Le temple de Vespasien
Ce petit sanctuaire, érigé sur l'emplacement de boutiques plus anciennes donnant sur la place, occupe une position presque centrale sur le côté oriental du forum, entre l'édifice d'Eumachia et le temple des Lares publics, mais décalé par rapport à ce dernier. Le vaste espace situé devant le sanctuaire était revêtu d'un pavement très résistant, en pierre de lave et à crustae de marbre ; le temple lui-même était probablement couvert d'un toit à un seul versant orienté vers la place. Aucune trace des colonnes de façade n'a été retrouvée et le stylobate visible aujourd'hui a fait l'objet d'une restauration au XIIIème siècle, comme l'ont révélé de récents sondages archéologiques
La façade en opus latericium devait être totalement recouverte de dalles de marbre : les nombreux trous apparents sont les traces laissées par les crampons Une fois franchie l'entrée, on passe sous un portique à quatre colonnes, servant de vestibule. L'eau de pluie ruisselant sur le toit était canalisée dans un conduit en tuf jusque dans une citerne sous-jacente La zône sacrée était cernée du haut mur du péribole, décoré de pilastres saillants qui portaient une alternance de tympans et de lunettes, à l'image du mur extérieur sud de l'édifice d'Eumachia La paroi du fond est percée d'une petite porte qui conduisait à trois pièces, placées derrière le temple et utilisées par les fidèles Le temple proprement dit était adossé à la paroi orientale, tandis qu'au centre se dressait le splendide autel revêtu de dalle de marbre en relief. Probablement recouvert de marbre dans sa totalité, le temple était constitué d'un haut podium surmonté d'un pronaos tétrastyle, avec un entrecolonnement central plus large qui permettait au regard de pénétrer à l'intérieur de la cella. Celle-ci présentait deux antes, et, contre le mur du fond, un piédestal destiné à recevoir une unique statue Pour accéder au podium, il fallait utiliser l'un des deux escaliers placés latéralement et dissimulés à la vue lorsqu'on pénétrait dans le sanctuaire. Le magnifique autel situé au centre de la zône découverte est surmonté d'une dalle à coussinet et ses côtés sont recouverts de quatre petites dalles de marbre blanc portant chacune un décor en relief Le bas-relief ouest - celui qu'on apercevait d'emblée en pénétrant dans le temple - propose une scène de sacrifice : la tête voilées, un prêtre accomplit des libations sur un trépied recouvert des prémices ; il est assisté par des ministres du culte, un joueur de flûte double et deux licteurs, tandis que le popa (l'assistant du prêtre portant le maillet, ou malteus, qui tue l'animal) et un autre victimarius conduisent le taureau au sacrifice
A l'arrière-plan, se dessine la façade d'un temple tétrastyle, aux colonnes ornées de guirlandes, un clipeus retenant une tenture Le nord et le sud de l'autel sont décorés d'accessoires utilisés pendant les cérémonies sacrées : sur la dalle nord, l'étole que le prêtre portait sur les épaules, le lituus (bâton sacrificiel) et l'acerra (coffret contenant l'encens) ; cette dalle est surmontée d'un feston de fleurs et de fruits suspendu à deux bucranes. La dalle sud présente la patère, le simpulum (sorte de louche) et une oenochoé trilobée ; le tout est placé sous une guirlande augurate. Le côté est - tourné vers le temple - est décoré d'une couronne de chêne placée entre deux branches de laurier A qui était dédié ce petit sanctuaire et quand a-t-il été édifié ? Une inscription découverte à Pompéi rapport que : "Mamia P(ublii) f(ilia) sacerdos public(a) Genio aug(usti) solo et pecunia sua" "Mamia, fille de Publius, prêtresse publique, (a dédié ce temple) au Génie d'Auguste, sur un terrain lui appartenant et à ses frais" Le fragment portant cette inscription s'adapte parfaitement à la corniche de la cella du temple. En outre, les décorations de l'autel se rapportent au culte du Génie d'Auguste, institué à Rome en 7 avant Jésus-Christ La couronne de chêne avait alors été décernée à Auguste par le Sénat pour avoir pacifié le monde romain. Les deux branches de laurier figurent également parmi les attributs d'Auguste. Enfin, le sacrifice d'un taureau était la prérogative des empereurs encore vivants Puisque l'examen des dalles a révélé une restauration, il est vraisemblable que le temple et l'autel avaient été consacrés à Auguste de son vivant et adaptés, plus tard, au culte de Vespasien qui pouvait faire tant de choses en faveur de la cité gravement endommagée |