Des usages de plus
en plus actifs
Tant que la télévision
se limitait à diffuser une ou deux chaînes, le téléspectateur
intervenait peu sur les images sortant de son récepteur. Lorsque,
au cours des années 80, le nombre et la diversité des chaînes
a augmenté sur le réseau hertzien puis sur les supports
de complément, et surtout lorsque la télécommande
est apparue, il a adopté un comportement plus actif. La télécommande
lui permet enfin de changer facilement de chaîne sans se déplacer.
Il peut aisément éviter les écrans publicitaires,
changer de chaîne au cours d'une émission qui l'ennuie, ou
même choisir le programme qu'il va visionner après avoir
capté rapidement quelques images de l'ensemble des programmes présents
sur le réseau. En bref, il apprend à sélectionner
les programmes de la télévision généraliste
en fonction de ses centres d'intérêt personnels, grâce
à une nouvelle pratique qui se généralise très
rapidement, le zapping.
Il est évident que
le zapping a transformé l'utilisation de la télévision.
Le téléspectateur se réapproprie ainsi l'ensemble
de la programmation. Il n'est plus obligé de subir les programmes,
il peut accéder rapidement à ce qui lui convient.
D'autres outils périphériques au téléviseur
ont peu à peu transformé l'utilisation de cet appareil,
à tel point qu'il est devenu un véritable terminal d'images
contrôlées activement par les usagers.

De nouveaux usages, surgis
également dans les années 80, ont achevé de désacraliser
le rôle de la télévision en tant que média
de diffusion vertical et unilatéral. Ce n'est plus la télévision
qui dirige. Les images ou les programmes sont à présent
"injectés" et contrôlés par les téléspectateurs,
ou plus exactement les usagers, car ils utilisent activement la télévision.
Celle-ci n'est plus qu'un terminal, que l'utilisateur commande à
sa guise en y branchant un magnétoscope ou une console de jeux
vidéo.
Avec le magnétoscope, le téléspectateur se transforme
en programmateur. Il choisit le programme qu'il souhaite regarder, en
s'affranchissant des horaires de la télévision. Les émissions
diffusées la nuit, en son absence, ou pendant un autre programme
sont enfin à sa disposition, et il peut les visionner autant de
fois qu'il le désire, sans la contrainte d'être présent
à une heure précise. Le téléspectateur a la
possibilité de conserver les informations qui l'intéresse
dans sa vidéothèque.
Bien sûr, ces outils ne remettent pas véritablement en cause
la fonction traditionnelle de la télévision, dont l'usage
principal reste la réception d'une diffusion centralisée.
Néanmoins, le téléspectateur s'émancipe malgré
tout en lui greffant ces nouveaux usages. Confirmant l'idée d'une
individualisation de la télévision, ceux-ci montrent aussi
que le téléspectateur peut agir face à l'écran,
pourvu qu'on lui fournisse des outils moteurs d'activité. Le succès
des jeux vidéo branchés sur le téléviseur
a particulièrement renforcé l'image du téléspectateur
actif. En effet, dans l'usage du zapping, du magnétoscope, puis
dans la pratique des jeux vidéo, l'individu change progressivement
de statut dans son rapport avec la télévision. Il y gagne
une activité croissante, car il contrôle de plus en plus
la machine. Le stade ultime est atteint avec les jeux vidéo. La
télévision n'est plus un écran pour l'individu, elle
tient le rôle d'une interface entre l'usager et un univers qu'il
réorganise à loisir.
Issue de la culture informatique, cette idée d'un écran
actif, qui répond aux demandes individuelles, jusqu'à personnaliser
les informations, et face auquel l'usager n'est plus seulement spectateur
mais aussi acteur, a influencé les diffuseurs de la télévision.
Mais pour appliquer ce concept, la télévision devait avant
tout suivre une évolution technologique. Celle-ci a pu s'effectuer
grâce à l'intégration, au début des années
90, du propre langage utilisé par l'informatique : le numérique.

|