La télévision interactive

La télévision interactive

Un contenu contrôlé

Bien que le développement de la télévision interactive nécessite la production de programmes innovants, il reste très difficile d'ajuster une offre à une demande qui reste généralement inconnue. Le téléspectateur souhaite-t-il vraiment s'impliquer dans le programme et dans quelle mesure ? Aucune étude ne permet de répondre encore à cette question. Aussi, les opérateurs doivent-ils lancer des programmes en quelque sorte "au hasard", et voir ensuite quelle est la réaction des utilisateurs. Il semblerait que concernant les nouvelles à la demande, les téléspectateurs considèrent l'interactivité comme un moyen de hiérarchiser et d'approfondir l'information par rapport à leur goût et intérêt personnel, mais veulent aussi garder à l'écran le déroulement en version linéaire du bulletin, justement pour ne rien perdre du contenu initial. Témoin d'un autre changement dans les habitudes médiatiques, l'interactivité sert ainsi à réorganiser l'information, plutôt qu'à la morceler.


La volonté d'implication du téléspectateur n'est donc pas systématique et c'est probablement ce qui conduit l'ensemble des opérateurs à proposer des choix toujours limités et toujours balisés. Le modèle de diffusion reste prioritaire, les opérateurs veulent continuer à contrôler le contenu qu'ils transmettent pour fidéliser le public. La tendance d'Internet à adopter la technologie "push" le montre. L'interactivité est avant tout utilisée, non pas pour permettre la libre expression de l'individu, mais pour personnaliser les programmes et services afin qu'il puisse facilement trouver dans une offre grandissante de quoi satisfaire ses besoins de consommation, et ce, au détriment de l'accès à des services culturels et informationnels. L'utilisateur n'agit que pour sélectionner les produits qui lui conviennent.
Dans un tel contexte, l'interactivité se résumerait à des dispositifs sophistiqués de sélectivité, permettant de choisir entre diverses options commerciales pré-programmées.
Le fait de considérer l'usager exclusivement comme un consommateur pose également le problème de l'universalité d'accès aux programmes et services.

Le libre accès pour tous

On constate que la capacité contributive du téléspectateur pour accéder à l'offre proposée par les opérateurs se généralise. L'apparition de la télévision payante a contribué à créer une télévision à deux vitesses : déjà, certaines retransmissions sportives ne sont plus disponibles pour le téléspectateur qui se contente de la télévision généraliste gratuite. La systématisation du paiement à la consommation dans les dispositifs interactifs risque d'augmenter encore ce processus d'exclusion. La possibilité de consulter des informations supplémentaires ne sera réservée qu'à ceux qui en auront les moyens, si l'interactivité continue à être perçue comme une valeur ajoutée payante par les opérateurs. Mais l'universalité d'accès n'est pas seulement un problème éthique, elle est peut-être aussi la condition de viabilité des réseaux multimédia interactifs. Il est évident que le téléspectateur a tendance à restreindre l'utilisation de la télécommande lorsqu'il sait que le fait d'appuyer sur un bouton entraîne une diminution de son compte en banque. En revanche l'universalité d'accès à tous les services et programmes est certainement une stratégie qui favorisera le développement des réseaux multimédia interactifs.