite par Homère rejoint celle d'un
chroniqueur du Moyen Age parlant en 1347 des danses qui ont lieu à Büsum :
Tantôt ils forment cercle, tantôt ils se séparent, tantôt ils
bondissent gracieusement au dessus des épées, tantôt ils s'en saisissent ;
ils les groupent en faisceau, les arrangent en rosace ou forment le pavois. Le
meneur de jeu grimpe sur cette plate-forme que les danseurs maintiennent à bout
de bras... Spectacle étonnant par l'habilité déployée.
Laissons la conclusion à Homère :
Ulysse était tout yeux devant ces passe-pieds dont son cœur s'étonnait.
-Leur vue me confond, confia-t-il au seigneur Alkinoos.
Et le malheur vint avec la comète
Cette joie de vivre dont Ulysse est le témoin ravi va bientôt faire
place au malheur et à la détresse. L'homme va être mêlé à des évènements
qui le dépassent et l'écrasent.
Et ceci à cause de la chute, ou du passage à proximité de la terre,
d'une comète de fortes dimensions qui provoque d'immenses catastrophes. La
mythologie grecque raconte précisément l'histoire de Phaéton, dont le char
solaire "tomba sur terre, à l'embouchure du fleuve Eridanos".
Cette légende peut être rapprochée de certains poèmes de l'Edda
scandinave (Völuspa) qui parlent de la destruction d'Asgard, la demeure des
dieux, provoquée par la chute de Fenrir (le loup) à l'embouchure d'un grand
fleuve.
L'Eridanos des auteurs classiques, répète Jürgen Spanuth, n'est
autre que l'Eider, qui se jetait dans la mer du Nord, non loin du rocher de Helgoland
jusqu'à ce que l'Atlantide fût recouverte par les flots. Selon l'Edda, le
niveau de la mer baissa de nouveau par la suite, laissant à découvert une
partie de Basileia. On connaît, en effet, une île nommée Utlland (c'est-à-dire
Atland) qui était située à l'est de Helgoland et qui disparut à l'époque médiévale.
Au sud de cette île, une fosse de cinquante neuf mètres au fond de la mer
montre l'endroit où tomba Fenrir...
Une thèse analogue (perturbations par une comète, peut-être la
planète Vénus) est soutenue par Me Charles Ferri-Pisani. Dans un rapport inédit,
présenté à l'occasion du dernier symposium de géologie sous-marine, il écrit
:
Les Grecs nous disent que lorsque Hélios confia les rênes du char
solaire à Phaéton, celui-ci s'approcha si près de la terre que celle-ci se
dessécha et s'embrasa. Notons au passage que les sœurs de Phaéton furent
changées en peupliers et que leurs larmes devinrent de l'ambre, que l'on récolte
en abondance sur les bords de l'Éridan, donc sur les rives de la Baltique.
A la place de l'Atlantide nordique, une étendue
vaseuse...
A ce désastre d'origine stellaire, s'ajoute un cataclysme d'origine
volcanique. La sécheresse sévit et calcine la terre entière ; d'immenses
incendies ravagent les forêts et les cultures ; les sources sont taries,
les rivières n'ont plus qu'un maigre filet d'eau puis viennent les tremblements
de terre qui ébranlent la planète, provoquent des destructions considérables
et engloutissent l'île-capitale des Nordiques ; puis, comme si tout cela n'était
pas suffisant, des trombes d'eau se déversent sur la terre, provoquant
d'immenses inondations.
Pour ceux qui survivent, c'est la famine, certains deviennent
anthropophages, comme le confirment des ossements retrouvés dans le village
palustre de Buchau. D'autres, après avoir surmonté leur détresse, se décident
à émigrer. On peut penser qu'à cette époque commence une migration sans précédent
des peuples de l'Europe du Nord. Ainsi, les catastrophes subies par l'Atlantide
nordique vont être la cause première d'invasions qui vont changer la face du
monde.
Que laissent les Nordiques derrière eux ? Un pays ravagé, en partie
englouti. L'île royale a disparu dans la mer. D'abord, la plaine seule de l'île
est envahie par les flots tumultueux mais, très vite, les collines de faible
hauteur de Basileia sont balayées par un raz de marée d'une violence inouïe
qui détruit les monuments et emporte la population.
Lorsque le niveau de la mer baisse d'environ quatre mètres, un semblant
de vie reprend sur les terres qui émergent encore. Par la suite, celles-ci
deviendront le centre du commerce de l'ambre.
Quant au reste du pays, il n'est plus qu'une étendue vaseuse, quasiment
infranchissable pour les bateaux. L'historien grec Pythéas, qui se rendit dans
ces régions après la catastrophe, nous décrit l'état désolé des
lieux :
A l'abri du rocher qui surplombait Basileia, s'étend une partie de la
mer qui semble faire d'air, de terre et d'eau et qui n'est ni praticable, ni
explorable.
Une digue de vingt-cinq kilomètres de long et
haute de dix mètres
Cette mer de vase, nous explique Spanuth, ne peut être que
les bas-fonds de la côte occidentale du Schleswig-Holstein, bas-fonds qui, en
165O, s'étendaient jusqu'aux parages de Helgoland et qui seraient aujourd'hui
encore "impraticables et inexplorables", si des signaux marins et des
phares n'indiquaient aux navires la présence de chenaux étroits et tortueux.
Le Critias de Platon précise (à propos de l'Atlantide) que "celui qui
voudrait naviguer d'ici (c'est-à-dire de la mer du Nord) à la mer située de
l'autre côté (c'est-à-dire la Baltique), se verrait opposer... comme un
obstacle invincible". Avant le séisme qui provoqua la disparition de
Basileia, il était aisé de passer "d'une mer à l'autre" en
empruntant le cours de l'Eider, de la Treene ou du Schlei ; après la
catastrophe, il n'en était plus question. La mer avait accumulé une sorte de
digue de vingt-cinq kilomètres de long et de dix mètres de haut à
l'embouchure des fleuves et l'Eider dut, pendant plus de deux mille ans,
modifier son cours pour aller se jeter dans la mer du Nord à la hauteur de Sylt
(c'est en 1362 que l'Eider submergea l'obstacle, et regagna son ancien lit).
