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SOMMAIRE

Home -The Killer Angels- La bataille de Gettysburg - Cinquante photos - L'article d'un reenactor français - La bande originale - Critique du président du CCFF - Biographies et filmographies des acteurs - Infos sur les deux autres opus - Le réalisateur Ronald F. Maxwell - Mon article paru dans le Courrier d'Amérique - Les liens sur d'autres sites sur le(s) film(s)

 

 

Voici mon article paru dans le Courrier de la Guerre d'Amérique n-53

 

 

Gettysburg the movie

 

 

La bataille de Gettysburg est la plus importante de la Guerre de Sécession. Son importance plus symbolique que stratégique devait avoir sa version cinématographique, aux proportions aussi extraordinaires que la bataille elle-même.

Michael Shaara, romancier, écrivit en 1974 un roman sur cette bataille, The Killer Angels. Comme le rappelle son fils dans une interview : " A l'époque, personne ne se souciait d'un roman sur la Guerre de Sécession, tout le monde avait les yeux rivés sur les désastres de la guerre du Vietnam." Une année plus tard, Michael Shaara remportait le prix Pulitzer, mais ce prix ne lui apporta pas la consécration, bien au contraire. " Mon père ne tira jamais profit de son roman The Killer Angels, c'est à la sortie de Gettysburg que le livre devint un best-seller."se souvient Jeff Shaara. A l'heure actuelle, on a vendu plus d'un million de copies du roman, et on le considère comme le meilleur livre écrit sur la Guerre de Sécession. Shaara décrit l'histoire en suivant quelques-uns des protagonistes, comme Lee, Armistead et Chamberlain, dont les noms sont entrés dans l'histoire.

Ce concept plu à un réalisateur américain, Ronald F. Maxwell, qui en était à son sixième film, et qui rêvait de réaliser une adaptation sur cette immense bataille. Il travailla beaucoup avec l'écrivain, pendant de nombreuses années. Puis Michael Shaara décéda en 1988. A cette date, Ronald F. Maxwell avait terminé son scénario, largement inspiré du roman. Il le proposa à Kevin Costner, mais celui-ci était occupé à réaliser Danse avec les loups. Le co-producteur Robert Katz raconte : " Nous voulions d'abord réaliser un téléfilm pour ABC sur le général Custer, mais le peu de réponses que nous avons eu nous a décidé à abandonner le projet. Il ne nous restait plus qu'à aller voir Ted Turner, au point où nous en étions, c'était la seule chose à faire. Turner fut emballé par l'idée, d'autant plus que son livre de chevet de l'époque était The Killer Angels !! Ted Turner nous a dit " Vous allez me donner un nouveau Autant on emporte le vent", et c'est ainsi que le projet germa dans nos têtes."

Prédestiné à être un série, ils fixèrent pour Gettysburg un budget de 13 millions de $. Mais Ted Turner convainquit la production de faire un film, et le budget augmenta pour atteindre la somme de 18 millions de $. Le patron de CNN investit 100'000 $ pour avoir l'unique et incroyable chance de pouvoir tourner sur le terrain du Gettysburg National Military Park, qui jusque là avait refusé à toutes les productions le droit de filmer sur le site. Pour la figuration, on fit appel à plus de cinq mille reenactors, ce qui correspond à des centaines de régiments de reconstitutions, venant de quarante-sept états, qui se rallièrent au projet. Ensuite, pour les rôles principaux, on réunit deux cents acteurs professionnels. Parmi le casting, on remarqueTom Berenger ( Sliver ), Jeff Daniels ( Les 101 dalmatiens, Arachnophobie ), Martin Sheen ( Wall Street ), puis d'autres acteurs de second plan comme Richard Jordan, Brian Mallon, Stephen Lang ou Andrew Prine. Pour l'anecdote, le rôle de Robert E. Lee avait tout d'abord été attribué à Robert Duval, Albert Finney et George C. Scott, mais leur piètre démonstration lors des castings à décidé la production à choisir Martin Sheen.

Les acteurs, les figurants, l'équipe de tournage et toute la production représentait plus de six mille hommes. Pour gérer une pareille entreprise, la production fit appel à des organisateurs du festival Woodstock, habitués aux proportions légendaires. Arrivés à Gettysburg, l'équipe de tournage s'installa, avec une caravane pour le pelliculage juste à côté des sites de tournage, pour plus de rapidité. Les reenactors établirent leur campement proche de celui de la production, où ils vécurent pendant toute la durée du tournage. La population de Gettysburg s'investit beaucoup dans la tâche, recréant l'atmosphère de l'époque. Ronald F. Maxwell décrivit sa vision dans une interview : " Ce fut une fantastique expérience. Retrouver l'époque où nos ancêtres ont combattu, c'était irréel, mystique. La population de Gettysburg fut d'une grande aide. Pendant tout le tournage, la population avait remis les habits d'époques, nombre des artisans locaux ont aidé la production pour les décors et la fabrication des armes factices. Ils ont vraiment aidé à la réussite de ce film."

