| Règles
de sécurité au laboratoire |
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| 1. Principales règles de sécurité | |
| 2. Risques inhérents aux produits chimiques | |
| 3. Risques associés aux manipulations |
Le travail en laboratoire et particulièrement dans un laboratoire de chimie organique, requiert parfois le montage d'appareillages complexes ou l'exécution d'opérations délicates ; il entraîne aussi la manipulation de produits qui peuvent être toxiques, inflammables ou explosifs. L'exécution de ces travaux peut donc être à l'origine d'accidents ou d'intoxications graves dont les effets sont immédiats ou insidieux. Tout le personnel de laboratoire, soucieux de développer un esprit de sécurité, devrait donc connaître et appliquer rigoureusement les règlements de sécurité, être au courant des implications et des risques associés à la manipulation en cours et être capable d'intervenir efficacement en cas d'accident ou d'incendie.
Toute personne au travail dans un laboratoire, qui ne tient pas compte des règles de sécurité, court un risque élevé dont les conséquences pour elle-même et ses collègues peuvent être catastrophiques. Sa responsabilité est donc très engagée.
La prévention est la première démarche élémentaire de sécurité. Prévenir les accidents, c'est tout à la fois avoir une bonne connaissance du travail à effectuer, respecter l'affichage de sécurité, avoir un bon comportement au laboratoire, exercer une protection personnelle efficace, étiqueter, entreposer et éliminer correctement les produits chimiques.
Il faut rechercher le maximum d'informations sur les produits et le rnatériel employés, de même que sur les techniques et les réactions chimiques mises en oeuvre. En cas de doute sur les risques associés à une manipulation, on doit procéder à une recherche bibliographique et, si possible, solliciter les conseils d'une personne compétente.
Le respect des symboles de dangers (solvants inflammables, haute tension, etc.) est essentiel pour la prévention des accidents ; en entrant dans le laboratoire, il faut donc localiser ces avertissements et s'assurer de bien connaître leur signification. Certains numéros d'appel téléphoniques utiles, tels ceux de l'ambulance et du médecin, devraient être affichés en permanence dans un endroit acccessible à tous.
On doit connaître l'emplacement et le mode de fonctionnement des extincteurs, de la douche d'urgence, des bains oculaires, de la couverture ignifugée et de la trousse de premiers soins. Enfin, il est essentiel de connaître l'emplacement des sorties d'urgence et des dispositifs d'alarmes.
Au laboratoire, il faut être attentif et éviter tout comportement irréfléchi ou précipité ; de plus, il faut avoir connaissance du travail réalisé par ses voisins et être conscient des dangers qu'il peut présenter.
Les accidents de laboratoire sont fréquemment provoqués par l'exécution trop rapide des opérations ; soit que l'on est pressé d'obtenir des résultats, soit que le temps disponible pour une manipulation semble insuffisant. Le chimiste, technicien ou étudiant, doit donc adopter une approche méthodique, prudente et soignée, se concentrer sur ce qu'il est en train de faire, ne pas se laisser distraire et ne jamais croire que les accidents n'arrivent qu'aux autres.
Sauf en cas d'urgence, on doit donc éviter de courir, de se presser inutilement et de se bousculer. Il faut proscrire la préparation, la consommation et la conservation dans le laboratoire de nourriture et de boissons, afin d'éviter leur contamination accidentelle par des produits toxiques. Dans un laboratoire de chimie organique, en particulier, on ne doit jamais fumer à cause du voisinage fréquent de substances inflammables.
Pour éviter les chutes ou les glissades accidentelles, on tient fermés les tiroirs et les portes d'armoires, on garde les allées libres en ne laissant pas traîner par terre de petits objets comme des morceaux de verre, de la glace ou des bouchons et on assèche immédiatement les endroits mouillés.
Au laboratoire, on doit toujours porter des lunettes de sécurité dont le modèle dépend de la manipulation à effectuer. Des lunettes munies de côtés transparents suffisent pour la majorité des travaux. S'il y a danger de projection ou si une réaction se produit à haute température, le port de lunettes à coque étanche ou d'une visière protectrice est recommandé. Les verres de contact ne devraient pas être portés dans le laboratoire : des vapeurs organiques ou corrosives peuvent les endommager de façon irréversible ou s'infiltrer sous la lentille.
Les sarraux et les blouses doivent être en tissu de coton résistant et équipés de boutons pression, ce qui permet de les enlever rapidement si nécessaire ; ils doivent être assez longs pour protéger les jambes. Il faut toujours porter des chaussures qui recouvrent entièrement le pied.