D'autres grandes civilisations balayées
(La bible porte témoignage de l'événement, avec l'épisode des "dix
plaies d'Egypte")
Ce cataclysme volcanique a une dimension planétaire
et beaucoup de pays sont touchés ou détruits. Des populations entières sont décimées
et avec elles disparaissent de grandes civilisations. L'éruption, confirme
Spanuth, ravage les grandes civilisations existant à l'époque, telle la
civilisation minoenne en Crète et dans les îles voisines.
L'âge d'or de la civilisation crétoise minoenne, écrit-il aussi,
date d'environ 15OO avant J.C. .La Crète fait alors partie des "grandes
puissances", au même titre que l'Égypte du Nouvel Empire, les Hittites ou
Babylone. Elle domine tout le trafic maritime dans la partie orientale de la Méditerranée.
Les palais deviennent à cette époque de plus en plus luxueux et raffinés, les
villas se multiplient, la densité du peuplement s'accroît. Des colonies prospèrent
à Rhodes, à Théra, à Cythère, à Kéos, à Milet. Cette civilisation
disparaît brusquement dans des circonstances catastrophiques imputables à l'éruption
du volcan de Théra et au raz de marée qui s'ensuivit. Cette éruption analogue
à celle du Krakatoa (qui ravagea et modifia complètement la configuration du détroit
de la Sonde en 1883), est attestée par la géologie et l'océanologie. Les découvertes
archéologiques de Santorin en 1967, avaient déjà attiré l'attention : les
ruines des maisons se trouvaient enfouies sous une masse de cendres volcaniques.
Vers l'intérieur, l'île principale présente une falaise presque continue, de
plus de deux cent cinquante mètres de haut, dont le relief correspond à ce que
les vulcanologues appellent une "caldera", c'est-à-dire un cratère
effondré au-dessus d'une poche de magma épuisée par les éruptions. Les
dimensions de ce cratère (dix kilomètres de diamètre), l'ampleur de
l'effondrement, permettent d'évaluer l'importance de la catastrophe : séismes,
stérilisation des terres par retombée des cendres (une couche de dix centimètres
suffit à empêcher l'exploitation d'un champ durant des années), destruction
des bâtiments, vagues gigantesques hautes de plusieurs dizaines de mètres déferlant
sur les côtes nord et est à cent soixante ou deux cents kilomètres à
l'heure.
A l'exception de celui de Cnossos, tous les palais, les villes et les
villages de Crète furent détruits. Ils ne furent jamais reconstruits. Les cités
furent abandonnées.
Cette éruption ravagea aussi la civilisation des Hittites en Asie
Mineure et , en Grèce, le royaume mycénien. L'Égypte, qui était alors à
l'apogée de sa puissance, fut également frappée : la Bible porte témoignage
de l'évènement, avec l'épisode des "dix plaies d'Égypte".
Les Aryens abandonnent leur empire naufragé
Après le naufrage de leur empire, les peuples aryens du Nord, les Atlantes
pour Jûrgen Spanuth, prennent le chemin de l'exil, fuyant la faim et les
bouleversements. Tout naturellement, ils suivent les vieilles routes
commerciales par lesquelles, depuis environ 24OO avant J.C., ils exportent leurs
matières premières.
Ils partent chargés de tous leurs biens mais, au long du chemin, pour
alléger les fardeaux qu'ils portent, ils sont contraints de se séparer des
objets les plus encombrants, laissant ainsi des traces probantes de leur
passage. Ils les enterrent dans des caches repérables, aménagées le long des
voies de l'exode et en bordure des routes commerciales.
Au cours de plusieurs voyages d'étude, raconte Spanuth, j'ai particulièrement
étudié les traces de leur passage. Nous savons, pour en avoir retrouvé de
nombreux originaux en Suède, au Danemark et en Allemagne du Nord et pour les
avoir vus représentés sur les murs de Médinet-Habou, quels étaient les
casques, les armes, les vêtements, les bateaux, les chars de guerre dont les
"Peuples de la mer du Nord" se servaient au XIIIe siècle avant notre
ère. Or, ces objets ont été retrouvés tout le long du trajet parcouru par
les Atlantes : en Europe du Nord bien sûr, le long de l'Elbe et de l'Oder puis
du Danube, en Grèce, en Crète, à Rhodes, à Chypre, en Asie Mineure enfin,
sur la côte syro-palestinienne et jusqu'aux confins égyptiens.
Des fouilles en ont aussi mis au jour sur l'itinéraire
"occidental" le long de la Saale et de l'Inn, à la hauteur du col du
Brenner, en Italie, en Sicile, en Sardaigne et en Afrique du Nord.
Tous ces objets proviennent sans aucun doute du secteur nord-européen et
remontent à 12OO avant J.C.. On peut les voir dans les musées et dans de
nombreuses collections privées.
Victoire des Athéniens sur les Aryens
L'exode se fait du Nord vers le Sud. Dans la première partie de leur
voyage, les émigrants évitent les régions peuplées pour ne pas s'exposer à
des conflits inutiles. On peut y voir une sorte de "modus vivendi"
avec les peuples des régions traversées. Les Nordiques de Jürgen Spanuth
contournent les contrées situées au nord de l'Elbe puis longent le Danube vers
l'aval.
Ils traversent ainsi la Silésie, la Bohême et la Moravie puis
descendent dans la plaine hongroise. Tout porte à croire qu'ils y séjournent
un assez long moment. Spanuth s'appuie, en cela, sur la découverte en Hongrie
de nombreux dépôts contenant des armes et des objets typiquement nordiques.
Lorsqu'ils se décident à reprendre la route, ils y laissent une partie
importante de leurs effectifs.
Quittant le territoire de l'actuelle Hongrie, raconte Spanuth,
les uns se dirigèrent vers la Grèce, les autres vers l'Italie. En Grèce, ils
n'eurent pas grand mal à triompher de la résistance qui leur fut opposée. Les
châteaux forts de Mycènes et de Tyr avaient été détruits par les
tremblements de terre et leur défense n'était assurée que par des murailles
de style cyclopéen érigées dans la plus grande hâte ; ils tombèrent
rapidement.