Le scénario impliquait la construction de quelques édifices, les plus importants de la bataille. Parmi eux, le Lutheran Theological Seminary, dont certains habitants de Gettysburg ont réalisé une copie de la coupole et du bâtiment, pour filmer les séquences avec le général Buford. Ensuite, pour un plan de quelques secondes, la production a fait construire le célébrissime Cashtown hotel, devant lequel le général Lee passe pour se rendre au front le premier juillet. Il y a aussi les deux quartiers généraux, tous deux reconstruits, qui figurent dans le film. On peut noter les quelques habitations de Taneytown, même s'il paraît certain qu'il ne s'agit que des parois soutenues par des piliers, et non de véritables habitations.

Les effets spéciaux ne sont pas vraiment présent dans Gettysburg. Il y a les coups d'śil intéressants, comme l'arrière-fond lorsque Buford attend Reynolds dans la coupole du Lutheran Theological Seminary, juste avant que le général surgisse à cheval. Regardez bien… Il s'agit de la célébrissime et seule photo de Gettysburg en 1863 prise depuis la Chambersburg Pike. La photo a été colorée, et l'ensemble rend à la séquence une belle vision d'époque. Sinon, les autres effets sont les boulets incandescents qui traversent et explosent dans le ciel, et les soldats qui sont emportés par les explosions et qui jaillissent dans les airs. Cette absence

d'effets spéciaux donne aussi au film un aspect naturel, et par conséquent, retranscrit mieux l'atmosphère d'époque.

Pour le montage, on passe d'un gros plan à un panorama, on alterne les vues entre les ennemis, et on suit beaucoup les personnages principaux. Certaines prises alternent entre la vue du terrain où est tourné le film et des vues du terrain original ( voir encadré page suivante ) protégé comme une possession du Gettysburg National Military Park.

Pour les costumes et les armes, c'est une firme du Delaware, Grand Illusions, qui a produit les costumes pour les acteurs du film. Les uniformes du film de Longstreet, Pickett et Chamberlain sont conservés à Gettysburg, dans la Farnsworth House, fan club officiel du

film. Pour diversifier les vêtements sudistes, le costumiers du film ont fabriqué des uniformes se distinguant par trente-cinq sortes de gris. Les reenactors avaient bien évidemment tout leur matériel sur eux. Les armes des acteurs ont été fourni par une armurerie de la Steinwehr Avenue, à Gettysburg.

Le peintre américain Mort Künstler a été payé par Ted Turner pour peindre différentes scènes du film. C'est la raison pour laquelle le peintre a sorti pour le 130ème anniversaire de la bataille un livre de peinture retraçant les moments forts du film.

Le tournage dura dix semaines et demi. Après, toute "l'armée" de la production quitta Gettysburg, pour monter le film, rajouter les effets et la musique.

Michael Shaara, Ted Turner et Ronald F. Maxwell attendait beaucoup de la musique. Le concept même du film impliquait des panoramas bercés par une musique grandiose. Pour remplir cette écrasante tâche, ils firent appel à Randy Edelman ( Beethoven, Le dernier des Mohicans ). Celui-ci se mit au travail avec ardeur. Le résultat est à la hauteur des espérances. Randy Edelman le disait lui-même : "Quand j'ai commencé à composer la musique de Gettysburg, je n'avais que des photos et quelques brèves séquences d'essai du futur film. C'était dur de s'imaginer comment commencer. Mais Ron Maxwell et Ted Turner m'ont expliqué précisément ce qu'il voulait au final. Regardez la scène où Chamberlain tente de rallier les déserteurs à son régiment ou quand Armistead charge le dernier jour et vous comprendrez les séquences qui ont inspiré la musique de ce film." Plusieurs fois plébiscité, c'est sans aucun doute l'une des bandes originales les plus réussies de cette fin de siècle.

Les côtés positifs de ce film sont entre autres son impartialité quant à la différence Nord-Sud. Par rapport à Autant on emporte le vent qui affiche son parti pris évident pour le Sud, et Glory, qui, involontairement ( il montre le racisme nordiste et sudiste, mais on a quand même au terme du film une bien mauvaise image du Sud ) montre son parti pour le Nord, dans Gettysburg, il n'en est rien. On suit Chamberlain et Armistead, on se lie eux, les deux partis défendent leurs intérêts. Comme le dit la "phrase du film" ( Même pays, même dieux, mais des rêves différents ), on approfondit les causes de la guerre, au lieu de juger avec ce que l'histoire a retenue : l'esclavage.