Le port de gants peut être recommandé ou indispensable pour certaines manipulations, telles celles de :
- produits corrosifs ;
- produits très toxiques par voie cutanée ;
- récipients très chauds ou très froids.
Il en existe différents types fabriqués avec des matériaux naturels ou synthétiques (caoutchouc, polyéthylène, vinyle, néoprène, amiante).
Les flacons et récipients contenant des produits chimiques doivent être clairement étiquetés pour faciliter leur identification. Dans le cas de produits préparés au laboratoire, la date de fabrication doit être indiquée. Pour les produits provenant d'un fabricant extérieur, il est recommandé de marquer la date de leur arrivée.
On ne doit pas laisser les produits chimiques s'accumuler sur les tables du laboratoire ni sous les hottes. Si on garde des produits susceptibles de réagir entre eux, il faut les entreposer de telle sorte qu'ils soient le plus éloignés possible les uns des autres. Pour assurer une sécurité maximum, le lieu d'entreposage doit être bien ventilé et, si possible, à température contrôlée. Les flacons de réactifs doivent toujours porter une étiquette qui les identifie clairement.
L'élimination des produits chimiques doit être soigneusement planifiée. En général, de petites quantités de substances solubles dans l'eau et peu toxiques peuvent être éliminées par l'égout de l'évier, en faisant circuler l'eau. Pour recueillir les autres types de déchets chimiques, on doit disposer de récipients résistants, en plastique ou en métal, pour les entreposer avant de les éliminer. Consulter les lois et règlements nationaux et les manuels spécialisés concernant l'élimination des déchets. Il est souvent possible de rendre inoffensif un produit chimique toxique par un traitement approprié et de pouvoir ainsi l'éliminer par l'égout de l'évier ; certains volumes spécialisés décrivent des procédés d'élimination simples par transformation chimique.
Les deux volumes suivants contiennent des renseignements utiles sur ce sujet :
À moins d'avoir reçu une autorisation du responsable de laboratoire, toute manipulation non approuvée ou toute modification au protocole expérimental est interdite. De plus, on ne doit jamais travailler seul au laboratoire à moins d'en avoir été autorisé et d'avoir prévu une ronde de surveiliance. Enfin, les plaques électriques ou chauffe-ballons (enveloppes chauffantes) et les réfrigérants ne peuvent être laissés en opération pendant la nuit qu'avec une permission exceptionnelle du responsable. Dans ce cas, l'appareil doit être clairement identifié ; un avis de « laisser en marche », auquel est ajouté le numéro de téléphone du responsable ou du manipulateur, doit être indiqué pour que le gardien ou le concierge ne l'arrête pas accidentellement.
Malgré le respect des mesures préventives, il peut arriver que des produits soient renversés sur le sol ou projetés sur des personnes. Les risques de feu, d'explosion ou d'intoxication peuvent alors augmenter, selon la nature de ces produits.
Lorsque le sol ou la table de travail sont contaminés par un produit peu toxique ou peu volatil, on nettoie en employant du papier absorbant ; pour les acides, on neutralise préalablement avec du phosphate de sodium ou avec une solution d'hydrogénocarbonate de sodium. Il faut porter des gants de protection pendant le nettoyage ; l'espace affecté doit être rincé à l'eau, puis asséché.
Lorsque la substance répandue est volatile, inflammable ou toxique et que la quantité renversée est importante, on doit éteindre les brûleurs, couper le courant des appareils électriques et quitter le laboratoire. Les substances suivantes sont particulièrement dangereuses : les amines aromatiques, les dérivés nitrés, le brome, le disulfure de carbone, les hydrazines, les nitriles, les éthers et les halogénures d'alkyle. Dans ce cas, la décontamination et le nettoyage doivent être effectués par une personne compétente.
Si des projections d'une substance atteignent une personne et que des éclaboussures s'étendent sur une grande partie du corps, on doit utiliser immédiatement la douche de sécurité et retirer aussitôt que possible les vêtements contaminés ; chaque seconde compte et toute perte de temps doit être évitée. En retirant les vêtements, on doit s'assurer de ne pas contaminer d'autres parties du corps, spécialement le visage et les yeux. La région affectée doit être arrosée avec de l'eau froide durant environ quinze minutes ; il ne faut jamais se servir de neutralisants chimiques, d'onguents, de crèmes ou de lotions. Aussitôt que possible, on doit consulter un médecin.
