La télévision interactive

La télévision interactive

Internet sur la télévision

L'accès à Internet sur la télévision est maintenant considéré comme un service interactif à part entière pour les diffuseurs de bouquets numériques : de CanalSatellite à TPS, en passant par BSkyB, tous vont proposer un accès simplifié à Internet dans leurs options interactives, via le terminal numérique. Au lieu de "surfer" sur son ordinateur, le téléspectateur est invité à zapper sur le Web devant son téléviseur.
C'est la société américaine WebTV qui a lancé la première l'idée d'un accès Internet sur le téléviseur. Fondée en 1995, WebTV fabrique des terminaux numériques spécifiques réalisés par Sony et Philips, qui, reliés à la ligne téléphonique, permettent de recevoir Internet sur le récepteur de télévision et de naviguer grâce à la télécommande. La société est partie du principe que l'accès du grand public à Internet serait facilité par l'utilisation du téléviseur, présent universellement dans les foyers (à 99% aux Etats-Unis), à la différence du micro-ordinateur (30% des foyers américains à l'époque, aujourd'hui 61%).


Mais plutôt que d'offrir simplement un accès du réseau sur un appareil grand public, une tendance actuelle apparaît, qui cherche à allier l'offre audiovisuelle avec les potentialités interactives d'Internet. Certains diffuseurs américains proposent déjà des programmes utilisant une technologie développée par la société informatique Intel, qui permet de véhiculer des pages Web dans le signal hertzien et de les recevoir en même temps que le programme audiovisuel. Par exemple, la série policière du réseau NBC, "Homicide, la vie dans la rue", se présente à l'écran sous la forme de trois fenêtres : le film apparaît dans le coin supérieur gauche, tandis que des liens hypertexte sont accessibles dans le coin supérieur droit et que les pages Internet sont visibles dans la moitié inférieure de l'écran. Ces dernières donnent des renseignements sur les suspects, des informations policières comme les rapports du médecin légiste, etc., en fait toutes les informations qui peuvent aider le téléspectateur à trouver lui-même le coupable. Un chat-room permet même aux téléspectateurs de comparer leurs points de vue.
Le rachat de WebTV par Microsoft en avril 1997 a marqué un pas de plus dans cette volonté de combiner la télévision avec les ressources disponibles via Internet. Microsoft s'est d'ailleurs associé au même moment à deux autres puissantes sociétés informatiques, Compaq et Intel, pour former la "Digital TV Team", dans le but de promouvoir la convergence d'Internet et de la télévision numérique.


Cependant, un des obstacles à la réalisation du réseau universel interactif par la convergence de l'ordinateur et de la télévision est social. Téléviseur et micro-ordinateur incarnent deux univers spatio-temporels distincts ; dans la maison, ces appareils sont situés dans deux pièces différentes, là où existent des pratiques qui sont loin d'être convergentes. Par exemple, au salon, l'usager se trouve à trois ou quatre mètres de son téléviseur, assis confortablement dans un fauteuil, cette organisation spatiale prédispose à une certaine passivité. De plus la plupart des applications de la micro-informatique sont incompatibles avec une telle distance. Ainsi, la culture micro-informatique serait plus dédiée à l'éducation, à la formation, au travail et nécessiterait une attitude active, alors que la télévision serait plutôt un instrument de loisir culturel et de divertissement auquel est naturellement associé un comportement passif. Plus adéquat pour répondre aux besoins d'information professionnelle, l'ordinateur est plutôt utilisé de façon individuelle lors des plages horaires réservées au travail ou à l'étude, alors que la télévision, plus adaptée à la recherche d'une certaine qualité visuelle et sonore caractéristique des divertissements actuels, est davantage utilisée pendant le temps consacré à la sphère personnelle et familiale. De façon générale, ces deux médias étant chacun dédié à des activités encore relativement séparées, il semble pour le moment difficile pour l'un d'entre eux de répondre à lui seul aux besoins des deux sphères. D'où les difficultés éprouvées pour certains projets d'extension du savoir faire audiovisuel au domaine informatique et inversement.

Les industries des télécommunications, les diffuseurs et producteurs audiovisuels, les industries de l'équipement électronique grand public, les industries informatiques, les fournisseurs de services et les usagers entrent tous en interaction. Pour que la télévision interactive, voire le réseau universel interactif deviennent une réalité, il faut que tous les acteurs négocient pour que les différents projets deviennent compatibles et surtout qu'ils soient ajustés aux usages sociaux. Car à défaut d'une relation entre l'objet technique et l'usage social, les projets échouent.