Mais les envahisseurs ne purent prendre la forteresse située sur
l'Acropole d'Athènes, protégée, elle aussi, par un "mur cyclopéen",
le "mur des Pélasges". Conduits par le roi Kodros, qui perdit la vie
dans la bataille, les Athéniens se défendirent avec succès.
"Cet acte héroïque, écrit Platon, surpassa tous les autres
en importance et en force, lorsque le vieil État (Athènes) arrêta l'énorme
puissance représentée par cette armée et sauva sa liberté."
La longue marche guerrière des "Peuples
du Nord"
La thèse audacieuse que soutient le pasteur Spanuth est fondée non
seulement sur ses propres recherches archéologiques mais aussi sur certains
textes anciens comme celui de l'historien grec Timagène.
Les loniens, premiers Grecs arrivés dans la péninsule, poursuit
Spanuth, demeurent maîtres d'Athènes et de l'Attique, tandis que les
"Peuples du Nord" s'emparent de toutes les autres régions. Ces
nouveaux arrivants, les habitants d'Athènes les appellent Doriens, du nom de la
tribu des Dori ou des Douri, dont la patrie originelle se trouvait sur les rives
de la mer du Nord, entre l'Elbe et la Weser.
A l'époque de l'empereur Auguste, l'historien Timagène, puisant ses
renseignement "dans toutes sortes de livres", écrivait encore :
"Les Doriens habitaient autrefois les régions côtières de l'océan.
Puis, un jour, ils quittèrent les îles éloignées et les régions situées
au-delà du Rhin pour descendre jusqu'ici (en Grèce), ayant été chassés de
leurs foyers par des inondations et des guerres ininterrompues. Après la chute
de Troie (début du XIIIe siècle avant J.-C.), toute une partie d'entre
eux vint s'installer ici, pour y peupler des terres inhabitées."
Mais la majeure partie des "Peuples du Nord " poursuivit sa
marche en avant. Grâce à une flotte construite près du golfe de Corinthe, à
Naupacte, ils entreprirent alors l'occupation du Péloponnèse, de la Crète; de
Chypre et de Rhodes. Puis, ayant gagné l'Asie Mineure et soumis l'empire
hittite, ils allèrent jusqu'à Karkemish, sur les bords de l'Euphrate, traversèrent
enfin aux frontières de l'Égypte. C'est là, disent les inscriptions de Médinet-Habou,
qu'ils installèrent leur camp et se préparèrent à la bataille.
L'invasion de l'Égypte par les "Peuples
du Nord"
Les toutes premières attaques des "Peuples du Nord" contre
l'Égypte eurent lieu sous le règne de Séthi II (v.121O-12O5 avant J.C.). Mais
c'est durant la cinquième année du règne du pharaon Ramsès III (v.1198-1168
avant J.C.) que se livre l'affrontement le plus terrible.
Venant de Palestine et de Libye, attaquant aussi sur les côtes, les
"Peuples du Nord, entreprennent une invasion en règle de l'Égypte, selon
un plan concerté. C'est cette bataille gigantesque que relatent à la fois les
inscriptions de Médinet-Habou et le texte de Platon.
Les rois des Atlantes, lit-on dans le Timée, tenaient sous
leurs ordres la Libye jusqu'à l'Egypte et l'Europe jusqu'à Tyr. Concentrant et
unifiant leurs forces, ils se proposaient de soumettre votre territoire (la Grèce)
et le nôtre (l'Égypte) et cela au cours d'une seule campagne militaire.
Ce projet, qui tend à unifier tous les pays européens et méditerranéens
sous un même sceptre, est-il trop audacieux ? Cela, en fait, n'a rien de chimérique.
La puissance nordique, si nous en croyons les bas-reliefs égyptiens qui
retracent cette bataille, s'appuie sur une armée bien organisée et bien équipée.
Armement et vêtements ont été, en quelque sorte, standardisés en prévision
de la campagne militaire. Tous les ennemis des Égyptiens portent un sarrau, un
casque à cornes, coiffure celte par excellence, ou une couronne de roseaux et
pour armes, une épée d'un même modèle pour tous, deux lances et un bouclier
léger. Leurs chefs portent un manteau d'une seule pièce qui descend jusqu'aux
chevilles, fermé par une fibule à deux branches, cette broche nordique
qu'adoptèrent les Grecs.
Ils arborent tous les cheveux longs et seuls les rois nordiques portent
une longue tresse enroulée en chignon et tenue par de gros peignes. Alors que
la barbe est habituelle dans la population mâle du globe, ces soldats n'en
portent pas, ce qui prouve que l'usage du rasoir est répandu parmi eux ; de
fait, dans l'espace nordique, il a été retrouvé de nombreux rasoirs de cette
époque. Ce sont des hommes de haute stature au corps élancé, au crâne allongé,
au nez droit et au front haut, caractères propres à une race européenne de
type nordique. Dix rois commandent cette armée dont le chef suprême est le roi
des Philistins peuple-leader de la coalition nordique. Incorporés à cette armée,
se trouvent des mercenaires sardes et siciliens ainsi que des combattants forcés,
pris dans la population mâle des pays soumis au contrôle des Nordiques.
Cette armée dispose d'importantes unités de chars de combat, d'une
cavalerie et d'une flotte de guerre. Au total, le roi a sous son commandement,
dix mille chars de guerre, mille deux cents navires et un million d'hommes.
Ces chiffres peuvent paraître exagérés, nous dit Spanuth, et
le sont peut-être. Il ne faut pourtant pas enterrer de conclusion hâtive. Une
population de six ou sept millions de personnes, même à l'époque, n'a rien d'invraisemblable.
Cette armée, nous l'avons dit, se regroupe dans le Sud de la Syrie avant
de lancer l'attaque décisive sur l'Égypte.
Les Égyptiens coupent les mains des morts...
pour les dénombrer
En Égypte, Ramsès III décrète la levée en masse. Il fortifie les
frontières septentrionales du pays, renforce la garnison des ports, regroupe sa
flotte qu'il arme avec des soldats aguerris, crée dans sa population des
milices armées, enrôle des mercenaires et lève ainsi une formidable armée de
soldats résolus. Il est fin prêt quand l'assaut est donné par les Nordiques.