Si les éclaboussures n'affectent qu'une petite surface de la peau, rincer abondamment à l'eau froide, puis à l'eau savonneuse ; retirer les bijoux qui nuisent à l'élimination des produits chimiques pendant le nettoyage. Si par la suite, on observe une réaction cutanée, consulter un médecin.
Dans le cas de projections dans les yeux, laver immédiatement l'oeil avec de l'eau pendant au moins quinze minutes à l'aide du bain oculaire ou d'un autre appareil conçu pour cet usage. Pour le lavage, on doit tenir l'oeil ouvert, le faire rouler constamment en rinçant abondamment la muqueuse des paupières ; il est souvent plus facile de se faire aider par une autre personne. Il est recommandé, le plut tôt possible, d'appeler le médecin ou de conduire le blessé à l'hôpital.
La première action à faire en cas d'accident grave est de protéger la victime et, s'il persiste un risque (électrocution, incendie, asphyxie), tenter d'éliminer le danger (interruption du courant électrique, utilisation de l'extincteur). Il faut ensuite appeler à l'aide.
Si la personne blessée est inanimée, la soustraire au danger, l'examiner et lui prodiguer les soins élémentaires (respiration artificielle, garrot, etc.) pendant qu'on fait alerter le personnel compétent qui prendra la personne blessée en charge.
Les dangers, plus ou moins élevés, que présentent les produits chimiques sont les suivants :
Certains produits chimiques présentent un risque d'intoxication, de brûlure ou d'irritation, soit par action immédiate, soit après une exposition prolongée ou répétée. Ils peuvent alors affecter l'organe ou les tissus qui sont en leur contact, (comme l'ceil, la peau ou une muqueuse), un organe éloigné (comme le foie ou les poumons) ou l'organisme tout entier, en entraînant alors des maladies très graves, telles que le benzolisme ou le cancer. Leur pénétration dans l'organisme s'effectue par inhalation, absorption cutanée ou ingestion.
Certains produits chimiques présentent un risque d'incendie à cause de leur inflammabilité et de leur volatilité.
Certaines substances peuvent exploser en raison de leur extrême sensibilité ou réagir brutalement avec d'autres substances, comme l'eau.
On trouvera dans les ouvrages de sécurité des indications utiles sur les risques inhérents aux produits chimiques ; ces risques sont classés nuls, faibles, moyens ou élevés, selon la nature du produit.
Précautions générales
l'introduction de contaminants dans l'organisme s'effectue souvent par les mains. La manipulation de substances toxiques ou de produits risquant d'affecter le système respiratoire doit être faite sous une hotte.
Certaines préparations en laboratoire peuvent exiger la manipulation de substances explosives ou conduire à la formation de telles substances. L'ignorance des risques associés à ces manipulations conduit souvent à des explosions ou à des incendies. Le tableau 1 présente la liste partielle des substances ou des mélanges de substances qui risquent d'exploser en raison de leur sensibilité à la chaleur, à la friction, aux chocs, aux étincelles, à la lumière, aux oxydants ou aux réducteurs.
Tableau 1 - Substances ou mélanges de substances explosifs
| Acétylène, acétylures de métaux lourds, polyacétylènes, quelques alcynes halogénés. |
| Sels solides de diazonium et composés diazoïques. |
| Nitrates de polyalcools (nitroglycérine). |
| Composés polynitrés (trinitrophénol (acide picrique) et ses sels de métaux lourds, trinitrobenzène, trinitrotoluène). |
| Sels métalliques des nitrophénols. |
| Peroxydes organiques. |
| Trichlorure, tribromure et triiodure d'azote. |
De plus, les substances organiques facilement oxydables comme les alcools, les glycols, les sucres, la cellulose (papier, bois, tissu), de même que les métaux en poudre, le phosphore et le soufre, peuvent réagir violemment ou provoquer des explosions s'ils sont mélangés avec les oxydants suivants :
On trouvera au tableau 2 une liste d'autres produits incompatibles qui, en aucun cas, ne doivent être mis en contact.
Risques particuliers
Peroxydes organiques
Certains peroxydes organiques sont instables. En raison de leur grande sensibilité à la chaleur et à la friction, ils peuvent provoquer de violentes explosions. On doit donc, en ce qui les concerne, respecter les précautions suivantes :
Par suite d'un entreposage prolongé à l'air ou à la lumière, les composés suivants forment spontanément des peroxydes :
Un test colorimétrique simple permettant de détecter les peroxydes consiste à ajouter quelques gouttes du réactif de JORISSEN (dissoudre 0,1 g de V,O, dans 2 cm3 d'acide sulfurique concentré, ajouter à 50 cm3 d'eau distillée) à environ 2 cm3 d'éther ; l'apparition d'une coloration rouge indique la présence de peroxydes. On élimine les peroxydes d'un solvant en filtrant sur une colonne d'oxyde d'aluminium (aiumine). Il est recommandé de ne pas distiller les éthers avant de s'assurer qu'ils sont exempts de peroxydes.
