Le Cygne

LE CYGNE

 

Il aimait regarder ce spectacle, que la nature avait la bonté de lui présenter certains soirs, un spectacle qui rendait toute noblesse à ces mille beautés qui l’entouraient, cette beauté qu’il avait tant rêvé pendant des années avant d’avoir le courage de réaliser son rêve qui était de venir s’installer en Alaska pour prendre le temps de s’arrêter, de humer l’air du matin, de rêver allongé bien confortablement sur l’herbe au bord du lac, de son lac, celui qu’il avait vu sur une simple image d'un magazine spécialisé en évasion-voyage qu'on appelle.  Mais cette photo, comme tant d’autre, avait éveillé en lui un goût d’aventure, une irrésistible envie de devenir nomade de son propre coeur pour laisser s’insinuer en lui un horizon, l’horizon auquel il pensait à chaque matin, qui le berçait le soir venu, à l’imaginer, mais pourtant qu’il n’avait jamais eu le courage de regarder droit dans les yeux pour partir sans rien quitter car il n’avait que si peu, qu’il pouvait le conserver en son coeur ici ou bien ailleurs.

Le lac ce soir ne semblait ne faire qu’un avec le ciel qui avait décidé de se refléter sur lui pour une nuit. On pouvait voir les vagues faire onduler le reflet de la lune pour la faire danser en une sérénade si douce qu’on avait peine à l’entendre. Mais au-delà de tout ce spectacle, de ce vent qui jouait dans ses cheveux, il n’y avait que les montagnes qui surplombaient tous les tracas, tout le passé, celui qu’on cherche à oublier, celui qui nous suit, celui qu’on doit regarder pour l’apprivoiser.

Il avait fait, de ce bout de monde, son bout d’espérance, mais voilà le temps s’était fait présent, il ne s’était pas arrêté car le vieil homme en avait fait autant, non ce temps il continuait à s’étirer en une douce brise ou encore en coup de vent mais plus les minutes passaient,  que les journées s’enfuyaient, il lui semblait que le temps s’éternisait, toutes les journées semblaient semblables, les minutes s’écoulaient, et malgré toutes les distances qu’il avait mises entre lui et son passé rien ne pouvait s’oublier. Il avait pris plaisir durant la route à regarder à chaque minute dans le rétroviseur en souriant devant ce paysage qui semblait perdre de l’allure, reculer, et voir cet horizon qui lui semblait s’avancer de plus en plus. Il avait le contrôle sur sa vie, il ne voulait pas que le monde se dise qu’il était parti sans faire exprès comme quelquefois ont dit des personnes qu’on voit un matin mais jamais plus le soir. Il ne fuyait pas en exilé de son passé non plutôt il s’exilait vers tout ce dont il avait rêvé.

Mais maintenant admirant ce spectacle il ressentait la nostalgie du passé, tous ceux qu’il avait quittés ont dit qu’on ne peut se faire maître du destin car il ne nous appartient pas, qu’on ne peut posséder pas plus le passé, on doit l’apprivoiser le plus possible pour en retirer le meilleur, accepter ces choses que de toute façon nous ne pouvions pas changer malgré toute notre volonté, mais me voilà à créer mille énigmes d’une vie bien banale mais unique car c'est la mienne, pourtant je suis humble alors pourquoi j’ai décidé comme cela d’écrire mes états d’âme ? Peut-être que je veux croire simplement que cette écriture pourra m’apporter un baume, un moment de sérénité, je crois que c'est ça qui se passe car quand j’écris ces mots que vous lisez, que vous prenez plaisir à imaginer toutes ces beautés que j’essaie de mon mieux de vous décrire, mais même les mots ne pourraient exprimer tant de beauté.  Non pas qu’il ne soit pas assez puissant, mais plutôt aucun ne puisse exprimer tant de beauté sans en faire étalage durant des pages sans arriver toutefois à décrire tout cela.  Alors je me dis que la vie se raconte, que le présent se vit,  puis que le passé.. Que dire du passé ? qu’un jour j’ai fait la rencontre d’un somptueux cygne sur mon lac qu’à chaque jour je prenais plaisir à aller l’observé, lui si gracieux et moi un homme comme tant d’autre qui ne peut que contempler dans le silence un oiseau qui avait comme particularité autour du cou des plumes noirs qui formaient on aurait dit un collier qui lui donnait un petit air coquin tout à fait adorable.