Dans ce combat de géants, rien n'est épargné pour vaincre
l'adversaire. Dans un sursaut d'énergie et grâce à la qualité de son armée,
Ramsès III réussit dans un premier temps à contenir l'assaut. Puis il prend
le dessus et écrase, sur terre, l'armée des envahisseurs.
Des centaines de milliers de guerriers nordiques sont tués ou fait
prisonniers. Sur les champs de bataille, les Égyptiens coupent les mains des
morts pour les dénombrer : leur nombre n'est pas gravé dans la pierre mais il
est dit d'eux qu'ils étaient aussi nombreux "qu'une nuée de
sauterelles". Quant aux prisonniers, leur nombre est semblable aux "grains
de sable du rivage".
Les femmes et les enfants qui accompagnent les troupes nordiques sont
soit massacrés sur place, soit emmenés en esclavage.
Voiles contre rames : un combat naval inégal
Ces combats sur terre auraient très bien pu n'être pas décisifs
pour le sort de la guerre si la flotte nordique avait fait la preuve de sa supériorité.
Mais un concours de circonstances et une mauvaise appréciation du terrain l'en
empêchent.
N'oublions pas que ces hardis marins ont l'habitude de naviguer sur des
eaux tumultueuses. Leurs navires sont donc équipés exclusivement de voiles.
Malheureusement, le combat naval qu'ils s'apprêtent à livrer se passe sur la Méditerranée,
mer généralement paisible, et les vents, ce jour-là font défaut. Voiles
carguées, les bateaux nordiques dérivent au gré des courants qui les entraînent
inexorablement à proximité des bateaux égyptiens. Ils se heurtent là à
une muraille d'airain. Les navires ennemis, barrés par de solides rameurs, les
entourent ; les archers égyptiens font pleuvoir des volées de flèches qui
exterminent les équipages ; d'autres, utilisant des grappins, s'efforcent
d'accrocher les voiles carguées pour faire chavirer les bateaux.
Un grand nombre de Nordiques sont projetés à la mer et massacrés, à
moins qu'on ne se serve d'eux comme bouclier humain après les avoir attachés
aux bordages.
Les marins nordiques, défavorisés par un temps trop clément, dépourvus
des rames qui leur auraient permis d'échapper à leurs ennemis, sont à la
merci des Égyptiens. Il ne leur reste plus qu'à faire preuve de noblesse dans
le malheur. On assiste alors à des scènes bouleversantes, immortalisées par
les bas-reliefs de Médinet-Habou.
Des prisonniers altiers marqués au fer rouge
par le pharaon
Une fois le combat perdu, les prisonniers sont regroupés et enchaînés
deux par deux. Puis les Égyptiens forment des convois qui prennent la direction
des camps.
Durant la longue marche des vaincus, les guerriers nordiques gardent une "attitude
noble et fière".
Arrivés sur place, ils subissent sans broncher l'infamante marque au fer
rouge qui imprime dans leur chair le sceau de pharaon. Puis, devant un public de
scribes et de notables, ils répondent aux questions.
Par leur intermédiaire, écrit Spanuth, les Égyptiens
obtinrent une quantité d'informations sur leur patrie d'origine, l'itinéraire
qu'ils avaient suivi, les projets qu'ils avaient. L'ensemble fut inscrit sur les
bas-reliefs et les papyrus du temple pharaonique.
Le pharaon s'est réservé, pour sa part, les rois et les princes
nordiques capturés durant le combat. Ils sont au nombre de dix et participeront
au "triomphe" de leur ennemi dans les rangs des vaincus. La victoire
du pharaon Ramsès III est certes écrasante mais la détermination des
"Peuples du Nord" demeure intacte. Ils ne voient là qu'un épisode
malheureux dans une lutte dont ils doivent, un jour, sortir victorieux.
Les Nordiques s'installent sur le pourtour méditerranéen
Repoussés par les armées de Ramsès III, des survivants se replient
vers le nord tandis que d'autres poursuivent leur conquêtes au sud.
Certains d'entre eux, nous précise Spanuth, s'installent sur
la côte palestinienne ; il s'agit de la tribu des Phères, que l'on appelle
aujourd'hui les Philistins (suivant la prononciation hébraïque, Pheles, du mot
Pheres). Le papyrus Wen-Amum (daté environ de 1O95 avant J.C.) nous apprend que
les Sakar ou Saksar se fixent sur la côte ouest de la Syrie. Les Denen
s'installent à Chypre, tandis que les Dori (les Doriens) colonisent le Péloponnèse,
Rhodes et les îles de la mer Égée. D'autres, enfin, demeurent en Afrique du
Nord.
Toutes les descriptions que nous en possédons les représentent comme
des hommes de haute taille à la peau blanche, aux cheveux blonds et aux yeux
bleus, traits "caractéristiques de la race nordique", pour reprendre
les termes employés par le français Henri Lhote, dans son étude sur les
peintures rupestres découvertes au Sahara qui témoignent de peuplements
nordiques africains. Les peuples qui ont été défaits en Égypte se fixent également
en Italie et dans les régions avoisinantes, pour y créer la "civilisation
des Terramares".
Croix gammée et dessins magico-rituels
On a retrouvé, en 1967 et en 1968, quelques vestiges de cette
civilisation fortement marquée d'arianisme et dont la croix gammée était l'un
des symboles les plus constants. Les recherches ont été menées, en Italie,
par le groupe spéléologique Eraldo Sarraco, du club Alpin italien, sous la
direction d'un archéologue de renommée mondiale, Bruno Portigliatti :
Les investigations ont été menées à des époques différentes, lit-on
dans le rapport publié à la suite de ces recherches. En septembre 1967,
dans le Vallone del Gravio, au-dessus de San Giorgio, à 14OO mètres
d'altitude, on a retrouvé une pierre rectangulaire (trois mètres trente sur un
mètre trente) toute couverte de graffiti en forme de croix gammée,
probablement anthropomorphes et zoomorphes. La croix est le signe dominant.
