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LE MÉDECIN
DU TRAVAIL TÉMOIN DE LA VIOLENCE OCCULTE DANS LENTREPRISE
Réunion de
la Société de Médecine, dHygiène
et de Sécurité du Travail de Strasbourg de Mars
1996
Communication présentée
par lassociation Mots pour Maux au Travail.
Introduction
Depuis un an, un groupe dune dizaine
de médecins, sintitulant Groupe déchange
sur le travail, sest réuni une fois par mois, pour
réfléchir sur leur métier et sur les difficultés
actuellement rencontrées pour lexercer.
Plusieurs thèmes ont été
abordés :
- Lentreprise : sa réalité,
ses règles de fonctionnement ; lieu de conflits et dexpression
du pouvoir, quelle place réserve-t-elle au médecin
du travail aujourdhui ?
- Le travail : pourquoi une telle
importance sociale ? Est il possible dexister dans la société
aujourdhui, hors cadre du travail ? Permet il lépanouissement
de lindividu dans son entier ?
- Le salarié : comment peut-il
être reconnu dans sa globalité, dans lentreprise
aujourdhui ? Nest-il quun pion ? Comment exprime-t-il
son mal-être et sa souffrance ? Quelle demande face au
médecin du travail ? De quel pouvoir linvestit-il
?
- Le médecin du travail :
quelle est sa place ? Souffre-t-il lui même de se sentir
manipulé et tiraillé entre deux exigences : le
droit à la santé ou le droit au travail ? Comment
peut-il réagir face au décalage de plus en plus
grand entre ce quil pensait pouvoir faire et ce quil
peut faire réellement? Quelle attitude adopter et quelle
réponse apporter à la souffrance de plus en plus
grande exprimée par les salariés dans son cabinet
médical ?
A lissue dun certain nombre
déchanges, le groupe a décidé dapprofondir
quelques thèmes et de témoigner car il lui a semblé
essentiel de faire entendre la parole des salariés. Le
groupe a choisi de vous présenter, sans porter aucun jugement,
quelques exemples de témoignage de souffrances ressenties
par des salariés dans leur pratique professionnelle quotidienne.
Les cas présentés sont représentatifs
de ce qua vécu le groupe et suffisamment répandus
pour que chaque membre sy soit reconnu à un moment
ou à un autre de son quotidien. Il nest bien sûr
pas question de généraliser à toutes les
entreprises ces observations et il est clair quun certain
nombre de médecins ne trouveront pas décho
dans les cas qui vont maintenant être décrits et
qui témoignent de la violence occulte dans les entreprises.
Ces quelques cas nont pas pour but
de faire pleurer " Margot ", ni de montrer
du doigt qui que ce soit. Il sagit uniquement de vous rapporter
quelques témoignages qui auraient pu être formulés
lors de vos consultations médico-professionnelles habituelles.
Limportant étant simplement davoir pris le
temps découter la parole du salarié exprimant
son vécu du travail.
II - Témoignages.
Témoignage N° 1
Madame S 41 ans, ouvrière à
ses débuts, a grâce à son investissement
important dans le travail dans les années 80 et à
ses capacités intellectuelles obtenu une promotion en
devenant administrative. Elle occupera ce poste pendant de longues
années à la satisfaction de tout le monde. A la
suite dune modification de la structure hiérarchique
et notamment la disparition de certains niveaux hiérarchiques,
il y a déplacement de personnes en cascade. Le poste quelle
avait tenu vient à être occupé par une personne
également déplacée mais mieux qualifiée
quelle. Elle est obligée de céder son poste
pour être reclassée en production. Elle ressent
alors un profond sentiment dinjustice puisquelle
navait pas failli à son travail. Son poste est occupé
par une personne mieux payée alors quelle avait
bien fait laffaire pendant de nombreuses années.
Enfin elle na pas pu discuter la décision avec son
responsable.
- Dans cet exemple cette dame est prise
pour un pion que lon déplace sur un échiquier,
celui de lentreprise. Elle a le sentiment désagréable
quon fait ce que lon veut delle et de plus
sans linformer.
- Elle vit cette mutation comme une blessure
damour propre. Cette blessure damour propre et labsence
de reconnaissance du travail fourni, produit un profond sentiment
dinjustice et dimpuissance face aux événements.
- Pour elle cette opération na
même pas de justification économique puisque la
personne qui la remplace est mieux payée quelle.
- Dans sa tête ce sont les petits
niveaux qui trinquent comme dhabitude.