Les métaux alcalins, lithium, sodium et potassium, de même que certains métaux en poudre comme le magnésium et l'aluminium, réagissent violemment avec les composés organiques chlorés comme, par exemple, le chloroforme et le tétrachlorure de carbone.
L'acide perchlorique réagit de façon explosive avec les matériaux organiques comme le liège, le caoutchouc ou le bois. En outre, les vapeurs de l'acide sont absorbées facilement par ces produits qui deviennent ainsi explosifs. L'acide perchlorique ne doit donc pas être entreposé près de substances organiques et l'usage de bouchons en matériau organique est à proscrire impérativement.
Pour nettoyer un récipient contenant un résidu carbonisé ou une masse gommeuse, on ne doit jamais chauffer une solution d'acide chromique ou d'acide nitrique concentré. De telles solutions doivent toujours être utilisées froides. De plus, le contact entre de l'acide nitrique concentré et de l'éthanol ou de la propanone (acétone) est explosif.
Tableau 2 - Produits chimiques incompatibles
| Substance | Incompatible avec |
| Éthyne (acétylène) | Chlore, brome, fluor, cuivre, argent, mercure |
| Acide éthanoïque (acide acétique) | Oxyde de chrome Vl, acide nitrique, acide perchlorique, peroxydes, permanganates |
| Acide fluorhydrique | Ammoniac (gaz ou en solution) |
| Acide nitrique concentré | Acide acétique, aniline, oxyde de chrome Vl, acide cyanhydrique, sulfure d'hydrogène, liquides et gaz inflammables |
| Acide perchlorique | Anhydride acétique, alcools, papier, bois |
| Acide sulfurique | Chlorates, perchlorates et permanganates de potassium |
| Ammoniac (gaz) | Mercure, chlore, hypochlorite de calcium, iode, brome, acide fluorhydrique |
| Aniline | Acide nitrique concentré, peroxyde d'hydrogène |
| Brome et chlore | Ammoniac en solution, acétylène, butadiène butane, méthane, propane, hydrogène, éther de pétrole, benzène, poudres métalliques |
| Chlorates | Sels d'ammonium, acides, poudres métalliques, soufre, substances organiques inflammables |
| Chrome Vl, oxyde | Acide acétique, naphtalène, glycérine, éther de pétrole, alcools, liquides inflammables |
| Cyanures | Acides |
| Hydrocarbures | Fluor, chlore, brome, oxyde de chrome VI, peroxyde de sodium |
| Hydrogène, peroxyde | Métaux et sels métalliques, alcools, acétone, aniline, nitrométhane, substances inflammables |
| Métaux alcalins | Eau, hydrocarbures halogénés, dioxyde de carbone, halogènes |
Les liquides et les solvants manipulés dans un laboratoire de chimie organique sont souvent volatils et inflammables, constituant ainsi des sources importantes d'incendie. L'indice d'inflammabilité d'un liquide se mesure par le point d'éclair, c'est-à-dire, la plus basse température à laquelle un liquide émet suffisamment de vapeur pour former avec l'air un mélange inflammable au contact d'une flamme ou d'une étincelle. Plus un liquide est inflammable, plus son point d'éclair est bas. Le tableau 3, qui donne la liste de liquides d'usage courant au laboratoire, montre par exemple que le pentane et l'éther diéthylique sont extrêmement inflammables.
Tableau 3 - Point d'éclair de liquides usuels
| Composé | Point d'éclair en °C | Composé | Point d'éclair en °C |
| Pentane | 49 | Cyclohexane | 20 |
| Éther de pétrole (40-60°) | 49 | Propanone (acétone) | 18 |
| Éther diéthylique | 45 | Benzène | 11 |
| Cyclopentane | 37 | Éthanoate d'éthyle (acétate d'éthyle) | 4 |
| Sulfure de carbone | 30 | Heptane | 4 |
| Hexane | 23 | Toluène | 4 |
| Éther de pétrole | 23 | Méthanol | 10 |
| Éthanol | l2 |
Pour minimiser les risques d'incendie, on doit empêcher le plus possible la vapeur d'un liquide volatil de se dissiper dans le laboratoire, limiter la quantité de liquide entreposée et garder toujours les récipients bien fermés.
