Science fiction
Images

 
- Qui est-ce ?

Il regardait le couple danser au milieu de la salle, virevolter, s’éloigner pour se rapprocher aussitôt sur une musique lancinante et étrange pour ses oreilles.

- Ginger Rogers et Fred Astaire – répondit le secrétaire. Les noms ne lui disaient rien.
-Où avez-vous trouvé ces images ? Il était curieux car la forme des danseurs était vaguement humanoïde, mais tellement filiforme, ondulante, qu’il lui était difficile de les appeler humains.

- Dans le bras d’Orion à 50 parsecs environ. Catalogue Mester Z 053. Une étoile rouge en pleine transformation. Nous les avons trouvées sur l’une de ses planètes il y a longtemps. Le secrétaire, lui aussi, regardait comme hypnotisé l’évolution de danseurs.

- Combien de temps ?

- Cinq cent mille ans environ.

- Et vous me les montrez seulement maintenant ?

- Il n’y avait aucun intérêt Seigneur. Leur étoile était dans une phase d’expansion, ils étaient condamnés.

- Evidemment. La musique vient aussi de cette planète ?

- Oui. Les primitifs ont enregistré sur du Celluloïd fragile, friable. Nous fûmes obligés de tout transférer sur l’holophone.

- Il regardait le corps massif de son secrétaire. Trois mètres cinquante, pesant près d’une tonne, la peau couleur violacée à cause des radiations de leur soleil. L’immense crâne lisse solidement attaché aux épaules comme une protubérance. Entre son aspect et les danseurs il n’y avait rien de commun.

- Ce sont des hommes ?

Question-affirmation, pour toute réponse le secrétaire ferma ses quatre yeux en interrompant en même temps la communication.

- Regardez leur bouche. Une fente au milieu de leur visage. Ils l'utilisaient pour parler.

- Pas de transmission de pensée donc.

- Non, pas de transmission.

- Et les pieds ? Tu ne peux pas en faire autant.

- Non. Ils ne pesaient presque rien. Leurs pieds servaient à se déplacer. Le transfert instantané ils ne l’ont pas encore connu.

Le Seigneur regardait le plus petit personnage en robe longue et blanche se plier comme une liane et quand elle tournoyait, il voyait ses jambes étonnement minces.

- Ils sont beaux.

- Ils étaient, Seigneur.

- Sont-ils morts ?

- Il y a près d’un demi-milliard d’années.

Ils n’avaient rien de commun avec eux. Ces êtres étaient des primitifs qui parlaient avec leur bouche, ils marchaient, ils portaient un corps diaphane, fragile, leur tête était couverte d’une sorte de mousse voletant par moments autour de la tête de la femme.

- En robe longue, c’est la femme ?

- Oui. Cette race avait la particularité de diversifier en hommes et femmes comme de multiples autres races primitives de la galaxie.

- Ils étaient beaux pourtant. Peut-être plus beaux que nous.

- Oh Seigneur ! Le secrétaire coupa la communication pendant un instant. Il pouvait sentir le désarroi envahir tout son être.

- Oui, ils étaient beaux et je regrette de ne pas les voir évoluer dans leur milieu.

- Impossible, ils sont partis, Seigneur.

- Ginger Rogers et Fred Astaire ?

- Mais non. Eux, ils sont morts depuis longtemps. Les autres, ceux qui ont vécus après ces deux-là. Ils ont occupé le bras d’Orion bien avant la folie de leur étoile.

- Alors, ils étaient déjà humains ? Sa question reflétait une certaine incrédulité.

- Je pense qu’ils furent toujours humains, Seigneur. Différents de nous, mais humains.

- Oui, peut-être. Mais ils sont beaux – et pendant quelques instants le seigneur de la Galaxie cessa la communication en laissant envahir tout son être par l’étrange musique.

 
 
 Retour au sommaire