Témoignage N° 2
Monsieur M. 38 ans, ingénieur a
développé pendant quelques années un projet
laborieux sur de nouvelles matières plastiques au sein
dune équipe. A la suite dun changement de
stratégie le projet déjà bien avancé
est retiré petit bout par petit bout à cette équipe
pour être attribué à une autre équipe.
Monsieur M. avait eu limpression davoir accepté
la décision. Mais apparaissent des problèmes de
santé avec HTA alors quil était toujours
normotendu, le sommeil se dégrade, il se sent fatigué
etc.
- Dans ce cas Monsieur M. est dépossédé
du fruit de son travail dans lequel il sétait fortement
investit et peut être même identifié. Il y
a négation de son investissement. Cest léquivalent
dun rapt, on lui prend sa création, cest comme
si on lui prenait son enfant. Cette perte bien quacceptée
en apparence fait son travail de sape, déstabilise le
salarié, le mine sournoisement et explique probablement
lapparition de la pathologie psychosomatique citée.
Témoignage N° 3
Madame Y 33 ans revient de maternité
et ne reçoit pas laugmentation de salaire promise
avant son départ en congés et cela sans explication
de la part de son responsable. Est-ce du fait de sa grossesse
? Sur le plan de la production elle avait même pendant
sa grossesse produit les quantités demandées et
même au delà. Elle ne comprend pas pourquoi son
chef revient sur sa promesse et pourquoi il ne lui donne aucune
explication.
- Labsence dexplication, est
ressentie comme une torture invisible, une torture morale. Comme
cette souffrance ne se voit pas et ne sentend pas cest
comme si elle nexistait pas.
- Elle se demande si sa grossesse nest
pas à lorigine de sa situation, cest pour
elle lannulation pure et simple de son droit à la
maternité.
- Enfin la parole nest pas tenue
malgré le contrat tacite qui prévoyait une augmentation
de salaire. Pour cette dame il est difficilement concevable quune
parole donnée ne soit pas tenue, et son absence est ressentie
comme une violence sans nom.
Témoignage N°4
Madame C 59 ans travaille dans un service
administratif depuis une vingtaine dannées. Comme
chaque année elle attend son entretien annuel dévaluation.
Ne le voyant pas venir elle prend linitiative de le demander
à son chef juste avant de partir en congés. Lentretien
se déroule mal et est sanctionné par " doit
faire ses preuves " !!! On lui reproche son manque
dintérêt pour son travail et son manque de
compétence technique pour le nouveau système informatique.
Lentreprise avait procédé peu avant au changement
du logiciel de gestion. Tout le personnel du service avait bénéficié
dune formation pour le nouveau système de gestion.
Cependant il ressortait de la formation quelle était
plus lente que ses jeunes collègues. Le départ
en vacances se fait sur le mode dépressif. De retour de
congés une collègue lui annonce la restructuration
du service mais qui ne concerne quelle. On ne la veut plus
dans le service, elle sera remplacée par une plus jeune.
Nayant aucune directive de son chef directe elle ne bouge
pas ne sachant où aller pendant 10 jours. Elle fini par
être affectée à un autre service. Le nouveau
responsable la refuse publiquement sous prétexte dun
manque de discrétion. Elle craque et fond en larmes. Un
autre chef de service la prend dans son service et lui donne
un travail darchivage, travail effectué auparavant
par chacun. La descente aux enfers se termine chez son médecin
traitant qui ne peut constater quune dépression
réactionnelle grave. Pendant son arrêt maladie dont
lorigine professionnelle ne fait pas beaucoup de doute,
elle fera une tentative de suicide.
- voilà une femme de 59 ans qui
perd subitement sa place dans lentreprise, sans recours
et sans appel car la restructuration ne touche quelle,
elle se tournera alors vers son médecin traitant car la
question de la folie se pose. Elle ne sait plus très bien
si elle est devenue subitement folle ou si cest lentreprise
?
- Sans ménagement elle est remplacée
par une salariée plus jeune.
- Son responsable ne lui laisse pas la
possibilité de sexprimer et donc ne permet aucun
échappatoire à sa souffrance. Il émet un
jugement négatif mais en connaît-il les effets destructeurs
? Il a en parole cassé le contrat de travail, en dautres
termes il nattend plus rien delle si ce nest
son départ.
II - Ouvertures
Il nous a semblé que si lexposé
des cas était un point de passage indispensable, il était
tout aussi indispensable de ne pas sen tenir là.