C’était pour cela que je pouvais le reconnaître parmi tant d’autre. Plus les jours passaient plus je m'attachais à lui d'une façon que j’aurais trouvé ridicule à vingt ans mais maintenant avec mes soixante printemps je peux me permettre d’être contemplatif sans pour autant en ressentir un remord.  J’ai fait ma vie comme je la pensais le mieux, j’ai blessé des personnes sans faire exprès tout comme des fois j'ai fait pleurer des personnes part ma faute, j’ai travaillé de tout mon coeur pour assurer mon avenir et gâter de mon mieux toutes les personnes que j’aimais. J’ai commis des erreurs tout comme des fois j’ai réussi de grandes choses dont je suis agréablement fière.  J'ai perdu des personnes que j’aimais mais j’ai continué en portant leur souvenir en mon coeur au-delà de tous les horizons.

Mais cet oiseau était à la fois sauvage et docile, il représentait une liberté, en quelques coups d'ailes il pouvait voler vers des horizons auxquels j’ai dû passé ma vie pour pouvoir apercevoir ou encore que je n'ai jamais vu.  A tous les matins j’attendais impatiemment de le voir et à toutes les fois j'avais l’agréable surprise de le voir apparaître, il semblait me regarder! S’était-il autant habitué à moi que moi à lui? Je ne sais pas mais c'est drôle de penser qu’il était d’une certaine façon la raison pour laquelle je me levais le matin, pour laquelle je m'ennuyais le soir venu pour laquelle je me rappelais tant de souvenirs.  Un jour j’ai voulu le prendre, alors il s'est envolé.  En un instant j’ai eu le sentiment d’avoir possédé quelque chose, un sentiment d’amour mais quand je me suis retourné pour le prendre, il s'est enfui. Il ne voulait pas que je lui enlève cette chose auquel il tenait tant qui lui donnait toute sa noblesse. Alors à partir de ce jour j'ai appris à toujours laisser l'amour libre au-delà de tout.

Car j’ai appris qu'il se possédait quand je laissais ces rêves libres, qu'il m'échappait quand je voulais le capturer dans mon éternelle insécurité, celle d’être aimer. Mais j’ai pleuré cette perte pendant des mois à m'isoler dans mon chalet à ne vouloir rien voir que ce soit beauté ou réalité quand un matin j’ai vu sur le lac mon oiseau de retour.  Il se tenait à l’écart de moi, me regardant sachant trop quoi penser, comprenant en rien mon geste mais ne semblant pas pour autant me juger, mais toujours en gardant ses distances d’une façon dont je ne pouvais que le contempler mais que je ne puisse le saisir.  Un tout autre être aurait fait un tel geste que je lui en aurais sûrement voulue, un être qui te donne tant d'amour qui te fait ressentir un tel bien-être pour en être réduit qu'à pouvoir rester là sur mes vielles jambes à l'apercevoir au loin sachant qu’il avait toute sa liberté et moi il m'en avait enlevé un petit bout car quand on est libre, attendons-nous après une personne pour être heureuse ? Attendons-nous après cette personne assez pour  ressentir un immense vide quand elle se fait absente ? Un jour mon père me dit que la plus grande liberté d’un nomade est de savoir que quelque part une personne l’attend, alors je lui avais demandé pourquoi si c’était le cas il n'allait pas où cette personne était pour rester avec elle tout simplement au lieu de toujours être en route à marcher sans vraiment de destination précise à user ses souliers, alors il me répondit tout doucement me prenant sur ses genoux, tu sais mon garçon si on savait où se trouve cette personne tout le monde courait pour la rejoindre mais alors pourquoi le destin existerait-il alors ? Notre vie est remplie de surprises, de rencontres quelque fois bonnes d’autre moins, mais peut importe, elle nous apporte toujours quelque chose n’oublie jamais ça. Sur le coup cela me choqua puis me fit de la peine mais alors je compris. Que tout ce qui est libre doit le rester au-delà de tous les coeurs, de tous les temps. Car si par notre insécurité nous brusquons cette si fragile règle de l’être alors nous brisons ces rêves puis les nôtres. Un matin après avoir attendu des heures il n’était pas venu, je me suis mis mille histoires en tête essayant de comprendre.  Mais les matins se suivaient toujours sans signe de présence tranquillement mes histoires se heurta à la réalité celle qu'ont ne peut changer.