Les principales figures sont gravées profondément et, à côté de
croix doubles, on remarque des dessins magico-rituels.
Après de longues recherches dans la même région, on a reconnu
les restes de deux bâtiments. Il s'agit d'un bloc rectangulaire, long d'environ
vingt mètres, se terminant en ellipse. C'est une construction grandiose faite
avec des pierres pesant plus d'un quintal, bien équarries et ajustées à sec.
Elle diffère absolument des habitations de type alpin..
En octobre 1968, on arrivait à une autre découverte d'une importance
capitale, à 2O54 mètre d'altitude. Dans la région appelée Piano delle
Cavalle était trouvé un bloc rectangulaire (quatre mètres sur un) légèrement
incliné sur le côté comme le précédent (l'inclinaison est de 45°). Ici
aussi la surface était gravée de symboles en forme de croix, qui pourraient être
interprétés comme des figures anthropomorphes stylisées. A côté
apparaissaient, profondément incisés, quelques petits disques et demi-lunes,
qui pourraient avoir une signification liée au système solaire.
Civilisation dorienne et style palatial crétois
Comme le note Jürgen Spanuth, les Nordiques au même moment s'installent
en Grèce. Dès lors, une nouvelle civilisation, la civilisation dorienne, se
met à se développer avec une étonnante rapidité, dont témoignent les résultats
archéologiques.
Sous l'impulsion des Peuples du Nord" un nouveau monde hellénique
naît du chaos, écrit l'historien anglais Webster.
En Crète, aussi, où un groupe nordique s'établit dans la partie ouest
de l'île, le progrès et la prospérité réapparaissent.
Le style de vie, écrit Jürgen Spanuth, importé -et imposé-
par les nouveaux arrivants n'a rien de commun avec la vie mercantile et fleurie
des anciens Crétois. Il est beaucoup plus imposant, avec des efforts vers le
grandiose, inconnu auparavant (ce que les spécialistes appellent le "style
palatial". Le mode de fabrication des poteries change, lui aussi ;
l'atmosphère générale devient plus rude, plus guerrière. Les textes sont rédigés
dans une écriture, le linéaire B, qui s'est révélée être du grec très
ancien. Les "Peuples du Nord" qui ont donc succédé aux Crétois ont
profondément modifié la civilisation du pays et l'ont enrichie par leurs
apports.
Parenté mystérieuse entre Doriens et
Germains
Seul de tous les États grecs à avoir résisté à l'expansion des
"Peuples du Nord", Athènes défend plus que jamais son territoire,
repoussant avec énergie la moindre tentative d'invasion.
Des guerres incessantes l'opposent aux Doriens, ce qui s'explique par le
fait, également mentionné dans le Timée, que les "Peuples de la
mer" ont occupé et soumis tous les autres États grecs, alors qu'à Athènes
(et dans l'Attique), la population ionienne peut à juste titre se considérer
comme "autochtone". Ainsi s'explique aussi la parenté, souvent
remarquée et pourtant longtemps restée mystérieuse, entre Doriens et
Germains. Les Spartiates, Doriens typiques, gardèrent d'ailleurs longtemps le
souvenir de leurs origines, de cette époque où "des inondations et des
guerres ininterrompues" ne les avaient pas encore obligés à quitter
les "îles éloignées et les régions situées au-delà du Rhin"
(Timagène). Plusieurs siècles avant que l'Oikuménè n'englobe la Grèce, la
Crète, l'île de Chypre, les côtes d'Afrique du Nord, la Sicile et l'Italie du
Sud, une étroite communauté de civilisation lie déjà les différents rameaux
issus de la souche des "Peuples du Nord" ou "Peuples de la
mer" c'est-à-dire, pour Spanuth, des Atlantes.
Identification par les appellations
Nous avons dit brièvement, au début de cette article, que
l'ethnologue allemand fait aussi bien appel, pour étayer sa thèse d'une
Atlantide nordique, aux texte de Platon, d'Homère et d'autres historiens grecs,
qu'à ses propres travaux. Et nous avons noté au passage certaines des
concordances qu'il relève, notamment entre l'invasion décrite par les textes
ou représentations du temple égyptien de Médinet-Habou, l'histoire de
l'Atlantide racontée par Platon et ce que l'on sait des anciens Nordiques
aryens.
Passons maintenant au crible sa thèse dans son ensemble.
Premier argument en faveur de la thèse de Spanuth : les différentes
appellations qui définissent le peuple des Atlantes dans les récits anciens.
Dans le Critias de Platon, il est dit que le pays des Atlantes,
envahisseurs de la Grèce, se trouve en direction du nord par rapport à la Grèce
et à l'Égypte ou plus exactement "dans la direction des vents du
Nord".
Les inscriptions de Médinet-Habou précisent que le peuple envahisseur
de l'Égypte venait de "l'extrémité de l'océan" et que sa patrie,
ses îles, étaient situées dans le "septentrion". D'où les noms
donnés par les Égyptiens : "Peuples de la mer", "Peuples du
Nord", "Peuples venus des îles de la Mer", "Peuples du bout
de la Terre" ou "Peuples de l'obscurité", cette dernière
formulation ne pouvant s'appliquer qu'aux longues nuits particulières aux pays
nordiques.
Lorsque Ramsès III évoque sa victoire, il parle du succès remporté
sur les peuples "venus des confins de la Terre, de l'obscurité généralisée
et des colonnes du ciel". Cette dernière précision évoque la
religion nordique qui pratiquait un culte des colonnes du ciel.
L'archéologue O.S. Reuter explique d'ailleurs que, pour de simples
raisons astronomiques, ce culte d'une colonne soutenait la voûte céleste et
chassant la nuit envahissante n'a pu naître que dans le Nord :
- C'est seulement dans le septentrion qu'une colonne dressé
verticalement indique le nord ; plus au sud il faudrait l'incliner pour obtenir
le même résultat.
La preuve par l'absurde
Après s'être appuyée sur les différentes appellations qui ont défini
le peuple atlante, la thèse de Spanuth s'appuie sur la géographie. Choisissons
la démonstration par l'absurde, c'est-à-dire éliminons tous les pays qui,
pour des raisons évidentes, n'ont pu être l'Atlantide.