En effet, la description dun phénomène est
une étape nécessaire à sa prise en compte,
ce nest cependant pas suffisant pour agir dessus. Laction
passe aussi par la compréhension. Cest pourquoi
nous avons tenté daller au delà par un
travail réflexion et de mise en mots.
Les constantes.
On trouve en effet des constantes dans
tous ces cas. On a donc tenté den faire une synthèse.
- La première de ces constantes est
lannulation des sujets. Cest à dire
les tentatives destinées à faire disparaître
symboliquement les individus en tant que personnes uniques. Cette
annulation apparaît à travers le fait que les personnes
sont interchangeables, donc identiques les unes aux autres, sans
capacités propres, sans place particulière dans
le tissu social. On peut les déplacer, les manipuler,
les déposséder de leur place, de leurs créations
; elles sont réduites au rang dobjets.
Ce qui caractérise également
la plupart de ces cas et qui vient renforcer le sentiment dêtre
annulé cest labsence de parole. Les
décisions sont prises sans que les intéressés
soient avertis et sans quon leur demande leur avis. Cette
absence de parole aboutit en outre au fait que ces pratiques
sont ressenties de façon particulièrement brutale
voire violente puisque les salariés nont pas pu
sy préparer.
Cette absence de préparation qui
permettrait la mise en place de défenses en fait une expérience
traumatisante au sens fort du terme cest à dire
une véritable effraction psychique provoquant un débordement
des défenses qui perdent de ce fait leur efficacité
et leur fonction protectrice.
Étant donnée la place prépondérante
que tiennent le travail et la situation professionnelle dans
la structuration de lidentité, on voit que les pratiques
dannulation et dexclusion prive du même coup
les personnes de points de repères fondamentaux et ébranlent
les bases de leur identité. Elles risquent pour ainsi
dire lanéantissement tant symbolique que réel
puisque certaines vont jusquau suicide.
- La disparition des règles.
Une autre constante qui se profile derrière
ces cas cest la disparition des règles. Pour mieux
en cerner les conséquences, il nous faut faire un détour
par la fonction des règles. En effet, si la plupart
du temps les règles et les lois sont vécues comme
des contraintes, elles constituent cependant une protection dune
part, et dautre part des points de repères qui permettent
de se situer et de se structurer, de se stabiliser.
Or, dans les cas qui sont exposés,
on voit que les règles relationnelles habituelles, la
parole donnée ne constituent plus des contrats moraux.
Les lois, les règles de fonctionnement annoncées
sont détournées, bafouées. De ce fait, elles
ne remplissent plus leur fonction.
On sest aussi posé la question
de ce qui est exigé des personnes à travers un
contrat implicite qui dépasse largement le cadre du contrat
de travail. En effet, un contrat de travail est un engagement
réciproque dans le cadre duquel il sagit officiellement
déchanger un potentiel de travail contre un salaire.
Au plan symbolique, il sagit déchanger un
investissement partiel de la personne contre une place sociale
qui assure la survie à la fois matérielle et subjective.
Or, dans les cas quon a vus, il sagit en fait de
bien plus, puisque ça concerne la vie hors travail, les
choix personnels, affectifs, les projets de vie, la personne
dans son entier, y compris son " âme "
en quelque sorte. Le prix à payer est trop élevé
pour le salarié qui ny retrouve plus son compte.
Cest une atteinte à sa personne.
Le sentiment dannulation subjective,
la disparition des règles, voire leur contournement confirment
bien que les visées implicites de ce type de fonctionnement
sont la " main mise " sur les sujet, leur
appropriation, leur manipulation. Rien détonnant
alors que les personnes se sentent dans une situation de danger
extrême. Perte de sens, perte de points de repères,
déstructuration génèrent une angoisse liée
à la peur de disparaître socialement, dêtre
anéanti, dévoré. On est dans un vécu
subjectif proche de lanthropophagie, qui peut mener à
la disparition réelle puisque certains tombent malades
ou se suicident.
Ces cas (surtout le dernier) illustrent
un concept récent en France, qui vient de Suède
et qui a été mis au point dans les années
80 par un chercheur allemand : Heinz Leymann, professeur de psychologie
du travail à lUniversité de Stockholm. Il
sagit du mobbing (de langlais to mobb : malmener)
ou harcèlement psychologique sur les lieux de travail.
