Livre
I et II
Introduction
Lorsque
l'on entame la lecture des Lettres très vit l'on découvre que
s'en dégage un accent personnel,
une sincérité ; c’est certainement ce qui fit
leur succès. Une sorte d’aura se dégage de l’écrit de
Lucilius, cet aura est difficile à décrire, il faut lire les
textes de
Sénèque
pour comprendre. Un ton honnête,
presque naïf malgré la profondeur de la conviction nous
attache immanquablement à l’œuvre ; on ne
retrouve pas un tel phénomène chez
Kant
ou
Cicéron…
Sénèque pense
à haute voix, se parle à lui-même autant qu’à Lucilius.
Sénèque se convainc autant qu’il veut convaincre.
Sénèque est
sexagénaire lorsqu’il écrit les Lettres, mais il sent que
c’est là son œuvre majeure (il dit, dans la lettre 21,
à Lucilius qu’il assure sa postérité…).
Lucilius
n’est finalement qu’un prétexte,
malgré quelques ardentes déclarations d’amitié,
l’occasion pour Sénèque de dire ce qu’il ressent. Quand on
écrit pour tous il faut se justifier, donner ses raisons ;
lorsque l’on s’adresse à un seul on peut laisser paraître
sa conviction sans en donner d’explication autre que celle
d’un « conseil » à un ami.
L’exposé des
Lettres est facile, il n’accable pas le lecteur par une trop
grande théorie, les Lettres se veulent pratiques, une pratique
qui n’est pas trop rigoriste et qui peut donc être appliquée
à la vie.
Les Lettres doivent se lire par pan entier, en effet c’est
dans l’ensemble que l’effet se marque. C’est dans
l’ensemble que la puissance des Lettres se révèle.
Le style
est profondément original ; à l’époque
l’habitude n’était pas de parler de soi, de faire de la
« littérature personnelle », c’est encore un plus
de
Sénèque.
Dans deux cas de figure seulement le « je » véritable
est de mise dans l’antiquité : lorsque le fidèle a
blasphémé les dieux ou lorsqu’il a été sauvé par eux de
la maladie ou de la mort : il faut témoigner de la
puissance par la force de « son » témoignage et édifier
les hommes de « son » expérience.
Qui
était Lucilius ?
D’abord il a
bien existé, ce qui n’est pas forcement su ! Il était
membre de la petite noblesse et n’était pas n’importe qui !
Sénèque le dit même célèbre (Lettre 19). C’est Lucilius qui entreprend d’écrire
à Sénèque, il veut organiser son existence, ne
plus vivre au petit bonheur. Au début, la correspondance des
deux hommes n’était pas destinée à la publication, les 20
premières réponses de Sénèque sont brèves, il ne s’était
pas encore rendu compte du parti à tirer de cette « aventure ».
Mais, répétons-le, il s’agit bien d’une correspondance
réelle, pas d’une fiction littéraire. Des tris et
des révisions, il y en eut sans doute. Ce n’est qu’à
partir de la Lettre 21
que les deux hommes « conviennent » de la
publication. On imagine que leurs échanges s’en trouvèrent
modifiés, ainsi dans la lettre 75
Lucilius suggère à Sénèque de soigner davantage le style de
ses Lettres !
Sénèque a le
rôle du convertisseur, bien que Lucilius ne soit
nullement devenu stoïcien et n’ait nullement promis de le
devenir. Dans la lettre 23
Lucilius avoue ses penchants pour l’épicurisme. Sénèque
lui cite souvent des référence à l’épicurisme pour lui
montrer que le stoïcisme est du même genre, mais
en mieux car n’adorant pas le plaisir bassement.
Qu’attendait
Lucilius de sa correspondance ? De s’instruire, assurément,
et de se renforcer dans sa décision initiale « se libérer
lui-même ».
Dans ses Essais Montaigne cite les Lettres
pas moins de 198 fois.
Tertullien,
Augustin et tant d’autres
ne manquent pas de citer Sénèque non plus. Mais terminons ici.
Petit
résumé des livres I et II
La
lecture des Lettres est nécessaire, ce résumé fait office de
mémento.
Livre
Premier
Lettre
1
Réponse de Sénèque
à Lucilius qui le sollicite et l’informe de sa résolution
de vivre en philosophe. Paroles sur le temps
« la
plus grande partie de la vie se passe à mal faire, une grande
part à ne rien faire et la totalité de la vie, à faire autre
chose que ce qu’il faudrait. »
Importance du
temps ; son prix. On meurt un peu chaque jour ;
mais on
croit que la mort est devant nous alors qu’elle est en grande
partie derrière nous (ce que nous laissons derrière
nous appartient déjà à la mort !). Seul le temps est à
nous, rien d’autre ne nous appartient.
Conclusion :
il n’est pas pauvre celui qui s’accommode de ce qui lui
reste.