En premier lieu, tous ceux ravagés ou occupés par les Atlantes, en
partant du principe qu'un peuple n'anéantit ou n'asservit pas son territoire.
Ensuite, tous pays non riverains d'une mer ou d'un océan, car il est
certain qu'un peuple qu'on surnomme "Peuple de la mer" et qui a vu
s'engloutir dans les flots la majeure partie de ses terres n'est pas un peuple
continental.
Enfin, tous les pays situés ailleurs qu'au nord de la Grèce et de l'Égypte.
Il est donc évident que la région du Sinaï, la Syrie, la Palestine, l'Asie
Mineure, les îles de la mer Égée, la Crète, la Grèce, la Thessalie et la
Macédoine, pays occupés ou ravagés par l'envahisseur atlante, ne sont pas
concernés.
La Hongrie, l'Allemagne centrale ou méridionale, la Yougoslavie
septentrionale, la Silésie et l'Est européen, qui sont des territoires
exclusivement continentaux, sont, pour cette raison, hors de notre propos.
L'Italie, non riveraine d'un océan et l'Espagne, située à l'ouest de la Grèce,
peuvent être écartées sans hésitation, d'autant plus les Atlantes ont choisi
pour atteindre l'Égypte, de traverser la Macédoine, l'Asie Mineure et la Syrie
alors qu'il eût été facile pour eux, si l'Espagne ou l'Italie avait été
leur territoire, de traverser un bras de la Méditerranée pour atteindre
l'Afrique du Nord, et de là l'Égypte.
La seule région échappant à toutes les éliminations décrites est
assurément le littoral de la mer du Nord et tous ses territoires nordiques, le
Nord du Hanovre, le Schleswig-Holstein, les îles qui les bordent, la péninsule
du Jutland, le Sud de la Suède y compris les îles de Gotland et d'Öland.
L'attestation par les découvertes archéologiques
Mais, si nous acceptons une localisation de l'Atlantide, au nord, encore
faut-il en recueillir des preuves subsidiaires, archéologiques. La formidable
migration du peuple atlante doit nous les fournir.
Laissons d'abord Spanuth nous rappeler l'itinéraire de cet exode :
Partis du Schleswig-Holstein, les Atlantes traversent l'Europe vers le
sud. Ils envahissent la Grèce, occupent tous les États grecs, à l'exception
d'Athènes et de l'Attique puis passent en Asie Mineure. Un autre rameau suit un
chemin différent et se rend en Libye en passant par la Sicile. Les chroniques
rapportent d'ailleurs que les "Peuples de la mer du Nord" attaquent l'Égypte
aussi bien à l'est, à partir de la Palestine, qu'à l'ouest à partir de la
Libye, avec l'aide des Siciliens et des Sardes.
Or, il est bien certain qu'un peuple pareillement migrateur a dû
emporter dans bagages des techniques, des matériaux et des objets spécifiques
de sa civilisation, que Platon décrivait hautement évoluée. Si de pareils
techniques, matériaux, objets, sont découverts hors de l'espace nordique, ils
apporteront une confirmation à la thèse de Spanuth.
En 1870, l'archéologue A. Conze, qui examinait des poteries post-mycéniennes
trouvées en grand nombre dans le SUD-EST de l'Europe, constate l'évident
rapport qui existe entre celles-ci et les poteries nordiques.
Les formes et les dessins sont si semblables que l'archéologue en arrive
à la conclusion que les potiers achéens ont amalgamé leur propre technique à
celle du peuple atlante, envahisseur de leur pays.
En 1938, devant de nouvelles trouvailles archéologiques, Friedrich Wirth
s'exclame :
L'origine nordique de ce peuple envahisseur est démontrée au-delà
de toute espérance, compte tenu de l'époque à laquelle les invasions se sont
produites. Cela tient du miracle.
Wirth s'appuie sur les découvertes en Europe, en Asie Mineure, dans le
pourtour méditerranéen et en Égypte d'épées à rivets ou à soie plate, de
pointes de lances brunies, de casques à cornes, de couronnes de roseaux, de
boucliers ronds, de bateaux aux deux étraves décorées de têtes de cygne,
d'objets en cuivre et en fer ; toutes choses qui, aux époques considérées,
n'ont leurs pendants qu'au pays des "Peuples du Nord".
Ils marquent l'Orient de leur sceau
Ces objets apportent des preuves tangibles, incontestables. Mais il y a
aussi des manières plus subtiles de prouver ce qui est avancé.
Ce peuple envahisseur a marqué de son sceau les pays qu'il occupe.
Spanuth nous convie à rechercher ces influences et à faire les rapprochements
qui s'imposent avec ce que nous savons des mœurs, des croyances et des
techniques de la civilisation atlante.
Prenons pour exemple les Philistins qui sont, selon Spanuth, nous l'avons
vu, le groupe dominant du peuple atlante, ils fondent en Crète un empire
maritime ; bientôt, ils prennent pied sur les côtes de Palestine et finissent
par dominer toute la partie orientale de la Méditerranée, de telle façon que
cette mer devient pour tous "la mer des Philistins".
Sur un littoral sablonneux, plat, pauvre en mouillages, les
"Peuples de la mer" construisent des ports artificiels pouvant
accueillir n'importe quel bateau. Alors que, dans ces parages, la navigation était
à peu près inexistante, elle prend un essor extraordinaire et permet
l'expansion d'un certain nombre de villes telles Gaza, Ascalon, Ashdod, Jammia,
Dor, Achsip et Byblos. Celles-ci forment une fédération de villes libres
analogue à la ligue hanséatique du Moyen Age, association typiquement
nordique.
L'importance prise par les Philistins dans le Moyen-Orient est bientôt
considérable. Ils bénéficient du monopole de la fabrication des objets de
fer. Ils sont les seuls à savoir forger et travailler cette matière et ils
possèdent les plus anciennes fonderies connues. L'Ancien testament précise
qu'ils connaissent l'art de le transformer en acier et qu'ils sont "jaloux
de leur secret".