Le mobbing consiste à isoler et
à harceler une personne par des propos ou agissements
hostiles jusquà ce quelle craque (dépression
maladie psychosomatique, démission, etc.). Le but plus
ou moins conscient est de manipuler la victime. Le mobbing peut
sexercer sur un même niveau hiérarchique :
entre collègues ; ou de façon ascendante : des
salariés qui prennent leur supérieur hiérarchique
comme victime ; ou de façon descendante : un supérieur
hiérarchique qui harcèle un subordonné.
A travers les cas quon a vus, on peut supposer que dans
certains cas le mobbing est utilisé de façon systématique,
comme stratégie de management, permettant de se débarrasser
de certaines personnes à peu de frais.
Le mobbing trouve son origine, daprès
Heinz Leymann, dans des défaillances au niveau de lun
ou lautre des 3 facteurs suivants :
- lorganisation du travail,
- la conception des tâches,
- le management et lanimation des
salariés.
Daprès une récente
étude faite en Allemagne, le coût dun mobbing
se situe pour une entreprise entre 50 000 et 150 000 DM. En Suède,
le mobbing touche 3,5% des actifs ; entre 1 suicide sur 6 et
1 sur 10 est la conséquence dun mobbing.
Depuis 1993, le mobbing est un délit
en Suède. Il faut rappeler que dans ce pays la législation
du travail ne vise pas seulement à protéger la
seule santé physique des salariés, mais aussi leur
santé psychique puisque les maladies psychosomatiques
peuvent être reconnues comme maladies professionnelles.
- Les mécanismes du contrôle
sur les sujets.
On a pu retrouver à travers ces
cas des mécanismes qui ont pour visée dinstaurer
un certain contrôle sur les gens. Une précision
simpose ici : il nest pas question de faire des procès
dintention. En effet, rien ne nous permet de dire que la
mise en oeuvre de ces mécanismes sont le fait dun
machiavélisme achevé. Il sagirait plutôt
dun refus inconscient danticiper sur toutes
les conséquences possibles de telles pratiques ; en effet,
au delà des conséquences immédiates et escomptées
(éviter une procédure de licenciement par exemple)
on ne veut pas se préoccuper ni même envisager les
effets dévastateurs sur les personnes particulièrement
lorsque les événements prennent une tournure tragique.
On a pu identifier une série de
mécanismes qui consistent principalement à déstabiliser
les personnes dune part, à empêcher la mise
en oeuvre des régulations sociales dautre part afin
de mieux manuvrer :
- déstabiliser les personnes :
- faire perdre confiance en soi, déstructurer,
comme on vient de le voir,
- faire peur (perte demploi, menaces
plus ou moins explicites de répressions diverses) faire
régner la terreur,
- rendre dépendant affectivement
ou financièrement,
- déstabiliser les points de repère,
en contournant les règles, comme on la vu aussi,
- empêcher les régulations
sociales :
- casser le tissu social en détruisant
les collectifs (bouleversement, éclatement des équipes,
méthodes de rémunération individualisantes,
instauration de compétitions qui mettent les salariés
en concurrence, brisant les solidarités etc.),
- neutraliser les contre-pouvoirs sous toutes
leurs formes (notamment les syndicats en donnant des promotions
aux syndicalistes les plus craints),
- empêcher lexpression des problèmes,
leur verbalisation par lexistence de tabous, dinterdits
(tabou de la parole sur la souffrance par exemple).
Que peut faire le Médecin
du travail?
- La première est que, face aux conséquences
néfastes la souffrance intense des personnes, face à
leurs demandes pressantes, le médecin du travail est parfois
prisonnier de limage quon lui prête. Il est
alors tenté de répondre à ces demandes dintervention
directe sans en avoir réellement les moyens et se trouve
alors particulièrement démuni et impuissant, voire
lui même objet de pressions. Il ressent à son tour
un profond malaise faute dentrevoir dautres moyens
daction. Le pouvoir du médecin du travail est en
fait limité.
- La seconde est que ces demandes dintervention
ne doivent pas occulter la demande sous-jacente qui est une demande
daide, parfois même un appel au secours. Se précipiter
dans laction risque dentraver la perception de ces
demandes sous-jacentes.
Dans les cas qui nous occupent en effet,
la demande adressée au Médecin du travail est une
demande daide par rapport, on la vu, à un
risque de mort symbolique, de disparition subjective.
Cette demande renvoie à ce quon pourrait appeler
une recherche de soutien social cest à dire
de la possibilité dêtre reconnu dans sa souffrance
par un tiers rôle aussi souvent tenu par lentourage,
la famille). Cette reconnaissance éloigne alors le risque
de mort symbolique. Dans ces situations particulièrement
déstabilisantes, la perte du soutien social peut avoir
des conséquences dramatiques. Le médecin du travail
joue alors un rôle de première importance.