Le film tourne ensuite autour des sujets primordiaux ( racisme, les anciens amis ennemis ), et sa très longue durée permet d'approfondir ces sujets. Les discussions entre Kilrain et Chamberlain, entre Pickett et ses généraux avec le correspondant anglais Fremantle, sont riches, intéressantes et très importantes : elles expliquent précisément les faits, donnant tout à tour raison aux deux camps en présence.

On retrouve aussi les meilleurs scènes de combat sur le sujet, et même, selon une critique américaine, les meilleures scènes de combat de l'histoire du cinéma. Les vues sont splendides, et la diversité du scénario permet d'éviter les scènes répétitives et ennuyantes.

Les côtés négatifs, c'est le côté théâtral de cette adaptation. Comme le soulignait une critique outre-atlantique, les barbes sont un peu grossières, genre "gentleman"…Un journal de télévision suisse écrivait c'est la guerre "vue du côté des officiers". C'est ce qui manque face à un film comme Glory. On ne voit que les sentiments des commandants, on en vient même à regarder les morts de la charge de Pickett avec lassitude, sans presque plus de pitié pour les pauvres bougres qui tombèrent ce jour-là. On ne réalise que c'est vraiment la guerre seulement quand un officier connu meurt, comme Reynolds ou Garnett. Mais c'est le côté "politiquement correct" du film, on ne veut pas un Il faut sauver le soldat Ryan, on veut montrer l'héroïsme, pas l'horreur. C'est une guerre civile, et les Américains ne veulent pas se replanter le couteau dans la plaie en redécouvrant l'horreur d'une guerre fratricide.

Le film reste du grand cinéma, oscillant entre la sauce hollywoodienne et le vrai cinéma de Glory.

Pour conclure, ce film est une réussite. Il retranscrit parfaitement l'ampleur de cette bataille qui avait réuni 150'000 hommes dans cette bourgade de Pennsylvanie. Les moyens sont impressionnants, et malgré l'adaptation théâtrale, il a su éviter les clichés du genre.

Cette adaptation, très précise, reste l'un des meilleures faites sur la bataille et même sur la guerre. Espérons que les deux autres opus seront d'aussi bonne qualité que Gettysburg, et si la production respecte les délais, dans une année, tous les fans seront replongés dans l'univers de Ronald F. Maxwell, près d'une bourgade du Maryland, où le canon tonna, le 17 septembre 1862…

 

Xavier Cornut

 

 Erratum

 

Un film de quatre heures ne peut pas ne pas commettre des gaffes. Certaines sont mineures, mais d'autres sont véritablement des négligences historiques.

® Lors de l'arrivée de Buford à Gettysburg, une séquence montre la ville de Gettysburg au lointain. On peut apercevoir tout à gauche la Gettysburg Tower, édifice touristique élevé il n'y a pas vingt ans…

® Durant la marche du 20ème Maine, celui-ci passe par la ville de Taneytown. Or, dans The Killer Angels, une carte indique la route du régiment, qui passe plus à l'est, par la Hannover Road, il est par conséquent impossible si l'on en croit Michael Shaara que le régiment ait pu passer par Taneytown. Reste à croire si c'est Maxwell ou Shaara qui a commis l'erreur.

® Le site de Little Round Top est beaucoup plus rocailleux que le site choisi par la production du film. Alors quand Chamberlain dit " Empilez bien les rochers", je me demande où il voit des rochers…

® Durant l'assaut de Devil's Den, un Confédéré blond se fait toucher deux fois, tombe deux fois en effectuant un renversé arrière, mais au plan suivant continue de courir indemne. On se demande après cela comment le Sud a pu perdre la guerre avec de pareilles soldats…

® Les balles du colonel Chamberlain ( Jeff Daniels ) sont pour le moins étranges. Dans un plan, il tire, la détonation est sèche, la flamme jaune, et il n'y a pratiquement pas de fumée. Dans un autre plan, il tire, la détonation est sourde, la flamme rose, et une un gros nuage de fumée âcre se dégage de l'arme…

® La vision de la mort de Garnett, le cheval galopant sans cavalier, est purement symbolique. Vu la hausse du canon yankee, le boulet aurait dû trancher la tête de l'animal et le tuer, lui et son cavalier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par rapport à l'article qui a été publié dans le n-53, cet article n'était que la maquette, la rédaction du Courrier de la Guerre d'Amérique a ensuite modifié cet article en rajoutant les photos.

 

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