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Théorie couleur

Anatomie
Théorie couleur
 

 

Contraste de la couleur en soi

Le contraste de la couleur en soi est le plus simple des sept contrastes de couleurs. Il n'exige pas de grands efforts de la vision, car, pour le représenter, il est possible d'employer n'importe quelle couleur pure et lumineuse.

De même que l'opposition noir-blanc marque le plus fort contraste de clair-obscur, le jaune, le rouge et le bleu sont les expressions les plus fortes du contraste de la couleur en soi (figure 1). Pour représenter ce contraste, nous avons besoin d'au moins trois couleurs nettement différenciées. L'effet qui en résulte est toujours multicolore, franc, puissant et net. La force d'expression du contraste de la couleur en soi diminue au fur et à mesure que les couleurs employées s'éloignent des trois couleurs primaires.

soi4.jpg (8245 octets)(figure1)

C'est ainsi que le caractère de l'orangé, du vert et du violet est moins marqué que celui du jaune, du rouge et du bleu. L'effet des couleurs tertiaires est encore moins sensible. Lorsque les différentes couleurs sont séparées par des traits noirs ou blancs, leurs caractères particuliers sont mis encore plus nettement en évidence. Leur rayonnement et leurs influences réciproques sont alors largement neutralisés et chaque couleur revêt une expression réelle et concrète Si le triple accord jaune, rouge, bleu renferme le plus fort contraste de la couleur en soi, il est bien entendu que toutes les couleurs pures et non mélangées peuvent former un contraste de cette espèce(figure2)

(figure 2). soi6.jpg (8057 octets)

Par des modifications de valeurs clair-obscur, le contraste de la couleur en soi atteint un nombre infini de nouvelles valeurs d'expression (figure 3). De plus, les rapports quantitatifs de couleurs peuvent subir des modifications. Le nombre des variations est immense et, en conséquence, il est possible de varier à l'infini l'expression de l'accord. C'est le sujet ou le goût subjectif de l'artiste qui décide si l'accord se compose de surfaces colorées plus grandes ou plus petites ou si l'accord doit contenir plus de blanc ou plus de noir. Comme le montre les illustrations proposées pour la réalité et l'effet des couleurs, le blanc affaiblit la luminosité des couleurs et es rend plus ternes, alors que le noir augmente leur luminosité et les fait paraître plus claires. C'est pourquoi le blanc et le noir jouent un rôle particulièrement important dans les compositions colorées (figure 4).

soi7.jpg (8728 octets)(figure3)

soi5.jpg (8194 octets)(figure4)

Pour les exercices, le choix des surfaces colorées est tout à fait libre. Mais cette façon de faire peut se révéler très dangereuse. L'élève chercherait aussitôt à trouver des formes intéressantes au lieu d'étudier les intensités et les tensions réciproques des taches de couleurs. Il dessinerait des taches, mais cette peinture qui dessine est l'ennemie de toute création colorée et devrait être évitée à tout prix. Nous employons ici, dans la plupart des exercices, de simples bardes ou des damiers. La figure 5 montre un exercice exécuté sur un damier employant le jaune, le rouge, le bleu, le blanc et le noir. L'élève doit Disposer les couleurs selon deux directions pour développer le sentiment des tensions de taches colorées. La figure 6 montre des couleurs très lumineuses, éclairées et assombries de taches noires et blanches. En développant l'accord représenté en`figure 3, I'élève peut trouver des couleurs lumineuses nécessaires pour l'exercice de la figure 7.

soi8.jpg (19184 octets)(figure 5)

Des résultats très intéressants se font jour lorsque l'on prend une certaine couleur comme couleur principale et que l'on ajoute les autres couleurs en petites quantités pour souligner le ton central. Le caractère expressif de l'accord se trouve mieux mis en valeur si l'on met en relief une seule couleur. Nous conseillons de faire des compositions libres correspondant à l'exercice géométrique.

Le contraste de la couleur en soi apporte la solution à de nombreux sujets en peinture. Il exprime la vie bouillonnante, le jaillissement d'une force lumineuse. Les couleurs pures primaires et secondaires expriment toujours un rayonnement cosmique primitif et en même temps une réalité solennelle et matérielle. C'est pourquoi elles s'emploient aussi bien pour un couronnement céleste que pour une nature morte réaliste.

Les arts populaires sont souvent la source de contrastes de la couleur en soi. Les broderies multicolores, les costumes folkloriques, les céramiques prouvent cette joie naturelle que produisent les effets colorés. Au début du Moyen Age, les miniaturistes ont employé avec de très nombreuses variantes le contraste de la couleur en soi, moins pour des raisons de nécessités spirituelles que pour le simple plaisir de la décoration multicolore. Le contraste de la couleur en soi est également très fréquent dans les vitraux: sa force brute s'affirme en opposition avec les formes plastiques de l'architecture.soi9.jpg (18464 octets)

(figure 6)

Stefan Lochner, Fra Angelico, Boticelli et d'autres peintres ont construit leurs tableaux sur le contraste de la couleur en soi.

Le meilleur exemple de l'emploi de ce contraste dans toute sa perfection est . La résurrection - de Grunewald. C'est ici que le contraste déploie sa force d'expression la plus universelle.

Le tableau de Boticelli . La Déploration du Christ a, qui se trouve à la pinacothèque de Munich, permet au contraste de la couleur en soi de mettre en évidence toute la puissance du procédé. L'ensemble des couleurs, considéré comme un tout, symbolise un instant dans le temps dont l'importance est universelle et éternelle.

On s'aperçoit que chaque contraste de couleurs possède sa propre force d'expression, différente de toutes les autres. Le contraste de la couleur en soi peut tout aussi bien exprimer une joie débordante qu'une profonde tristesse, la vie primitive que l'universalité cosmique.

soi10.jpg (19909 octets)(figure 7)

Parmi les peintres modernes, Matisse, Mondrian, Picasso, Kandinsky, Léger et Miro ont très souvent fait des compositions fondées sur le contraste de la couleur en soi. Matisse en particulier a composé des natures mortes et des portraits employant la diversité et la force d'expression de ce contraste. Prenons comme exemple son portrait de femme, " Le collier d'ambre À. Pour peindre ce tableau, Matisse a employé des couleurs pures: rouge, jaune, vert, bleu, rouge-violet, blanc et noir. L'accord de ces couleurs lui permit d'exprimer la présence d'un être à la fois jeune, sensuel et réfléchi. Les peintres du " Cavalier bleu" Kandinsky, Franz Marc et August Macke, ont à leurs débuts travaillé presque exclusivement avec le contraste de la couleur en soi.

Parmi les exemples innombrables de contrastes de la couleur en soi, je recommande les tableaux suivants:

" L'église d'Ephèse " Apocalypse de Saint Sever (11° siècle). Paris. Bibliothèque Nationale.

" Le couronnement de Marie.. Enguerand Charonton (156 siècle). Villeneuve-lès-Avignon, Hôpital. " Chevauchée de la fête de mai À. Les très riches heures du Duc de Berry. Paul de Limbourg (1410). Chantilly. Musée Condé.

" Composition 1928 ". Piet Mondrian (1872-1944). Collection Martin Stam. 

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