Loin de leur pays, ils continuent à adorer leurs dieux et imposent leur
culte aux peuples qui dépendent d'eux. Jéhovah, dans l'Ancien Testament, met
en garde le peuple d'Israël contre "les colonnes et les hauteurs sacrées
des Philistins, contre les sacrifices rituels de taureaux et contre leur
adoration des statues".
Ramsès III et les Égyptiens tiennent des propos semblables et il est
quasi certain que les Sumériens avaient adopté cette religion des
"colonnes du ciel".
La poterie s'inspire du tissage nordique
L'organisation administrative atlante se retrouve aussi dans les pays
envahis. Le chef de district est tout-puissant, ayant la haute main sur les
domaines économique, administratif, judiciaire, commercial et militaire. Il désigne,
à son seul jugement, les hommes qui seront affectés à l'armée.
A l'intérieur de celle-ci, les troupes sont divisées en centuries,
organisation, comme on le voit, tout à fait nordique.
L'art du tissage des femmes atlantes va se répercuter sur les arts des
autres pays. L'archéologue Conze explique à ce sujet :
C'est avec raison que l'on peut penser que le dessin et les formes des
vases grecs contemporains de l'invasion atlante ont eu pour origine les réalisations
des tisserands de l'espace nordique. Les fils, se croisant à angle droit, ont
donné naissance au dessin linéaire. Le fait que les décorateurs de vases
aient exclusivement adopté les motifs inventés dans une autre branche de l'art
manuel prouve qu'à cette époque le tissage, métier féminin par excellence,
était le premier des arts.
Van Oppeln-Bronikowski confirme que "le style protogéométrique
est nécessairement dérivé des motifs textiles et de la décoration
nordique".
La Grèce devient le pays du sport
Même dans le domaine des loisirs, l'influence atlante est importante. On
peut supposer, et Spanuth nous y pousse, que le goût prononcé des compétitions
sportives et que l'esprit olympique du peuple grec sont né à Basileia,
capitale du royaume du septentrion.
Lorsque les atlantes envahissent la Grèce, ils ne trouvent à Olympie
qu'un petit bourg pauvre et refermé sur lui-même. Ils choisissent de s'y
installer, construisent un vaste sanctuaire dédié à Apollon¨Poséidon, un
temple consacré à Cronos et un stade le fameux stade d'Olympie.
Bientôt de grandes manifestations sont organisées et le peuple grec, étonné,
assiste à des courses de char, de chevaux et à des tournois d'athlétisme.
Chaque participant rivalise d'adresse, de courage et d'endurance. Le
spectacle est si beau qu'il fait des adeptes et bientôt la Grèce devient le
pays du sport.
Authenticité du texte de Platon
Pour Spanuth, comme on le voit, la thèse de l'Atlantide nordique est
étayée par un vaste ensemble de données archéologiques, scientifiques et
religieuses. Celles-ci apportent la preuve éclatante du bien-fondé du récit
de Solon rapporté par Platon. D'ailleurs, de ce texte ancien, l'authenticité
se confirme par sa transmission directe et par son recoupement égyptien à Médinet-Habou.
Les indications qu'il contient, Solon, avec l'aide
du grand prêtre Sonchis, les rapporta d'Égypte à Athènes en 56O avant J.C..
Solon les communiqua ensuite à l'un de ses amis, Dropidès, qui les transmit à
son petit fils, Critias le Jeune.
Ces annotations, déclare celui-ci, se trouvaient entre les
mains de mon grand-père. Elles se trouvent maintenant entre les miennes, à moi
qui les ai étudiées dans mon enfance avec tant de soin.
Le récit de l'Atlantide que nous a transmis Platon, dit Spanuth, se
rapporte donc bien à ces années décisives qui se déroulèrent aux alentours
de 12OO avant J.C.. Les catastrophes naturelles qui s'y trouvent décrites sont
celles qui provoquèrent l'effondrement des civilisations minoenne, hittite et
mycénienne et n'en laissèrent subsister que "des traces minuscules".
Et ce sont bien les "peuples de la neuvième courbe"qui, ayant quitté
l'Allemagne du Nord, le Danemark et la Scandinavie, vinrent combattre Ramsès
III sur son propre terrain. Là encore, la concordance des textes est
remarquable. Quant aux inscriptions que Ramsès III a fait graver à Médinet-Habou
ainsi que les fresques qui les illustrent, elles sont considérées, selon
l'expression du PR Friedrich Bilabel, comme des "textes du plus grand intérêt
historique".
Parfaitement authentiques, il ne semble faire aucun doute qu'elles soient
en tous points dignes de confiance.
Des hommes-grenouilles à la recherche de
l'Atlantide
Il suffit donc, pense Spanuth, de respecter à la lettre les indications
fournies par Platon pour retrouver le contient perdu. C'est ainsi, raconte-t-il qu'il a découvert l'Atlantide :
C'est après avoir compris que les inscriptions de Médinet-Habou
recoupaient exactement le récit de Platon que je décidai, en 1933,
d'entreprendre mes toutes premières recherches sous-marines. Je choisis de les
situer à cinquante stades (neuf kilomètres deux cents) à l'est de Helgoland.
Je ne fus pas déçu, bien au contraire.
Derrière le rocher de Helgoland, les hommes-grenouilles retrouvèrent
les restes de l'enceinte et les ruines de Basileia. Les débris des remparts
entourant le temple et la forteresse furent reconnus, ainsi que différents
autres bâtiments. De nombreuses dalles, qui recouvraient la place située
devant le temple et le château, ont été ramenées à la surface. J'ai publié
leurs photos. On a pu établir que le matériau avec lequel elles avaient été
fabriquées provenait d'une mine de l'âge du bronze, située au nord de la région
d'Aalborg, au Danemark. Ces plaques furent donc transportées sur plus de quatre
cents kilomètres, par voie de terre et par voie d'eau.
Depuis, Jürgen Spanuth a entrepris de nouvelles recherches sous-marines
dans la région de Helgoland. Les fouilles ont été très fructueuses. Mais il
n'a pu en entamer d'autres, car il lui aurait fallu pour cela des moyens
financiers dont il ne disposait malheureusement pas.