Lettre
2
La pensée
en équilibre c’est savoir se
fixer et séjourner avec soi. C’est n’être nulle
part que d’être partout (notamment en ce qui concerne l’étude
des auteurs). Les justes bornes de la richesse c’est le nécessaire
d’abord ; ensuite ce qui suffit.
Lettre
3
Sur l’amitié.
L’amitié doit être une totale confiance, sinon ce
n’est pas de l’amitié. Croire en la fidélité d’un ami
c’est ce qu’il faut faire pour le rendre fidèle. Doivent être
blâmés les inquiets et les oisifs. Il faut pratiquer
l’action comme le loisir.
Lettre
4
Il convient de
dépouiller son âme d’enfant grâce à la philosophie
pour devenir un homme. Il ne faut pas
craindre la mort car elle ne reste pas avec nous, elle ne fait
que passer. L’humanité flotte entre les
craintes de la mort et les afflictions de la vie : les
hommes répugnent à vivre et ils ne savent pas mourir.
Paroles sur la colère
des esclaves qui a sûrement fait autant de mort que la colère
des rois. Pourquoi donc avoir plus peur d’un roi que d’un
autre, puisque les deux ont le pouvoir d’exécuter ce qui
fait si peur…On va de toute manière à la mort depuis le
jour de notre naissance, donc autant y être prêt et ne pas
avoir de regret.
La loi de la
nature borne nos besoins à ne pas souffrir de la faim,
de la soif, du froid. Ce
que réclame la nature s’acquiert sans peine. On
s’épuise pour le superflu. Faire bon ménage avec
la pauvreté c’est être riche.
Lettre
5
Mise en garde
de Sénèque, il faut
travailler pour se rendre meilleur, pas pour paraître meilleur
(par rapport à la philosophie). Il faut un
juste
milieu (pas une toge éclatante mais pas non plus une
toge crasseuse.). Refuser une vaisselle en or ce n’est pas
avoir démontré sa tempérance. Sénèque dit qu’il est
contre nature de torturer son corps, de faire de la saleté
son délice…C’est folie que l’abstention résolue des
commodités ordinaires que l’on se procure sans grands frais.
« Tu
cesseras de craindre si tu as cesser d’espérer » Hécaton.
Sénèque
démontre que l’espérance traîne la crainte à sa suite.
L’une comme l’autre sont irrésolution du cœur.
Lettre
6
« Transformation »
de Sénèque qui a la volonté de la partager : Tout
bien dont la possession n’est point partagée perd de sa
douceur. Devenir l’ami de soi-même.
Lettre
7
Question de
Lucilius, que faut-il avant tout éviter ?
réponse de Sénèque : la
foule. Il se trouve toujours quelqu’un pour nous
faire aimer le vice. On revient moins humain d’être aller
parmi les hommes. Critique des spectacles de gladiateurs.
L’exemple du mal retombe sur ceux qui le donnent…(exemple de
Socrate
qui ne s’est pas laissé influencer).
Qui
enseigne s’instruit. Il faut se
retirer en soi-même, s’attacher à ceux qui nous rendent
meilleur. Ne pas s’enquérir de l’approbation du grand
nombre.
Lettre
8
Lucilius :
critique les principes stoïciens qui recommandent de mourir en
pleine action.
Sénèque décrit
la volonté de postérité de ses écrits, il veut que ce soit
des formules (une « hygiène
morale »). Son mal n’a pas disparu, mais
il ne s’étant plus. Sénèque indique qu’il s’est égaré
aussi, mais que las de cet égarement il découvrit le droit
chemin et veut en faire profiter les autres.
Il ne faut
apporter à son corps que ce qu’il lui faut. Il faut se
retirer des activités pour opérer se retournement
sur soi-même.
Lettre
9
Lucilius
demande si Epicure eut raison de dire que le sage ne pouvait se
suffire à lui-même et qu’il avait besoin d’amis.
Le
sage se suffit à lui-même; ce
n’est pas qu’il veut vivre sans amis mais qu’il peut le
faire. La perte d’un ami ne le troublera pas car il peut en
trouver un autre, il ne sera jamais à court d’amis…Le sage
désir un ami pour ne pas laisser inusité cette grande
vertu qu’est l’amitié. Différence entre amitié
vrai et « liaisons temporaires », il faut avoir un
ami pour le servir pas pour se servir de lui. Il y a ressemblance
entre amour et amitié : l’amour est la folie de
l’amitié. Le sage se suffit à lui-même mais il a néanmoins
besoin d’amis, mais pas pour vivre
heureux car même sans il vivra heureux. Ce qui le porte
à l’amitié ce n’est pas un intérêt personnel mais un appel
de la nature.
Exemple de Démétrios
Poliorcète. Compter comme bien rien de ce que l’on peut se
voir ôter.
Lettre
10
Répétition de
l'avertissement de fuir la foule. Veut faire renoncer Lucilius
au commerce. L'avantage de la solitude ne s'applique pas à
l'insensé.
