La télévision interactive

La télévision interactive

Un contenu uniforme

La télévision interactive, quelles que soient les formes sous lesquelles elle est envisagée, peut-elle vraiment devenir un réseau universel interactif, c'est-à-dire un média qui donne accès à tous à un libre choix parmi une multiplicité d'informations qu'il est possible de se réapproprier?

Il est généralement admis que la diversité du contenu d'un système de communication est la garantie de la liberté d'information. Or bien que les acteurs traditionnels de l'audiovisuel ne soient plus les seuls concernés et que de nouveaux opérateurs apparaissent, tous sont ou seront obligés d'adopter une stratégie d'intégration horizontale et verticale maximale pour construire les infrastructures de l'information, ce qui réduit finalement la diversité des initiateurs de l'offre. Les multiples alliances et fusions (AOL et Time Warner par exemple) auquelles on assiste ces dernieres années sont capables de rivaliser par leur puissance avec les sociétés de télécommunications.
Ces concentrations internationales suscitent de nombreuses craintes quant à la préservation de la diversité de l'offre et des cultures nationales. En effet, cette accentuation de la globalisation du marché de la communication limite la propriété du réseau universel à quelques oligopoles mondiaux, chacun gérant son propre réseau de distribution planétaire. Par conséquent, la détention des droits audiovisuels - c'est-à-dire la propriété du contenu principal du réseau, en-dehors des services de marketing direct comme le téléachat - sera aussi restreinte à ces multinationales de la communication. Une telle concentration risque d'uniformiser les productions et de privilégier, comme toujours, le modèle tout-puissant nord-américain. Ceux-ci ont déjà imposé leurs standards dans la télévisison "traditionnelle" (pour les formats des fictions ou des magazines, par exemple) et il est probable que le phénomène persiste dans le cadre du réseau multimédia interactif. La preuve en est la bataille acharnée que se livrent CanalSatellite et TPS pour acquérir les droits exclusifs des films des majors hollywoodiens.


Il ne faut pas oublier que la technologie numérique est actuellement utilisée en priorité pour développer les capacités de diffusion et a donc donné naissance à une logique d'augmentation de l'offre, non pas dans la diversité, mais dans la quantité. Du reste, les premières tentatives de télévision interactive s'appuient relativement sur les programmes standardisés de la télévision : le paiement à la séance de films ou d'émissions sportives, la vidéo à la demande ou les informations à la demande ne font que s'appuyer sur les genres habituels de la télévision. La liberté octroyée à l'usager se limite à la possibilité de pouvoir choisir simplement parmi une plus grande quantité de ces genres de programmes sans qu'une réelle diversité n'apparaisse. Or le véritable essor de la télévision interactive nécessite la production de programmes innovants.