Maintenant les matins ont laissé place à des jours, ces jours en des années toujours rien, je me fais plus vieux un vieil homme qui a quelque fois peine à marcher mais regarde toujours à l’horizon avec l’espoir dans le coeur, en quête de ma liberté.

Le destin m’avait joué un bien drôle de tour, perdu au milieu de la nature il avait fait que je m’attache à un cygne lequel m’apportait la joie au coeur qu'aucune liberté n’aurait pu le faire.  Mon cygne n'est jamais revenu.  Un soir à la lueur de la chandelle j'écris ces quelques mots.

Il ouvrit ses ailes narguant toutes les règles du temps car le ciel lui appartenait le vent n’était qu’un souffle en sa quête de liberté sous ses pas c’était sa réalité, qu’au-delà tout était ce qu’il avait tant rêver sans frontière ni règle que ceux du coeur, que le vent l’emporte bien au-delà de nos yeux l’oiseau n’en sera que plus heureux car toujours il sait que je vais l’attendre fouillant inlassablement les nuages au-delà de toutes les montagnes en quête de l’apercevoir brisant de ses ailes le firmament de sa liberté réalisant mon rêve, réalisant le sien : Au-delà de toute réalité au seuil des songes en une envolée où seul le vent puisse l'accompagner au-dessus de tous ces continents, de toutes ces frontières.

Vole vole mon bel oiseau !

Au-delà des yeux, au-delà de ton passé en quête de ton destin moi je suis là, ne l’oublie pas alors quand tu reviendras reposer tes rêves sur le miroir du lac souvient toi de moi, alors tu porteras mes rêves puis les tiens en un dernier serment pour l’exil des nomades au coeur sauvage que nul ne puisse apprivoiser malgré mille bontés. Qu’il ne puisse que croiser ton regard alors pour toujours ils en seront émerveillés car dans tes yeux ils pourront voir tout ce qu’ils ont quitté, tous ceux qui les attendent quelque part, tous ceux qui les aiment.

Vole vole mon bel oiseau!

Porte ta majesté aux vagabonds qui ont tout quittés par choix ou par contrainte, à ceux qui sont prisonniers de leur quotidien, qui rêvent en vain. Change leur destin, change leur vision, change leur perception pour qu’ils sachent que nulle frontière n’est inaccessible quand on se donne le droit de rêver, le courage de s’inventer les plus belles histoires pour un jour les voir devenir réalité à leurs yeux, aux tiens ! Avec comme tout bagage l'espoir, les rêves, sur le chemin du destin où rien n'est jamais certain mais sait toujours nous surprendre quand l’on pensera tout avoir compris alors nous saurons que la liberté reste toujours dans le coeur des rêveurs.

Voilà l’histoire de mon oiseau mais combien il en existe qu’on ne voit pas, qui passe dans nos vies trop rapidement; mais la prochaine fois que vous apercevrez un oiseau dites-vous simplement qu’il peut porter ce dont vous avez tant rêver, la liberté mais que peut-être vous aviez seulement rêver sans jamais vous donner l’espoir de la concrétiser.

Et si jamais vous voyez un cygne sur un lac d’où la lune se reflète le soir venu sur ces flots, que le matin le soleil embrasse les montagnes de ses rayons ardents en se levant alors prenez le temps de le regarder car qui sait peut-être portera-t-il un collier noir autour du cou.

 

Jackie


La page d'amitié
Retour au Menu Principal