Une civilisation nordique longtemps
florissante
L'Europe du Nord, conclut-il, a connu une civilisation de
type élevé jusqu'au milieu du XIIIe siècle avant notre ère. Dès 24OO avant
J.C.., l'Allemagne du nord et la Scandinavie méridionale constituaient un
centre culturel et commercial particulièrement actif.
Je crois donc pouvoir dire que mes travaux ont contribué à éclairer
ces siècles obscurs qui, à partir de 135O avant J.C., sont la protohistoire de
notre civilisation.
Voilà, d'après les travaux de Jürden Spanuth, le continent
originel de la population indo-européenne qu'il nomme "les peuples de
la hache de combat".
Beaucoup voient dans cette "riche hypothèse" la meilleure et
la plus solide théorie à propos de l'Atlantide, arrachée enfin, grâce au
pasteur allemand, aux rêves mythologiques pour devenir une réalité historique
tangible et étayée par des preuves scientifiques sûres.
Le fait est généralement admis, lit-on dans la revue Nouvelle École
qui consacra un article important aux travaux de Spanuth dont elle recueillit
une longue interview, qu'au début de l'âge du bronze européen, vers 18OO
avant J.C., ceux que l'on appelle les "peuples de la hache de combat",
rameau de la population indo-européenne, quittèrent brusquement l'Europe
centrale et firent irruption dans la région NORD-EST de la zone de civilisation
mégalithique, c'est-à-dire au Danemark et dans le Schleswig-Holstein. Ils
soumirent sans peine la population autochtone, auteur d'une belle culture néolithique
et créèrent avec elle la civilisation nord-européenne de l'âge du bronze
telle que nous la connaissons par l'histoire et l'archéologie. Ils imposèrent
leur langue, leur technique et leurs coutumes (sépultures individuelles
notamment) ; les autochtones les firent bénéficier des lointaines relations
commerciales qu'ils avaient nouées depuis 24OO avant notre ère.
Cette civilisation fut longtemps florissante. S'étendant sur tout le
pourtour occidental de la Baltique, elle provoque encore aujourd'hui
l'admiration. Les "peuples de la hache de combat", ancêtres des
Celtes et des Germains, excellaient en particulier dans le travail des métaux.
C'est de cette époque que datent le chariot de Trundholm (dans l'île de
Sjoelland), dont le disque solaire est recouvert de feuilles d'or d'une extrême
minceur, et les célèbres lures, instruments à vent deux fois courbés,
d'environ deux mètres de long, dont il a toujours été impossible de faire des
copies. Ils étaient aussi de remarquables navigateurs. Les gravures rupestres
du district de Bohus-län, en Suède méridionale, représentent avec une grande
précision les navires élancés sur lesquels ils "cabotaient" le long
des côtes de l'Ouest européen. Ainsi que le prouve le grand nombre de tumuli,
la région était alors fortement peuplée. Ses habitants vivaient
principalement de l'exportation de l'ambre, qu'ils extrayaient en grandes
quantités sur les rivages de la mer du Nord puis échangeaient contre de l'or
et de l'argent dans les pays d'Europe méridionale et jusqu'en Égypte et en
Syrie. Le climat, humide et tempéré, favorisait les échanges. Toute la
Scandinavie jusqu'à la hauteur du cercle polaire était recouverte de forêts.
La théorie de Spanuth : une véritable révélation
Johannes Bronsted, archéologue norvégien, parle de l'âge du bronze
nord-européen comme d'une "époque de grandes découvertes".
Son collègue allemand Schwantes y voit une "période énigmatique".
Le terme n'est pas excessif. En effet, vers 125O avant J.C. cette civilisation
disparaît brusquement. Ce centre d'activités intenses est soudainement
"stérilisé", comme englouti. Pour quelle raison ?
Les Celtes, a t-on dit, étaient devenus suffisamment puissants pour
bloquer les routes commerciales vers le Sud et le commerce de l'ambre périclita.
On a aussi allégué de brutales modifications de climats : sécheresse d'abord
puis refroidissement progressif au cours de l'âge de fer (à partir de 8OO
avant J.C.). Mais, comme le souligne le PR F.J. Los, "aucun de ces
arguments ne peut expliquer sérieusement, à lui seul l'extinction soudaine
d'une civilisation naguère florissante".
Et la revue Nouvelle École conclut :
L'explication la plus intéressante est fournie par Jürgen Spanuth dont,
à certains égards, les travaux constituent une véritable révélation.
L'Atlantide indo-européenne, une manœuvre
germanique ?
Contrairement aux animateurs de la revue Nouvelle École, certains
historiens ou archéologues ne cessent depuis nombre d'années, d'attaquer à
boulets rouges les "constructions intellectuelles" de Spanuth.
Ils vont même jusqu'à voir, dans son Atlantide indo-européenne, une
entreprise d'origine nazie et une théorie pangermaniste qui ferait de ce
continent perdu le berceau non seulement de l'arianisme mais de la vraie première
"culture noble" de l'humanité.
Quand Homère parle des Atlantes comme "d'un peuple d'essence
divine", Spanuth utilise un autre terme, certes, mais qui est tout à fait
conforme à l'idéologie chère à Alfred Rosenberg et aux théoriciens
allemands : Urvolk, dit Spanuth, c'est-à-dire "peuple originel".
Ils ajoutent que son Helgoland ressemblait à un territoire vivant à
l'abri du climat corrompu et décadent qui régnait dans les terres
environnantes. Le peuple atlante, dans la perspective de Spanuth, est un peuple
fermé à toute influence du dehors et s'enracinant sur sa terre natale.
Chaque membre de ce peuple d'élite est "une parcelle divine"
et non le "croisement avec d'autres éléments mortels".
Spanuth apparaît ainsi comme un disciple de Gobineau qui, persuadé que
tout croisement se produit au profit des races inférieures, pense que, au
sommet de la hiérarchie raciale, se trouve la race aryenne la plus pure, celle
des origines.
Telle est la dernière controverse soulevée par le mythe -et certaine réalité-
de l'Atlantide.
FIN
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