Lettre
11
Aucune
sagesse n’élimine dans le corps ou dans l’âme les
imperfections naturelles, ce qui
est né en nous ne se réduit pas ; cependant on peut le tempérer.
Conseil de la Lettre : Choisir un homme de bien et en faire
son modèle, maxime empruntée à Epicure.
Il faut un témoin devant notre âme, cela peut nous empêcher
de fauter.
Lettre
12
Sénèque se
sent vieux. Il le voit à sa maison de campagne qui tombe en
ruine. Comparaisons pour montrer que la vieillesse est un
moment merveilleux : c’est la dernière coupe qui réjouit
le plus l’ivrogne en le faisant tomber dans l’ivresse,
c’est lorsqu’ils sont presque trop mûrs que les fruits sont
les meilleurs. Ce que les plaisirs possèdent de plus exquis,
ils le réservent pour la minute où ils disparaissent.
Division de la vie en époque, en cercle inégaux et
concentriques. Il faut régler chaque
jour comme s’il était le dernier, le terme de la
marche. Exemple de Pacuvius qui, chaque jour, procédait
à ses funérailles (« il a vécu, il a vécu… »).
« J’ai vécu, j’ai parcouru la carrière que m’avais
assigné la fortune. ». Ainsi chaque jour devient une
aubaine à recueillir.
Livre
Second
Lettre
13
La véritable
force d’âme doit passer par l’épreuve.
Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui
nous font mal. C’est plus souvent l’opinion que la réalité
qui nous met en peine. Il
ne faut pas devancer la douleur, ne pas
l’anticiper, si elle advient il sera bien assez tôt pour
s’en plaindre. Trop souvent nous subissons les soupçons qui
nous travaillent, il faut voir quelle est la réalité de
ceux-ci. La vraisemblance n’est pas la vérité.
Lettre
14
Relation au
corps : Sénèque comprend qu’on le ménage mais
n’admet pas que l’on devienne son esclave. Crainte de
l’indigence, de la maladie, de la tyrannie du plus fort. Ce
qui ce montre nous effraie encore plus que ce qui reste caché
bien que les effets soient les mêmes. La sage ne provoquera pas
la colère des puissants, il rusera. Il faut éviter de susciter
3 passions : la haine,
l’envie, le mépris.
Les débuts
dépendent de nous, pour le reste la fortune en dispose.
Lettre
15
La philosophie
donne la vrai santé, sans elle notre âme est malade. Il
ne faut pas trop consacrer au développement physique.
Lettre
16
Impossible de
mener une vie heureuse, ou même supportable, sans l’étude
de la sagesse. A quoi sert la
philosophie s’il y a un destin, un dieu ? Ce
n’est pas le principal, il faut de toute façon faire de la
philosophie.
Les désirs de
la nature ne s’étendent pas loin, ceux de l’opinion à
l’infini. C’est la manière de voir si un désir est
naturel, si on en voit pas la fin c’est qu’il ne l’est
pas…
Lettre
17
Exhortation de
Sénèque
pour que Lucilius laisse ses affaires et se consacre à son
esprit. L’argent comme obstacle de la vocation philosophique.
Lorsque l’alarme d’un incendie se déclare la pauvreté
cherche par où s’enfuir, la richesse ce qu’elle doit
emporter. Le premier bien à réclamer est la philosophie. Le mal est dans l’âme pas dans les
choses ; coucher le souffrant sur un lit d’or
ou de bois il emporte avec lui sa maladie…
Lettre
18
Les saturnales
de Décembre: critique de Sénèque : toute l’année est
devenue décembre ; comment réagir devant cette débauche
de plaisir ? On peut bien célébrer une fête sans
passer au débordement. Choisissez un certain nombre de journées
durant lesquels vous vous contenterez du plus modique, c'est un
entraînement avant l’action (on s’entraîne à être pauvre
pour ne pas être surpris au moment où la pauvreté arrivera). Se
familiariser avec le strict nécessaire.
Conclusion :
l’extrême colère enfante la folie ; il ne faut pas
succomber à la colère si l’on veut conserver sa santé
mentale.
Lettre
19
Nouvelle
recommandation à Lucilius de se retirer des affaires.
Eloge de Lucilius qui est destiné à la postérité. Il faut
que Lucilius prenne sa retraite avant que sa fortune ne gâche
son génie.
Lettre
20
Il faut faire l’expérience
de la philosophie et ne pas s’arrêter à des théories. La
philosophie enseigne à agir, non à parler. Il faut que
l’homme soit partout égal et identique à lui-même.
Il y a mérite
à être riche et à vivre pauvre. Que ce soit l’une ou
l’autre ce qui importe c’est qu’il faut les accepter
non par nécessité, mais par choix.
Lettre
21
Il ne faut pas
s’attacher aux choses que l’on devra (ou devrait) abandonner
dans la pauvreté.
Sénèque
déclare la postérité de Lucilius grâce
aux Lettres. Il faut réduire ses désirs. Le plaisir
est naturel, non nécessaire.