Il faut limiter l'usage de brûleurs dans un laboratoire de chimie organique et, chaque fois que c'est possible, le remplacer par un moyen de chauffage moins dangereux. Avant d'allumer un brûleur, on doit vérifier l'absence de liquides volatils et inflammables dans le voisinage.
Une étincelle provenant d'un appareil électrique peut enflammer la vapeur qui s'accumule à proximité. Il faut donc s'assurer d'une bonne ventilation près des agitateurs mécaniques actionnés par des moteurs électriques, près des pompes à vide, des séchoirs et des étuves. Il est également dangereux d'entreposer des liquides volatils dans un réfrigérateur domestique, non conçu à cet effet, à moins qu'ils ne soient contenus dans des récipients bien fermés.
Un nombre considérable de produits chimiques manipulés dans un laboratoire de chimie organique sont toxiques. Ils peuvent pénétrer dans l'organisme, le plus souvent par inhalation et par absorption cutanée, plus rarement par ingestion. L'effet toxique peut être intense et immédiat, comme celui du chlore et du sulfure d'hydrogène : l'effet est tellement évident qu'il devient facile d'éviter son contact. Malheureusement, l'effet de certains produits chimiques est insidieux, ne se révélant qu'après une longue exposition, même à de faibles quantités de substances ; ce type d'intoxication est donc difficile à détecter et à prévenir. Les lésions qu'ils occasionnent peuvent dans certains cas être très graves et parfois mortelles. Les symptômes sont divers : nausées, vomissements, somnolence, douleurs diverses, etc. Les personnes travaillant dans un laboratoire de chimie organique doivent donc respecter scrupuleusement les précautions générales déjà citées (paragraphe 4.2.1), en évitant plus spécifiquement les contacts cutanés et l'inhalation des vapeurs. Il faut retenir comme règle générale que tout produit chimique est dangereux, à moins d'être certain du contraire.
Le risque associé à une substance chimique se mesure par sa valeur-seuil, exprimée en parties par million ou en milligramme par mètre cube, représentant la concentration maximale à laquelle une personne peut être exposée à cette substance, à plusieurs reprises et sans danger. On trouvera ces valeurs en consultant la liste des volumes cités dans la section 4.4. Nous avons regroupé sous cinq catégories les produits chimiques rencontrés dans un laboratoire de chimie organique et qui présentent un risque d'intoxication. La première catégorie contient des substances très toxiques dont l'effet à court terme est rapide. Dans la deuxième catégorie, se trouvent des substances dont les vapeurs sont très toxiques et irritantes et dont les effets toxiques sont chroniques. Le troisième groupe réunit des substances nocives, mais moins dangereuses que celles des catégories précédentes. La quatrième catégorie regroupe les substances cancérigènes et enfin le dernier groupe réunit des substances dont les effets cumulatifs sont très nocifs. La lettre c précédant certains noms des substances des trois premières catégories indique que la substance est cancérigène.
De faibles quantités de ces substances peuvent provoquer la mort. Dans le cas de solides, éviter l'inhalation des poussières et l'absorption cutanée ; le port de masques à poussières est recommandé. Si elles sont gazeuses, ne les employer que sous hotte aspirante. Le tableau 4 donne la liste des principales substances de cette catégorie.
Tableau 4 - Substances très toxiques
| Nom | Formule | Nom | Formule |
| Cyanures inorganiques | CN- | Cyanure d'hydrogène | HCN |
| Composés du mercure | Hg+, Hg++ | Fluorure d'hydrogène | HF |
| Tétroxyde d'osmium | OsO4 | Sulfure d'hydrogène | H2S |
| Acide oxalique et ses sels | HOOC COOH | Dioxyde d'azote | NO2 |
| Pentoxyde de vanadium | V2O5 | Ozone | |
| Trifluorure de bore | BF3 | Phosgène | |
| Monoxyde de carbone | CO | Dioxyde de soufre | SO2 |
| Chlore | Cl | Chlorure de thionyle | SOCl2 |
| Fluor | F2 | Trichlorure et pentachlorure de phosphore | |
| c Diazométhane | CH2N2 |
Les vapeurs de ces substances sont très toxiques, très irritantes pour les voies respiratoires et les yeux dans la plupart des cas. L'absorption cutanée de ces produits est nocive et une exposition prolongée, même en présence de faibles quantités, peut entraîner des effets insidieux graves. Le tableau 5 fournit une liste partielle de ces produits.