- Le rôle du Médecin du
Travail.
Le rôle du médecin du travail
sarticule autour de 3 types dactions : lécoute,
la mise en mots ou nomination et le témoignage. Jemploie
à dessein le terme " daction "
pour désigner des pratiques qui ne sont habituellement
pas considérées comme telles.
En effet, on sous estime généralement
la portée de lécoute et de la nomination
qui détiennent dans les cas qui nous intéressent
des vertus hautement thérapeutiques.
Il ne sagit pas là de thérapie
au sens propre, mais dune conduite à tenir dans
une situation durgence afin de " récupérer "
la personne et déviter des dégâts plus
grands ou plus simplement laider à tenir. En aucun
cas il ne sagit de soigner une névrose traumatique
ou un effondrement narcissique ou une décompensation psychotique.
Cest cependant le premier geste dune action thérapeutique
dont le but est à la fois déviter une issue
tragique, mais aussi de sauvegarder ce qui peut lêtre
encore. Mais nous allons voir dun peu plus près
quelles " fonctions " thérapeutiques
peuvent avoir lécoute et la nomination.
- Fonction de lécoute dans
ce contexte particulier:
Ce qui caractérise en effet les
cas que lon vient dévoquer cest on la
vu une souffrance dans le contexte dun danger danéantissement
Or le fait dêtre entendu au delà de ce que
les mots peuvent dire, dans linnommable de lhorreur
et de la terreur a une fonction restauratrice dans la
mesure où le sujet est reconnu, accepté dans ce
quil a dunique, de non communicable et de nié
par ailleurs.
Il ne sagit pas seulement dadopter
une attitude dattention bienveillante, mais il sagit
découte active : il faut que la personne
ait le sentiment davoir été " comprise "
; ceci se transmet par la reformulation. Ce travail peut se faire
plus facilement si celui qui écoute a , à un moment
donné de sa vie, reconnu, nommé pour lui et chez
lui aussi ce qui apparaît maintenant chez son vis à
vis. Il sagit de laider à parler ce qui na
pas pu lêtre et dentendre lindicible.
Et cest quelquefois suffisant pour que quelquun reprenne
confiance en soi, retrouve ses bases et récupère
ses défenses. A partir du moment où on trouve un
écho chez son interlocuteur, on nest plus isolé,
le risque de perdre contact avec la réalité séloigne.
- Les fonctions de la nomination.
La mise en mots nest pas un acte
anodin. Lorsquun enfant vient au monde, on lui donne un
nom, on le " reconnaît ". On le différencie
ainsi de sa mère, on reconnaît son autonomie, on
lidentifie, il sinscrit dans la société,
il existe. Il en est de même pour toute mise en mots.
- au plan individuel, nommer permet de mieux
comprendre, de prendre de la distance, danalyser ce quon
ressent. On peut reconquérir un sentiment de maîtrise,
on ne subit pas passivement les événements, on
redevient sujet dune part ; on est dautre part replacé
dans le tissu social à travers les possibilités
de reconnaissance et de communication,
- au plan social, cest ce quon
fait ici et maintenant, on nomme pour transmettre, pour donner
des éléments de compréhension, pour se reconnaître
dans quelque chose déjà vécu par dautres,
pour se sentir moins seul.
- Les fonctions du témoignage.
Il existe encore un autre niveau à
la demande dintervention, cest celui du témoignage.
On se situe alors dans une perspective éthique. A-t-on
le droit de garder pour soi ce quon a appris sur les tentatives
quelques fois réussies dannulation des personnes.
Le témoignage, tout en permettant
à dautre de se reconnaître et de se faire
reconnaître à leur tour, permet aussi, et cest
ce qui nous a poussés à le faire, de sortir du
malaise lié au sentiment dimpuissance.
Conclusion
Nous espérons que ce travail que
nous avons amorcé trouvera un écho parmi vous et
pourra être utile à certains. Il nous apparaît
que les orientations à prendre maintenant sont triples
:
- Continuer à travailler, nommer,
réfléchir, comprendre, témoigner et communiquer,
- Faire évoluer le cadre de la législation
du travail permettant une prise en compte de lintégrité
psychique des personnes dans le travail. En attendant pourquoi
ne pas faire des déclarations de maladie à caractère
professionnel devant de tels cas ?
- Former les médecins du travail
qui souhaiteraient mettre en oeuvre et améliorer les pratiques
découte et de nomination.
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