Le
cas français
Autant
dans le domaine de la diffusion numérique par satellite, la France
fait figure de précurseur en Europe et même dans le monde,
autant concernant la diffusion numérique terrestre, la France a
pris du retard. Ici comme ailleurs, le démarrage de cette technologie
est subordonné à la mise en place d'un cadre réglementaire
par l'Etat.
Le retard relatif de la
France
En 1998, alors que l'Angleterre,
la Suède et l'Espagne ont déjà fixé le cadre
juridique de la T.N.T., les pouvoirs publics français restaient
très discrets. Ils étaient confortés dans leur lenteur
par les grands investisseurs du côté des diffuseurs notamment
(TF1, France
Télécom, Canal+,
CGV...) qui ont beaucoup dépensé
pour la télévision numérique par satellite : la T.N.T
devait donc attendre.
Pourtant, certains acteurs
français préparaient dans l'ombre la télévision
hertzienne de demain. Tout a commencé par un rapport de Philippe
Lévrier qui a été remis en mai 1996 au ministre de
la Culture et au ministre délégué à La Poste,
aux Télécoms et à l'espace. L'année suivante,
deux groupes de travail ont été mis en place. Le premier
piloté par l'ANFR (Agence Nationale
des FRéquences) a traité des fréquences et le
second, piloté par le ministère de l'industrie, s'est intéressé
à ce que pourrait être le futur téléviseur
numérique.
Il en est ressorti pour le
premier groupe que la capacité actuelle du réseau de télédiffusion
pouvait supporter 6 multiplexes. Ces 6 réseaux pourraient offrir
entre 25 et 30 chaînes et desserviraient 75 à 85 % de la
population.
Par ailleurs, le rapport
de Monsieur Lévrier rappelait une évidence : la préparation
d'un cadre juridique adapté au numérique terrestre, et donc
le vote d'une nouvelle loi sur l'audiovisuel était nécessaire.
Si la France est en retard
pour la mise en place de la T.N.T. sur son territoire, elle est en avance
d'un point de vue technique. TDF est entré
en 1997 dans le capital de la société américaine
CTI (Castel Transmission International) qui est en charge des réseaux
numériques terrestres en Grande-Bretagne pour les chaînes
publiques et privées (BDB). TDF a donc acquis dès le lancement
de la T.N.T. en Europe une grande expérience dans ce domaine. Quant
aux industriels, ils travaillent depuis 1997 sur les futurs téléviseurs
numériques avec décodeurs intégrés.
Expérimentations
de la T.N.T. en France
C'est en 1998 que sont lancées
les premières expérimentations du numérique terrestre
en France.
Des petites expériences
sont opérées par TDF (à Metz) ou à l'occasion
par des entreprises privées spécialisées dans l'installation
d'émetteurs de télévision (citons par exemple EMETTEL
à Nogent le Roi, avec l'accord du CSA). Ces expériences
furent concluantes.
TDF a choisi la 19ème
édition des Universités d'été de la communication
(août 1998) à Hourtin, dans le Médoc, pour présenter
au public une première expérimentation grandeur nature de
diffusion numérique terrestre. TDF s'était équipé
pour l'occasion des premiers terminaux T.N.T. commercialisés quelques
mois après en Grande-Bretagne. Deux types de diffusion furent proposés
: une chaîne locale animée par un JRI (Journaliste Reporter
d'Images) ainsi que la reprise des chaînes nationales en flux numérique.
Première expérience : premier succès. L'image et
le son étaient parfaits et le signal numérique en réception
était d'une résistance à toute épreuve.
C'est un mois après
le rendez-vous d'Hourtin qu'a démarré la plate-forme expérimentale
bretonne, créée par TDF
à la demande des pouvoirs publics. Trois sites (Rennes, Vannes
et Lorient) ont été "numérisés".
Cette expérience grandeur réelle a permis de tester les
émetteurs de grande puissance, émetteurs complémentaires
et réémetteurs. Les équipements de tête de
réseau et les deux émetteurs pour diffuser deux multiplex
de programmes numériques (constitués à partir des
transports satellites ou terrestres) étaient installés à
Rennes. Chaque multiplex était composé de quatre ou cinq
programmes suivant le choix des chaînes diffusées par TDF.
TF1
et France Télévision
ont participé à cette expérience.
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