Tableau 5 - Substances toxiques et irritantes
| Nom | Formule | Nom | Formule |
| Chlorure d'éthanoyle (chlorure d'acétyle) | CH3COC1 | Propénal (acroléine) | CH2=CH CHO |
| Nitriles | R, ArCN | Propène-2 ol-l (alcool allylique) | CH2CH, CH2OH |
| Chloro-3 propène (chlorure d'allyle) | CH2=CH, CH2Cl | c Benzène | C6H6 |
| Chlorure et bromure de benzyle | C6H5CH2Cl | Trichlorure et tribromure de bore | BCl3 et BBr3 |
| Brome | Br2 | Bromométhane | CH3Br |
| Sulfure de carbone | CS2 | Butène-2 al (crotonaldéhyde) | CH3CH=CHCHO |
| c Sulfate de diméthyle | (CH3O)2SO2 | ||
| Pentachloroéthane | C2HCl5 | Chlorure d'ethane-dioyle (chlorure d'oxalyle) | ClOCCOCl |
| Tétrabromoéthane | C2H2Br4 | Tétrachloroéthane | C2H2Cl4 |
Les composés appartenant à ce groupe sont nocifs par inhalation ou absorption cutanée, même en faibles quantités, lorsqu'on est soumis à leur vapeur ou à leurs poussières. De plus, plusieurs d'entre eux sont cancérigènes.
En plus des produits déjà indiqués en B les plus dangereux sont donnés dans le tableau 6.
Toutes les amines aromatiques sont cancérigènes ou soupçonnées de l'être.
Tableau 6 - Substances nocives polyhalogénées
| Nom | Formule | Nom | Formule |
| Bromoéthane | C2H5-Br | Tribromométhane (bromoforme) | CHBr3 |
| Tétrachlorométhane (tétrachlorure de carbone) | CCl4 | c Trichlorométhane (chloroforme) | CHCl3 |
| Dichloro méthane (chlorure de méthylène) | CH2Cl2 | c Dibromo-1,2 éthane | CH2Br-CH2Br |
| Dichloro-1,2 éthane | CH2Cl-CH2Cl | ||
| c Iodométhane | CH3I |
Les substances reconnues cancérigènes ou soupçonnées de l'être doivent être toujours manipulées sous la hotte et en portant des gants de protection. De plus, il faut éviter tout contact cutané et l'inhalation de leurs vapeurs. En plus des produits déjà mentionnés dans les catégories précédentes et portant l'indice c, les substances cancérigènes les plus dangereuses sont le benzène, les amines aromatiques et leurs dérivés (même une faible exposition peut provoquer la formation de tumeurs), les nitrosamines et les nitrosamides, certains agents alkylants, certains hydrocarbures aromatiques polycycliques et certains composés sulfurés.
L'effet de l'inhalation des vapeurs de benzène est cumulatif : il entraîne l'anémie et le cancer. On ne doit pas l'employer comme solvant d'usage courant, car un empoisonnement chronique est possible par suite de l'inhalation répétée de faibles quantités de benzène. On peut presque toujours le remplacer par le toluène, qui est moins toxique.
Ce produit présente également des risques particuliers. Outre qu'il soit cancérigène, il est absorbé rapidement par la peau et entraîne des désordres fonctionnels au niveau des reins et du foie. Chaque fois que c'est possible, on le remplace par un autre solvant chloré : trichloroéthène (trichloroéthylène), tétrachloroéthène (tétrachloroéthylène), dichlorométhane, par exemple.
Les dérivés du plomb, particulièrement les composés organiques, sont des produits très toxiques. La toxicité des dérivés du mercure est variable, mais en général, les sels de mercure II sont plus toxiques que ceux de mercure I. L'effet cumulatif et toxique des vapeurs de mercure métallique est également très élevé. Les préparations qui requièrent la manipulation de mercure doivent donc être effectuées sous la hotte. Il faut être très prudent lors de la manipulation de manomètres à mercure reliés à des pompes à vide : une manipulation inadéquate peut provoquer l'aspiration de mercure dans la pompe ; celui-ci se mêle alors à l'huile chaude de la pompe et est libéré en vapeur dans l'atmosphère. Si un tel accident survient, il faut nettoyer immédiatement la pompe.
Il est d'usage courant d'employer des réactifs inorganiques dans un laboratoire de chimie organique. Certains d'entre eux sont très réactifs et très corrosifs. Il est fortement recommandé de porter des gants de protection quand on les manipule, d'opérer sous la hotte s'il y a risque d'inhaler des vapeurs corrosives, et de procéder avec très grande prudence quand on les mélange avec d'autres substances. En cas de contact avec la peau, il faut rincer immédiatement avec beaucoup d'eau. Le tableau 7 donne la liste des réactifs inorganiques les plus usuels présentant des risques élevés.
Tableau 7 - Réactifs inorganiques dangereux
| Acides forts | Chlorure d'hydrogène, bromure d'hydrogène (gaz ou solution), acide nitrique, concentré ou fumant Acide sulfurique, concentré ou fumant (quand on le mélange à l'eau, on doit toujours le verser lentement dans l'eau froide), acide chlorosulfonique (réagit de façon brutale avec l'eau) |
| Bases fortes | Hydroxyde de potassium, hydroxyde de sodium, ammoniac, gaz ou en solution, alcoolates, amidure de sodium (réaction brutale avec l'eau) |
| Halogènes | Chlore, brome, iode |
| Halogénures | Trichlorure de bore (réaction brutale avec l'eau), trichlorure et tribromure de phosphore (réaction brutale avec l'eau), chlorure de thionyle , Pentachlorure de phosphore (réaction brutale avec l'eau) |
| Dérivés du chrome | Trioxyde de chrome, chromates et dichromates |
En plus des renseignements analytiques habituels, l'étiquette apposée à un récipient contenant une substance chimique, comporte soit des informations relatives aux risques inhérents à cette substance ou associés à sa manipulation, soit des conseils de prudence ou de premiers soins. Ces informations peuvent prendre les formes suivantes.
Chaque symbole est un pictogramme ayant une signification précise.
Pour identifier les risques particuliers présentés par une substance chimique et Ies conseils de prudence correspondants, outre les symboles de dangers déjà cités, la Communauté européenne a prescrit un système d'étiquetage codé comportant une lettre suivie d'un indice numérique : la lettre R se rapporte au risque et le chiffre qui la suit le spécifie ; la lettre S se rapporte à des conseils de prudence et le chiffre qui la suit les précise.
Le système d'étiquetage de plus en plus répandu en Amérique comprend les symboles de dangers déjà cités et le code de la NFPA. Il est formé d'un losange divisé en quatre parties et dont trois sont colorées et chiffrées de zéro à quatre. Une valeur de quatre représente un risque extrême, alors que zéro signifie que le produit ne présente pas de risque dans cette catégorie.
L'étiquetage contient aussi des informations codées concernant l'équipement de protection ou les directives de premiers soins. Il n'existe pas de système uniforme en Amérique sur ces sujets.
Certaines manipulations, conduites de façon incorrecte, peuvent provoquer des accidents qui surviennent soit au moment de l'assemblage ou de l'utilisation d'appareils, soit au cours de réactions chimiques, soit encore pendant le traitement d'un mélange réactionnel.
Au moment de réaliser l'assemblage, il est important de disposer le matériel et les produits sur la table de travail de manière à travailler avec aisance.
Il faut s'assurer que la verrerie est en bon état, propre et, si nécessaire, sèche. Les pièces d'un montage (ballon, réacteur, réfrigérant, raccords, etc.) doivent être fixées solidement à l'aide de pinces et de supports verticaux, en veillant à ce que les joints rodés soient lubrifiés et que le robinet des ampoules de coulée ne présente pas de fuites. Dans le cas d'ampoules lourdes, un support peut être nécessaire pour prévenir un risque de chute.
Quand on fait circuler de l'eau, on doit vérifier que les tubes de caoutchouc sont insérés à fond dans les tubulures latérales du réfrigérant, pour éviter tout déversement d'eau accidentel ; de plus, le débit d'eau doit être modéré.
La dimension des supports à anneau est choisie pour qu'elle soit en rapport avec l'appareil à supporter ; l'anneau est fixé à une hauteur telle que le déplacement du brûleur ou du bain de chauffage soit facile.
Les agitateurs mécaniques doivent être bien alignés et maintenus fermement en position à l'aide de pinces. On doit aussi s'assurer que le moteur électrique ne produit pas d'étincelles qui risquent d'entraîner des feux ou des explosions.
Avant de commencer une opération, la solidité du montage est vérifiée et son étanchéité contrôlée.
Avant de faire bouillir un liquide, on dépose quelques grains de pierre ponce dans le récipient, mais cette introduction ne doit jamais être effectuée dans un liquide près de l'ébullition. Lors de la distillation de grandes quantités de liquides volatils, inflammables ou toxiques, il est recommandé d'opérer sous hotte aspirante.
Si un bouchon de liège ou de caoutchouc est nécessaire pour un montage, sa dimension doit être telle qu'on puisse l'enfoncer du tiers à la moitié de sa hauteur dans le col. Pour percer le bouchon, on se sert d'un perce-bouchon bien aiguisé et d'un diamètre légèrement inférieur à celui de l'objet inséré. Si le bouchon est en caoutchouc, il est préférable de lubrifier le perce-bouchon avec de l'eau savonneuse ou de la glycérine. Pour insérer une tige de verre ou un thermomètre dans un bouchon, on lubrifie d'abord avec de l'eau ou de la glycérine ; en se protégeant les mains avec un linge ou des gants épais, on tient la tige de verre à moins de 5 cm de l'extrémité à insérer, puis, avec une faible pression, on pousse la tige dans le trou du bouchon en appliquant un léger mouvement de rotation.
Certaines réactions chimiques sont dangereuses, soit parce qu'elles exigent la manipulation de substances explosives ou pouvant réagir de façon brutale, soit parce qu'elles conduisent à la formation de telles substances. Entre autres, les réactions de nitration et d'oxydation, de même que les réactions de Friedel et Crafts et celles faisant intervenir des réactifs de Grignard, peuvent devenir très violentes. La conformité aux conseils de prudence ci-dessous devrait éliminer certains risques d'accident.
Les risques associés à la manipulation d'une ampoule à décanter sont les suivants :
Avant de remplir l'ampoule, on doit d'abord vérifier la lubrification et l'étanchéité du robinet. De plus, pour procéder sans danger à l'extraction, on doit s'assurer que la température de la solution ait atteint la température ambiante et qu'elle soit nettement inférieure au point d'ébullition du solvant d'extraction.
L'utilisation des bains d'huile exige beaucoup de prudence, car elle est accompagnée des risques suivants :
Il est essentiel de ne jamais laisser sans surveillance un bain d'huile en opération et de ne jamais l'employer à une température supérieure à sa température maximale de fonctionnement. De plus, on doit s'assurer d'une bonne ventilation à l'emplacement du bain d'huile. Chaque fois que c'est possible, il est recommandé de le remplacer par une enveloppe chauffante.
Pour obtenir un bain réfrigérant à très basse température, on utilise soit de l'azote liquide, soit un mélange de glace carbonique et d'un liquide organique.
Dans ce dernier cas, le liquide doit être peu toxique et peu inflammable. La glace carbonique doit être ajoutée au liquide lentement et par petites portions ; l'addition peut être accélérée à mesure que le liquide se refroidit.
La manipulation d'azote liquide exige le port de gants de protection et d'un protecteur facial. L'immersion d'un objet dans ce liquide réfrigérant doit être très lente afin d'éviter un bouillonnement brutal et des projections. Le contact direct d'azote liquide avec la peau peut provoquer des lésions graves des tissus.
Lorsqu'un dessicateur est maintenu sous pression réduite, il présente un risque d'implosion. Pour cette raison, il est recommandé de le placer soit dans une boîte, soit derrière un écran protecteur. En outre, avant de l'ouvrir, il faut penser à rétablir à l'intérieur la pression atmosphérique.
On doit s'assurer que le matériel en verre utilisé ne soit pas fissuré. Si son volume est supérieur à 100 cm3, le récipient doit être en verre épais et conçu spécialement pour cet usage. Lorsque la distillation est terminée, laisser refroidir l'appareil avant de laisser entrer l'air : sans refroidissement préalable, il pourrait y avoir oxydation brutale du résidu de distillation.
Les législations récentes (France, Québec) n'autorisent pas le stockage permanent, à l'intérieur des édifices, des bouteilles dont la capacité (ramenée à la pression atmosphérique) est supérieure à un certain volume ; les laboratoires sont alors alimentés par des canalisations. Les règles de sécurité suivantes doivent être respectées lorsque l'on manipule des bouteilles de gaz :
La peau et les yeux peuvent subir de graves dommages, s'ils sont soumis directement à des radiations ultraviolettes. On doit, dans ce cas, utiliser des gants, une crème de protection et des lunettes absorbant ces radiations. De plus, une bonne ventilation est nécessaire pour éliminer l'ozone qui se forme près d'une source de radiation ultraviolette ; l'ozone est un gaz toxique et très irritant. On doit enregistrer le temps d'utilisation d'une lampe UV, car lorsqu'elle arrive à terme, il se dépose une pellicule sur la surface interne qui absorbe la radiation et provoque une hausse dangereuse de la température.
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